I. Lire aux notes le texte de ces proclamations
la haute vallée du fleuve annamite Song- Glang,que le roi (IWnnam passa les années 1886, 1887 et 1888.
Narrer tous les incidents qui se passèrent pendant ces années, les luttes de nos soldats contre les partisans de Ham Ng'hi, les épreuves supportées par nos colonnes lancées à la poursuite de ce prince, serait sortir des limites de ce récit. Laissons donc de côté tous ces faits, nous réservant de les relater dans une prochaine étude, et voyons quelle était la situation de l'Annam au mois d'octobre 1888, c'est-à-dire quelques jours avant que le drame se dénouât.
A Hué, rég-nait, depuis le mois de septembre i885, un nouveau roi, frère de Ham Nghi, que nous avions fait couronner sous le nom de Dong- Khanh. Quant à Ham Nghi, on ne savait au juste où il se trouvait. Nos renseignements le disaient réfug-ié dans les montag-nes du haut Song Giang, vivant de la façon la plus modeste, avec quelques princes de sa famille, et quelques g-rands mandarins. D'autres rapports le prétendaient mort de la fièvre, ou réfugié en Chine depuis longtemps.
Thuyet, nous l'avons su plus tard, avait quitté son maître depuis plusieurs années; il s'était retiré en Chine, allant demander l'intervention de cette puissance contre nos armes, et n'avait pas pu rentrer en Annam. Il avait laissé dans la région, pour tenir la campagne à sa place, son fils aîné, Ton That Dam, jeune homme de vingt-deux ans, qui avait été nommé deuxième ministre de la guerre, et envoyé royal dans les provinces du nord. Ton
LA COUR d'aNNAM EN FUITE DANS LA PROVINCE l49
That Dam non plus n'était pas auprès de son roi ; il occupait avec ses partisans le massif montagneux du Ha Tinh, et avait, à dessin, prié Ham Nghi de ne pas résider près de ses soldats. De cette façon, un échec subi par leurs troupes n'eût pas exposé la personne royale à tomber entre nos mains.
Celte famille de guerriers était cependant représentée auprès de son prince par un fils plus jeune de Thuyet, Ton That Thiep, âgé de dix-neuf ans, réputé pour son courage, et pour le désir indomptable qu'il exprimait sans cesse de rendre à son pays l'ancienne indépendance que nous lui avions enlevée.
Nos troupes, pénétrant chaque jour plus avant dans le pays insurgé, avaient créé sur tous les cours d'eau, sur tous les chemins, des postes provisoires. De ces postes rayonnaient constamment des reconnaissances, qui, battant toute la région, se reliant les unes aux autres, ne permettaient guère aux troupes ennemies d'en traverser le réseau. Nous avions ainsi séparé le massif du Ha Tinh des montagnes où le fleuve Song Giang prend sa source, et, par conséquent, coupé les communications entre Ton That Dam et le point où nous supposions qu'était la retraite d'Ham Nghi, point, on va le voir, où ce prince se trouvait réellement.
Dès le mois de septembre, certains symptômes annonçaient que les choses touchaient à leurfin.
Plusieurs chefs rebelles, des moins importants, ilest vrai, s'étaient présentés à nos postes pour faire leur soumission, et ces actes, dénotant la détresse qui régnait dans le camp ennemi, devenaient de jour
en jour plus nombreux. Tous affirma'ent que la situation des rebelles, cernés par nous, était désespérée. Le bruit public rapportait que l'entourag-e de Ton That Dam lui-même commençait à se disperser.
On assurait, d'une façon répétée, que le roi Ham Nçhi vivait presque seul, retiré dans le haut fleuve, mais à un point inconnu et inacessible. Le village de Cha Mac, qui passait pour avoir fourni au roi, pendant deux années, ses serviteurs et ses vivres, était subitement abandonné par ses habitants. La discorde rég-nait, disait-on, au camp royal. Nous ne pouvions qu'attendre les événements, car il était impossible, sans rcnscig-nements plus précis, d'ençag-erune troupe suffisamment forte pouraçir, dans ces vallées étroites, qui, à la saison des grandes pluies près de commencer, se transforment, en quelques heures, en des torrents de dix à quinze mètres de profondeur.
Dans la nuit du 3o septembre au i" octobre, survint un typhon qui fit monterleseaux du Nai, affluent du Song Giang, de quatorze mètres en six heures.
Un de nos postes, situé au village de Thanh Lang, sur ce cours d'eau, fut emporté par la violence du courant, et la petite garnison dut se réfugier sur des radeaux improvisés. Cet événement, qui aurait pu avoir une issue bien tragique, sans le sang-froid dont fit preuve l'officier commandant*, eut pour conséquence l'ordre d'évacuer les postes du haut fleuve, car l'autorité militaire craignait,
I. M. le sous- lieutenant Cambe, du 2' bataillon de chasseurs annamites.