CHAPITRE VIII
Les éléphants. — Chasse aux éléphants sauvages. — Dressage des captifs. — Missions catholiques. — Dévouement des Missionnaires. — impôts. — Fabrication des étoffes. — Procédés de teinture employés. — Chaux de la rivière Hin Boun. — Mines : fer, or, cuivre, élain. — Syndicat minier du Laos. — Grotte remarquable. — Sources salées et sulfureuses.
La façon la plus commode, et la seule pratique, de voyager au Cam Mon, dans la rég-ion des montag-nes, est d'imiter les mandarins indigènes, et de faire usage des éléphants.
L'éléphant passe partout ; il monte et descend les pentes les plus raides, parcourt des sentiers à flanc de coteau dans lesquels on croirait qu'une chèvre aura de la peine à se tenir en équilibre, gravit les rochers, traverse les marais et les cours d'eau. Bien dressé, il est d'une docilité extraordinaire, comprend les ordres que lui donne son cornac, obéit à la voix sans aucune hésitation, mais il reste craintif ; le feu l'épouvante, il redoute la vue des chevaux et des chiens de race européenne ; il faut donc, si l'on a dans son convoi des chevaux
et des chiens, les envoyer en avant. L'éléphant s'émotionne en effet beaucoup plus des bruits qu'il entend derrière lui que de ceux qui peuvent se produire sur le chemin qu'il va parcourir.
En outre, contrairement à ce que l'on pourrait supposer, l'éléphant est très délicat, et a besoin de très grands ménag-ements. Le poids qu'on lui impose, non compris le bât et le cornac placé à cheval sur le cou, ne doit jamais dépasser cent kilogrammes. Il ne faut pas forcer sa marche, qui est lente, et correspond à peu près à l'allure de notre infanterie. Dix heures de marche dans une journée représentent le maximum de travail que l'on puisse exiger de lui, et il est indispensable de lui donner, tous les quatre ou cinq jours, une journée de repos complet. Si on néglige une seule de ces précautions, l'éléphant devient malade, et meurt.
Cela n'empêche pas que nous ayons vu de nos propres yeux un manuel à l'usage des voyageurs, dont était muni un jeune ingénieur en^^oyé dans le Cam Mon pour y faire une prospection de mines, donner comme charge normale de l'éléphant le poids de six mille kilos. Si tous les renseignements donnés par ce manuel sont du genre de celui-là, le voyageur, assez imprudent pour en tenir compte, doit éprouver bien des déboires.
Les habitants de la province de Cam Mon se procurent les éléphants par des chasses qui ont lieu chaque année dans le muong de Mahasay. Dès le commencement de la saison sèche, les possesseurs
d'éléphanls domestiques se préparent à ces grandes battues qui ont lieu dans les cirques de montag-nes voisins de la frontière d'Annam. Ils entraînent leurs éléphants à la course, pour leur donner de la vitesse, et confectionnent d'immenses cordes, de quarante à cin(juante mètres de longueur, fabriquées avec des lanières de peau de buflle et du rotin, consolidées encore par des fils de cuivre. A Tune des extrémités de chacune de ces cordes peut s'adapter un collier assez large pour être mis au cou d'un éléphant; à l'autre bout, un anneau de soixante centimètres de diamètre environ. Les anneaux et colliers sont faits des mêmes matières que les cordes elles-mêmes.
Vers le milieu du mois de novembre, une caravane, composée d'une dizaine des plus gros éléphants du muong, quitte Mahasay. Chaque éléphant est monté par deux hommes, dont l'un remplira le rôle de cornac, l'autre celui de chasseur. De nombreux hommes à pied suivent cette caravane, les uns chargés de la ravitailler, les autres uniquement pour leur plaisir.
Les pratiques superstitieuses se mêlant à toutes les circonstances de la vie, en pays laotien, les chasseurs recommandent spécialement à leurs femmes, avant leur départ, de s'abstenir, pendant toute la durée de leur absence, de se couper les cheveux, de se frotter le corps avec de l'huile, et, surtout, de recevoir un étranger au domicile conjugal. L'épouse qui aurait enfreint une de ces défenses pourrait, au retour de la chasse, être
rendue responsable d'un accident qui se serait produit, et le divorce en résulterait sans autre formalité.
Quand on est entré dans un cirque où les reconnaissances faites par les hommes à pied ont signalé la présence d'une bande d'éléphants sauvajsçes, on en ferme l'entrée par une barrière en troncs d'arbres, et on y laisse des hommes de garde chargés d'empêcher par leurs cris, ou par des feux qu'ils allumeraient au besoin, les éléphants de fuir par cette issue, au moment de la poursuite.
Les dix éléphants chasseurs sont réunis dans une même partie du cirque, à l'abri de la forêt; alors seulement on les équipe pour la chasse : on passe au cou de chacun d'eux un collier; à ce collier on attache très solidement une longue corde, à l'autie extrémité de laquelle est fixé un anneau. Ces ustensiles ont été décrits plus haut. Le Laotien qui doit faire office de chasseur est placé sur le cou de l'éléphant, le cornac sur le dos de l'animal; ce dernier homme n'est chargé que d'activer sa monture, et de la frapper au moment voulu pour lui donner l'allure la plus rapide possible. La corde est placée, enroulée, sur la tête même de l'éléphant, devant le chasseur qui la maintient. Une longue gaule, que ce dernier tient à la main, servira, au moment opportun, à passer à la jambe, ou même à la trompe de l'éléphant poursuivi, l'anneau qui le fera prisonnier.
Au moment où la lune commence à paraître audessus de arbres, toute la caravane se met en marche, les chasseurs à la file les uns des autres. Aus-
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sitôt en présence de la bande des éléphants sauvas;-es, tonte notre tronpese précipite sur elle, et le talent des chasseurs consiste alors à séparer de ses compagnons un éléphant assez jeune, et réunissant les conditions voulues pour être susceptible de dressage; l'œil exercé des Laotiens se trompe bien rarement. Deux chasseurs bien montés se chargent alors de lui, tandis que les autres maintiennent leurs ennemis à coups de trompes et de défenses. Souvent ce combat n'est pas utile, et les éléphants attaqués, surpris au moment de leur repas, ne songent qu'à fuir devant leurs adversaires.
C'est alors que la vitesse est indispensable aux deux éléphants qui poursuiventlejeunesujet choisi. Quand ils sont arrivés à le placer entre eux deux, chacun des chasseurs essaye de lui passer au pied, au moyen de sa gaule, l'anneau qui doit entraver sa marche. Le chasseur qui réussit à mener abonne fmcette opération difficile est le véritable vainqueur, car, lorsque ce premier but est atteint, il y a moins de danger à passer un second anneau, et alors l'éléphant est captif; il jette des cris, se rouleà terre, rien n'y fait; ses deux adversaires usent de leur force pour le maintenir. Enfin, vaincu par la fatigue, le prisonnier se relève; on attache à des arbres les cordes qui l'entravent, et, avec l'aide de plusieurs éléphants domestiques qui réunissent leurs efforts, on lui passe au cou un collier de peau, fixé d'avance, au moyen de cordes, à de gros arbres. Alors seulement on peut lui enlever les anneaux qui lui ont été passés aux pieds pendant la poursuite.
Ou laisse ainsi le captif pendant deux jours, sans lui donner aucune nourriture, de façon à lui enlever une partie de sa vigueur; le troisième jour seulement on lui permet de mang-er, et la chasse recommence, durant de cette façon pendant deux ou trois mois. Les éléphants faits prisonniers sont conduits aux villages parles éléphants domestiques, et on commence aussitôt sur eux les exercices du dressag-e.
On ne chasse jamais, dans la même nuit, qu'un seul animal. Pendant l'automne de 1897, les Laotiens du muong- de Mahasaj ont capturé, par ces moyens, dix-neuf éléphants. C'était un très beau résultat, d'autant plus que la chasse n'avait, cette année-là, causé aucun accident. Il n'en estpas toujours ainsi, et souvent on signale des hommes foulés aux pieds des éléphants sauvages, s'ils viennent, par malheur, à tomber de leurs montures, ou même saisis par la trompe de l'adversaire, et jetés en l'air, ou quelquefois, brisés contre des arbres.
L'exercice du dressage est uniquement une affaire de patience, et présente peu de difficultés, mais il est assez long. Eloigné de ses forêts et de ses compagnons, l'éléphant capturé garde pendant quelque temps rancune aux hommes qui l'ont fait prisonnier, et ne néglige, au début de sa domestication, si l'on n'y prêle grande attention, aucune occasion de se venger.
Le collier, qui doit rester provisoirement au cou de l'animal, est attaché à un arbre; l'éléphant luimême est placé, près de cet arbre, dans une espèce
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dù stalle en pieux très solides, reliés les uns aux autres, de façon à l'empêcher de faire aucun mouvement à droite ou à g-auche. Une corde de rotins, glissée sous son ventre, est attachée par ses extrémités à des arbres pour que l'animal ne puisse pas se coucher; ses pieds sont entravés par des anneaux de rotin. Ce rég-ime dure pendant plusieurs jours; on ne lui rend sa liberté que peu à peu, d'abord au moment des repas. On assaisonne sa nourriture d'une forte quantité de sel, dont il devient vite très friand. Le chasseur monte ensuite sur son dos, il lui touche tout le corps, la tête et les oreilles, pour l'habituer à se soumettre à l'autorité de l'homme. On ne laisse jamais l'éléphant seul, car l'ennui pourrait le tuer ; il a continuellement pour compag-nons deux éléphants très bien dressés, dont l'intelligence et la docilité sont remarquables, et auxquels on fait exécuter, en sa présence, tous les exercices auxquels il devra luimême se soumettre. Ce dressag-e dure quatre mois environ, si l'animal est intelligent, un peu plus longtemps, s'il ne l'est pas, ce qui est très rare, ou s'il est de caractère particulièrement difficile.
A la fin de l'année, l'éléphant est complètement dressé; il obéit à la voix de son maître, et devient aussi docile, et aussi habitué à tous les exercices que ses camarades qui, naguère, lui donnaient la chasse. Il est alors, envers ceux qui l'entourent, d'une familiarité, le mot seul peint la chose, dont on ne peut avoir aucune idée.
Nous avons vu, à Mahasay, près de l'habitation
du Chau Muong-, un jeuue éléphant, à peine plus gros qu'un buffle, jouant comme un chien avec le petit-fils du mandarin, gamin d'une douzaine d'années. L'aimable animal se cachait derrière un bâtiment, et, quand son jeune maître, pour lui faire plaisir, avait feint, pendant quelque temps, de ne pas le trouver, il apparaissait tout satisfait, enlevait l'enfant avec sa trompe, puis le reposait doucement à terre. C'était une véritable partie entre camarades.
L'éléphant, si précieux dans tant de circonstances, a l'inconvénient, vu sa taille énorme, de nécessiter, pour sa nourriture, une quantité de végétaux considérable.
Dans des pays très cultivés comme est l'Annam, où aucun terrain n'est guère sans emploi, le souverain seul, ou de très grands personnages peuvent posséder des éléphants, car il faut pouvoir employer un grand nombre d'hommes de corvée pour chercher, quelquefois au loin, les plantes dont ils se nourrissent i.
Au Laos, au contraire, où presque tout le pays
I. Dans l'ancienne armée annamite, les éléphants faisaient partie lies cadres, et étaient placés sous les ordres d'un grand mandarin. Sous le règne de Minh Mang, il y en avait huit cents, dont cent trente étaient au quartier du roi, et le reste réparti entre les cinq colonnes ou divisions principales de l'armée. Les princes du sang avaient le droit d'en avoir un ou deux à leur service, mais il n'était permis à aucun aulre d'en posséder. Dans le rôle de l'armée, on comptait quatre hommes pour les soins à donner à chaque éléphant. Un certain nombre de ces hommes allaient dans les montagnes chercher du feuillage, et eu revenaient avec des charges énormes, lorsqu'ils ne pouvaient se procurer, aux environs de la capitale, une quantité suffisante de bananiers dont leurs pensionnaires sont très friands. Aujourd'hui il n'y a plus à Hué que sept ou huit éléphauts. Il n'en existe plus nulle part dans les provinces.
est inculte, l'éléphant trouve facilement de qu satisfaire son gigantesque appétit. Chaque soir ou lui rend sa liberté, en lui mettant cependant aux pieds de devant des entraves de rotin, pour qu'il ne puisse pas aller trop loin, lorsque sa présence est nécessaire, le lendemain matin, pour un départ matinal. Si son maître n'a pas besoin de lui, il lui attache au cou une cloche de bambou, et lui rend sa liberté complète. Le Laotien a l'oreille très fine, et l'œil très exercé; les traces laissées sur le sol par l'éléphant, et le son de la clochette, suffiront pour le faire facilement retrouver, en cas de besoin.
C'est même une des particularités des nuits passées dans les montagnes du Laos, que ces sons très doux de clochettes de bambou, se faisant entendre sans arrêt autour de la sala, mélangés aux craquements des branches coupées par les trompes des éléphants qui se nourrissent de leurs feuilles.
Missions catholiques. — La vie est courte , disent les Laotiens, il faut savoir en profiter pour se distraire le plus possible. C'est la maxime d'Horace qu'ils mettent ainsi en pratique. On comprend, sans qu'il soit utile d'insister, les difficultés que doivent rencontrer nos missionnaires, venant piêclier à ces braves gens une doctrine qui s'accorde si peu avec leur genre de vie habituelle.
Les missions du Laos relèvent de l'évêché de Bangkok, mais, en raison de la distance énorme qui sépare les divers points où résident les mission-
naires, et de la difficulté des communications, les pouvoirs de l'évêque sont confiés à un provicaire, dont le sièg-e, situé sur la rive droite du Mékong-, est en face de notre province de Cam Mon, à quelques kilomètres en amont de Tha Khek.
Deux missions sont installées dans la province même, l'une dans l'île de Don Don, entre Pak Hin Boun et Tha Khek, l'autre au villag-e de Ban Sieng- Vang-, en bordure du fleuve, entre Tha Khek et la rivière Se Bang- Fai.
Les prêtres qui dirigent ces missions appartiennent, avec tous leurs confrères de l'Indo-Chine, à cette Société des missions étrang-ères, qui étend ses rameaux partout où elle espère trouver un peu de bien à faire. Ces deux prêtres, doués d'une grande énerg-ie, et d'un dévouement dont il serait oiseux de faire l'élog-e, ont obtenu déjà, en tenant compte de la situation exceptionnelle du pays, des résultats très appréciables. Je ne saurais dire le nombre de Catholiques que contient, à la suite de leurs efforts, la province de Cam Mon, ne retrouvant pas ce renseig-nement dans mes notes; il est certainement très faible, et se chiffre par quelques centaines, à peine; mais, à Don Don, nous avons vu une école fonctionnant avec beaucoup de rég-ularité, une église bien misérable, il est vrai, mais tenue avec beaucoup de soins. A Ban Sieng" Vang, l'excellent père Xavier ', après avoir, pendant de long-ues années, mené dans le Laos une existence
I. Père Xavier Guégo, connu, dans le pays, sous le nom de P. Xavier.
crranlc, a pu réussir à se créer une installation. La première maison qu'il ait construite est une chapelle, et nous savons les travaux et les privations qui ont été nécessaires pour l'élever. Ce très digne missionnaire, travailleur infatigable, essaye de secouer l'apathie g-énérale de ses catholiques. Il leur enseigne certains modes de culture, il employé leurs loisirs apercer des chemins d'une utilité générale. Si la France avait, au Laos, beaucoup de serviteurs semblables à lui, les progrès y seraient bien rapides.
Il est cependant permis d'exprimer un désir. Les missionnaires devraient créer, dans cette région, des écoles dans lesquelles ils enseigneraient la langue française. Avec leur dévouement sans limites, et les moyens d'action purement moraux dont ils disposent, ils obtiendraient certainement des résultats supérieurs à ceux qui peuvent être tentés par voie administrative.
Les Laotiens devenus catholiques sont-ils meilleurs que les autres? II est permis, jusqu'à présent, d'en douter. Un de nos missionnaires, dans les longues conversations que je prenais plaisir à avoir avec lui, était presque de mon avis, sans toutefois vouloir en convenir d'une façon complète, par un sentiment très compréhensible de sa part. Mais ces prêtres travaillent pour l'avenir, ils placent leur espoir dans les générations futures, et attendent de leurs elforts, et de ceux de leurs successeurs, une modification du caractère laotien, qui sera certainement très lente, mais sur laquelle,
affiriuent-ils, ils croient avoir le droit de compter.
C'est d'ailleurs le même sentiment qui anime les missionnaires de l'Annam. Nous ne pouvons qu'applaudir à leurs efforts, car c'est à la France que profileront les résultats réalisés par leur dévouement.
Impôts. — Les Laotiens et Annamites qui habitent la province de Cam Mon sont soumis à un impôt personnel de deux piastres par tête, chaque année. Sont inscrits sur les listes d'impôts tous les hommes de dix-huit à soixante ans; mais il y a des exceptions nombreuses : on peut citer comme exempts les mandarins en exercice, les fonctionnaires des muong-s, les chefs de villages, les ascendants et descendants des quatre premiers mandarins de chaque muong, les bonzes, les domestiques des pag'odes.
Le recensement de la province n'a pu, jusqu'à la fin de l'année 1897, être fait par des Européens ; il a donc fallu prendre pour bases de l'impôt les listes données parles mandarins, et, naturellement, les chiffres ainsi fournis sont inférieurs à ce qu'ils devraient être.
Néanmoins, le montant de l'impôt recueilli a subi un accroissement assez considérable, pendant cette même année 1897, et, dès le mois d'octobre, était entièrement rentré dans les caisses de l'administration. C'était unprog-rès sensible sur les années précédentes, qui avaient vu un retard assez sérieux dans les payements faits par les inscrits, prog-rès qui n'a pas été accompli sans de grands efforts.
Depuis celle époque, des améliorations nouvelles ont, sans doute, été réalisées, et le chiffre des inscrits s'est certainement accru, surtout dans les cantons où un Européen aura pu contrôler les opérations des mandarins.
La dixième partie des sommes perçues à litre d'impôt personnel est abandonnée, comme gratification, aux mandarins de chaque muong, qui ne jouissent d'aucune autre allocation.
Les Asiatiques étrangers, Birmans et Chinois, doivent payer chaque année un droit de résidence de cinq piastres, mais leur nombre est si limité, dans le Cam Mon, que ce ne peut être une source de revenus appréciable.
Chaque possesseur d'arme à feu doit être porteur d'une autorisation délivrée par le Commissaire du Gouvernement. Cette autorisation est soumise à un droit peu élevé, il est vrai, mais renouvelable chaque année. Etant donné le grand nombre de ces armes possédées par les habitants, la somme qui en résultera sera assez considérable.
Enfin l'opium a été, dans tout le Laos, mis en régie. L'administration seule peut en délivrer, et la contrebande est activement surveillée, et punie par les peines les plus sévères.
La création decettesourcede revenus aété l'objet des critiques de nos théoriciens humanitaires. Ce ne sont pas les Français qui ont introduit l'usage de l'opium au Laos, il existait avant notre arrivée, et il se maintiendra malgré tous les efforts que nous
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pourrions tenter pour le faire disparaître. Le seul moyen d'en restreindre l'abus, et d'en atténuer les résultats fâcheux, était de ne fournir que de l'opium d'excellente qualité, et de le frapper d'un impôt élevé. Les Chinois, les Hollandais, les Anglais ont essayé en vain de le bannir de leurs territoires. D'ailleurs les seuls individus qui puissent en user sont les commerçants chinois et les riches Laotiens; un fumeur un peu habitué arrive rapidement à en consommer pour plus d'une piastre par jour; ce narcotique n'est donc pas à la portée de toutes les bourses, et ses ravages ne peuvent sévir que sur une partie très restreinte de la population.
En outre, il en est delà passion de l'opium comme de toutes les autres : elle produit des effets terribles sur ceux qui s'y livrent avec excès, mais elle a une action très modérée sur les fumeurs ordinaires. Bien des Chinois et des Annamites connus par leurs qualités et leur intelligence fument de l'opium depuis de longues années, sans que leurs facultés aient paru en souffrir.
L'administration a donc agi avec sagesse, en cherchant à tirer un revenu de cette habitude, puisqu'en prohibant l'opium de contrebande, de qualité si inférieure, elle parvient à en atténuer les mauvais effets. Le mal produit est ainsi diminué, et les indigènes sont les premiers à le reconnaître.
Au mois d'octobre 1897, on commençait à établir certains droits frappant, à la sortie du Laos, les marchandises transportées en Annam. Ces mesures ont pu, pendant un certain temps, arrêter à leur
début des tentatives qui avaient été faites pour créer, entre les provinces de Xg-hé An et de Cam Mon, des marchés servant de lieux d'échange. Mais ce mouvement, qui était en bonne voie, n'aura été qu'interrompu, et les Laotiens auront, nous l'espérons, reconnu que les prix offerts et donnés pour leurs produits par les habitants de l'Annam étaient assez rémunérateurs pour qu'on pût, à leur passage entre les deux pays, les frapper d'un faible droit de sortie.
Le Cam Mon a été, à la suite de l'invasion siamoise, dépouillé d'une grande partie de ses éléphants, qui font sa richesse, son luxe et son originalité. Il était donc indispensable, pour amener le repeuplement, d'entraver, autant que possible, la vente de ces animaux aux Birmans, qui les recherchent non seulement pour eux, mais surtout pour les Anglais. Cette vente se faisant d'habitude par la rive droite du Mékong et par le haut Laos, la mesure quia frappé la sortie des éléphants par ces deux voies d'une taxe très élevée i était un acte de précaution, et de bonne administration, dont la nécessité s'imposait.
L'alcool n'est pas imposé jusqu'à présent, et cependant, en présence de la consommation immodérée que, dans presque tous les villages, en font les Laotiens, il serait peut-être utile d'étudier cette question, dans un but humanitaire, d'abord, et ensuite, afin d'en faire pour l'administration une source de revenus.