‹ Le Laos, et le protectorat françaisChapitre 35 sur 46 · L ÉLEVAGE ET LES VEGETAUX · texte numérisé non relu

L ÉLEVAGE ET LES VEGETAUX

ayant clé récoltés sur des lianes. Nous regrettons vivement de n'avoir pas en notre possession une parcelle de chacune de ces deux lianes, pour permettre d'indiquer les familles auxquelles elles appartiennent, mais ce point peut être facilement élucidé, et ne peut en rien préjudicier à l'importante découverte faite dans le Laos. Il y a là, en effet, pour le pays, une source assurée de revenus, si, comme il nous l'a été dit, les lianes productrices sont abondantes.

« Les échantillons qui nous ont été soumis ont été coagulés naturellement, ce qui nous paraît être le meilleur procédé, car le latex, dans ces conditions, n'est pas détérioré par les produits chimiques qui sont employés, d'habitude, pour obtenir une coagulation rapide.

« Dans telle contrée on emploie le jus de citron, ou l'acide sulfurique dilué (Madagascar) ; dans telle autre, on emploie le sel marin (Bornéo et la rivière de la Cazamance) ; dans telle autre encore, on fait usage de l'alun (Pernambuco.) Mais, comme nous l'avons dit, rien ne vaut la coagulation naturelle, car les substances employées pour hâter la coagulallon ne donnent pas, bien au contraire, de la" (jualité au produit.

« Nous conseillons surtout de ne pas employer le feu de bois ver(, ou de noix oléagineuses, comme cela se fait au Brésil pour le latex de l'Hevea, connu généralement sous le nom de caoutchouc du Para. La chaleur du feu ne pourrait, à notre avis, (juc dtîtériorer le produit, bien loin de lui donner de la

qualité. Le meilleur procédé de récolte serait donc, suivant nous, celui qui a été employé pour les échantillons qui nous ont été soumis.

« En admettant donc que la liane soit très abondante, il faudrait, après en avoir recueilli le suc, procéder à la coagulation, en divisant par petites masses le produit de la cueillette, et en les abandonnant à elles-mêmes jusqu'à ce que la coag-ulation soit assez avancée pour permettre l'emballag-e. Une grande surveillance doit être exercée à ce moment, car il faut éviter avec soin de laisser les indigènes mêler au latex, soit par fraude, soit par négligence, de la terre ou des pierres. La terre, en effet, a le pouvoir de produire sur le caoutchouc brut une action destructive qui ressemble à une oxydation. Les caoutchoucs mélangés à de la terre deviennent très facilement visqueux, et perdent leur élasticité; leur nettoyage devient très difficile, et, par suite, le prix de vente devient beaucoup moindre.

« Les deux échantillons qui nous ont été soumis représentent une marchandise qui trouverait très facilement un emploi régulier dans la fabrication des objets en caoutchouc : celui qui se présente sous formes de larmes agglomérées, dans toutes sortes d'objets; l'autre qui se présente sous forme de masse légèrement humide à l'intérieur, trouverait plus spécialement son emploi dans la fabricationa du jouet, du ballon, et de l'article de chirurgie blanc ou rouge, tout en étant de qualité largement suffisante pour trouver également son emploi dans tous les autres objets confectionnés.

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« En résumé, nous pouvons affirmer, sans crainte d'être contredits, que la découverte du caoutchouc au Laos est d'une très haute importance pour le pays. Le caoutchouc a été, jusqu'à présent, un produit très rémunérateur pour les récoltants, et il est permis de supposer que les prix que nous avons indiqués plus haut peuvent ne pas toujours rester aussi élevés. Il n'en est pas moins vrai qu'il y a là un élément complètement nouveau de prospérité commerciale et financière, pour cette partie de notre colonie d'Indo-Chine. w

L'examen fait si oblig-eamment par MM. Morellet, dont la grande compétence en pareille matière est universellement connue, nous permet de conclure que la présence, dans la province de Cam Mon, d'un caoutchouc de qualité supérieure, aura pour résultat d'y amener, à bref délai, l'exploitation européenne. J'ai, en effet, au cours des tournées et des promenades qu'il m'a été loisible de faire, pendant le deuxième semestre de l'année 1897, constaté la présence des lianes en question dans six cantons différents, dont un est très rapproché du Mékong'. Il faut ajouter que ces lianes ne sont pas d'une recherche difficile, puisque, quand j'arrivais dans un village, aussitôt après m'être assuré de leur existence par mes conversations avec le maire, on envoyait quelques jeunes garçons en chercher des échantillons, et, une heure à peine après leur départ, ces jeunes gens revenaient en m'en apportant des brassées.

Je pense donc qu'il y a là, pour un Européen disposant de quelques capitaux, un commerce très

lucratif à oiilreprondre, à condition de ne pas laisser les Laotiens opérer sans une surveillance très serrée.

Ces e^rands enfants auraient vite fait, en effet, s'ils étaient livrés à eux-mêmes, de détruire les lianes productrices, tandis qu'en y faisant une seule incision rapprochée de terre, et en adaptant au-dessous de cette incision un petit récipient, un g^odet en fer blanc ou en zinc, on peut récolter la même quantité de suc qu'en détruisant la liane, et on s'assure, en la laissant vivre, une nouvelle récolte qui suivra de près la première.

L'opération est facile et peu pénible, et le travail presque nul, puisqu'il suffit, les récipients une fois placés, de les visiter de temps en temps pour recueillir le précieux produit. C'est de cette manière que l'on opère dans tous les pays de production du caoutchouc.

Je me suis renseigné auprès des mandarins, et des maires des principaux villages voisins des cantons où se trouvent des lianes, afin de savoir quel serait le prix, assez rémunérateur, cju'il faudrait donner pour un mun de caouchouc ; le mun représente un poids de douze kilos. Il résulte de l'ensemble des renseignements ainsi recueillis qu'en payant le mun de caoutchouc rendu soit à Ha Trai, soit à Pak Hin Bonn, au prix de quatre piastres, on pourrait en obtenir de très grandes quantités. La tonne de caoutchouc reviendrait donc, dans ces deux localités, à 833 francs. Elle vaut à Paris, d'après l'expertise de MM. Morellet, de 5ooo à 8000 francs. En

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présence de l'écart énorme de ces chiffres, on comprendra qu'il n'y a guère à tenir compte du fret, quand il s'agit d'un produit aussi rémunérateur, et nous pensons qu'il est inutile d'insister davantage sur la valeur du caoutchouc découvert dans le Cam Mon, et sur les bénéfices que son exploitation peut procurer à une société honnête et disposant de quelques capitaux.

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