ÉR
La baignade des éléphants.
partout le même, des femmes curieuses se pressent au passage des pirogues.
Les unes sont nues, et après la baignade se sèchent au soleil ; les autres, la poitrine provocante, portent le sin (pagne) mordoré.
Toutes sont couronnées de fleurs.
Derrière elles, inévitables, partout rencontrés, des bonzes vêtus de jaune regardent, hautains et graves.
Sans transition, la nuit tombe, enveloppant de son ombre les arbres et les femmes, les villages et l'eau maintenant sans reflets.
C'est l'heure exquise des soirs parfumés; c'est aussi celle de l'arrêt au gîte d'étape.
Il apparaît dans le loin, signalé par des lumières.
On accoste, et, on se trouve en face de véritables spectres dont les flammes d'un brasier-signal ou plutôt d'un brasierbalise, font danser les ombres agrandies.
Ce sont des Khas descendus de la montagne, qui ont appris, on ne sait comment — mais, dans toutes les colonies les nouvelles se propagent avec une rapidité que peut souvent envier le télégraphe, — le passage de marchands de voyageurs, et qui viennent vendre les produits de leur chasse.
Non loin d'eux, indifférents à ce spectacle familier, les piroguiers amoureux de la nuit jouent du Rhêne devant des femmes accourues, ou fredonnent en sourdine la chanson du Mékong, père nourricer du grand Laos des Bonzes et des pagodes.
Uouddha en bois sculpté.