fr
Cornes de cerfs, d’élans et de
ou de 18 à
40 fr.
la paire.
daims dures
Peaux de cerfs, d’élans, de
75 fr.
les 100 kilos.
daims, de chevreuils . . .
83 fr.
Cornes de buffles sauvages. .
60 fr.
Peaux de buffles sauvages. .
50 fr.
Cornes de bœufs
58 fr.
Peaux de bœufs
65 fr.
Os de tigres et autres félins.
Peaux de tigres, panthères et autres félins de grande
75 fr.
taille
Écailles de pangolins (sans la
12 fr.
50 la pièce.
peau)
72 fr.
les 100 kilos.
Peaux de pangolins (avec
écailles
Peaux de singes divers . . .
Carapaces de tortues. . . .
46 à 60 fr. les 100 kilos.
83 à 88 fr. —
37 à 50 fr. —
Pêche. — Le Laos, avec son réseau hydrologique si développé et ses cours d’eau d’importance variée, est un pays de pêche par excellence ; le Laotien, très friand de poisson, est un pêcheur des plus adroits.
Quelques espèces de poissons du Mékong descendent jusqu’à la mer à certaines époques, puis reviennent dans le grand fleuve, le remontent pendant plus de 2.000 kilomètres jusqu’à une altitude de 400 mètres. On trouve, en effet, des raies énormes qui atteignent jusqu’à 4 mètres de la tête à l’extrémité de la queue, et l’on rencontre fréquemment des poissons analogues au merlan, au maquereau, à la sardine, au thon, à la sole et à la limande, qui presque tous ont conservé, malgré la distance, le goût du , poisson de mer. i
Le plus gros poisson du Laos est le Pa-Beuk : sa chair ' est séparée en tranches sous forme de lanières que l’on i fait sécher au soleil ; ses œufs, qui forment deux énormes masses pesant près de 10 kilogs, servent à préparer une sorte de caviar très estimé dans le pays.
Les autres forts poissons sont employés pour fabriquer diverses conserves dont certaines atteignent le prix de 18 à 25 francs les 100 kilogs.
Les prix subissent des fluctuations, suivant l’importance de la pêche. Les gros poissons dont nous venons de parler se vendent à des taux de 1 à 40 francs, suivant leur poids et l’approvisionnement du marché.
On trouve aussi au Laos, dans les étangs et dans les rivières, à la saison des pluies, des anguilles, des crevettes genre bouquet et des crabes; on pêche dans les
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cours d’eau divers coquillages comestibles, comme la moule de rivière et les petits bigorneaux. Les étangs et les mares donnent asile à plusieurs espèces de grenouilles dont quelques-unes atteignent une taille énorme. Toutes sont comestibles et se prennent avec un chiffon rouge attaché au bout d’une ligne fixée à un long bambou.
II. Elevage. — Les Laotiens se livrent à l’élevage de l’éléphant, du cheval, du buffle, du bœuf, du porc, de la chèvre et du ver à soie, ainsi que des volailles qui servent à l’alimentation de la population.
Éléphant. — L’éléphant est d’un bon rapport, bien que cet animal n’acquière de valeur marchande que vers sa cinquième année; jusqu’à ce moment il ne nécessite aucun soin spécial ni aucune dépense, car les petits accompagnent toujours leur mère et pourvoient eux-mêmes à leur nourriture.
Sur un point du royaume de Luang-Prabang, dans une province de la rive droite du Mékong qui compte à peine 13.000 habitants (Outhaï-Tani), existaient en 1898 plus de cent éléphants domestiques et douze petits provenant de l’élevage. Si l’exemple de cette province était suivi dans tout le Laos, le nombre des éléphants y augmenterait rapidement, et, dans un temps relativement court, constituerait une nouvelle source de richesse pour le pays dont une partie seule possédait, dit-on, avant les incursions siamoises, un million de ces animaux (1).
Mais à chaque invasion que subit le Laos, surtout au cours du XIX® siècle, les Siamois, les Annamites, les Cambodgiens ne manquèrent pas de le dépouiller tour à tour de cette véritable richesse.
(1) Le royaume de Luang-Prabang était appelé autrefois Lan-Xang, ï pays du million d'éléphants.»
Dans le Laos méridional, l’élevage consiste surtout dans un dressage des jeunes sujets récemment capturés. | Ainsi, dans la province de Ban-Mouang, les vastes plaines du Sé-Kampho et de la Sépien sont d’excellents pacages pour les éléphants. Il y a toujours, en effet, dans les environs de Ban-Pa-Pho une cinquantaine d’animaux nouvellement capturés qui sont en éducation pour la vente. Il est à regretter que ces belles plaines ne soient pas plus utilisées pour l’élevage du bétail en général et de l’éléphant en particulier.
Cheval. — La plupart des régions du Laos conviennent au cheval; il n’occupe pas cependant la place prépondérante qu’il lui serait possible d’avoir. On peut constater, au contraire, une diminution sensible du nombre des chevaux, et il est difficile de se procurer aujourd’hui, sur place, des montures convenables. Les causes de ce déchet paraissent être les suivantes :
1° Les nombreux achats faits dans le Laos méridional i pour la Cochinchine, le Cambodge, l’Annam et le Siam.
2" Les prix rémunérateurs offerts aux éleveurs qui se , sont débarrassés de leurs étalons comme de leurs juments.
Par suite, ces dernières sont devenues rares dans le pays. Quant aux étalons, il est difficile de s’en procurer puisque les chevaux trouvent acquéreurs dès l’âge de i deux ans et sont emmenés au dehors. La plupart des beaux étalons ont disparu; et il reste surtout des haridelles, peu dignes d’un autre nom.
C’est pour remédier à cet état de choses que le gouverneur général de l’Indochine a, sur la proposition du rési- j dent supérieur, créé des dépôts d’étalons.
Des primes sont aussi payées aux éleveurs qui amènent i des juments à la saillie, et pendant trois années consécu- i
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tives, on en accorde une également aux produits présentés en bon état.
Il paraîtrait que la création de ces dépôts n’aurait pas donné tous les résultats qu’on en espérait.
La race des chevaux du Laos continue donc à dégénérer. Pourtant certaines tribus khas (Djaraïs et Radès) possèdent encore de très beaux spécimens ; mais ils ne cèdent leurs chevaux et juments que difficilement et à un prix fort élevé. Ils ne montrent jamais leurs montures aux acheteurs ; c’est par hasard que ceux-ci les découvrent en parcourant leurs villages. Il est certain que la plupart des belles bêtes du Phu-Yen et du Binh-Dinh viennent de la région des Radès.
Dans le Laos méridional, aucune épizootie n’a encore été signalée. Il n’en est pas de même dans le Laos septentrional où l’épidémie fait chaque année des ravages.
Quoique de petite taille, les chevaux du Laos sont robustes, vifs, nerveux, courageux et d’une grande sobriété. Ils rendent de grands services : ils ont en effet le pied très sùr, ne sont pas ombrageux, passent à peu près partout, en montagne sur les roches ou en plaine dans la vase et sur les chaussées étroites des rizières. On peut se fier entièrement à leur instinct.
Buffle. — Dans tous le Laos, l’élevage du buffle est en honneur, et subvient aux besoins de l’agriculture et de la consommation qui absorbe une grande quantité de sujets, des jeunes surtout. Reaucoup de ces animaux, en effet, sont immolés à l’occasion de fêtes, de cérémonies diverses ; d’autres enfin, dans quelques grands centres, servent à l’alimentation journalière.
Le buffle existe partout, et comme cet animal est très rustique, il trouve toujours, même dans les forêts, de quoi se nourrir.
L’administration encourage sa reproduction d’une façon très efficace ; il s’est, depuis notre arrivée au Laos, développé dans des proportions telles que l’exportation dans les régions voisines a pris une réelle importance.
Bœuf. — Au Laos, le bœuf est élevé surtout en vue de sou utilisation pour les transports ou de son exportation comme animal à abattre; dans l’extrême nord, on l’attelle aussi à la charrue.
Les Laotiens ont une répugnance instinctive pour sa chair et n’en mangent que lorsqu’un animal est blessé accidentellement. Il existe même à ce sujet certains préjugés et certaines coutumes, vestiges sans doute d’un autre âge où les ancêtres des habitants actuels étaient des peuples pasteurs, chez qui l’abatage du bœuf en vue de l’alimentation est interdit sous peine d’amende.
Les buffles du Laos sont de belle taille et vigoureux ; quant aux bœufs, ils laissent souvent à désirer. Cela vient de ce que les indigènes élèvent le bœuf comme le buffle, c’est-à-dire l’abandonnent à lui-même. Si le buffle, animal rustique et autochtone, ne réclame presque aucun soin pour prospérer, le bœuf, animal métissé, importé et moins fruste, demande beaucoup de ménagements et de soins. Or, en le traitant de même, on arrive à créer des produits inféi'ieurs ; d’où une dégénérescence progressive de la race .
Les Youns, les Lus et les Birmans sont les seuls s’entendant parfaitement à élever le bœuf de trait et de bât ; ils obtiennent des sujets de taille relativement haute, robustes, courageux et endurants à la fatigue. Ils parviennent même, grâce à un traitement et à des soins appropriés, à mettre en bon état et à dresser des animaux souvent malingres qu’ils vont acheter quelquefois fort loin, jusque dans le Laos méridional.
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Les bœufs du Song-Khône et de la région Kham-Thong- Niaï-Saravane sont destinés surtout à être vendus au Cambodge et en Cochinchine comme viande de boucherie ; c’est d’ailleurs un commerce assez lucratif.
Porcs. — Les porcs servent surtout à l’alimentation des indigènes qui en font une grande consommation. La chair de cet animal est très en faveur parmi la population; c’est elle qui, préparée seule, ou avec du poisson, entre le plus fréquemment dans la composition des repas.
Les Lus, les Méos, les Chinois et les Khas sont des éleveurs émérites de porcs, et leurs produits pourraient figurer avec succès à nos concours régionaux; ils les engraissent en compartiment clos après les avoir préalablement châtrés.
L’espèce la plus commune est celle dite « porcs cochinchinois ou du Tonkin », à robe grise tachetée de blanc, quelquefois presque noire et portant sur le dos une crinière de longues soies rigides, semblables à celle du sanglier; même à l’état domestique, ces animaux ont des canines très développées.
Il existe une autre variété, de taille moins élevée et de robe plus claire, répandue surtout chez les populations laotiennes des bords du Mékong ou de ses affluents.
Poules. — Les Méos possèdent une race de poules de taille beaucoup plus élevée que celles des plaines; ils pratiquent couramment le chaponnage qui donne des produits très appréciés des Européens pour la fermeté de la chair et la finesse du goût.
Chèvres. — L’élevage des chèvres ne donne lieu à aucune remarque particulière ; il se fait naturellement sans soin spécial; il est localisé dans le Laos septentrional. Dans le Laos méridional, on ne trouve des chèvres qu’à
l’état sauvage; des Européens ont introduit pour leur usage particulier quelques animaux domestiques.
Mouton. — 11 serait intéressant d’essayer l’élevage du mouton sur les hauts plateaux du Laos septentrional. On a nié la réussite d’une entreprise de ce genre, mais aucun essai sérieux n’a, paraît-il, encore été tenté. Il s’agirait d’abord de faire choix d’une race apte à se multiplier sur des terrains analogues à ceux du Laos septentrional, comme altitude, climat, fourrages, état hygrométrique, constitution du sol, etc. Le mouton résistant difficilement à l’humidité, il faudrait aussi transhumer les troupeaux sur des points élevés et secs pendant les mois de la saison pluvieuse. Après quoi, ils pourraient être ramenés dans les pâturages de plaine, au commencement de la saison sèche.
III. Flore. — Le Laos dépend du même nœud orographique que tous les territoires qui l’entourent, Birmanie, j Yunnan, Siam, péninsule malaise. La nature du sol, la I configuration du terrain, la répartition des différentes , formations géologiques y sont identiques. Il s’ensuit que ; sa flore, et en général ses richesses forestières, sont ana- ' logues à celles de tous ces pays, étudiés depuis longtemps déjà à ce point de vue spécial.
Il y aurait très probablement d’intéressants travaux ' de botanique à entreprendre au Laos, où la flore est si j variée et si riche qu’on a pu dire que c’était le « paradis , du naturaliste ».
Les forêts, outre les essences arborescentes qui seront étudiées plus loin, contiennent une variété considérable ( de plantes et de fleurs, dont la plupart, encore inconnues, | sont aussi remarquables par la diversité de leurs teintes j et la grâce de leurs formes que par la suavité de leurs ^
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parfums. Il existe aussi des mousses d’une finesse et d’une douceur extrême, ainsi que des fougères naines et arborescentes aux élégantes dentelures, aux teintes harmonieusement nuancées variant du jaune au rouge ponceau.
Les arbres supportent aussi d’incomparables orchidées sauvages aux fleurs étranges, des plantes grimpantes ou volubiles de toutes formes, de toutes couleurs, aussi gracieuses que fines, qui se croisent, s’entrelacent et forment avec les lianes un inextricable fourré, un rideau de fleurs, de tiges et de feuillage qui s’agite au gré des vents et qui devient assez épais en certains endroits pour faire une ombre presque perpétuelle (1).
C’est encore dans ces forêts que croissent sans culture des plantes alimentaires, médicinales et tinctoriales, telles que les ignames, tarots, gingembre, cardamome, roucou, curcuma, cachou (sisiète), campêche, indigo sauvage, etc., ainsi que des arbres et des lianes produisant des résines, de l’buile-laque, de la laque noire et carminée, du damar (huile de bois), du benjoin, de la cire, des ffommes et du caoutchouc.
Le riz et le maïs, base de la nourriture des indigènes et éléments de premier ordre pour la fabrication de l’alcool, se cultivent sur les plateaux, les collines basses, le flanc des montagnes, les vallées, aussi bien que sur les dépôts d’alluvions du Mékong.
Les berges des cours d’eau, inondées chaque année et fertilisées sans cesse par les apports de limon, sont
(1) La nomenclature exacte de ces espèces florales est presque impossible à établir. Bornons-nous à signaler parmi beaucoup d'autres encore inconnues : l’acacia, et principalement l’acacia farnèse, diverses sortes de lilas, l’hibiscus double et simple, l’œillet d’Inde et les zinias, le lotus, la célosie crêtée, la belle-de-nuit, le tournesol, plusieurs sortes de magnolaciées, de seringas, de cameliacées, etc.
utilisées pour la culture du coton, du tabac, de l’indigo, du ricin, des patates, des arachides, du manioc, des légumes et des fruits tels que oignons, aulx, tomates, citrouilles, melons, fenouil, moutarde, liserons comestibles, sensitive d’eau, etc. Dans les jardins cultivés près des rives, se trouvent en outre la canne à sucre, le cocotier, le palmier à sucre, l’aréquier, le latanier, le poivrier bétel, le mûrier arborescent, le piment, la coriandre, la menthe, la citronnelle, le pourpier. On y trouve aussi une quantité considérable d’arbres à fruits, bananiers (plus de 24 variétés), canneliers, figuiers, orangers, mandariniers, pamplemoussiers, citronniers, limoniers, ananas, grenadiers, goyaviers, manguiers, papayers, plaqueminiers (diospyros, ebenum) mangoustaniers, jacquiers, dourianiers, corossoliers (pomraier-cannelier), avocatiers, letchis, sapotilliers (balata rouge), fayolliers (légumineuses), ouatiers (bombax et callotropis), tamariniers, jujubiers, caramboliers, châtaignes d’eau, etc.
Dans le nord du Laos croissent des pêchers, pruniers, amandiers, noyers, cerisiers, pommiers, poiriers, fraisiers, néfliers, dont les fruits se rapprochent comme goût de leurs similaires d’Europe, mais sans avoir leur succulence ni leur grosseur.
A la lisière, et même quelquefois au milieu des forêts, on trouve aussi d’autres arbres fruitiers, sauvageons sans culture, qui rappellent le prunier, le cerisier, le pommier (jamboisier à pomme rouge ou verte), le figuier, le cognassier, etc,, dont les fruits restés à l’état sauvage, ou y étant retournés faute de soins appropriés, ne sont pas comestibles. Les graines, les pépins ou noyaux se sont développés outre mesure au détriment de la pulpe qui est restée coriace, amère ou insipide.
Enfin, sur les plateaux et dans les hautes vallées, on
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cultive le pavot à opium, le thé, la ramie, le chanvre, etc.
La plupart de nos légumes poussent au Laos, dans les jardins des Européens. Les semis ont lieu à la fin de la saison des pluies, et l’on peut récolter et semer de nouveau, pour les plantes hâtives, jusqu’en juillet, mais en ayant soin de couvrir les planches pendant les averses fréquentes à partir du mois de mai.
IV. Forêts. — Les forêts du Laos se présentent sous deux aspects caractéristiques, suivant que le sol est montagneux, argileux, calcaire ou plat, faiblement incliné, sablonneux, rocailleux. Dans le premier cas, il est très végétal, frais, riche en humus et par conséquent couvert de forêts épaisses (Dong ou Pa) ; dans le second, peu productif, chaud, et pauvre en terre fertile, il est couvert de forêts claires (Khok ouPa-hang).
11 y a actuellement une centaine d’essences de bois sur lesquelles on possède quelques renseignements. En dehors des arbres, il faut signaler encore les rotins, bananiers et lambris. De ceux-ci il existe une vingtaine d’espèces dont la tige varie de la grosseur du petit doigt jusqu’à 30 et même 35 centimètres de diamètre ; leur hauteur atteint quelquefois 20 mètres. On trouve six ou sept variétés de rotin de qualités et de grosseurs différentes ; il n’est utilisé que pour les besoins locaux. Parmi les nombreux bananiers sauvages, quelques espèces comme le « kokkoué-kene » donnent une sorte de filasse qui rappelle l’abaca.
S’il nous est permis, aujourd’hui, d’énumérer approximativement les richesses forestières du Laos et d’en supputer l’immense valeur marchande, nous ne pouvons les considérer encore que comme des réserves pour l’avenir, en souhaitant que celui-ci soit le plus rapproché possible.
On ne pourrait conseiller l’installation de scieries aux points d’abatage, dans le Moyen et Haut-Laos surtout. Une industrie de ce genre n’aurait pas encore devant elle des débouchés locaux suffisamment importants, à cause de la difficulté des communications. D’ailleurs les indigènes n’emploient pour la coupe et le débit du bois que la hache et le coupe-coupe, et ils ne consentiraient jamais à payer les frais de sciage. Resterait pour les marchés de la côte ou pour l’exportation une exploitation qui pourrait être fructueuse dans l’avenir ; mais tant que n’existeront pas des voies ferrées allant du Mékong à la côted’Annam, tant que le fleuve ne sera pas entièrement amélioré, il ne faudra point songer à débiter sur place les essences forestières, et à les exporter sous forme de bois préparés pour l’industrie (planches, billes, poutres) ni, conséquemment, à établir des scieries à l’intérieur du Laos.
Le seul moyen, actuellement pratique, serait le flottage des bois en grume, soit seuls, si leur densité le permet, soit au moyen des soufflages en bambous. Ces bois, charriés ainsi jusqu’à Khône-Nord, pourraient alors être débités dans l’île même par des scieries, comme il en existe déjà une aujourd’hui; ils seraient transportés sur Pnom-Penh ou Saigon par vapeur.
Préservation et conservation des forêts. Reboisement. — L’administration du Laos s’est préoccupée de remédier autant que possible à l’indifférence des populations en ce qui concerne la conservation des essences forestières. Elle a pris des mesures pour faciliter le reboisement des collines ou plateaux cultivés en raïs.
Ces mesures étaient indispensables, si l’on voulait éviter qu’avec le temps les collines et mamelons du Laos ainsi que les versants des montagnes se dénudent et deviennent stériles, comme cela s’est déjà produit dans
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les Sib-Song-Pahn-Na ainsi que dans les pays du Nord. Les hauteurs ne portent aucun arbre, aucune verdure, le roc est à nu sur leurs parties saillantes, et l’on ne trouve un peu d’humus que dans les vallons exposés au Nord.
Ce déboisement et cette dénudation sont dus aux incendies annuels qui se propagent de raï en raï, au moment où les habitants se livrent à de nouveaux défrichements.
Dorénavant, conformément aux instructions répandues dans tout le pays par l’administration supérieure du Laos et par les administrateurs provinciaux, la culture sur raïs sera réglementée de la façon suivante :
1° Les emplacements à défricher seront déterminés par les autorités locales, qui choisiront des terrains assez éloignés des anciens raïs en cours de reboisement, afin d’éviter la propagation des incendies.
2° Les raïs en cours de reboisement seront entourés d’un fossé et d’abatis. Les propriétaires des raïs les plus proches devront veiller, malgré ces précautions, à empêcher la propagation des incendies.
3° Lorsque sur un terrain choisi pour y faire un raï nouveau se trouveront des arbres de belle venue et d’essences utiles, ceux-ci seront coupés suivant l’usage ; mais, au lieu de les brûler sur place, les déboiseurs devront les pousser hors des limites du raï et à l’abri du feu, en vue de leur utilisation ultérieure.
4° En outre, les autorités locales obligeront la population à faire sur toute la surface des raïs abandonnés des semis et des plantations d’arbres à croissance rapide, ayant des racines assez puissantes pour retenir la terre végétale.
En opérant ainsi sur tous les raïs abandonnés, on peut avoir l’espoir qu’en quinze ou vingt ans ils seront reconstitués, et porteront assez d’humus pour se prêter de nou-
veau à la culture. Leur végétation ainsi renouvelée rétablira le régime h^’^grométrique de la région et la répartition rationnelle des eaux d’infiltration.
Plantations forestières. — Partant de ce principe que les arbres d’essences dures ou précieuses disparaîtront rapidement le jour où les richesses forestières du Laos seront régulièrement exploitées, quelques administrateurs ont pensé qu’il serait sage d’entreprendre, dès maintenant, la plantation d’espèces de choix.
Cette précaution ne peut paraître ni excessive ni prématurée, si l’on songe au temps nécessaire à un arbre quelconque pour qu’il atteigne son plein développement et acquière une valeur commerciale.
Comme on ne peut compter ni sur l’initiative des populations, ni sur leur bon vouloir pour s’occuper de plantations, on a proposé d’agir d’autorité. Les habitants de chaque village inscrits pour remplir cette tâche seraient contraints à planter annuellement, dans des endroits propices, d’accès facile, à proximité de centres habités et de cours d’eau, un certain nombre de pieds des essences les plus utiles, appropriées au climat et au sol de la région.
L’exemple a déjà été donné pour les plantations de teck.
L’administration a fait distribuer aux indigènes des graines de cet arbre précieux.
Les Laotiens sont si nonchalants que beaucoup ont laissé pourrir les graines sans les utiliser. Il a fallu donner des ordres, faire même des menacojs pour obtenir que les semis fussent faits.
On peut donc espérer voir un jour de nombreux tecks s’élever dans les terrains où ne croissent encore aujourd’hui que les arbres rabougris et de qualité inférieure de
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la forêt clairière ; ce sera pour le pays une source de richesse inappréciable.
En dehors du teck on peut préconiser la plantation de certaines essences, telles que le maï-niom-pha (faux acajou), le maï-thon (faux noyer), le niai-kha-nioung (faux palissandre), le maï-lang-dam (ébénier), etc.
Sans doute l’eucalyptus croîtrait bien dans certaines régions du Laos.
V. Cueillette. — Les habitants du Laos, nous l’avons vu, sont apathiques, peu enclins au travail ; néanmoins ils trouvent à satisfaire facilement leurs besoins, tout en se donnant peu de peine.
En effet, en dehors de quelques cultures annuelles, faites sur les alluvions renouvelées des cours d’eau, telles que le tabac, le coton, l’indigo, il n’y a que la production du riz et du maïs qui exige d’eux — et encore pendant un temps relativement court, — un certain travail et quelque persévérance. Nous ne citons que pour mémoire le pavot à opium, la ramie, le chanvre et le mûrier, car seule une faible partie de la population s’adonne à ces cultures encore peu développées.
Pourtant, dira-t-on, l’indigène a une vie facile, s’habille convenablement, habite une maison solide et confortable, à son point de vue, possède des ustensiles divers, des armes, quelquefois même des étoffes deprix, des bijoux, etc. Il dépense de l’argent en fêtes, en offrandes aux bonzes et aux pagodes ; il paye des impôts, il solde des frais de justice souvent considérables par rapport au litige ; il subit plus ou moins les exactions de ses mandarins. Enfin, les transactions commerciales du Laos portent sur des quantités assez élevées et des sommes plutôt fortes relativement au chiffre faible de la population.
A quoi cela tient-il ? D’où vient que le Laotien qui produit si peu avec ses bras a pourtant le nécessaire ?
Gela provient de ce que le Laos est surtout un pays de cueillette.
En effet, la cueillette, c’est-à-dire la récolte des produits forestiers, la chasse et la pêche, suffisent, en dehors du riz et du maïs, aux besoins journaliers de l’indigène et lui assurent même un élément de trafic relativement important.
Voici la nomenclature des principales productions des forêts du Laos :
1° Benjoin (Khab-niane, en laotien).
Le benjoin est extrait de l’arbre nommé styrax-benjoin, au moyen d’incisions faites sur le tronc. Les arbres à benjoin (kok-khab-niane) sont localisés dans le Haut- Tran-Ninh, le sud des Hua-Pahn et le nord de la province de Luang-Prabang. Ils ne reçoivent aucune espèce de culture : la résine ou gomme est récoltée, à certaines époques, généralement par les Khas, au pied des arbres et le long du tronc où elle s’est coagulée en masses ou larmes.
Le benjoin est recueilli tel quel, c’est-à-dire en larmes plus ou moins grosses et en brisures. Dans les centres de production, il est séparé en trois qualités : larmes grosses et moyennes, larmes moyennes et petites, et enfin menus morceaux et brisures. Sur les marchés de transit, ces trois qualités sont de nouveau, au moyen d’un triage et d’un tamisage, transformées en six sortes ou six types qui sont : le benjoin en larmes grosses, moyennes et petites, en mélange gros et moyen, et enfin en débris ténus et poussière.
Il y a quelques années, la chimie ayant, paraît-il, découvert un procédé pour extraire de la houille certains alca-
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loïdes parfumés contenus dans le benjoin, ce produit avait perdu brusquement plus de 60 pour 100 de sa valeur. Actuellement, les prix sont, suivant qualité : à Luang- Prabang, de 90 à 115 francs les 100 kilogs (1) ; à Nong- Khay, de 100 à 135 francs ; à Korat, de 120 à 160 francs.
Une partie de la production du benjoin est consommée sur place pour la confection de bâtonnets odoriférants, destinés au service du culte. Tout le reste est exporté sur Bangkok et de là en Europe ; une très faible partie est dirigée sur le Tonkin par la Rivière-Noire. A son arrivée à Bangkok, le benjoin du Laos a déjà acquis une valeur double de celle qu'il avait à Luang-Prabang.
2“ Laque carminée ou stick-lack (Khang-Deng, en laotien).
Cette gomme est produite par un insecte du genre « cochenille », le Coccus lacca, qui secrète la laque pour envelopper ses larves.
Elle se présente, dans le commerce, sous la forme de morceaux demi-cylindriques, de brisures (laque en grains) ou encore adhérente aux branches de l’arbre sur lesquelles elle a été formée ; c’est la laque sur bâtons, d’où le nom, d’origine anglaise, de stick-lack sous lequel elle est connue dans le commerce en Extrême-Orient (2).
Ce produit se récolte par cueillette sur des arbres ensemencés depuis longtemps, disséminés dans la brousse, et aussi par culture régulière sur un arbre trisannuel, ainsi qu’on le verra plus loin. Les principales essences forestières sur lesquelles on trouve la laque sont : les ficus,
(1) Nous croyons préférable de donner les prix en francs et par 100 kilogs, le lecteur pouvant être peu familiarisé avec les poids et monnaies du Laos.
(2) On ne trouve pas au Laos la laque sous sa forme la plus répandue de laque en écailles (shell lack) ; on l’obtient simplement en faisant bouillir dans l’eau alcaline les sortes précédentes.
les butées, les crotons, les mimosas et les acacias.
11 y a trois sortes de laques : la laque de couleur vive (colorant le doigt mouillé) en morceaux francs et entiers; la laque sur bois et la laque brune, celluleuse, en morceaux plus ou moins brisés. Dans le pays, cependant, elle se vend sans aucun triage, et ce n’est que sur les marchés de transit que se fait la distinction des trois sortes.
Les prix par 100 kilogs sont : de 35 à 42 francs à Luang-Prabang, de 45 à 48 francs à Pak-Lay, de 47 à 50 francs à Nong-Khay, 42 francs à Khong et Bassac, 62 francs à Pnom-Penh et Gholon, de 72 à 85 francs à Korat.
La laque carminée est employée en teinture ainsi que pour la préparation de certaines couleurs et vernis à l’alcool. Une petite quantité reste dans le pays ; la plus grande partie est exportée.
3“ Cardamome (Mak-Neng, en laotien).
Le cardamome est le fruit d’une plante, Ellateria cardamomum, qui croit dans les forêts, mais qui peut être cultivée, comme cela a lieu sur le plateau des Bolovens, au Laos et dans la région de Pursat, au Cambodge. L’espèce commune à toutes les parties du Laos est le gros cardamome ou cardamome bâtard, tandis que celui qu’on cultive au Cambodge est le cardamome franc ou petit cardamome, de qualité et de valeur bien supérieures au premier.
La plante pousse de préférence dans les forêts humides. La récolte ou cueillette se fait en août-septembre. La graine est légère et volumineuse ; il en faut environ de 80 à 100.000 pour faire le poids d’un « mune » (12 kilogs environ). Les prix par 100 kilogs sont : de 50 à 54 francs à Luang-Prabang, 63 francs à Pak-Lay, de 62 à 70 francs à Nong-Khay, 50 francs au Cammon, de 75 à 83 francs au
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Song-Khône, de 66 à 87 francs à Saravane, de 70 à 83 francs à Bassac, de 83 à 95 francs à Khong, 58 francs à Attopeu, de 50 à 83 francs à Stung-Treng, 133 francs à Pnom-Penh, 140 francs à Gholon (1) et de 80 à 120 francs à Korat.
4“ Cannelle {Cinnamomum zeylanicum. Kaï-Hom, en laotien).
La culture du cannelier a dû être pratiquée jadis dans le territoire de Vien-Tiane ; puis les habitants, chassés par suite des incursions étrangères, ont abandonné leurs jardins peu à peu envahispar la brousse. La récolte de la cannelle est devenue alors une cueillette sans culture. Depuis plusieurs années, à la suite sans doute des nombreuses demandes qui ont été faites, lorsque le service des douanes avait essayé d’établir un monopole de ce produit en Annam, les habitants se sont mis de nouveau à entretenir les canneliers et à leur donner quelques soins. Des plantations ont même été commencées, et c’est là une heureuse initiative à encourager.
5“ Indigo (en laotien, Kok-Kam et Kok-Hom, suivant que l’on veut désigner V Indigo fera, tinctoria ou Vlndigofera-anil).
Ces deux plantes ne sont pas exclusivement des produits de cueillette, puisque la plus grande partie de l’indigo du Laos provient de cultures faites sur les berges du Mékong et de ses principaux affluents.
Il existe aussi une liane indigofère qui croît à l’état sauvage; les Laotiens la nomment bouok-khua.
La préparation de ce produit au Laos est des plus simples. Les feuilles et tiges fraîches des différentes espèces sont mises à macérer dans des bacs en bois, contenant de
(1) Le cardamome de Pursat vaut sur ce marché de 62o à 830 francs les 100 kiiogs.
l’eau et un principe acide, citron ou limon. Au bout d’un certain temps les feuilles sont enlevées ; puis on précipite ; de la chaux dans l’eau de macération et on agite forte- j ment le mélange, La chaux fixe la teinture et se dépose au | fond des jarres, exposées à l’air. Quand l’eau claire qui était remontée à la surface est complètement évaporée, il reste, au fond de la jarre, une masse durcie qui est l’in- | digo. Ce produit n’est pas exporté ; il ne sert qu’à la | consommation locale, et son prix varie entre 12 et 15 francs les 100 kilogs.
6® Cachou (Sisièt, en laotien).
Le cachou est produit par la décoction de l’écorce de deux espèces d’arbres, l’acacia à cachou et la butée feuillue. ^
Ce produit, qui entre dans la confection du mastica- , toire national avec le bétel, l’arec et la chaux, est con- ■ sommé, dans les grands centres du Haut-Laos, sous forme i de résidu sec, provenant de la décoction des écorces. Mais | généralement ce sont celles-ci qui servent de chiques, après avoir été réduites en menus morceaux. ,
Le sisièt naturel se présente sous la forme de lamelles d’écorce, d’une coudée (Om. 45) de long sur 4 centimètres de large et 1 centimètre d’épaisseur. Ces lamelles sont réunies en paquets de 25 ou de 50, suivant les régions.
Toute la production est consommée dans le pays. Les indigènes vont en forêt, là où existent les arbres propices, , débitent les écorces, empaquettent les morceaux et les chargent sur de grands radeaux qui de Pak-Lay et de ; Vien-Tiane descendent jusqu’à Bassac et même jusqu’à Khong.
A Pak-Lay le sisièt ne vaut que 7 fr. 50 les 100 mor- ; ceaux; mais il coûte forcément d’autant plus cher qu on 1 s’éloigne davantage des lieux de production.
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7° Curcuma (Khi-Mine, en laotien).
Cette plante, de la famille des Zingibéracés, a un rhizome qui renferme une matière colorante jaune-orangé employée pour la teinture de la soie et du coton.
Quelquefois les habitants (principalement les femmes et les enfants) se frottent tout le corps, après le bain, avec de la râpure de curcuma. Cette application sur la peau mouillée, qui se trouve teinte en jaune clair, a pour but, d’après les indigènes, d’éloigner les moustiques et détenir la peau fraîche.
Jusqu’ici, ce produit n’a donné lieu à aucun commerce avec l’extérieur ; il est vendu par petites quantités sur les marchés du Laos.
8“ Gingembre.
Le gingembre, qui se nomme Mak-Khing en laotien, est le Zingiber officinale ou gingembre gris. Employé comme condiment par toute la population, ce produit ne fait l’objet d’aucune transaction ; son prix varie entre 12 fr. 50 et 16 fr. 50 les 100 kilogs.
9® Roucou .
Le roucou ou fruit du Roucouger Bixia, se nomme en laotien Kène-Mak-Soum-Phou (mot à mot : graine d’un fruit acide de montagne). Il est employé pour la teinture en rouge et en orangé, mélangé avec le curcuma. Les arbres se trouvent en forêt; quelquefois dans les jardins.
10® Igname.
L’igname est un tubercule comestible de la famille des Dioscorées ; elle est représentée par deux espèces, la blanche et la noire, nommées en laotien Mane-Phuek- Khao et Mane-Phuek-Dam. Ces tubercules, ressource suprême en cas de disette de riz et de maïs, ne servent en temps ordinaire que comme appoint à l’alimentation courante.
11“ Taro ou colocase (en laotien, Mane-Pa). ;
Le taro est également une plante alimentaire du genre | des Aroïdées caladiées {Caladium esculentum). Comme j l’igname, c’est un tubercule comestible des plus utiles en i
cas de famine. j
12° Plantes médicinales. '
Désignées sous le nom générique de « Ya », en laotien, ces plantes sont représentées par des orchidées spéciales, . des racines, des écorces, des baies, des feuilles et même j des morceaux de bois d’essences diverses, le tout formant 1 un assortiment de médicaments.
Ce sont les Khas qui recueillent ces produits divers dans les profondeurs des forêts et les échangent à des Chinois ou à des Laotiens contre de l’argent ou des objets divers.
Certaines de ces plantes ou écorces sont employées par les Laotiens eux-mêmes ; d’autres, telles que les feuilles ; d’orchidées, par exemple, sont achetées par des marchands j chinois à des prix variant entre 33 et 62 francs les I 100 kilogs.
13“ Giroflier.
Le giroflier {Caryophyllus aromaticus, Kane-Phou, en i laotien) est peu abondant au Laos. Le clou de girofle se i mêle aux divers ingrédients du masticatoire ou se prend ; comme médicament. 1
La culture de giroflier est une de celles que l’on devrait il développer au Laos à cause de la valeur élevée de ses fleurs qui, séchées sur l’arbre, constituent le clou de girofle | du commerce. I
14“ Cire d'abeilles (Phung, en laotien).
La cire d’abeilles est très recherchée au Laos où l’on en II fait une grande consommation. Bien que par sa nature]] elle appartienne au règne animal, les conditions de sali
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récolte au Laos la rattachent à l’exploitation végétale.
C’est, par excellence, un produit de cueillette, puisque, sauf dans les Sib-Song-Pahn-Na, les habitants ne pratiquent point l’apiculture et se contentent d’aller dans les forêts capter les nids d’abeilles pour en extraire la cire. Celle-ci est employée aux besoins domestiques et aux cérémonies du culte ; elle est aussi l’objet d’un trafic assez important.
Au Laos, la cire n’est pas de qualité unique. Elle varie de couleur et de contexture, suivant les régions, les espèces d’abeilles qui la produisent et aussi les fleurs dont cellesci se nourrissent.
Il existe dans le pays des chasseurs de ruches qui sont d’une adresse rare et d’un flair extraordinaire. Ils parviennent à en découvrir de sauvages dans le fouillis des frondaisons forestières, dans des troncs creux et dans des anfractuosités de roches où aucun autre ne saurait les trouver. Les procédés employés pour s’emparer desruches diffèrent peu de ceux qui sont en usage en Europe. Ce sont le bruit, la musique et la fumée.
Les Laotiens prétendent que certains chercheurs d’abeilles arrivent à écarter les essaims, en attirant leur reine au moyen du son d’une sorte de flageolet et en prononçant certaines paroles cabalistiques.
15“ Rotin (Vaï, en laotien).
Le rotin ou rotang est un palmier du genre CdLla,mus rudentum et CalsLmus petræus. Il en existe plusieurs espèces au Laos, qu’on emploie suivant leurs qualités.
L’industrie rotinière est encore à ses débuts. Quelques tribus Khas du Laos méridional exploitent le rotin et fournissent à la consommation locale, soit du rotin brut livré en liens, soit des nattes et des paniers, au prix de 5 francs le mille ou les 60 kilogs environ. Il existe en
grande quantité dans tout le pays ; il fait dans le Laos septentrional l’objet d’un commerce avec le Siam qui en est en partie dépourvu.
Il reste à souhaiter que parmi les échantillons envoyés du Laos en France, il s’en trouve de bons, qui puissent servir au dehors à fabriquer tous ces articles de vannerie et de sparterie dont la consommation s’étend toujours ; ce serait une source de revenus appréciables pour le pays.
16° Bambous.
Les variétés de bambous sont d’environ une vingtaine.
Toutes poussent à l’état sauvage, sauf une seule, le bambou doré (Maï-So-Kham) cultivé surtout dans les enceintes de pagodes.
17° Caoutchouc.
Il existe au Laos plusieurs végétaux fournissant un , latex qui devient élastique, après coagulation. Certaines j espèces de ficus, du genre elastica sans doute, donnent ! du caoutchouc de plus ou moins bonne qualité. Toutefois les végétaux qui produisent le plus de latex et celui | de meilleure qualité, sont des lianes, sur la nature scien- ■ tifique desquelles on n’est pas encore fixé. ;
La liane la plus répandue au Laos est celle qui porte ? le nom de Khua-Mak-Khao-Ngoua ou liane a fruits en ' cornes de bœuf; on l’appelle aussi Khua-Mak-Som ou I; liane a fruits acides. La récolte du latex se fait deux [i fois par an, en juin-juillet (saison des pluies), et en | octobre-novembre (saison sèche). La première récolte j ne donne que du caoutchouc de deuxième qualité, noir | et poisseux. La seconde récolte, de moitié moins abondante que la première, fournit un produit clair, nerveux, sec et élastique, en fils et en lamelles. '
Le caoutchouc de la seconde récolte a été soumis à
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l’appréciation de personnes compétentes, et il paraît devoir être coté avec les meilleures qualités.
Cependant le commerce du caoutchouc n’a pris, au Laos, une certaine extension que pendant quelques années. Depuis trois ans il subit un sérieux ralentissement.
Bien que les lianes existent en très grand nombre dans les forêts laotiennes, on doit se préoccuper dès aujourd’hui de les ménager quand on les exploite, et de multiplier les plants si l’on ne veut point, dans l’avenir, être pris au dépourvu. D’ailleurs on peut prévoir une diminution, car malgré les arrêtés de l’autorité supérieure, il n’a été rien fait pour la conservation des lianes, exploitées sans soin ni ménagements à cause de la grande demande du caoutchouc sur les marchés,
18° Résine de pin.
La résine de pin n’est utilisée au Laos que mélangée à la laque carminée ; elle sert à la confection d’un vernis et de certains mastics. Sa valeur très minime ne dépasse pas 20 francs les 100 kilos et descend parfois à 6 francs. Ce produit ne donne lieu à aucune exportation. Il serait facile d’introduire dans le pays la culture régulière des pins et leur exploitation en résine, si des débouchés suffisamment rémunérateurs étaient ouverts.
19“ Résines diverses.
Plusieurs arbres fournissent une oléo-résine qui, mélangée à de la bâle de paddy, sert à faire des torches et une huile de bois siccative et brillante, ou encore une sorte de poix que l’on emploie pour calfater les pirogues et enduire divers récipients en vannerie ’de façon à les rendre étanches. C’est un similaire de la damarine.
La production de ces résines est limitée aux besoins locaux.
20® Laque noire.
La laque noire du Laos est un vernis noir naturel^ épais et solide, qui est nommé Nam-Kieng; il est sécrété par le Kok-Maï-Nam-Kieng.
Le Nam-Kieng sert à laquer les pirogues de course, les palanquins d’éléphants, les colonnes et les statues des pagodes, des cadres, des récipients divers, des fourreaux de sabre, etc... Les arbres producteurs de laque sont particuliers à certaines localités, et il n’est fait aucune exportation du vernis. Son prix varie dans le pays entro 62 et 75 francs les 100 kilogs.
Il serait intéressant d’identifier cette laque avec celle du Japon, et d’étudier s’il ne serait pas possible de multiplier les arbres qui la produisent en vue d’en faire un élément d’exportation, tout au moins pour les pays limitrophes du Laos.
21® Cunao (faux gambier. En laotien, Mak-Soua).
Le cunao est un tubercule brunâtre que l’on emploie pour teindre les tissus, à défaut du cachou dont il a la couleur. On le trouve au Laos, dans le Gammon, dans une partie des Hua-Pahn et sur la rive droite du Nam- Hou. Ce produit est acquis surtout par des Annamites et des Chinois qui l’utilisent en Annam et au Tonkiu pour teindre les vêtements de travail des paysans.
VI. Cultures. — Nous voudrions pouvoir donner, avec l’énumération des cultures pratiquées au Laos, la surface occupée par chacune d’elles, les terrains cultivables avec la nature du sol et le genre de cultures qui y seraient appropriées; mais, comme le disait M. le résident supérieur Tournier, dans un rapport :
Nous sommes depuis trop peu de temps dans la colonie pour avoir pu y organiser un service cadastral. D’autre part, étant donnés
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la superficie considérable du territoire (267.000 kilomètres carrés), la faible et peu dense population qui l’occupe (2,7 habitants dans le Bas-Laos et 1,1 habitant dans le Haut-Laos, par kilomètre carré), les frais considérables qu’entraînerait l’établissement du cadastre, enfin le faible intérêt qui s’attache à pareille mesure dans un pays où notre avantage est de ne faire que de l’administration indirecte, il m’est impossible de répondre d’une façon précise.
Tout ce que je puis dire, c'est que la superticie des terres cultivables est d'environ 80.000 kilomètres carrés très inégalement répartis. La partie méridionale de la possession présente en effet un certain nombre de vastes plaines bien irriguées ou irrigables, qui se prêtent merveilleusement à l’exploitation agricole.
Par contre, la partie septentrionale est presque exclusivement formée par une série de massifs montagneux juxtaposés, presque sans solution de continuité, ne laissant qu'une place insignifiante à de rares vallées ou plateaux présentant les conditions requises pour l’agriculture.
La surface cultivée peut être arbitrairement évaluée à 30.000 kilomètres carrés, se décomposant comme suit :
Laos méridional, 20.000 kilomètres carrés.
Laos septentrional, 10.000 kilomètres carrés.
Ce qui donne envii’on 15 habitants par kilomètre carré cultivé.
Nous avons donné au chapitre précédent la nomenclature des plantes qui forment la flore du Laos. Nous la compléterons ici en examinant celles qui sont l’objet d’une culture régulière.
1“ Piiz. — Le riz étant l’aliment fondamental des Laotiens occupe la première place parmi les cultures du pays.
Il y en en a deux espèces : le riz gluant ou « Nep » (en annamite), et le riz sec, qui est connu dans le commerce sous le nom de riz blanc de Gochinchine.
Le riz gluant se cultive tout aussi bien en rizières inondées de plaine ou étagées sur les flancs des collines, et en « raïs » ou défrichements temporaires sur les montagnes. Il s’accommode de terres chaudes, marécageuses et grasses.
Il n’est fait qu’une seule récolte par année de novembre
à janvier, les Laotiens ne pratiquant pas l’irrigation artificielle, ne comptant que sur l’eau fournie par les pluies.
Le riz sec peut se cultiver en plaine, mais il l’est généralement sur des raïs de montagne jusqu’à une altitude de 180 mètres, dans des terres ordinaires, fraîches, légèrement sablonneuses. Il peut supporter des températures relativement basses, de 5“ et même au-dessous.
Il est difficile de donner officiellement, d’une façon même approximative, pour les raisons qui ont été exposées ci-dessus, la quantité globale de riz que produit en moyenne le Laos. Elle diffère d’ailleurs d’une année à l’autre par suite des variations météorologiques et par suite aussi des funestes épizooties qui reviennent périodiquement décimer les animaux de labour, et obliger les habitants à restreindre les surfaces ensemencées.
Certaines mauvaises années, à cause du manque d’eau, la production des rizières baisse de 30 à 40 pour 100; les indigènes sont obligés d’avoir recours alors, pour se nourrir, aux racines, ignames et taros qu’ils vont chercher dans la forêt.
C’est la partie septentrionale du Laos surtout qui est la plus exposée à ce fâcheux état de choses, par suite de son régime hydrologique, de la disposition spéciale de ses terrains de culture, de leur morcellement en surfaces relativement restreintes et éloignées les unes des autres.
Dans le Laos méridional, des plaines plus vastes, une irrigation naturelle plus complète et que l’on peut augmenter facilement au besoin, permettent non seulement de satisfaire aux nécessités locales, mais même de fournir l’élément d’une exportation de paddy et de riz battu.
2° Maïs. — Nous ne pouvons, faute de renseignements, indiquer l’importance du maïs par rapport à l’ensemble de la production de céréales. Néanmoins, si l’on se base
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sur le chiffre de la population se livrant à cette culture, on peut estimer que, dans le Laos septentrional, la production du maïs est égale au cinquième de celle de paddy. Dans le Laos méridional, cette culture est beaucoup moins développée.
Le maïs se cultive toujours sur raïs, en bordure des rizières étagées sur le flanc des collines.
3“ Tabac. — Le tabac est un article dont on fait une grande consommation au Laos, où tout le monde fume : il constitue aussi un excellent élément d’échange et d’exportation. Il est cultivé en grand sur les berges et dans les îles du Mékong, depuis Pak-Lay jusqu’au-dessous de Pone-Pissay. La production des champs de tabac de ces régions fournit non seulement à la consommation locale, mais encore à celle de tout le Haut-Laos, d’une partie du Bas-Laos et à l’exportation sur le Siam et la Cochinchine.
Le prix de vente pour l’exportation varie de 50 à 100 francs les 100 kilogs suivant la qualité.
4° Coton. — Le coton, plante herbacée et annuelle, est cultivé un peu partout au Laos pour la consommation locale, et plus spécialement au Laos septentrional en vue de l’exportation vers le Yunnan. C’est même presque exclusivement ce produit qui forme la charge de retour des caravanes de mules et de chevaux qui viennent, chaque année, de Yunnan-Fou, de Tali, de S’sémao, etc., avec du thé, des fourrures, des marmites de fer et de cuivre, de la bimbeloterie, etc.
Les prix d’achat sur place diffèrent sensiblement entre les deux parties du Laos. Dans la région septentrionale, par exemple, le coton de seconde qualité, demandé parles Chinois, vaut 35 à 45 francs les 100 kilogs.
5“ Canne à sucre. — La canne à sucre est cultivée partout, aussi bien sur les collines que dans les prairies
basses? Elle ne sert qu’à la consommation locale, soit à l’état naturel, soit sous forme de sucre noir, pâteux, chargé de mélasse.
Il existe plusieurs variétés, dont les principales sont : la canne grosse et verte qui est très celluleuse et la canne violette, petite, à nœuds rapprochés, qui est plus pleine que la précédente.
Le prix du sucre sur les marchés du Laos varie d’un point à l’autre, et les transactions ne portent que sur de petites quantités. Cependant, les statistiques donnent des indications dont on peut déduire les cours de 35 à 50 francs les 100 kilogs.
6° Indigo. — On a vu plus haut que les Laotiens utilisaient les propriétés indigofères de certaines plantes qui croissent à l’état sauvage dans les forêts pour teindre des tissus en bleu. Ils produisent cependant une variété d’indigo, Vlndigofera. tinctoria analogue à celui du Bengale.
L’indigo est cultivé sur les berges du Mékong et des autre! rivières qui sont chaque année recouvertes par les eaux, où elles laissent, en se retirant, un limon assez riche en matières organiques végétales.
7“ Ricin. — La production du ricin est restreinte, son huile n’étant employée que pour l’éclairage des bonzeries et comme philocome pour la chevelure. On trouve au Laos le ricin ordinaire qui croît spontanément sur le bord des cours d’eau et dans les endroits frais, ainsi que le ricin sanguin et le ricin arborescent. L’huile est extraite des graines par compression.
8“ Ramie. — La ramie ou ortie de Chine, China grasSj est une variété d’urticée cultivée principalement sur les hauteurs par les Phou-Thaïs, les Khas, les Méos et les Yaos.
Lors de la récolte, on fendille l’arbuste et on le laisse
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séjourner trois heures dans l’eau, car le fil s’arrache difficilement. Ce travail de décortiquage est long; c’est ce qui a empêché jusqu’ici le développement de cette culture assez facile en somme, et nullement épuisante, puisqu’il est possible de planter vingt ans de suite sur le même terrain.
L’exportation des provinces du Laos méridional a été en 1903 de plus de 160 tonnes.
Une grande quantité est utilisée sur place, notamment pour la fabrication des filets employés pour la chasse et pour la pêche.
Les prix par 100 kilogs. sont les suivants (1) :
Plateau des Bolovens . .
francs
Bassac
Saravane
Khong
Attopeu
Stung-Treng
Pnom-Penh
9° Chanvre. — Le chanvre est cultivé dans le Haut- Laos, mais seulement pour la consommation locale. On l’emploie pour la confection des fils, cordelettes, filets, etc.; on extrait aussi de ses graines un alcool très fort et d’assez bon goût.
10® Patates. — Diverses espèces de patates plus ou moins sucrées sont cultivées chaque année sur les rives des cours d’eau et dans les alluvions sablonneuses, encore fraîches. Ces tubercules servent principalement à la nourriture des habitants et, en petite quantité, à l’engraissement de quelques animaux, du porc en particulier.
(1) Étant donné le prix à Bassac (37 francs), il y a intérêt à exporter ce produit au Cambodge où il vaut le double.
11“ Arachides. — Seules, les variétés d’arachides sou- ! terraiues ou pistaches de terre existent au Laos. Les ara- j chides ne servent pas à la préparation de l’huile, mais j sont mangées bouillies, grillées ou avec certaines pâtisse- | ries dans lesquelles elles sont incorporées. On en fait ‘ absorber aux convalescents comme tonique et reconsti- ' tuant, sans doute à cause de leur richesse en principes j azotés. I
12“ Cocotiers et palmiers a sucre. — Ces deux arbres sont cultivés presque partout autour des villages.
Le coco est consommé sur place, soit frais, soit sec; dans ce dernier cas, sa pulpe sert à faire de l’huile comestible, assez agréable lorsqu’elle est de fabrication récente, ou bien elle est employée, après avoir été râpée, pour la confection d’une sorte de crème sucrée. La pulpe du coco est un des éléments constitutifs du carry.
13“ Aréquiers. — Les aréquiers sont cultivés partout où l’altitude le permet ; on en trouve même à des hauteurs de plus de 800 mètres. L’aréquier produit la noix à pulpe marbrée, qui entre dans la composition du masticatoire ^ national avec le bétel, la chaux, etc. |
Les statistiques donnent, comme prix de vente au poids, 1
les chiffres de 20 à 40 francs les 100 kilogs. Il est pro- !
bable que ce dernier prix s’applique à des noix entières, et le premier à des paquets de segments de noix.
14“ Bétel. — La feuille de bétel, qui donne son nom au j masticatoire que l’on connaît, est formée par le Piper Betel qui se cultive un peu sur tous les points du Laos et auquel le tronc des aréquiers sert généralement de tuteur i et de support. C’est à la culture de cette plante que les Laotiens apportent le plus d’attention. j
15“ Laque. — L’arbre sur lequel se développent les | insectes qui sécrètent la laque carminée est bisannuel, '
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de la famille des légumineuses, genre acacia; ses fruits sont de petits haricots comestibles, arrondis et marbrés, contenus par cinq ou six dans une cosse molle, à demi parcheminée. Pendant ses deux années d’existence, chaque arbuste produit plus d’un millier de haricots ou graines ; une petite part est gardée comme semence, le reste est consommé sur place.
Sa culture et celle de la laque carminée comprennent deux opérations : le semis et la provocation à l’établissement sur ses branches de colonies de coccus üacca. Ce sont ces pucerons qui produisent la matière tinctoriale.
16“ Cai'damome. — On ne connaît guère au Laos qu’un seul point où soit pratiquée la culture du cardamome : c’est le plateau des Bolovens. Ban-Da-Sia, gros village d’une soixantaine de maisons, est le centre de la production de cette graine.
17“ Mûrier. — Il existe pour la nourriture des vers à soie deux sortes de mûriers : le mûrier annuel et le mûrier arbuste ou permanent.
On n'a pas de données exactes sur la production totale de la soie au Laos ; on l’estime à 20 tonnes environ, annuellement ; le prix varie de 400 à 500 francs les 100 kilogs.
18“ Pavot a opium. — Le pavot à opium est cultivé par les Yaos et les Méos, dans le Laos septentrional.
19“ Arbre à papier. — Il existe au Laos plusieurs arbres dont l’écorce sert à faire du papier ; ils semblent être du genre mûrier.
Le papier se fait à la forme, par des procédés très rudimentaires ; sa fabrication occupe plusieurs villages du Laos septentrional. La production est peu importante ; elle est d’ailleurs limitée aux besoins locaux.
20“ Thé. — Le thé est la culture la plus intéressante des
Sib-Song-Pahn-Na et des États shans-birmans des deux ; rives du Mékong; les lieux de production sont compris | entre les 21°30 et 22° 30 de latitude nord et entre les 97°30 ! et 99° 40 de longitude est de Paris. t
La plus grande partie de ces régions, c’est-à-dire celles S qui sont situées sur la rive gauche du Mékong, nous f appartenaient d’après les termes du traité franco-chinois de Tien-Tsin de 1887. Mais étant donné notre peu d’empressement à occuper ces territoires, l’Angleterre, héri- | tant des droits de la Haute-Birmanie, les céda à la Chine, ; et finalement les deux Muong-Hou seuls nous restèrent, i
Malheureusement la petite région à thé qui nous a été i laissée est non seulement la moins productive, mais celle aussi où la culture a dégénéré et n’est plus pratiquée que par les Khas.
Pourtant le climat des Muong-Hou est semblable à celui de Man-La, situé à 30 kilomètres à l’ouest et dont ; le thé est réputé au même titre que ceux de 1-Hou, I-Bang, Muong-Hing, Muong-Pang et Muong-Yang, tous connus , sous la rubrique de thés de S’sémao et de Pou-Eurl. En outre, l’altitude et la configuration du sol, la nature du terrain et les espèces d’arbres à thé sont analogues sur ' notre territoire de Muong-Hou et sur celui de Man-La. Mais, par suite de circonstances diverses et surtout d’une longue interruption de culture de 1884 à 1893, la j plupart des arbres à thé n’ont pas été taillés ; ils ont | atteint une hauteur de plus de 6 mètres et les produits ! qu’ils donnent sont presque sans valeur.
On estime que la production moyenne de toute la région | théière est de 600 à 660 tonnes ; ce thé est exporté en ; Chine, en Birmanie, au Laos, au Tonkin et au Siam. En j 1891-92, un essai d’importation de 6.000 kilogs a été fait I en France; mais l’opération n’a pas été renouvelée à ,
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cause du prix trop élevé du transport et des droits de douane qui ne laissaient pas à l’importateur un bénéfice suffisant.
Dans le pays de production, les prix varient, suivant la qualité, de 75 à 150 francs les 100 kilogs.
Les thés provenant de cette région sont peu appréciés en Europe, car il leur manque les divers parfums que l’on incorpore en Chine à ceux qui sont destinés à l’étranger. Mais ils plaisent aux Chinois et aux autres Asiatiques ; une partie de la récolte est même réservée pour être envoyée comme tribut à la cour de l’Empereur, à Pékin.
Les Shans, les Lus et les Youns emploient un masticatoire nommé « Mieng », composé uniquement de feuilles de thé conservées en saumure.
21 Piment. Le piment étant un condiment très recherché, indispensable même à la population du Laos, comme à celle des pays voisins, la culture de ce produit est très répandue.
Il est de la grosse espèce rouge ; on le prépare en le faisant sécher et fumer, ce qui assure sa conservation. Son nom laotien est « Mak-Phik ». Le prix du piment sec est de 25 à 37 francs les 100 kilogs.
Instruments aratoires et outils. — Nous terminons cette rapide énumération des principales cultures pratiquées au Laos, en donnant la nomenclature des instruments agricoles en usage dans le pays. Ceux-ci sont aussi primitifs, aussi rudimentaires que les procédés de culture, et le Laotien ne fait pas plus d’efforts pour améliorer les* uns que les autres.
Très simple, la charrue (Thaï) est l’araire primitive, formée d un seul morceau de bois coudé ; un soc « Mak-> Sob-Thaï » est emmanché à son extrémité antérieure. Quelquefois même, le bois taillé en biseau et durci au feu.
tient lieu de soc. Traîné par un buffle, cet instrument ne peut défoncer le sol bien profondément ; aussi n’est-il employé dans les rizières que lorsque la terre a été suffisamment détrempée par l’inondation annuelle.
La herse (Khat) est une sorte de râteau de bois de 0 m. 90 de long, dont les dents sont en bois de fer ou tout autre très dur, « Maï-Lek » ou « Mai-Khèn-Hine ». Cet outil forme l’un des côtés d’un triangle au sommet duquel est attelé un buffle.
Le rouleau (Ham) est un tronc d’arbre d’essence dure « Maï-Khen-Hine », par exemple, portant des tourillons sur lesquels s’emboîtent deux espèces de brancards, laissant la place pour atteler un buffle.
Il existe des faucilles de plusieurs grandeurs qui se nomment indistinctement « Kio » ou « Lek Kio ». La faucille sert à couper les herbes, le riz.
On emploie deux sortes de bêches, appelées « Siem » (c’est plutôt une pelle) ou « Tiok-Kout-Dine », mot à mot ; Pioche pour creuser la terre. La première est constituée par un fer étroit, légèrement concave dans le sens de sa longueur et muni d’une douille pour l’emmancher. La seconde est en bois ; sa palette et son manche sont d’un ^ seul morceau ; la partie inférieure est encastrée dans une ; armature en fer qui resserre également les côtés jusqu’aux deux tiers de leur hauteur.
Le coupe-coupe ou sabre d’abatis, qui sert aux gros ouvrages, se nomme « Pha ». Il est composé d’une lame de fer, solide, large, assez courte, à dos épais, fixée dans une poignée en bois avec virole de fer.
Un autre couteau, appelé « Mit-Tok » ou « Mit-Noi », porte une lame étroite, moins large, mais plus longue que celle du précédent. Cet outil est destiné aux travaux délicats, tels que le débit et la refente du bambou, du rotin, etc.
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La hache « Khouane-Hone », « Khouane-Mou », ou « Khouane-Bong » hachette, est constituée par un fer étroit, à deux biseaux, assez court. Dans la tête s’emmanche une tige de bois dur de 0 m. 60 à 0 m. 70 de long. Celle-ci est maintenue par des coins, au tiers de sa longueur, un peu au-dessus du fer, dans une mortaise qui traverse la tête d’un manche long de 0 m. 60 à 0 m. 70. La hache sert à couper les arbres, travailler les poteaux, les planches, etc.
Il est au moins curieux de remarquer, qu’en dehors du fer qui est d’introduction moderne, cette hache est en tous points semblable à celle qui était en usage à l’époque de la pierre polie.
Les autres outils employés sont : le marteau « Khone- Lek », la scie « Lueui », la lime « Lek-Sambaï », le ciseau à bois « Siou », le poinçon « Lek-Si », les tenailles « Kab-Lek», l’enclume « Thang-Ti-Lek », enfin le soufflet « Soub ».
Cultures à développer. — La plupart des cultures actuellement pratiquées au Laos sont susceptibles d’améliorations et de développements, d’ailleurs indispensables, si l’on veut augmenter l’exportation des produits du sol, et assurer ainsi plus de bien-être aux populations.
D’une façon générale, l’administration peut faire œuvre utile en multipliant les jardins d’essai, en distribuant aux indigènes des graines de choix, en leur donnant des conseils, au besoin des ordres.
On sera sans doute frappé de voir que nous répétons souvent, à propos de produits à encourager ou à introduire, que le rôle de l’administration serait de faire des essais. Il ne faut pas croire que l’initiative individuelle suffise ; les capitaux relativement considérables qu’exige toute entreprise agricole ne se dirigeront dans ce sens
qu’ après la réussite constatée de l’une ou 1 autre tentative à cet égard. C’est donc bien à l’administration qu’il appartient de se livrer à ces premiers essais. N’est-ce pas le gouvernement qui fit les plantations primitives de thé en Assam, de quinquina à Java, de tabac, de café à Sumatra ? Les colons ne vinrent que la période de tâtonnements et d’insuccès terminée, et ils purent alors agir presque partout à coup sûr.
La culture du riz gluant est particulièrement à étendre dans le Laos méridional, en vue de la fabrication de l’alcool.
On a pu voir plus haut quelle est la faible proportion des surfaces cultivables utilisée jusqu’ici. Beaucoup de terrains propres à faire des rizières n ont pas encore été défrichés. Les indigènes, malgré le prix rémunérateur qui leur est offert pour les produits du sol et en dépit des encouragements qu’ils ont reçus de toutes parts, ne comprennent pas encore l’intérêt qu’ils auraient à accroître leurs cultures. Néanmoins, il est facile de constater que, depuis notre arrivée au Laos, les habitants, voyant que le régime de la terreur et de l’exaction a disparu et qu’une ère de prospérité et de justice s’ouvre devant eux, s’adonnent de plus en plus aux travaux des champs. Les rizières se multiplient, soit que de nouvelles terres aient été défrichées, soit que des champs abandonnés aient été remis en culture.
Le riz gluant est d’une vente certaine et rémunératrice sur les marchés du Cambodge et de la Gochinchine (1). 11 est à prévoir que si la production de cette céréale progressait, il pourrait se créer au Laos des distilleries et des amidonneries.
(1) Actuellement, avec les moyens de transports existants, 1 exportation de riz de Bassac à Pnom-Penh donne, en moyenne, un bénéfice net de 13 francs par tonne.
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La culture de la canne à sucre, encore peu importante au Laos, mérite d’être encouragée. Il serait possible plus tard, lorsqu’elle aura pris un certain développement, de faire connaître aux Laotiens les procédés du premier raffinage. Ils produiraient ainsi de la cassonade grise et du sucre candi, matière facilement exportable.
Le Laos méridional est la partie de notre possession qui se prêterait le mieux à l’extension de cette culture ; pour être secondaire, elle n’en doit pas moins attirer l’attention.
C’est encore à l’administration qu’il appartiendrait de multiplier les arbres producteurs de la précieuse résine de benjoin, cette culture fournit un produit riche, et bien classé sur les marchés.
Tous ceux qui connaissent le Laos sont d’accord pour estimer que le développement de la laque carminée est un des principaux éléments d’accroissement de la richesse de ce pays. Il serait facile d’en augmenter la production grâce à la multiplication facile et rapide du « Kok-Toua- Hé », arbre qui se prête à l’établissement du coccus lacca, donnant une gomme-laque de qualité supérieure.
Il semble que des essais de culture du cardamome franc, telle qu’elle se pratique au Cambodge, dans la province de Pursat, pourraient être tentés au Laos. Les indigènes auraient tout intérêt à abandonner la culture du cardamome sauvage pour celle du cardamome franc, puisque ce dernier vaut sur le marché de Pnom-Penh de cinq à dix fois plus que le premier.
Il y a intérêt aussi à augmenter la production de la ramie ou ortie de Chine ; elle a un débouché certain au Cambodge où elle vaut jusqu’à 80 francs les 100 kilogs.
Le développement des plantations ou jardins de canneliers qui existent déjà dans la province de Vien-Tiane
mérite d’être sérieusement encouragé. L’écorce de ces- ' arbres est un produit de valeur, très recherché en Chine j
et en Europe. j
Le gouvernement de l’Indochine étant à la fois pré- ^ parateur et vendeur de chandoo ou opium à fumer, est j le premier intéressé à obtenir la drogue brute sur le ter- , ritoire français. Il est, en effet, encore tributaire des j Indes anglaises pour ce produit qu’il ne peut acquérir qu’à des conditions très onéreuses. Malheureusement la culture délicate du pavot à opium est essentiellement familiale ; de sorte qu’il est à craindre quelle ne puisse être utilement développée, car on ne peut, pour ces raisons, en confier l’entreprise en grand à des coolies étrangers. Elle restera donc encore longtemps stationnaire, à cause des pratiques routinières employées par les Méos et les Yaos, habitudes dont ils se débarrasseront difficilement. ^
L’opium brut, de production locale, ou celui provenant ; des pays voisins, vaut dans le Laos septentrional de 22 , à 32 francs le kilo, suivant la qualité.
On sait que le commerce de la noix d'arec est consi- i dérable en Extrême-Orient; les consommateurs se chif- i frant par plusieurs millions d’individus. G est donc une production à encourager, d’autant plus que le climat, le sol, la température du Laos conviennent à des plantations
de ce genre.
Au Laos, on vend le produit de trois arbres environ pour un tical (1 fr. 50) ; en Cochinchine, le produit d’un seul arbre vaut environ une piastre (2 fr. 50). On voit donc qu’il y aurait bénéfice à exporter ce fruit en grande quantité.
Taille et greffe des arbres fruitiers. — Au Laos, les indigènes, par suite d’ignorance, de manque d’initiative, de nonchalance et aussi faute de moyens, ne donnent
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aucun soin aux arbres fruitiers ; ceux-ci en arrivent, pour la plupart des espèces tout au moins, à ne fournir que des fruits dégénérés.
Il serait à souhaiter que ces arbres ne fussent plus ains abandonnés, sans être élagués, taillés ni grelfés. On pourrait alors songer, non seulement à améliorer l’alimentation des indigènes, mais peut-être à créer des ressources nouvelles en préparant certaines conserves, fruits au jus, compotes, confitures.
C’est encore l’administration seule, avec les moyens d’action dont elle dispose et l’autorité qu’elle détient, qui pourrait agir d’une façon efficace.
Cultures a introduire. — Voici l’énumération de quelques cultures qu’il serait possible, entre autres, d’introduire avec profit au Laos.
Les essais de manioc et de sorgho tentés avec succès, notamment à Muong-Son, prouvent que ces plantes sont susceptibles d’y être sérieusement cultivées.
Il existe au Laos plusieurs espèces d’abaca croissant à l’état sauvage et dont la fibre est utilisée dans le pays pour le calfatage des pirogues, pour la confection de liens divers, cordelettes, filasse. Ces arbres sont le bananier à graines et le bananier de forêt. On les trouve sur les pentes les plus basses des collines, le long des cours d’eau et dans le fond des vallons.
Il serait intéressant d’identifier ces espèces avec les arbres qui produisent l’abaca ou chanvre de Manille, et de comparer entre elles les filasses qu’ils donnent.
On pourrait aussi importer au Laos des graines ou des plantes de Manille.
Le quinquina pousse sur les terres des forêts fraîchement défrichées, riches en humus, à des altitudes variant de 800 à 1.200 mètres. Il semblerait donc que le Laos
septentrional soit un pays tout désigné pour la culture du cinchona (1). 11 existe même dans les forêts laotiennes une liane qui est utilisée pour ses propriétés fébrifuges. On la mâche, écorce et bois, comme on fait pour la racine de réglisse. Il serait utile d’examiner si elle offre quelque rapport avec le quinquina.
Les caféiers qui ont été plantés au Laos, à titre d’essai, dans des régions et à des altitudes différentes, suivant les espèces (Libéria ou Arabie), sont, paraît-il, dans un état prospère. Quelques petites plantations, commes celles de la Rivière-Noire (à la limite des Sib-Song-Ghau-Thaï) et de la mission des Bahnars, seraient même déjà en plein rapport. Mais ces résultats sont encore trop infimes pour qu’il soit permis d’indiquer la culture du caféier comme devant sortir au Laos de la période d’essais.
La fibre de jute est très recherchée pour la confection des sacs à blé et des toiles d’emballage dits gunnies. Bien que le jute puisse être cultivé en Annam et au Tonkin, nous sommes encore, en Indochine, tributaires pour ces produits des Indes anglaises qui nous en expédient des quantités considérables. Les parties élevées du pays conviendraient à cette plante.
Jardins d’essais provinciaux. — Il existe, depuis plusieurs années déjà, des jardins d’essais dans chaque commissariat. Ils servent de champ d’expériences pour la culture de certains végétaux d’Europe ou d’Asie inconnus ou peu répandus au Laos.
Ils sont aussi des écoles d’agriculture pratique pour les indigènes ; on leur distribue des graines et des plants, en leur donnant quelques indications très sommaires sur certaines cultures intéressantes au point de vue des
(i) Le Cinchona succirubra est un quinquina qui a très bien réussi à la Jamaïque et à Java.
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transactions commerciales. Ces jardins sont appelés à rendre des services aux futurs colons, et les essais qui y sont tentés méritent des encouragements.
Bien que tous les chefs de province ne possèdent pas au même degré des connaissances agricoles, ils apportent le plus grand zèle, secondés par leur personnel, guidés par les conseils éclairés de la résidence supérieure, des services de l’agriculture et des directeurs des jardins botaniques de l’Indochine, à tirer parti de leurs jardins. La plupart ont déjà obtenu des résultats satisfaisants.
Des publications périodiques spéciales reçues dans chaque commissariat, telles que le Bulletin économique de VIndochine, le Journal d'agriculture tropicale, L’Agriculture pratique des pays chauds, etc., sont, dans cet ordre d’idées, d’un secours précieux.
VII. Mines. — Ainsi que nous le disions plus haut, les formations géologiques du Laos sont identiques à celles des pays voisins de l’ouest, du nord-ouest et du sud. On y trouve partout la même base primitive, traversée, soulevée et disloquée, ainsi que les sédiments formés en ses replis, par des poussées volcaniques de moins en moins sensibles à mesure que l’on s’éloigne des deux noyaux éruptifs, situés au nord-ouest et au sud, c’est-à-dire au Thibet et en Malaisie. Toutefois, le nœud orographique qui a eu le plus d’influence sur le relief du pays et la formation des divers terrains du Laos est celui qui, au Thibet, a produit les longues arêtes montagneuses, entre lesquelles se sont creusées les vallées des grands fleuves de la Chine, de la Birmanie et de la péninsule indochinoise.
Dans le bassin du Mékong, le seul qui nous intéresse, existent des arêtes secondaires, provenant d’éruptions
partielles ou de plissements et qui forment une série de plateaux étagés et de vallées en chapelet éminemment propres à retenir les sédiments arrachés aux sommets et à en provoquer la répartition suivant les lois de la pesanteur. C’est à cette disposition particulière que le Laos doit d’être aussi riche en mines. Pendant de longs siècles, les dislocations partielles, les agents atmosphériques, le mouvement des eaux, etc., ont pu désagréger, déliter, réduire en cailloux, puis en gravier et en limon la crête des roches éruptives qui contenaient de l’or, des pierres précieuses, de la galène argentifère, de l’étain, du cuivre, du fer, etc. Toutes les particules métalliques, une fois mises en liberté par la destruction, le broyage et le lavage de leurs gangues, se sont déposées par le seul fait de leur densité sur les fonds propices et les plans les moins inclinés que parcouraient les eaux les contenant.
D’autre part, nous devons encore à une longue stabilité du sol de trouver les gisements miniers du Laos recouverts d’une couche d’ailuvions stériles relativement mince, quelquefois presque nulle et toujours d’exploitation facile et peu coûteuse. Sur quelques points même, les gîtes filoniens affleurent, ou sont à une très petite distance des gisements alluvionnaires.
Par la nomenclature qui suit, on pourra se rendre compte du grand nombre de richesses minières existantes au Laos. Mais, à cause du manque de voies de communication et du défaut d’outillage, l’exploitation de ses produits forestiers animaux et minéraux est retardée pour un certain temps. Cependant, si l’on peut hésiter à venir au Laos pour y faire l’essai des cultures riches qui convien- i draient à son climat humide et chaud ainsi qu’à son terrain vierge, nous estimons que l’exploitation des gisements miniers est de nature à tenter les capitalistes français qui
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peuvent être assurés, en opérant avec prudence, d’être bientôt largement et à bref délai récompensés de leurs peines et de leur initiative.
Jusqu’à présent on a reconnu au Laos des gisements d’or, d’étain, de cuivre, de plomb, de fer, de houille, d’antimoine, de soufre, de salpêtre, d’alun, de sel gemme. On y a trouvé aussi des pierres précieuses et des sources sulfureuses.
Les capitaux français, nous l’avons déjà dit, devraient, au lieu d’alimenter des entreprises étrangères, souvent aléatoires, favoriser la mise en exploitation des gisements miniers du Laos.
Il faudrait se mettre résolument à l’œuvre en débutant par l’exploitation des mines d’or. On peut espérer en tirer un profit immédiat, sérieux, même dans l’état actuel du pays, sans que de meilleures voies de communication soient nécessaires dès à présent.
D’autres gîtes minéraux seront probablement découverts à côté des mines d’or, ainsi que cela a eu lieu à Attopeu, et leur mise en valeur pourra être commencée quand le réseau des routes et des voies de communication sera achevé, même partiellement. Les autres entreprises, exploitation de bois, élevage, culture, etc., suivront à mesure que le pays sera plus connu, plus visité.
Les gisements d’or de la région d’Attopeu sont connus des indigènes depuis de longues années ; il y a longtemps en effet que les habitants payent l’impôt en poudre d’or(l) provenant du lavage des sables.
(1) Voici le prix de l'or natif en pépites et en poudre, dans les différentes régions aurifères du Laos :
Luang-Prabang, le kilo. 1.930 à 2. 700 francs
Pak-Lay 2.900 à 3.00-3 —
Vien-Tiane 2.750 à 2.900 —
Attopeu 2.000
Une mission d’exploration obtint en 1895 une concession dans les bassins de la Sé-Souk et de la Sé-Sane. Elle reconnut les gisements aurifères signalés, et en découvrit en même temps de cuprifères.
Grâce au précieux concours de M. le lieutenant-colonel Tournier, alors commandant supérieur du Bas-Laos, une nouvelle mission envoyée par la société concessionnaire constata dans la région de Ban-Phi la présence de filons riches en or (1).
En 1897, M. Bel, ingénieur des mines, fit une exploration complète de la région aurifère.
Voici les conclusions de son rapport :
Au point de vue minéral, la région éruptive, s’étendant à l’est du méridien d’Attopeu, jusqu’à la mer de Chine, entre les parallèles 13® et 16® au moins, présente une zone aurifère, embrassant une très grande partie des pays khas. Dans cette zone, les gîtes d’or alluvionnaires sont exploités depuis un temps immémorial par les habitants, à l’aide de méthodes qui peuvent être améliorées. Les gîtes d’or filoniens étaient inconnus jusqu’ici dans les territoires khas; notre propre mission y a ouvert la période de découvertes de ce genre de gîtes, déjà connus et partiellement exploités dans les territoires annamites. Les gîtes filoniens, encore vierges de toute exploitation, découverts récemment chez les peuples khas, auront-ils un avenir brillant? C’est là une question à laquelle, seuls, des prophètes pourraient répondre. Mais le fait de leur existence est, en lui-même, une base importante pour fonder légitimement tout au moins des espérances (2).
En 1898, un poste minier fut créé à Ban-Phi. En même temps un détachement de gardes indigènes y était envoyé pour la protection des chantiers.
On a vu, dans la nomenclature des richesses minières,
(1) Les échantillons de ces gîtes présentaient de l’or fréquemment visible à l’œil nu.
(2) Mission dans l’Indochine centrale, Conférence faite le 26 mai 1898
la Société des études coloniales et maritimes par M. J.- M. Bel.
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que Yétain a été trouvé sur ua seul point au Laos, dans la vallée du Nam-Pa-Then (province de Gammon).
Ces gisements sont depuis longtemps connus et exploités par les indigènes, mais avec des moyens insuffisants. Ils ne produiraient annuellement, d’après M. le capitaine Gosselin, que 1.200 kilos, représentant, au prix du pays, une valeur de 600 piastres (1 500 fr.). Cette somme suffit à ceux qui n’ont pour but que de se procurer ainsi, par voie d’échange, les vêtements, les ustensiles, les aliments qui leur sont nécessaires. Au temps de l’occupation siamoise une partie de l’impôt des villages de la vallée du Nam-Pa- Then se payait en étain.
A la suite d’une prospection faite en 1894 et 1895 par M. Ménager, un petit syndicat s’était formé à Saigon. Plusieurs missions d’études ont été envoyées par les soins de cette société. Les échantillons, rapportés par ces missions, ont été analysés par les soins de M. Thompson, chimiste expert à Paris, qui, malgré leur composition un peu exceptionnelle, y a trouvé une teneur en étain assez considérable pour en justifier l’exploitation. Les minerais sont constitués par une alluvion très ferrugineuse.
L’étain existe en très petits fragments, sous forme de cassitérite. Quelques autres espèces minérales, renfermant du plomb et de l’arsenic, sont facilement éliminées par un grillage et un lavage appropriés.
Des études d’une nouvelle mission qui suivit, il résulte que les gisements couvrent une superficie relativement considérable puisqu’ils s’étendent sur une longueur de plus de 30 kilomètres, et qu’ils contiennent une très grande masse de minerai exploital)le.
Plusieurs puits et galeries ont été ouverts, et les échantillons recueillis permettent déconsidérer que cette exploitation est destinée à se développer.
La même société est concessionnaire d’importants gisements de cuivre dans la vallée du Nam-La-Tang, petit affluent de la Sé-Bang-Faï, mais les études de ces gisements ne sont pas encore assez avancées pour que nous puissions en parler utilement.
Nous avons néanmoins tenu à en faire mention pour bien établir l’importance et la richesse de toute cette partie du Laos au point de vue métallifère.
Les divers gîtes de fer existants au Laos sont des gîtes d’alluvions provenant de l’érosion des roches sous l’influence des eaux de pluie et des cours d’eau. Ils se présentent en collines de 200 à 300 mètres, ou en mamelons de moindre hauteur, ne dépassant pas 50 à 00 mètres.
Le minerai se trouve disséminé dans la masse des alluvions argileuses rougeâtres, en rognons et en blocs isolés de faibles dimensions. Les plus riches sont constitués par des masses irrégulières d’une roche rougeâtre, celluleuse, un peu analogue à la meulière, mais plus tendre.
Ce minerai est réduit dans des fourneaux munis d’une soufflerie alternative ; on en dispose une couche concassée et lavée, puis une autre de charbon de bois, en continuant ainsi ce chargement un certain nombre de fois. L’opération terminée, il reste au fond du fourneau une loupe de fer spongieux qui est reprise à chaud et puddlée. Quand la masselotte a atteint une assez grande homogénéité, les forgerons s’en emparent et la transforment en outils aratoires, haches, coupes-coupes, etc., qui sont tous vendus dans le pays.
La production des gisements actuellement connus du Laos est insuffisante pour assurer les besoins de la consommation locale, puisqu’on importe d Europe du fer en
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petites barres, qui atteint le prix de 1 fr. 30 à 1 fr. 50 le kilog.
Il est peu probable que ces gisements puissent jamais donner lieu, tant par leur allure que par leur peu d’importance, à une exploitation par les méthodes européennes.
11 en est de même pour le sel; la production du pays est insuffisante pour assurer la consommation locale.
Les mines de sel ou, à proprement parler, les gîtes salifères sont de trois genres différents :
1° Couches de sel gemme situées au centre de massifs montagneux, à travers lesquelles suintent des eaux d’infiltration. Lorsque ces eaux arrivent dans le fond des vallées, elles y sont retenues par la première couche de terrain imperméable qu’elles rencontrent. On les amène à la surface à l’aide de puits, et le sel qu’elles contiennent est extrait par évaporation. Cette opération ne peut s’effectuer que pendant quelques mois de l’année, après que la grande masse des eaux pluviales s’est écoulée.
2° Même formation que ci-dessus, mais le suintement des eaux salifères se produit à flanc de coteau ou sur les roches à l’air libre. L’eau saturée imprègne la terre, s’y cristallise en partie ou forme à la surface des efflorescences salines. Dans le premier cas, la terre est lavée et les eaux de lavage évaporées ; dans le second cas, les efflorescences salines sont recueillies et mélangées au sel extrait de la terre par lavage,
3“ Enfin, d’autres gisements semblent être constitués par d’anciens fonds sableux de lacs salés. A l’époque des pluies, les eaux d’infiltration se saturent au contact de la couche de sable salifère et elles sont extraites au moyen de puits pour être ensuite évaporées.