‹ Le LaosChapitre 32 sur 34 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

tâche à accomplir. Ayant conquis les Laotiens parle cœur et non par le fer et le feu, c’est là un devoir auquel nous ne pouvons nous soustraire sans faillir à nos traditions et sans amoindrir notre prestige aux yeux des populations qui nous ont accueillis comme des libérateurs, des protecteurs, au vrai sens du mot.

Bien que certaines régions élevées du Laos aient un climat qui se rapproche de celui de l’Algérie, ce n’est pas une colonie de peuplement. L’Européen ne peut y travailler de ses bras d’une façon continue ; il devra se borner à un rôle de direction et de surveillance, en abandonnant aux Asiatiques les gros ouvrages manuels.

La question de la main-d’œuvre est donc de première importance pour la mise en valeur du pays. Cependant, étant donnés la faible densité de la population, son manque d’aptitudes et Féloignement entre eux des centres habités, il semble difficile de pouvoir compter sur les Laotiens. C’est surtout un peuple de bateliers, de bouviers, de charretiers, de cornacs.

On ne peut pas davantage employer les Khas. Bons ouvriers mineurs, forestiers ou agricoles, à la condition de ne pas les sortir de leurs montagnes ou de leurs forêts, ils sont impropres à tout travail en plaine ou dans les basses vallées.

Il ne reste plus alors d’autre solution au problème de recrutement des travailleurs que d’avoir recours à l’immigration annamite ou chinoise. Or l’Annamite craint les déplacements ; il redoute (surtout l’Annamite des deltas) le séjour dans les régions tant soit peu montagneuses (1). Des préjugés, des superstitions, et aussi peut-être l’oppo-

(1) Les Européens qui sont venus les premiers au Laos savent combien il était difficile de recruter en pays annamite un personnel convenable de « boys » disposés à les suivre.

sition des mandarins qui, depuis des siècles, tentent d’empêcher un exode vers les pays situés au delà des montagnes, l’ont, à la longue, rendu casanier.

Ce peuple actif, intelligent et prolifique, préfère lutter pour la vie en des agglomérations trop denses, plutôt que d’émigrer pour acquérir le bien-être et l’aisance.

Il ne faut pourtant pas désespérer de voir un jour les Annamites se répandre au Laos et y être un puissant élément de repeuplement, qui pourra mettre en rapport les plaines basses qui bordent le Mékong depuis le Cammon jusqu’au Cambodge. Il nous appartient de détruire les légendes, de réduire à néant les superstitions qui ont cours, puis d’user de notre influence pour faire cesser l’ostracisme dans lequel le Laos était tenu. Ne fait-il pas partie aujourd’hui de la grande famille indochinoise ; tous les peuples qui la composent sont au même titre sujets français?

Le jour où les mandarins n’entretiendront plus parmi les Annamites la peur du Laos et la crainte de l’esclavage, il sera possible de provoquer leur exode dans le bassin du Mékong. Les colonies qui existent déjà sur certains points du Cammon, notamment, s’accroîtront dès lors, grâce à l’appoint des nouveaux venus. On ne doit pas se le dissimuler, une telle immigration demandera du temps. Aussi, pour parer au plus pressé, la colonisation européenne au Laos devra faire appel à la maind’œuvre prise dans les provinces méridionales delà Chine, et surtout dans l’île d’Haïnan, ce réservoir inépuisable qui, depuis tant d’années, fournit des coolies à plusieurs parties du monde.

Mais, dira-t-on, le Laos est-il prêt à recevoir des colons désirant se livrer à l’exploitation des mines, des forêts, au commerce, à l’agriculture et à l’élevage ? Nous pensons

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