CHAPITRE II
Étude géographique.
I. Position géographique. Limites. Étendue. — II. Superficie. — III. Constitution orographique. — IV. Le Mékong. — V. Climatologie. — VL Stations météorologiques. — VIL État sanitaire. — VIII. Hygiène.
I. Position géographique. Limites. Etendue. — Le Laos est compris entre le 22° 30', un peu au-dessous de Muong-Kang (préfecture de S’semao), et le 13° 15' de latitude nord^, parallèle de Thboung-Kla, en face de Siem- Boc.
Il s’étend, en longitude^ depuis le 97° 45' (rive droite du Mékong à Xien-Sèn) jusqu'au 106° est de Paris, en un point de la chaîne annamitique, limitant le bassin du Srépok ou Sé-Bang-Khan.
Les limites du Laos sont :
a). Au point de vue politique. — Au nord-est, les Sib-Song-Chau-Thaï (Tonkin, province de Wan-Bu);
Au nord, le Yun-Nan (préfecture de S’sémao) ;
Au nord-ouest, l’Etat Shan anglo-birman de Xieng- Tong, jusqu’au Nam-Huok, un peu en amont de Xieng- Sèn ;
A l’ouest, le Siam ;
Au sud, la province de Stung-Treng du Cambodge ;
A l’est, l’Annam.
b). Au point de vue physique. — Dans la région septentrionale :
La ligne de partage du versant gauche de la vallée du Nam-La, jusqu’au Mékong, La rive droite du Mékong, du confluent du Nam-La jusqu’à celui du Nam-Huok.
Dans la région occidentale :
La rive droite du Mékong, du confluent du Nam-Huok jusqu’au pied du Pou-Padaï, un peu en aval de l’embouchure du Nam-Ngao ;
La crête du Pou-Padaï, puis la limite entre l’État de Muong-Nan et la province siamoise d’Outaradit d’une part, et les provinces laotiennes de Muong-Houn-Sieng- Houn, Sagaboury, Outhaï-Thani et Kèn-Tao de l’autre, jusqu’à l’embouchure du Nam-Huong, laissant toutefois au royaume de Luang-Prabang les sources de la Ménarn et du Nam-Pat (1); enfin la rive droite du Mékong jusqu’à Siemboc.
Dans la région méridionale :
Une ligne partant de Thbouag-Kla, suivant le Prek- Kadol et s’infléchissant brusquement au sud-sud-est pour englober tout le bassin méridional du Srépok ou Sébang- Khan et rejoindre la chaîne annamitique;
Dans la région orientale :
La ligne de crête de la chaîne annamitique, qui est
(1) Cette frontière, exactement abornée depuis cent cincpiante ans, est constituée par les montagnes dont les noms suivent ; P. Padaï, P. Sakô» P. Dine-Deng, P. Kiou-Khating, P. Rha-Tang-Luong, P. Riou-Mao, la plaine dite Na-Hon, P. Rheugne, P. Gniac, P. Riou-Met, P. Roun-Houng, P. Pa-Thaï, P. Gnia-Mi, P. Roun-Tane, P. Riou-Rang, P. Pouï, P. Lak- Mun, les ruisseaux Houei-Noun et Houei-Rha, P. Liebp-Paï, P. Dou-Tong- Luong, P. Dou-Song-Tone (Houei-Song-Rouei), P. Tani, P. Pang-Nga, et pour terminer les rivières Nam-Tane et Nam-Huong.
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aussi la chaîne de partage des eaux entre le bassin du Mékong et ceux de la mer de Chine et du golfe du Tonkin. Cette ligne coupe la route d’Attopeu à Qui-Nhon, entre Kon-Xalam et Kon-Tiorak (1), la route de Savannakhet à Quang-Tri, à la trouée de Lao-Bao (Aï-Lao) et la route de Pak-Him-Boun à Vinh, au col de Tram-Mua.
Après être restée, jusque vers le 102“ de longitude est, la vallée du Song-Ca, elle remonte au nord, en suivant approximativement ce dernier degré jusqu’au Song- Ma et en laissant au Laos les hautes vallées du Nam-Mo, du Nam-Neun ou Song-Ca. Le versant gauche du Song- Ma forme alors la limite entre le Tonkin et le Laos, jusqu’un peu au delà du Nam-Het ; puis, cette limite emprunte les crêtes du Pou-Sang-Lam et se dirige vers le nord-ouest, en suivant les crêtes de partage entre les bassins des fleuves côtiers de l’Annam et du Mékong. Toutefois, elle coupe, à Sop-Nao, le cours du Nam-Ngoua, sous-affluent du Mékong, puis, avec la même orientation, rejoint le massif de Toung-Kouang, au sud de Muong-Lé (frontière de Chine). De ce point, la frontière suit, dans une direction nord-sud, les crêtes du massif de séparation des eaux duNam-Hou de celles du Nam-Ban (Lo-So-Kiang) et du Nam-La, pour aller rejoindre, au nord-ouest, le confluent de cette rivière avec le Mékong (2).
La plus grande longueur du nord au sud mesure 1.160 kilomètres environ.
A cause des divers coudes que fait le Mékong entre le
(1) Pourtant la vallée du Day-Ayoun, affluent du Song-Ba, appartient au Laos.
(2) Les limites entre le Laos, l’Annam et le Tonkin sont encore assez mal définies, notamment pour les Hua-Pahn dont une partie, quoique de race et de langue thaïe, a été récemment rattachée à PAnnam. On conçoit donc qu’il ne soit pas possible de fixer d'une façon plus exacte les limites du Laos.
18® et le 22® degré, le Laos ne présente pas une figure géométrique régulière. On y voit des parties étroites et des parties très larges. C’est ainsi, par exemple, en mesurant les distances parallèlement à l’équateur et à vol d’oiseau, que, dans son extrémité nord, au territoire de Muong- Hou, le Laos a 50 kilomètres environ de largeur seulement; un peu au-dessous, de Xieng-Sèn au Thanh-Hoa, 450 kilomètres environ ; de Luang-Prabang au Thanh-Hoa, 230 kilomètres environ ; de Pak-Lay au col de Tram-Mua, 400 kilomètres environ; de Pak-Hin-Boun au col de Tram- Mua, 120 kilomètres environ ; de Savannakhet à Aï-Lao, 220 kilomètres environ; de Khong à la chaîne annamitique, 300 kilomètres environ. Enfin de Thboung-Kla à cette même chaîne, 250 kilomètres environ. De plus, audessous de ce parallèle, le territoire du Laos se termine par une bande de terrain de 150 à 200 kilomètres environ de largeur. La largeur du Laos varierait donc entre 50 et 450 kilomètres environ, ce q\ii fait une largeur moyenne d’à peu près 250 kilomètres.
IL Superficie. — 11 est impossible de donner actuellement une superficie exacte de la colonie, la délimitation sur certains points n’ayant pas encore été faite et les massifs montagneux étant à peine connus.
Tout chiffre énoncé ne peut être qu’approximatif, tant qu’une triangulation complète n’aura pas permis de calculer d’une façon précise la superficie du territoire.
Actuellement, les travaux officiels sont d’accord pour évaluer à 300.000 kilomètres carrés la superficie du Laos.
Cette superficie équivaut à un peu plus de la moitié de celle de la France. C’est le plus vaste des cinq pays qui forment l’Indochine française : c’est aussi le moins peuplé, avec environ 700.000 habitants.
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III. Constitution orographique. — Vu dans son ensemble, le massif indochinois apparaît comme une ramification du plateau du Thibet. Celui-ci envoie, en effet, dans toutes les directions, de son extrémité sudest notamment, des contreforts qui, après avoir formé le vaste plateau du Yunnan, s’étendent jusqu’aux caps Négraïs, Bolor, Bang-Pla-Soï et Padaran.
C’est d’abord la chaîne de partage entre le Brahmapoutre et rirraouaddy (Arrakan-Yoma) ; puis les crêtes qui séparent l’Irraouaddy et la Salouen d’une part, et entre la Salouen et la Ménam de l’autre (cette dernière chaîne donne, au plateau de Bau, naissance à la presqu’île malaise) ; ensuite les plissements entre la Ménam et le Mékong, et qui s’appellent Pnom-Dangrek au Siam; enfin la haute ligne qui s’élève d’abord entre le Mékong et le Fleuve Rouge, puis entre le Mékong et la mer de Chine, et qu’on nomme plateau du Tran-Ninh et chaîne annami tique.
Ces fortes nervures, qui partent d’une altitude de 7.000 mètres pour se perdre dans plusieurs mers, s’étendent, à l’est et au sud, comme les tentacules d’un poulpe gigantesque formant l’ossature du continent indo-chinois. C’est dans les plis de ces nervures que s’écoulent les grandes artères fluviales dont il vient d’être question, qui s’étendent souvent sur plusieurs milliers de kilomètres, tantôt coulant entre des rives à pic, tantôt se répandant sur des plateaux ou sur d’immenses plaines dans lesquelles se sont groupées les populations.
Francis Garnier a, du reste, comparé le massif indochinois à une vaste main dont le plateau du Thibet serait le dessus; les cinq doigts, l’Irraouaddy, la Salouen, la Ménam, le Mékong et le Fleuve Rouge.
Dans ce qui va suivre, nous ne nous occuperons que de
la chaîne qui aboutit à Padaran, car cette dernière seule intéresse directement le Laos.
Son système orographique prend naissance, nous l’avons vu, dans le plateau du Yunnan, dérivé lui-même du massif thibétain.
De Tali-Foupart la branche montagneuse qui pénètre au Laos, dans le Muong-Hou, à une altitude moyenne de 1.600 mètres, en séparant les vallées du Nam-Hou de celles de la rivière Noire, du Nam-La et du Nam-Ta, deux affluents de la rive droite du Mékong.
Au nœud du Pou-Loï (1) (2.000 mètres), cette chaîne se développe et envoie des ramifications dans toutes les directions entre le Song-Ga, le Nam-Het (affluent duSong- Ma), le Nam-Suong et le Nam-Khan, affluents du Mékong.
Le caractère général de tout ce massif du Laos septentrional est nettement déterminé ; ce ne sont aue successions de crêtes séparées par des vallées étroites dans lesquelles le Mékong et tous ses tributaires de la rive gauche se sont creusé difficilement un passage très resserré.
Le Haut-Laos, dit le docteur Lefèvre, est un fouillis inextricable de montagnes sauvages et boisées, au milieu desquelles les sentiers serpentent comme de gigantesques montagnes russes (2).
Les pentes sont abruptes, ce qui explique l’allure torrentueuse du grand fleuve et de ses affluents. Ainsi Xieng- Hong est à une altitude de 700 mètres et Vien-Tiane est à la cote 300 environ, ce qui fait une différence de niveau de 400 mètres pour 4 degrés, tandis que de Vien-Tiane à la mer, c’est-à-dire sur 8 degrés, on ne descend que de 300 mètres.
(1) Pou, montagne.
(2) Bulletin de la Société de Géographie commerciale, 1898, t. XX, n” 12, D'' Lefèvre : Le Haut-Laos, sa situation économique.
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L’aspect du pays est sauvage ; ces hautes chaînes, coupées çà et là par de profondes vallées où coulent des torrents souvent invisibles, sont couvertes d immenses forêts impénétrables. Le voyageur qui parcourt ces régions n’aperçoit que de hautes herbes ou des arbres gigantesques, enchevêtrés de lianes ; puis, tout à coup, par une brèche dans le feuillage il découvre les cascades d’une rivière ; c’est le seul bruit qui interrompt le silence impressionnant de ces grands bois.
Les points culminants de cette chaîne septentrionale sont le Pou-Faï, dans la province de Muong-Ngoî (1.600 mètres), et le Pou-Loï, dont il vient d’être question, dans le Luang-Prabang (2.000 mètres).
plus au sud, entre le Nam-Khan et le Nam-Sane, apparaît le vaste plateau du Tran-Ninh qui s’étend sur une superficie de 1.200 kilomètres carrés. Ce massif, dont l’altitude moyenne varie entre 1.000 et 1.500 mètres, est traversé par d’abruptes vallées où coulent des torrents et des rivières aboutissant au Mékong ou au golfe du Tonkin. C’est une région superbe, avec un climat tempéré (1), un sol fécond, une végétation luxuriante et qui conviendrait admirablement à toute espèce d’entreprise d’élevage et de grande culture. Son éloignement et surtout la difficulté des communications sont, pour le moment, les seuls obstacles à la réussite des projets qu’on pourrait former.
Un peuaunord du 18® degré se détache lalongue artère qui aboutit à Padaran, c’est-à-dire vers le 11® degré. Elle est connue sous le nom de chaîne annamitique et forme une ligne de démarcation très nette entre le Laos et l’Annam. C’est aussi une frontière climatérique. En effet, sur le versant de l’Annam, les moussons ont chacune leur saison des
(1) C’est un point tout indiqué pour l’installation d’un sanatorium.
pluies, ce qui permet deux récoltes de riz par an ; sur le versant du Laos, il y a une saison de pluies et une saison sèche, bien déterminées, ne permettant qu’une seule récolte. Cette chaîne court parallèlement à lacôte d’Annam, dans une direction nord-ouest sud-est, ne laissant à ce dernier pays qu’une étroite bande de terrain, tandis que le Mékong reçoit, sur sa rive gauche, des cours d’eau qui s’étendent souvent sur de très longs parcours. Du côté de l’Annam, les pentes sont abruptes, les vallées resserrées. Sur le versant laotien, les inclinaisons ne se terminent généralement pas aussi brusquement ; elles descendent jusqu’au Mékong en étages successifs, formant d’abord des plateaux ou des plis de terrain recouverts de forêts épaisses (en laotien : dong), puis des ondulations plus faibles où existe la forêt clairière (en laotien ; khok), et enfin ces vastes rizières aboutissant au fleuve.
Les grandes forêts épaisses ont le même aspect sauvage que dans le Laos septentrional ; parfois elles ne laissent même pas pénétrer les rayons du soleil et forment des dômes de feuillage qui cachent l’horizon.
La forêt clairière se présente, suivant les saisons, sous deux aspects différents. Pendant la période des pluies, on y circule à l’ombre, souvent sur un tapis de verdure ; par contre, à l’époque de la sécheresse, les arbres dépouillés, le sol nu, couvert seulement de feuilles mortes et renvoyant les brûlants rayons du soleil, donnent l’apparence d’un pays désolé et abandonné.
La chaîne annamitique sépare d’abord le Nam-Niuong, affluent de droite du Nam-Ka-Dinh, du Song-Ga, qui se jette, près de Vinh, dans le golfe du Tonkin. Elle pénètre dans la province du Cammon où elle atteint une hauteur moyenne de 1.000 à 1.200 mètres ; le col de Tram-Mua, qui se trouve sur la route de Vinh à Pak-Hin-Boun, est
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à la cote 1.280. Au Cammon, la forêt clairière n’existe pour ainsi dire pas ; ce sont les plateaux eux-mêmes qui, le plus souvent, finissent sur les bords mêmes du Mékong.
Parmi ceux-ci, le plus remarquable est celui de Na-Kaï ou de Pou-Hac dont les limites sont formées par le cours du Nam-Hin-Boun et de la Sé-Bang-Faï (1). Ce vaste plateau de 800 mètres d’altitude environ est, comme la plaine, couvert de forêts clairières, mais « au lieu des arbres à huile, faux tecks au feuillage blanchâtre, aux troncs profondément bosselés de larges cannelures, nous trouvons des pins gigantesques aux larges ombrages ; au lieu du sol nu, poudreux ou visqueux, un gazon fin et ras sur lequel on marche avec plaisir et où l’on aime à s’attarder, en retenant ses pas (2). »
C’est aussi la région des grands fauves; les habitants du Muong, de Ma-Ha-Saï viennent tous les ans y chasser l’éléphant.
Aux sources mêmes de la Sé-Bang-Faï s’élève un piton remarquable de 1.200 mètres environ d’altitude, qui donne naissance à de nombreux cours d’eau de la côte d’Annam.
Au sud de ce point, la chaîne annamitique s’abaisse pour livrer passage à la trouée d’Aï-Lao (410 mètres d’altitude environ), sur la route de Savannakhet à Quang-Tri. Puis la chaîne se relève pour former, dans les provinces de Saravane et d’Attopeu, des murailles qui ont souvent plus de 2.000 mètres d’élévation. Ainsi le Pou-Atouat a une altitude d’environ 2.500 mètres; c’est un nœud orograplique important qui donne naissance à la Sékhong,
(1) Nam et sé, rivière : nam, terme généralement employé dans le Laos septentrional ; sé, dans le Laos méridional.
(2) Lettre du capitaine Rivière reproduite par le capitaine Gosselin : Le Laos et le Protectorat français, 1900.
au Poyo, qui appartiennent au bassin du Mékong et au Song-Buong, affluent du Song-Gaï, rivière de la côte d’Annam.
Entre la Sédone et la Sékhong, vers le 15° degré, s’élève le remarquable plateau des Bolovens, qui tire son nom de la tribu kha qui l’habite. C’est un massif d’à peu près 100 kilomètres de diamètre et dont l’altitude varie entre 600 et 1.200 mètres. Les voyageurs qui l’ont parcouru ont vanté la douceur du climat, la richesse de la végétation, la beauté des plaines, l’abondance de l’eau, si bien que M. le docteur Harmand a émis l’idée que ce plateau, facile à relier par une route au port de Tourane, pourrait devenir le centre administratif et le sanatorium de notre empire Indochinois.
On a un peu exagéré le rôle que ce plateau sera appelé à jouer dans la suite. Il serait imprudent de vouloir en faire un pays merveilleux, un eldorado destiné à un grand avenir au point de vue administratif, commercial et sanitaire. C’est aujourd’hui unerégionauxpentesbien cultivées, fournissant de belles récoltes de cardamome et de riz, ainsi que du tabac, du coton, de l’ortie de Chine, et habité par des populations douces et paisibles qui vivent dans de beaux villages, bien entretenus. Le marché de Bassac doit son importance à la proximité de ce pays. C’est donc un magasin d’approvisionnement pour les Laotiens de toute la région, un réservoir où ils viennent puiser.
On s’est aussi préoccupé de savoir si l’élevage en grand des buffles et des bœufs pourrait y réussir, car on ne trouve actuellement du bétail que dans les villages situés près de la Sédone, c’est-à-dire assez loin du plateau. La question n’a pas encore été tranchée, aucun essai suffisant n’ayant encore été fait.
A l’angle le plus méridional de ce massif se trouve une
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montagne conique d’environ 800 mètres d’altitude que Francis Garnier avait surnommée le Téton, en raison de sa forme, et à laquelle il a donné plus tard le nom de Pic de Lagrée, en souvenir du président de la commission d’exploration de 1866.
C’est dans la région montagneuse de Saravane et d’Attopeu que se rendent, tous les ans, les chasseurs d’éléphants du Laos méridional ; ils capturent, annuellement, de cinquante à cent bêtes.
A l’est d'Attopeu, les massifs sont habités par des tribus khas à peu près indépendantes : Gédangs, Djaraïs, Rognaos et Bahnars. Ces deux dernières tribus sont presque soumises, grâce aux efforts persévérants des missionnaires de la chrétienté de Kon-Toum. C’est par ce point, centre de la mission, que passe la route d’Attopeu à Quin- Hon ; elle traverse la chaîne annamitique, entre Kon- Xalam et Kon-Tiorak, à une altitude de 900 mètres environ. Près d’iVttopeu, cette même route franchit le Pou-Satièng (400 mètres), dernière ramification de la grande chaîne et qui sépare le bassin de la Sé-Souk de celui de la Sé-Kémane.
Cette région du Pou-Satièng, Sé-Souk, Sé-Kémane, est connue depuis longtemps pour être très riche en or.
IV. Le Mékong. — On a dit souvent, avec raison, que le Nil constituait l’Egypte; on peut dire également que le Mékong fait le Laos. N’est-ce pas lui, en effet, qui donne un peu de vitalité à ces vastes régions isolées ? N’est-ce pas lui qui, par son inondation annuelle, facilite la croissance du riz? Son poisson ne fournit-il pas une grande partie de l’alimentation indigène? Ne donne-t-il pas par son alluvion le coton, le tabac, l’indigo indispensables au Laotien et même ne lui transporte-t-il pas,
au moment des grandes crues, le bois nécessaire à la cuisson de ses aliments, de telle sorte qu’il n’a, pour ainsi dire, qu’à se baisser pour le ramasser? Enfin, au point de vue du commerce, le Mékong n’est-il pas la grande artère, l’unique route pratique, reliant le Yunnan à Saigon? D’ailleurs, jadis, M. Blancsubé, ancien député de la Cochinchine, en eut la vision quand il disait :
Je vois dans notre établissement, dans toute la vallée du Mékong, le moyen de faire affluer à Saïgon les produits de trente royaumes ou tribus échelonnés le long du fleuve : ceux du Yunnan et ceux des provinces intérieures de la Chine. J’y vois le moyen de faire de Saïgon un des plus grands entrepôts du monde, d’en faire la reine de l’Extrême-Orient.
Cette vision est tentante. Malheureusement la réalité est tout autre. D’une part, l’orientation du commerce vers Bangkok est consolidée par l’achèvement du chemin de fer de Korat, tandis que, de notre côté, le problème de la mise en état de la navigabilité du Mékong, du Yunnan à la mer, est loin d’être résolu.
Pris dans son ensemble, le Mékong coule d’abord dans une direction sensiblement nord-sud, jusqu’à Ban-Houé- Pak-Kop (1), (confluent du Houé-Kop, rive droite), puis tourne brusquement à l’est dans la coupée qu’il s’est creusée pour tourner le plateau formant le dernier échelon des Sib-Song-Pahn-Na.
M. Macey (2) dit, à ce propos, qu’on peut, presque à coup sûr, émettre cette hypothèse qu’à une époque géologique relativement proche le Mékong se jetait à la mer dans le golfe de Siam par la vallée de la Ménam actuelle. L’autre branche du Mékong qui descend à la mer par le Cambodge et la Cochinchine était la continuation du Nam-Hou. Ce n’est que lors d’un soulèvement, ou d’un plissement, que s’est formée la ligne de faîte ouest-est qui sépara
(1) Pak, embouchure, confluent.
(2) Cinq ans de Laos. Conférence faite à la Société de Géographie commerciale, le 19 novembre 1895.
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les eaux comme elles le sont aujourd’hui. C’est de ce moment que la branche supérieure du Mékong fut forcée de s’éroder un passage et creusa le « Canon » qu’est son lit de Xieng-Kong à Pak-Hou.
En ce dernier point, d’ailleurs, la coupure est bien visible : les massifs calcaires qui forment la rive droite du confluent du Nam- Hou et du Mékong se prolongent sur la rive droite du grand fleuve. La muraille à pic a été, on le voit, coupée en deux par l’afflux de la branche venant du Tbibet et détournée de son cours par le soulèvement dont on vient de parler (1).
Le Mékong suit donc, à partir de Pak-Hou, la direction du Nam-Hou, c’est-à-dire que son cours est sensiblement nord-sud jusqu’à Ban-Houé-Hat. A partir de ce point le fleuve est rejeté, par un éperon du Pou-Vieng (rive droite), dans une direction est, jusqu’au Keng-Sa- Dok, en aval de Pat-Ghoum. Dans cette région, en sortant du défilé à Sam-Pan-Na, il s’est creusé un cours assez capricieux dans les alluvions qui comblent un ancien bassin lacustre représenté encore aujourd’hui par plusieurs étangs, dont le Nong-Han-Noï et le Nong-Han- Xieng-Soum, sur la rive droite. Les dernières assises du Cammon et du Cam-Kheut le ramènent brusquement dans une direction générale sud-sud-est qu’il conserve jusqu à Kratié, au Cambodge, en coulant au milieu d’immenses plaines. Son cours paisible est tout à coup interrompu à Ban-Ta-Sa-Kou, un peu en aval de Ban-Mouk, par une suite de rapides encombrés d’îlots, de blocs
(1) Francis Garnier mentionne ainsi cette communication : a Les sources des deux cours d’eau (Ménam, et Sé-Ngum affluent de la rive droite du Mékong; ne sont séparées que par un très faible intervalle, et, d’après les renseignements des indigènes, il suffirait, à l’époque des hautes eaux, de traîner une barque pendant un ou deux milles, sur un terrain assez uni, pour sortir du bassin de Mékong et naviguer dans celui de la Ménam- Est-ce cette proximité qui a donné lieu à l’indication hypothétique portée sur nos anciennes cartes, et d’après laquelle les deux fleuves communiquaient entre eux? » (Francis Garnier, 1885, Voyage d'exploration en Indo-Chine.)
isolés au milieu du courant, qui témoignent du travail d’érosion qui s’est accompli dans ces parages.
Sur tout son parcours en plaine, une seule région montagneuse est à signaler, c’est l’éperon qui la force à faire la boucle de Pak-Moun, et, sur la rive droite, les montagnes de Bassae qui le surplombent à pic. Ensuite, le fleuve s’épand toujours davantage jusqu’à former le groupe si caractéristique des Si-Pan-Don (4.000 îles), au-dessus des chutes de Khône, d’où il tombe dans son bief inférieur soumis au régime spécial des crues du Ton- Lé-Sap.
On n’est pas fixé sur l’origine du mot Mékong. C’est sans doute une abréviation de Mé-Nam-Kong, c’est-àdire la, mère des eaux qui viennent de Kong (1).
La longueur totale de son cours est approximativement de 4.200 kilomètres, dont la moitié environ appartient au Laos. C’est un des plus grands fleuves du globe. La longueur de son cours, qui est sensiblement la même que celle du Nil et du Hoang-Hô, le classerait le septième parmi tous les cours d’eau du monde.
En dehors de la région de Khong et des chutes de Khône, où le fleuve s’étend sur 10 kilomètres et même davantage, il a, dans le bief de Bassae, une largeur moyenne de 1.200 à 1.500 mètres. Dans les rapides de Kemmarat, sa largeur moyenne est de 300 à 500 mètres ; mais on trouve aussi des étranglements où il a à peine 100 mètres.
Dans le bief de Vien-Tiane, il a une largeur moyenne de 300 à 800 mètres; mais entre Vien-Tiane et Luang-
(1) Il ne s’agirait pas de Khong, ancienne capitale du Bas-Laos, mais d’un autre Kong, situé par 22» 20 ' environ de latitude, et très connu comme lieu de passage des caravanes qui se rendent de Birmanie en Chine.
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Prabang, elle est de moins de 100 mètres. Au-dessus de Luang-Prabang, jusqu’à Xieng-Khong, sa largeur moyenne n’est plus que de 150 à 250 mètres, ensuite il s’épand de nouveau au milieu d’îles basses, pour se resserrer définitivement vers Tang-Hô,
La superficie de son bassin a été évaluée à un million de kilomètres carrés.
Nous avons déjà signalé qu’au Laos, il y avait deux saisons bien distinctes, une de pluies, de mai à octobre, et une sèche, de novembre à avril. La période humide correspond, pour le fleuve, à l’époque des hautes eaux, la saison sèche à celle des basses eaux. L’énorme vallée du Mékong ne s’emplit ni ne se vide instantanément; ses eaux sont toujours soumises, soit à une crue, soit à une décrue, et le fleuve, sauf peut-être pendant les mois de mars et d’avril, époque des plus basses eaux, où ses oscillations sont très faibles, accuse toujours un mouvement plus ou moins accentué d’élévation ou de dépression. On conçoit aussi que sur un fleuve d’une étendue aussi considérable, d’un cours aussi capricieux, tantôt encombré par des rochers qui obstruent son lit, tantôt coulant paisiblement au milieu de vastes plaines, les crues ne puissent être égales sur tous les points du parcours. Par suite d’une particularité assez bizarre, c’est à l’île de Khône qu’on trouve, peut-être près de la cote la plus faible, une des cotes les plus hautes observées sur tout le Mékong. Ainsi, à Khône-Nord, la crue atteint à peine 1 m. 50, tandis qu’à Khône-Sud, c’est-à-dire à 5 kilomètres en aval, elle dépasse souvent 18 mètres. La crue moyenne du fleuve est de 10 à 12 mètres; elle est due en premier lieu à la fonte des neiges du Thibet, mais surtout aux pluies de la mousson du sud-ouest.
Le Mékong ne constitue pas, au point de vue de la navi-
gatioa, une artère continue d’un bout à l’autre de son cours Plusieurs obstacles sérieux, comme les chutes de Khône ou les rapides deKemmarat, interrompent toute navigation suivie. On a donc été amené à diviser le fleuve, au point de vue de la navigabilité, en plusieurs biefs. Ce sont :
1° Le bief de Lua-ng-Prabang ou bief supérieur, qui s'étend depuis l’entrée du Mékong au Laos jusqu’à Sam- Pan-Na, c’est-à-dire du 22® degré environ au 18®.
Dans ce bief, jusqu’à Tang-Hô, la navigation, même pour les pirogues, est des plus difficile, à cause de la dénivellation irrégulière du fleuve (160 mètres sur 180 kilomètres environ) et des nombreux rochers qui encombrent son lit.
De Tang-Hô à Vien-Tiane, la navigation en pirogues et en radeaux est active et la batellerie indigène fonctionne toute l’année, malgré des rapides assez nombreux.
2® Le bief de Vien-Tiane ou bief moyen, qui s’étend depuis Sam-Pan-Na jusqu’à Ban-Ta-Sa-Kou (rive droite) ou Hueùn-Hin (rive gauche), c’est-à-dire depuis le 18® degré jusqu’un peu au-dessus du 16®, à la tête des rapides de Kemmarat. Ce bief est navigable, pour les vapeurs de un mètre de tirant d’eau, pendant presque toute l’année.
Entre ce dernier bief et le suivant, se trouve la partie très accidentée du fleuve, connue sous le nom de rapides de Kemmaratt qui s’étend sur 160 kilomètres jusqu’à Pak-Moun (15® 20’). En l’état actuel, la navigation à vapeur y est dangereuse mais non impossible; mais toute l’année les radeaux et les pirogues peuvent les descendre, et les pirogues seules les remonter.
3“ Le bief de Bassac, compris entre Pak-Moun et Khône-Nord, c’est-à-dire entre 15® 20' et 14° environ.
Ce bief est navigable dans toute son étendue pendant
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l’année entière pour les radeaux et pirogues, tandis qu’il n’est praticable aux chaloupes à vapeur pendant que trois ou quatre mois seulement, de juillet à octobre.
Au sud de ce bief les chutes de Khône forment un obstacle absolu à la navigation à vapeur, sur une longueur d’à peu près 5 kilomètres. Anciennement, avant l’établissement de la voie ferrée, le transbordement des marchandises s’effectuait d’amont en aval, et vice versa,, au moyen de charrettes à boeufs ; pourtant, aux hautes eaux, des pirogues chargées se risquaient à descendre les passes. Aujourd’hui, le chemin de fer offre de tels avantages au transit que les commerçants n’ont plus aucun intérêt à faire affronter à leurs pirogues les dangers des passes de Khône ou à pratiquer un transbordement au moyen de charrettes ou de porteurs.
4° Le bief maritime de Khône-Sud a la mer.
Sur une longueur de 200 kilomètres environ, c’est-àdire de Khône-Sud à Kratié (Cambodge), ce bief n’est navigable pour les chaloupes à vapeur qu’aux très hautes eaux (juillet à octobre), et, en toute saison, sur un parcours moindre, de Khône à Stung-Treng. A partir de Kratié et jusqu’à la mer, la navigation peut avoir lieu en vapeur toute l’année.
Des travaux importants ont été faits avec succès pour améliorer les conditions de la navigation sur le Mékong, mais elle n’en offre pas moins une vive difficulté. Ici, elle est interrompue par des seuils infranchissables; là, on est arrêté par la rapidité du courant ; ailleurs, c’est l’absence d’eau ou la présence de sable qui forment obstacle. Bref, le Mékong est un fleuve capricieux, offrant, à côté de quelques magnifiques biefs où la navigation à vapeur est facile, des rapides qui la rendent dangereuse, parfois impossible.
En l’état actuel, la Compagnie des Messageries fluviales de Gochinchine a pu organiser, en chaloupe à vapeur et en pirogue, un service assez direct de Saigon à Luang- Prabang, soit un parcours total de 2.300 kilomètres.
Un rapide coup d’œil sur ce qui a été entrepris pour assurer la navigabilité du fleuve nous permettra d’indiquer les efforts accomplis, les difficultés vaincues.
La question fut posée pour la première fois, en 1866, par Francis Garnier, remontant le grand fleuve comme second de la mission d’exploration en Indochine. A cette date, la navigation à vapeur s’arrêtait à Kratié, à environ 220 kilomètres en amont de Pnom-Penh. Par la suite, Francis Garnier a été amené à étudier immédiatement la possibilité de la navigation à vapeur à partir des rapides de Sambor, extrême limite des reconnaissances hydrographiques effectuées sur le Mékong.
La navigatioQ à vapeur, disait-il (1), si elle est rigoureusement praticable jusqu’au pied des cataractes de Khône, présente des difficultés extrêmement nombreuses. Entre Kratié et l'île de Kbône, il est douteux qu’il existe un chenal offrant, aux basses eaux, une profondeur suffisante. A l’époque des hautes eaux, la profondeur ne saurait plus faire question, mais la vitesse du courant atteint son maximum et elle est assez considérable pour annuler la marche d’un navire à vapeur, ou du moins pour entraver ses évolutions.
Ces considérations, qui étaient vraies à l’époque où l’auteur visitait ces parages, ne sont plus tout à fait exactes, tout au moins à la saison des hautes eaux. En effet, la navigation à vapeur s’est peu à peu transformée, l’outillage mécanique s’est perfectionné, et, malgré cela, il s’est écoulé un laps de temps de vingt-deux ans avant qu’une tentative sérieuse ait été faite pour arriver à un résultat efficace que les conclusions de Francis Garnier ne laissaient pas espérer.
(1) Francis Garnier, op. c.
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En septembre î885, M. le capitaine de vaisseau Réveillère parvenait à franchir, sur un torpilleur, les rapides de Préa-Tapang, qui forment le principal obstacle sur le Mékong, un peu au-dessous de la frontière du Cambodge et du Laos. En 1886 et 1887, M. le lieutenant de vaisseau de Fésignj", chargé de l’hydrographie du fleuve au-dessus de Kratié, fit une sérieuse étude de ces rapides et démontra la possibilité de les franchir avec de petits bâtiments, en conduisant successivement jusqu’à Stung- Treng, d’abord la canonnière la Sagaie, et, jusqu’aux chutes de Khône ensuite, la chaloupe des Messageries fluviales de Gochinchine la Mouette, ainsi que celle du service local Doc-Phu-ca.
Il était réservé à son collègue, M. Heurtel, de faire passer ces mêmes rapides à des bâtiments d’un tonnage relativement élevé et d’assurer ainsi définitivement au commerce les régions du Laos méridional. En effet, en 1889, à la fin d’août, M. Heurtel franchissait une première fois les rapides avec l’aviso de mer à roues Y Alouette, qui ne mesurait pas moins de 50 mètres de longueur, puis, quelques jours plus tard, avec le paquebot des Messageries fluviales le Cantonnais, long de 40 mètres, filant 9 nœuds, calant 1 m. 90, qu’il conduisait bien au-dessus de Stung-Treng, jusqu’au pied même des chutes de Khône.
La preuve était faite qu’un service commercial par bateaux à vapeur était possible pendant plusieurs mois, aux hautes eaux, jusqu’à Khône. La voie étant ainsi tracée, M. Rueff, alors directeur des Messageries fluviales de Gochinchine, s’empressa de pousser au-delà de Kratié, sur le grand fleuve, une ligne régulière de navigation à vapeur, d’abord jusqu’à Sambor, enfin à Stung-Treng et à Khône (1890).
Depuis 1891, le Bassac, spécialement construit sur l’ordre des Messageries fluviales de Gochinchine par les chantiers Dubigeon, à Nantes, pour le passage des rapides et des bas-fonds (il ne cale que 0 m. 70 en charge), assure une communication régulière et rapide entre Saigon, Pnom-Penh et Khône.
Restait la question délicate de l’étude d’un chenal dans les rapides de Khône. Francis Garnier est très affirmatif ;
Aux cataractes même, dit-il (1), s’arrête forcément, à moins de travaux gigantesques, toute navigation continue du Mékong.
On croyait pourtant à 1 existence d’une passe praticable, car on voyait chaque année arriver à Pnom-Penh des pirogues venant directement de Bassac. On apprenait aussi, au même moment (c était en 1891), que des chaloupes siamoises naviguaient sur le Moun et descendraient peut-être bientôt le grand fleuve jusqu’à Bassac.
Les travaux des Siamois, écrivait en 1891 M. Delaporte, ancien membre de la mission de Lagrée (2i, ont abouti au projet d’installation d’un service complet desservant le cours du Mékong, pour en déri ver le commerce dans le cœur du royaume de Siam, par la belle rivière du Sé-Moun et l’amener ensuite, par la voie ferrée, jusqu’à la capitale et à la mer. Ce projet est en pleine voie de réalisation. Très prochainement, deux vapeurs vont être installés, l’un sur le cours moyen du fleuve, entre Bassac et Kemmarat avec station à Pak-Moun au confluent de la rivière ; l’autre sur le Sé-Moun entre Pak-Moun et Khorat, point où la rivière cesse d’être navigable, et ce service sera complété par un chemin de fer reliant Khorat à Bangkok.
Il s agissait donc de devancer les chaloupes siamoises. M. le gouverneur général Piquet s’intéressa lui-même à la question et s’embarqua à bord du Cantonnais
(1) Francis Garnier, op. c.
(2) L. Delaporte, 1891, La grande voie commerciale de l’Indo-Chine.
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(oct. 1891) avec l’espoir de passer les rapides de Khône et de faire flotter le pavillon français dans le bief supérieur. h' Argus, commandé par M. l’enseigne de vaisseau Guissez, atteint Khône, servant d’éclaireur au Cantonnais, et essaie de reconnaître la passe, que deux Européens, alors concessionnaires de la grande île de Ca- Lomnieu, M. Pelletier et le D*' Mougeot, s’étaient fait montrer par les habitants, et qui, dans certains moments, était accessible aux pirogues descendant le fleuve. Mais la saison était avancée (on était à la fin d’octobre) ; la baisse des eaux ne permit pas de tenter l’essai qu’on voulait faire, et le Cantonnais dut rentrer à Saigon.
Pendant ce temps, V Argus mouillait dans la passe de Ka-Sedan, entre les rapides de Tat-Vaï et de Tat-Liou, afin d’achever l’étude commencée de la reconnaissance du fleuve aussi haut que possible. Pendant plus de deux ans, cette chaloupe tenta de franchir les passes, mais sans y parvenir, à cause de son grand tirant d’eau, de son instabilité, et de son manque de vitesse.
Néanmoins les efforts et la persévérante énergie de son commandant ne furent pas perdus, puisqu’ils préparèrent la voie aux travaux entrepris depuis dans ces parages.
Ainsi, dans l’impossibilité de trouver une passe favorable pour les bateaux à vapeur, une voie ferrée de transbordement fut construite à travers l’île de Khône. Deux bassins, l’un d’échouage, l’autre de lancement, ont dû être créés, à Khône-Sud et à Khône-Nord, spécialement pour le transbordement des chaloupes.
M. le lieutenant de vaisseau Simon s’exprimait ainsi dans sa conférence faite à la Société de Géographie le 15 mai 1896 :
Les Siamois se croyant, grâce à cette bai-rière naturelle, à l’abri de toute répression de notre part, avaient passé le Mékong à Kemmarat, Lakhône, Outhène, envahissaient petit à petit l’Annam et établissaient des postes avancés jusqu’à trois jours de Hué. Gela se passait en 1892.
Le gouvernement s’alarma et, pour faire droit en même temps aux sollicitations de la Cochinchine, décida, sur la proposition de M. Delcassé, en mars 1893, l’achat de deux canonnières à hélice, le La Grandière et le âfctssie, destinées à exercer un rôle de surveillance sur le haut Mékong.
Ces deux navires devaient être mis à flot au-dessus des cataractes de Khôiie ; de là franchir, par tous les moyens, le défilé de Kemmarat particulièrement dangereux par ses rapides, puis, montrer au premier jour le pavillon dans le grand bief présumé navigable qui s’étend de Kemmarat à Vien-Tiane et dont la rive orientale comprend le Laos d’Annam.
Tel était l’objet de la mission qui nous fut confiée.
C’était en même temps une mission hydrographique dont les travaux, ayant leur point de départ aux chutes de Khône que la navigation à vapeur met aujourd’hui à quatre jours de Saigon, ne devaient s’arrêter que là où il y aurait impossibilité matérielle et absolue de passer.
Le plus haut possible, le plus loin possible, tel était le mot d’ordre.
Les navires, démontables en cinq tranches, furent assemblés et mis à flot à Saigon, en août 1893, et leur transbordement en amont des chutes se fit d’une seule pièce, c’est-à-dire sans aucun démontage, sur un chariot construit dans ce but et roulant sur une vole ferrée. Cette voie ferrée, large de un mètre, partait de l’extrémité aval des chutes, c’est-à-dire du bassin inférieur, et aboutissait au bassin supérieur, au travers de l’île de Khône,
L’administration des Travaux 23ublics de Cochinchine fut plus spécialement chargée de l’exécution de ce travail, et l’opération, dirigée par MM. Gubiand, ingénieur-directeur des Travaux publics, Grouzat, conducteur principal des ponts et chaussées, malgré la hâte, les difficultés et les contre-temps ou tribulations de toutes sortes que nous eûmes à subir, eut un plein succès.
Le 31 octobre 1893, cinq mois après l’arrivée de la mission à Saigon, deux navires, le Massie et le Ham-Luong, avaient passé les chutes de Khône.
Le Ham-Luong était une chaloupe de Cochinchine envoyée, au dernier moment, en toute hâte, pour remplacer numériquement et provisoirement le La Grandière demeuré désemparé à l’aval des chutes par suite d’avaries graves de machine.
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Après leur mise à l’eau dans le bief supérieur, le Massie, ainsi que le iîaîTi-LdiOTigf, poussent aussitôt jusqu à Bassac et au confluent de la Sé-Moun. Enfin le Massie parvient à Kemmarat, le 28 février 1894, après avoir franchi heureusement les 120 kilomètres de rapides qui se trouvent en aval. Là, il dut attendre une crue suffisante pour franchir le Keng-Sa, l’un des plus dangereux obstacles de cette région ; à la saison des hautes eaux de 1894. il se trouvait dans le bief de Vien-Tiane où il faisait flotter le pavillon français sur une étendue de plus de 500 kilomètres, Le 5 septembre 1894, le La Grandière passe à son tour à Khône, d’un bief dans 1 autre, puis, en novembre, rejoint le Massie qu’il dépasse bientôt. Enfin, au mois d’août 1895, M. le lieutenant de vaisseau Simon fait passer au La Grandière la série de rapides qui s’étend sur un parcours de 350 kilomètres, entre Vien- ^ Tiane et Luang-Prabang, où il arrivait le 1®"^ septembre.
Ce brillant succès démontrait aux populations amies ou hostiles des rives du Mékong la puissance de la France ; il affermissait, sur la rive gauche, qui désormais nous appartient, par la vue plus fréquente de nos officiers, de nos armes, et les croisières de nos vapeurs, sortes de bureaux ambulants, l’œuvre accomplie par notre diplomatie (1).
Nous sommes heureux de pouvoir, ici, rendre un juste hommage à la valeur du commandant Simon, lequel, au milieu des plus grandes difficultés, sut mener à bien l’œuvre hardie qu’il avait entreprise. Il n’a pas craint de payer largement de sa personne, restant souvent en pirogue au milieu du fleuve, malgré les ardeurs du soleil, afin de chercher un point de passage pour sa canonnière.
Mais Luang-Prabang ne devait pas être pour le La Gvandière le terminus de sa navigation.
(Ij Lanier, L'Asie, 1898. Choix de lectures de géographie.
Les difficultés depuis longtemps pendantes dans le Haut-Laos occidental venaient d’entrer dans une phase plus aiguë. Il était plus que jamais opportun et urgent pour nous d’appuyer nos arguments diplomatiques à l’aide de justifications effectives de nos droits basées sur des faits accomplis.
Il fallait montrer nos couleurs plus haut encore, au moins jusque dans le Xieng-Khong, c’est-à-dire au cœur des territoires qu'on avait essayé de soustraire à notre influence en en proposant la neutralité (1).
Le 8 septembre, le La Grandière reprenait sa marche ascensionnelle.
Enfin, nous atteignons notre dernière étape, Tang-Hô, le 25 octobre 1895 ; nous sommes à un jour de Xieng-Lap, par 20® 40' de latitude nord, à 2.500 kilomètres de la mer et par plus de 400 mètres d’altitude. Ici, le La Grandière est définitivement arrêté, car, dans l’état actuel des choses, il faut considérer Tang-Hô comme la limite de tout ce que 1 on peut oser comme navigation à vapeur, au moins avec un faible étiage (2).
Ces conclusions n’ont pas arrêté M. le lieutenant de vaisseau Mazeran; il conduisit la canonnière encore plus loin, à Xieng-Lap, où elle fut longtemps immobilisée et dans 1 impossibilité de redescendre. Il fut question même de procéder à son désarmement, mais on réussit à l’amener jusqu’à Luang-Prabang en l’entourant d’un faisceau de bambous.
Les résultats de la mission de M. le lieutenant de vaisseau Simon relativement à la navigabilité des biefs de Bassac et de Vien-Tiane ont permis à la Compagnie des Messageries fluviales de Gochinchine d’y tenter l’exploitation d’un service régulier de chaloupes à vapeur. Cette compagnie signait à cet effet, avec le gouvernement général de 1 Indochine, un contrat en vue de l’organisation
(1) Lieutenant de vaisseau Simon, op. c.
(2) Lieutenant de vaisseau Simon, op. c.
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d’un service complet de Saigon à Luang-Prabang, pour passagers et marchandises, et en utilisant, suivant la navigabilité du fleuve et suivant les saisons, tantôt la navigation à vapeur, tantôt la navigation en pirogue. La tâche fut difficile : il fallut d’abord agrandir les bassins d’échouage et de lancement, refaire la voie dans l’île de Khône, la consolider, la rectifier, pour permettre le transbordement de trois chaloupes à vapeur du poids de 70 tonnes chacune (1). Ce fut un véritable tour de force qu’on a été obligé de renouveler par trois fois.
Aux hautes eaux de 1893 (2), l’opération se fit avec un plein succès, grâce aux travaux et aux efforts combinés de l’administration locale et de la Compagnie des Messageries fluviales. Aujourd’hui, l’un de ces bateaux, le Garcerie, est affecté à un service régulier dans le bief de Bassac, entre Khône et Pak-Moun. Les deux autres, le Trentinian et le Colombert, ont suivi la voie que leur avaient tracée les canonnières à travers les rapides de Kemmarat et assurent le service dans le bief de Vien- Tiane, sur une étendue de près de 500 kilomètres (3).
Voilà donc un premier résultat atteint. Des vapeurs peuvent, aux hautes eaux, assurer un service de Kratié à Khône ; d’autres ont été lancés dans les biefs supérieurs et parcourent facilement, à la même période, près de 200 kilomètres dans le bief de Bassac, près de 500 dans
(1) Les canonnières le Massie et le La Grandière avaient chacune un poids de 22 tonnes seulement.
(2) Pour ce transbordement, comme pour celui de 1894, la traction se fit à bras d’bommes; ce n’est que depuis le mois d’avril 1898 qu’une locomotive circule sur cette rive.
(3) Tout récemment, la chaloupe Hamluong, de 22 mètres de longueur, d’un tirant d’eau 1 m. 30, et d’une vitesse de 7 à 8 nœuds, vient, sous le commandement du mécanicien Janneau, de remonter les rapides de Kemmarat et de gagner Vien-Tiane où elle est à la disposition du Résident supérieur.
celui de Vien-Tiane. Mais, aux basses eaux, le trajet de Kratié à Khône se fait encore en pirogue sur la plus grande partie du parcours ; le bief navigable de Bassac se réduit à 30 kilomètres pour les chaloupes à vapeur, et celui de Vien-Tiane exige, entre deux trajets faits dans ces conditions, un transbordement en pirogue d une vingtaine de kilomètres ; les deux biefs sont, de plus, séparés par une bande non navigable, en toute saison, de 160 kilomètres.
L élan était donné, et la voie ouverte. Il ne restait plus qu’à achever l’œuvre ainsi commencée, à effectuer les balisages et les dérochements nécessaires pour donner à la navigation, c’est-à-dire au commerce, un plus ample développement.
Malheureusement aucun plan sérieusement établi n’a permis de rendre le grand fleuve navigable, les résultats acquis ne 1 ont été qu’au prix de sacrifices financiers très importants et sont peu en rapport avec les centaines de mille francs dépensés.
Examinons maintenant au point de vue géographique la manière dont se présente le bassin du Mékong.
C est au confluent du Nam-La que le Mékong, dans son bief supérieur, pénètre au Laos par 21° 40' de latitude, un peu en aval de Xien-Hong qui se trouve par 22“. Il coule jusqu’à Xieng-Sèn, dans une direction générale sensiblement nord-est, suci-ouest, entre deux rangées de hauteurs qui resserrent son lit, et en font un torrent plutôt qu’un fleuve. Dans cet étroit couloir, il s’est creusé un chenal qui varie, aux hautes eaux, de 150 à 300 mètres et qui se rétrécit quelquefois aux basses eaux jusqu’à 50 mètres. Son lit est le plus souvent encombré d’écueils et de rochers, et les tourbillons, les remous, les courants et contre-courants rendent toute navigation impossible.
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Aussi, faut-il noter ici la tentative hardie et couronnée de succès de M. le lieutenant de vaisseau Mazeran, qui a réussi à mener la canonnière le La Grandière jusqu’à Xieng-Kok, c’est-à-dire presque jusqu’au 21° de latitude, à 2.800 kilomètres de la mer.
C’est là un effort matériel remarquable, mais malheureusement inutile et qui ne prouve nullement que, dans cette région, le Mékong est, ou sera jamais, commercialement navigable.
Tang Hô est le point d’arrêt forcé de toute navigation, quelle qu’elle soit, et aucun piroguier laotien ne voudrait se hasarder dans les rapides qui sont en amont. Il peut être intéressant de citer, à ce propos, l’opinion de ]\L Garanger, longtemps commissaire du gouvernement de Yien-Poukha :
Le débouché de toute la région sur le Mékong, dit-il, se trouve à Tang-Hô, au pied du fameux rapide, considéré comme le terminus de la navigation, puisque, en amont, on ne trouve plus q,ue de petites pirogues destinées à la pêche.
Cette question de passage du rapide intéressait trop la partie nord de mon commissariat pour que je ne voulusse me rendre compte des espérances que pouvait faire concevoir le passage inauguré par le La Grandière.
J’ai dû constater, après avoir suivi l’itinéraire de la canonnière, que les difficultés restaient presque insurmontables ; la route suivie par le La Grandière se trouve maintenant en terrain sec, au milieu de sables et rochers d’un aspect chaotique et à 250 ou 300 mètres du rapide ; l’eau ne vient affleurer sur la berge suivie lors du passage que pendant deux ou trois mois de l’année, n’y atteignantune profondeur appréciable que pendant les quelques jours qui marquent le maximum de chaque crue ; le rapide lui-même, où toute l’eau se trouve maintenant resserrée, roule sur ses flots avec une violence inouïe dans un étroit couloir, bordé de deux murailles de rochers, et la dernière tentative du passage pour une pirogue a eu pour résultat la mort d’un homme et la perte d’un hateau.
Plus en amont, au dire des indigènes, il y aurait encore des obstacles bien plus sérieux ; mais ils n’ont jamais eu occasion de
les voir; il convient de n’accepter ce renseignement que sous toutes réserves ; mais j’ai pu constater moi-même à Xieng-Hong, en 1893, que les indigènes, en utilisant les bancs de sable, traversaient le grand fleuve sans que l’eau dépassât jamais la hauteur de leurs genoux.
En amont de Xieng-Sèn, le Mékong reçoit, sur sa rive droite, le Nam-Huok, qui sert de frontière entre les États anglo-birmans et le Siam, puis, un peu en aval, le Nam- Khôk. A partir de ce point, le fleuve décrit jusqu’à Xieng- Khong une courbe vers le nord ; il reprend alors son cours vers le sud, puis, un peu avant le 20“, reçoit son premier affluent important de la rive gauche, le Nam-Ta.
Le Nam-Ta vient du nord-est. Il traverse cette riche plaine de Muong-Luong-Nam-Ta qui a été appelée « le jojau de tout le Haut-Laos » ; car c’est une région très fertile, bien arrosée et où l’on pourrait faire de belles rizières à l’infini. Le Nam-Ta est navigable en toute saison, jusqu’à Sop-Ngim, et, pour les petites pirogues seulement, jusqu’à Muong-Luong.
Le Mékong conserve, jusqu’à Ban Pak-Kop (19° 45'), sa direction sud, puis brusquement il s’infléchit à l’est sur un parcours de 200 kilomètres environ, jusqu’à Luang- Prabang, comme s’il allait se jeter dans le golfe du Tonkin. Il coule pendant cette partie de son cours entre des collines escarpées. Il est navigable en toute saison pour les pirogues, malgré le rapide de Keng-Li qui nécessite, aux basses eaux, le déchargement des marchandises. En amont de Luang-Prabang, il reprend sa direction nord-sud et reçoit, vers le 20® degré, sur sa rive gauche, trois grosses rivières, leNam-Hou,le Nam-Suong et le Nam-Khan.
Le Nam-Hou, étant donné la longueur de son cours et le volume de ses eaux, a pu être regardé, nous l’avons
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déjà constaté, comme une des branches du Mékong. En effet, son large lit a l’aspect d’un grand fleuve depuis Muong-Ngoï, bien que son embouchure soit étroite. Le Nam-Hou pourrait être navigable sans doute aux chaloupes à vapeur pendant les hautes eaux, jusqu’à Muong- Koua (150 kilomètres environ de Luang-Prabang), marché de concentration de la région ; pour les pirogues, il est navigable jusqu’au Mong-Houa en toute saison. De Muong-Houa à Muong-Hahin et à Muong-Hou, le Nam- Hou n’est flottable, et encore à la descente seule, que pour des radeaux très étroits. Le grand rapide du Keng- Louang, qui se trouve à une journée de Pak-Hou, exige, aux moyennes et aux basses eaux, le déchargement complet des pirogues.
Par son affluent de gauche, le Nam-Ngoua et son sousaffluent le Nam-Youn, l’un et l’autre navigables en toute saison, pour les petites pirogues, on atteint le plateau élevé de Muong-Theng (Dien-Bien-Phu, province de Van- Bu, Tonkin). De là, deux routes terrestres rejoignent la Rivière Noire, à Muong-Laï (Laï-Ghau) et à Van-Bu.
Une particularité à noter, c’est que chacune de ces routes de terre qui représentent quelque cent kilomètres sont les seules qu’il y ait à parcourir pour aller de Hanoï à Saigon par Luang-Prabang, c’est-à-dire par le fleuve Rouge, la Rivière Noire, les affluents du Mékong, et le grand fleuve lui-même, soit pour effectuer un trajet total de 3.200 kilomètres environ. Ces 100 kilomètres de route terrestre sont les seuls qui méritent ce titre, puisque tout le reste du trajet s’effectue par vapeurs, pirogues ou radeaux.
Le Nam-Suong et son affluent le Nam-Seng sont navigables tous deux, en toute saison, pour les pirogues et les radeaux. Ban-Pak-Seng, au confluent du Nam-Suong
et du Nam-Seng, est le chef4ieu d’un des cantons les plus prospères de la province de Luang-Prabang.
Le Nam-Suong est barré, aune journée de Luang-Prabang, par un seuil nommé le Keng-Luang, qui nécessite un portage complet des marchandises et même des pirogues ou des radeaux, en certaines saisons.
Le Nam-Kban est navigable pour pirogues et radeaux pendant la plus grande partie de l’année, depuis Muong- You qui est le gué de la route du Tran-Ninh à Luang- Prabang; il se Jette dans le Mékong à la partie nord de cette ville dont il contourne un faubourg.
Luang-Prabang, capitale du même nom, est située à 350 mètres d’altitude au-dessus de la mer, par 19° 54' 20" de latitude nord et par 99° 45' de longitude est de Paris.
Au point de vue commercial, c’est un des centres les plus importants, — sinon le plus important — du Laos. La ville compte environ 10.000 habitants, répartis en 2.000 maisons. A Luang-Prabang, le fleuve a une largeur de 350 à 400 mètres; un peu en amont et un peu en aval, il est encombré de bancs de sable qui ne laissent, aux basses eaux, qu’un chenal de 100 mètres de large, mais toujours navigable pour pirogues et radeaux.
Voici la durée moyenne du trajet par voie fluviale, à la montée et à la descente, de Luang-Prabang aux postes de ce bief :
Parcours.
De Luang-Prabang à Xieng-Khong . 12 7 12 7
De Xieng-Khong à Tan^-Hô. ... 4 2 4 2
De Luang-Prabang à Pak-Lay ... 4 8 6 13