‹ Le LaosChapitre 7 sur 34 · NAM-HOÜ, NAM-NGOÜA · texte numérisé non relu

NAM-HOÜ, NAM-NGOÜA

De Luang-Prabang à Dien-Bien-Phu. 15 8 1/2 15 8 1/2

NAM-SUONG

De Luang-Prabang à Sop-Sat (route de Muong-Son) 8 6 6 6

Saison

des hautes eaux.

Saison

des basses eaux.

Nombre Nombre Nombre Nombre de jours, de jours, de jours, de jours, "e.) (DiScente.) (Bonlée.) (Descente.)

MEKONG

ÉTUDE GÉOGRAPHIQUE

A environ 15 kilomètres de Luang-Prabang, commence une série de rapides qui rendent la navigation jusqu'à Pak-Lay fort difficile, même en pirogues. Le Keng-Kaniok et le Keng-Louang exigent le déchargement des marchandises et le transport à terre, à dos d’homme, tandis que les pirogues doivent les franchir à vide.

Entre Luang-Prabang et Pak-La}^, le fleuve est assez fortement encaissé entre des collines ou des masses rocheuses dont les arêtes resserrent son lit jusqu’à 50 mètres environ, sur plusieurs points, aux basses eaux ; mais, en arrivant près de Pak-Lay (1), il s’élargit jusqu’à 700 ou 800 mètres.

Dans cette partie du fleuve, nous devons signaler, sur sa rive droite, trois affluents de quelque importance : le Nam-H oung, le Nam-Poun et le Nam-Lay, dans les vallées desquels se trouvent de nombreux tecks.

Vers le 18® degré, entre Pak-Lay et Xieng-Khan (2), le Mékong, resserré entre des pointes rocheuses, décrit un grand nombre de sinuosités dans une boucle qui le ramène au nord, un peu au-dessus de ce parallèle (3). Puis, par un autre méandre plus large et moins tourmenté, mam dirigé en sens inverse, c’est-à-dire vers le nord, le fleuve, après avoir reçu sur sa rive gauche le Nam-Sang et le Nam-Thon, sort enfin des défilés abrupts et arrive à

(1) Pak-Lay est situé par IS» 12' 20" de latitude et par go» 5’ de longitude est de Paris.

(2) G est entre Pak-Lay et Xieng-Khan, à Ban-Houé-Hat, que le Mékong est le plus rapproché de Bangkok (470 kilomètres à vol d’oiseau).

(3) Sur la rive gauche, aucun affluent digne d’intérêt à signaler; mais sur la rive droite, à peu près au milieu de cette boucle et en amont de Xieng-ivhan, se trouvent les embouchures de deux cours d’eau, Nam- Huong et Nam-Leui, qui arrosent une région assez peuplée. Une particularité à signaler est la suivante : les sources de ces deux rivières se trouvent à quelques kilomètres seulement et séparées par des seuils peu élevés; 1° du Nam-Lom-Sak, branche la plus orientale de la Ménam; 2» du Klong-Koé-Noï, l’un de ses moyens affluents de gauche.

Sam-Pan-Na, entrée du grand bief moyen qui s’étend jusqu’à Savannakhet.

Bien qu’offrant, à cause de ses rapides, de nombreuses difficultés à la navigation, la batellerie indigène est très active jusqu’à Luang-Prabang, en raison de l’important mouvement commercial qui se dirige de ce grand marché vers celui de Bangkok par Pak-Lay d’une part, et par Nong-Khay de l’autre.

A Sam-Pan-Na, le Mékong, sorti définitivement de la région hérissée de montagnes qui ont resserré son cours, s’épand à son aise dans un beau bief navigable de près de 600 kilomètres, son bief moyen.

Il passe d’abord à Vien-Tiane, l’ancienne capitale du royaume du même nom, qui comprenait, avant 1827, tous les territoires laotiens des deux rives du Mékong, depuis Luang-Prabang jusqu’au Cambodge. Aujourd’hui, l’ancien état de choses a été rétabli et, de nouveau, Vien- Tiane est la capitale du Laos français. Ce point est, en fait, le terminus de la navigation des chaloupes à vapeur delà Compagnie des Messageries fluviales de Cochinchine, bien que le fleuve soit accessible aux vapeurs jusqu’à Kok-Peung, à 35 kilomètres environ de Vien-Tiane, c’està-dire au-dessus de Sam-Pan-Na. Il est vrai d’ajouter que cette compagnie n’a aucun intérêt commercial à faire monter ses chaloupes jusque-là.

Entre Vien-Tiane et Nong-Khay, le fleuve décrit un crochet vers le sud qui double la distance de 22 kilomètres existant, par voie de terre, entre ces deux points.

Nong-Khay, fondé après la destruction de Vien-Tiane par les Siamois, a hérité en partie de l’importance de cette ancienne ville ; c’est, sur les bords du Mékong, le plus grand centre de population que l’on rencontre entre Pnom-Penh et Luang-Prabang (1).

(1) Francis Garnier, op.c.

ÉTUDE GÉOGRAPHIQUE

Aujourd’hui, Nong-Khay compte environ 10.000 habitants et 2.000 maisons : c’est le point de départ des caravanes de charrettes à bœufs qui se rendent à Bangkok par Korat pour y porter tous les produits du Laos septentrional.

A partir de Nong-Khay, le Mékong serpente en plaine dans une direction nord-est. Ses rives sont très peuplées et fertiles. A Pon-Pissay, sur le 18® degré (1), le fleuve décrit une nouvelle courbe vers le nord, jusqu’au Keng-Sa-Doc, un peu en aval de Pak-Sane (Patchoum). A partir de ce point, le Mékong prend une direction définitive qu’il gardera jusqu’à la mer, en suivant une ligne sensiblement parallèle à la chaîne annamitique et au golfe du Tonkin.

Un peu au delà de Pon-Pissay, le Mékong reçoit, sur sa rive gauche, un affluent important, le Ngûm, belle rivière au cours tranquille dont la vallée est très peuplée et où se fait un assez grand commerce ; on y trouve surtout la cannelle, le tabac et le sisièt. Le Ngûm est navigable pour les pirogues et radeaux, en toute saison, jusqu’à Tinh-Kéo, au confluent du Nam-Song, à 30 kilomètres environ de Tourakhom; il a été en partie remonté, aux hautes eaux, par la canonnière le Massie.

Après le Ngûm, on rencontre, sur la rive gauche du fleuve, d’abord le Nam-Mang, sans grand intérêt, ensuite le Nam-Nhièp que l’on pourrait croire plus important qu’il ne l’est, à en juger par son embouchure. En effet, son cours total est à peine de 50 kilomètres et sa vallée est peu peuplée. Un peu en aval de Nam-Nhièp se trouve l’embouchure du Nam-Sane qui se jette dans le fleuve à

(1) On a pu remarquer que, dans les lignes qui précèdent, il a été souvent question du 18” degré. Cela tient à cette particularité curieuse que, dans ses méandres, le grand fleuve se trouve idéalement coupé sept fois par le 18” parallèle, entre Pak-Lay et Saniabouri, c’est-à-dire sur un parcours de 535 kilomètres.

Muong-Pak-Sane (Patchoum). Cette rivière, dont le cours est très sinueux, est navigable pour les pirogues et les radeaux, en toute saison, jusqu’au Keng-Luang, au nord de Borikan; elle pourrait être navigable, aux hautes eaux, aux chaloupes à vapeur, pendant 50 kilomètres environ, jusqu’au Muong-Borikan, c’est-à-dire à peu près à demidistance du Mékong et du Keng-Louang. A Pak-Sane, une route venant de la rive droite se dirige vers le Tran-Ninh par Borikan.

En aval de Pak-Sane, se trouve une série de petits rapides franchissables en toute saison; l’un d’eux est le Keng“Sa-Doc. Le Mékong reçoit, en aval de ce point, un affluent important de la rive gauche, le Nam-Ka-Dinh ou Nam-Teùn. Voici ce que dit de cette rivière M. le capitaine Gosselin :

Le Nam-Ka-Dinh, ou Nam-Teûn, prend naissance au milieu du Muong de Cammon, dans un plateau très élevé et très irrégulier où se trouve la ligne de séparation entre les bassins du Mékong et de la mer de Chine. Cette rivière torrentueuse, qui coupe le plateau de Na-Kaï, et en reçoit toutes les eaux, présente ce fait singulier d’avoir des affluents navigables, tandis qu’elle-même n’est pas accessible à la navigation sur la plus grande partie de son cours.

On s’explique facilement cette bizarrerie, en jetant les yeux sur une carte, et en remarquant la différence énorme d'altitude que présente son cours, sur une distance inférieure à 60 kilomètres, immédiatement enaval de son confluent (1).

Le Nam-Ka-Dinh peut être remonté, pendant deux jours, jusqu’aux rapides de Keng-Bi.

Le Mékong conserve, dans tout ce bief, jusqu’à Ban-Ta- Sa-Kou (rive droite), ou Hueûn-Hin (rive gauche), Paspect d’un fleuve paisible, coulant entre des berges basses, tantôt sablonneuses, tantôt recouvertes d’une belle végé-

(1) Capitaine Gosselin, op. c.

ÉTUDE GÉOGRAPHIQUE

tation. Sa largeur varie entre 1.200 et 1,500 mètres; ses eaux sont assez profondes pour permettre, pendant presque toute l’année, la navigation à vapeur. Pourtant, un premier rapide, le Keng-K.assek, situé uu' peu en amont de Saniabouri, est un point de transbordement forcé pendant la saisont sèche ; tandis qu’aux hautes eaux, cet obstacle n’existe plus. Après Saniabouri, le fleuve passe entre Outhène, marché assez important de la rive droite, et Pak-Hin-Boun, chef-lieu d’une province de la rive gauche (Cammon).

Le Nam-Hin-Boun, affluent de gauche, vient du plateau de Na-Kaï; cette rivière offre cette particularité de passer en tunnel sous des roches où elle se perd dans une immense grotte. Elle est navigable en toute saison pour les pirogues, depuis Keng-Kièt.

Entre Pak-Hin-Boun et Lakhône, se;' trouve la grande île de Don-Don.

Lakhône est un centre important de la rive droite, situé en face de Tha-Khèk, qui est le point de tout le Mékong le plus rapproché de la côte d’Annam (1).

Un peu au-dessous du 17® degré, se trouve Muong- Panom, la ville sainte du Laos et lieu de pèlerinage célèbre, à cause d’un that (2) qui renfermerait des reliques de Bouddha. En face de Panom, sur la rive gauche, la Sé- Bang-Faï se jette dans le Mékong.

La Sé-Bang-Faï vient de la chaîne annamitique. Elle a un cours sinueux et très long, mais elle n’est navigable, en toute saison, pour les pirogues, que jusqu’à Pou-Houa, c’est-à-dire sur 80 kilomètres environ.

Au-dessous de cette embouchure, et à 30 kilomètres en

(1) On compte à vol d’oiseau 180 kilomètres de Tha-Khèk à l’embouchure du Gua-Nhuong (Hatinh).

(2) That, sorte de slèle ou pyramide quadrangulaire.

amont de Savannakhet, se trouve le Keng-Kabao, qu’il faut mentionner ici, car c’est, aux basses eaux, un obstacle infranchissable pour les chaloupes à vapeur, qui ne descendent pas au-dessous de ce point, de novembre à juillet.

Les difficultés de la navigation ne commencent qu’à partir de Hueùn-Hin ; les chaloupes à vapeur de la Compagnie des Messageries fluviales pourraient arriver jusquelà, aux hautes eaux, s il y avait un intérêt commercial à le faire.

C’est entre Hueùn-Hin et Pak-Moun que s’étend, sur une longueur d’environ 160 kilomètres, une série de rapides qu’on a appelés « rapides de Kemmarat » à cause du grand Muong (1) de la rive droite qui se trouve dans cette partie du fleuve. C’est une succession de rapides étagés, que le Mékong descend avec une vitesse qui a été évaluée, aux hautes eaux, jusqu’à 8 ou 9 milles à l’heure. Le courant extrêmement violent, rencontrant de nombreux rochers, forme des remous et des tourbillons très dangereux pour la navigation; il faut beaucoup de sang-froid et d’habileté aux pilotes et aux piroguiers pour diriger, au milieu des lames qui s’entre-choquent, les grands radeaux du haut fleuve, et éviter qu’ils n’aillent s abîmer contre les récifs où les pousse la rapidité de cette énorme masse d’eau (2).

Voici ce que dit Francis Garnier à propos de ces rapides :

A 1 époque des basses eaux, le fleuve offre ici l’aspect d’un immense torrent desséché laissant à nu de vastes bancs de grès sur tout son parcours. Un chenal irrégulier serpente au milieu du lit

(1) Muong, province; veut dire aussi cbef-iieu de province.

(2) C'est dans ces rapides qu’en juillet 1910, le général de Beylié et le docteur Rouffiandis ont trouvé la mort lors du naufrage du La Grandière.

ÉTUDE GÉOGRAPHIQUE

rocheux ; sa largeur se réduit parfois à moins de 60 mètres et sa profondeur dépasse 100 mètres, dans quelques points où le courant est peu rapide ; chaque rétrécissement de ce chenal produit un rapide ou Keng. Ce sont là les seuls accidents de cette pénible navigation, et ils ont reçu chacun un nom spécial des indigènes (1).

Les cataractes les plus difficiles à franchir et celles où se produisent le plus d’accidents de pirogues, sont, en descendant le fleuve : le Keng-Mouang, le Keng-Sa, en amont de Kemmarat ; puis, en aval, le Keng-Ngao-Fa- Khop, le Keng-Ka-Nièn, le Keng-Kong-Louong (à peu près par 15° 41' de latitude), le Keng-Nam-Phong, le Keng- Ya-Peut et le Keng-Tha-Kièn. Les chaloupes à vapeur du bief suivant pourraient, à la rigueur, monter aux hautes eaux jusqu’à Tha-Kièn, immédiatement au-dessous du rapide. Ce point a une certaine importance ; c’est là que la voie la plus directe, reliant Oubone à Kham-Thong- Niaï et Saravane, coupe le fleuve, et Tha-Kièn est à moins de 20 kilomètres de Kham-Thong, c’est-à-dire de la Sédone.

Avant Pak-Moun, la direction du Mékong, qui était, depuis l’embouchure de Nam-Ka-Dinh, sensiblement N. -N. -O., S.-S.-E., change brusquement, et l’éperon du Pou-Kang-Huon le force à faire un crochet de quelques kilomètres vers l’ouest, jusqu’à l’embouchure du Moun.

Dans cette région des rapides, le Mékong ne reçoit qu’un affluent principal, la Sé-Bang-Hièn, qui se jette dans le fleuve en face de Kemmarat.

La Sé-Bang-Hièn (250 kilomètres environ de longueur) tire son importance de ce qu’elle ouvre, par son cours et par celui de son affluent, la Sé-Tchépon, la route d’Annam au Laos dans le bief moyen ; en effet, la Sé-Tchépon

(1) Francis Garnier, op. c.

est navigable, aux hautes eaux, depuis Lao-Bao (Aï-Lao). Ce point ne se trouvant qu’à 50 kilomètres environ de Maï-Lan où la rivière de Quang-Tri est également navigable, on peut concevoir qu’en 1893, ou même en 1894, alors qu’il s’agissait d’atteindre à tout prix et au plus vite le grand bief de Vien-Tiane pour y faire flotter sur une chaloupe à vapeur le pavillon français, l’idée soit venue d’essayer de faire passer une chaloupe démontable, de la côte d’Annam au bassin moyen du Mékong, parla dépression d’ Aï-Lao. Mais ceci ne put être tenté qu’aux hautes eaux de 1895.

M. Mercié, enseigne de vaisseau, réussit à faire franchir par sa chaloupe, démontée et portée à dos d’homme, la brèche d’ Aï-Lao, à une altitude qui n’est pas inférieure à 410 mètres. Remontée et remise à l’eau sur laTchépon, la Fourmi put gagner la Sé-Bang'Hièn dont elle parvint à franchir quatre rapides ; mais elle échoua au cinquième, au Pak-Sé-Metch, où elle fut brisée contre des rochers, au moment où elle allait entrer dans la basse Sé-Bang-Hièn, c’est-à-dire dans une partie de son cours où cette rivière n’avait que des seuils sans importance, recouverts, à la bonne saison, par plus de dix mètres d’eau.

En admettant même que cette tentative eût réussi, on n’en voit pas bien, à l’époque où elle a été entreprise, le côté utile et pratique, puisque déjà le Massie et le La Grundière avaient franchi les rapides de Kemmarat et se trouvaient dans le bief de Vien-Tiane qui était le premier but à atteindre (1). D’ailleurs, à cause du faible tonnage de la chaloupe et du peu de puissance de sa machine, même si l’entreprise de M. l’enseigne de vaisseau Mercié eût abouti, elle n’eùt pas prouvé la navigabilité commer-

(1) Le La Grandière était même arrivé à Luang-Prabang le 1»'^ septembre 1895.

ETUDE GÉOGRAPHIQUE

ciale de la Sé-Bang-Hièn et de la Sé-Tchépon pour des bâtiments d’un tonnage pratique. Enfin, au confluent de la Sé-Bang-Hièn et du grand fleuve, la Fourmi, pour atteindre le bief navigable, se serait trouvée en face d’obstacles nouveaux et presque insurmontables pour elle, tels que le Keng-Sa et le Keng-Mouang. Néanmoins, il convient de rendre hommage aux efforts réels, accomplis dans un but complètement désintéressé, par ce jeune et hardi officier de marine.

Après avoir reçu le Moun, l’affluent le plus considérable de sa rive droite, le Mékong retourne vers l’est; il entre alors dans son bief inférieur ; au sortir de cet étroit défilé de Pak-Moun où son cours est resserré jusqu’à 200 mètres entre des falaises à pic, il reprend sa direction générale N. -N. -O., S.-S.-E., et s’épand entre de riches plaines jusqu’à l’embouchure de la Sédone.

Par l’une des branches supérieures du Moun, le Ta- Krong, Korat (1), le plus grand marché du Laos siamois, appartient au bassin du Mékong. On connaît toute l’importance de ce centre qui est aujourd’hui relié directement à Bangkok par une voie ferrée. Oubône (2), cet autre marché, qui est, pour Korat et Bangkok, l’entrepôt du Laos inférieur, comme Nong-Khay l’est pour le Laos supérieur, se trouve situé sur les bords du Moun, à 300 kilomètres environ de Korat et à 60 seulement du Mékong. Les relations entre Korat et Oubône se font surtout par voie terrestre, au moyen de charrettes à bœufs. On a vu plus haut que, dès 1891, des essais de navigation à vapeur avaient été entrepris, aux hautes eaux, sur le Moun, et que les Siamois songeaient alors à lancer leurs vapeurs sur le Mékong, dans l’intention de nous y

(1) Le Moun passe à environ 25 kilomètres au sud-est de Korat.

(2) Korat et Oubône sont les sièges de deux consulats français.

devancer. Deux chaloupes font entre Oubône et Tha-Phan- Sang, à 25 kilomètres environ en aval de Korat, un service très irrégulier. Le voyage dure de huit à dix jours à la montée et de quatre à cinq à la descente.

Dans son cours inférieur, c’est-à-dire entre Oubône et Pak-Moun, le Moun est barré, vers son embouchure, par des seuils qui rendent la navigation fort difficile, même pour les pirogues, pendant une certaine partie de l’année. Pourtant, les commerçants chinois d’Oubône, qui se rendent en pirogue à Bassac ou dans la Sédone, montent et descendent le Moun en toute saison; leurs pirogues, à cause du service particulier qu’elles font, sont connues sous le nom spécial de Huel-Mouïi ou pirogues du Moun.

Le rapide le plus difficile à franchir est le Keng-Tanah, situé à 3 kilomètres seulement de Pak-Moun; il exiffe, aux basses eaux, un déchargement complet des pirogues et leur transport à sec, à force de bras, sur des roches de grès très inégales. Aux hautes eaux, il a pu être franchi par le monoroue le Haïphong, et, comme au delà des rapides le courant est faible et la largeur suffisante (300 mètres), la navigation à vapeur est peut-être possible jusqu’à Oubône, pendant deux ou trois mois.

Voici ce que dit Francis Garnier :

A partir de Pi-Moun, la rivière redevient libre. Un courant très faible, des berges droites, une largeur uniforme lui donnent en certains endroits l’aspect d’un canal creusé de main d’homme (1).

A Pak-Sédone, le Mékong reçoit, sur sa rive gauche, un affluent important, la Sédone. Cette rivière, qui a 200 kilomètres environ de cours, contourne la partie nord du plateau des Bolovens; tous les chemins qui descendent

(1) Francis Garnier, op. c.

ÉTUDE GEOGRAPHIQUE 93

de ce massif aboutissent dans sa vallée, et c’est par la Sédone que s’écoulent tous les produits de la région dont le plus important, le cardamome, donne lieu à un trafic assez considérable au marché temporaire de Champi. C’est là que viennent aboutir les convois qui descendent du plateau, et les marchandises prennent, à partir de ce point, la voie fluviale pour gagner Bassac ou Oubône.

Le marché de Champi a dû être choisi assez près de l’embouchure de la Sédone, car, un peu au-dessus, à moins de 30 kilomètres de Pak-Sédone, cette rivière est barrée par des chutes infranchissables de 15 mètres de hauteur. Au point de vue de la navigation, la Sédone est donc divisée en deux tronçons : la partie située au-dessus des chutes et la partie située au-dessous.

Au nord des chutes, la Sédone offre un bief d’une trentaine de kilomètres, navigable, en toute saison, pour les pirogues jusqu’à Muong-Khong (1), point de bifurcation des routes de Ban-Mouang à Saravane et de Ban-Mouang à Song-Khone. Quelques pirogues vont directement de Kham-Thong-Niaï à Bassac; dans ce cas, on procède, audessus des chutes, à un déchargement complet et à un transport à sec des pirogues sur des rochers en pentes abruptes.

Au-dessous des cataractes, la rivière est accessible, pendant les hautes eaux, aux chaloupes à vapeur. Avant l’organisation du service de bateaux à vapeur par la Compagnie des Messageries fluviales de Cochinchine, le monoroue le Haïphong assurait régulièrement, une fois par semaine, le transport des dépêches, des voyageurs et des marchandises jusqu’à Champi et Keng-Kok. En toute saison, cette partie inférieure du cours est navigable aux

(1) La Sédone est même navigable, aux hautes eaux, jusqu’à Smiapour les pirogues légères.

pirogues; mais, pendant les basses eaux, de nombreux seuils rendent la navigation fort difficile.

A partir de la Sédone, et jusqu’à Bassac, le Mékong est resserré par les montagnes qui s’élèvent à pic sur sa rive droite et qui réduisent sa largeur à 500 mètres environ. Francis Garnier établit ainsi la différence qui existe entre ce défilé et les plaines étendues qui bordent le fleuve en aval de ce point :

Le caractère du paysage change d’une façon brusque : au lieu de ces plaines riantes et uniformes que les eaux brillantes parcouraient lentement en y formant des centaines d’îles; au lieu de ces rives presque noyées qui dissimulaient de longues lignes de palmiers et de maisons, des berges à pic où la roche fait irruption partout, de hautes ondulations couvertes de forêts encadrent de tous côtés l’onde noire et rapide (1)'.

La vallée du fleuve s’élargit de nouveau et atteint, à Bassac même, près de 2 kilomètres. Bassac est un marché de transit où les produits de la région viennent attendre leur embarquement, soit pour Pnom-Penh, soit pour Oubône. En face de ce centre, se trouve la grande île bien cultivée de Don-Dèng. De Bassac à Khong, c’est-à-dire pendant 100 kilomètres environ, le Mékong coule presque exactement dans la direction nord-sud, au milieu de riches plaines très fertiles, où les villages se suivent presque sans interruption. A mi-chemin entre Bassac et Khong, on rencontre une autre grande île, appelée Don-Saï, qui, comme Don-Dèng, est très peuplée et bien cultivée. En amont de l’île de Khong, le fleuve devient beaucoup plus large (8 à 10 kilomètres) et donne naissance à un important groupe d’îles qu’on a appelées, en raison de leur nombre, Si-Pan-Don (4. 000 îles); celle de Khong est de beaucoup la plus importante; longue de 20 kilomètres,

(1) Francis Garnier, op. c.

ÉTUDE GÉOGRAPHIQUE

large de 7, elle renferme plusieurs beaux villages et a une population globale de 10.000 habitants (1).

C’est dans cette île que se trouve la ville de Khong, ancienne capitale du Bas-Laos.

Un peu au-dessous du 14' degré, se trouve l’île de Khône, célèbre par ses chutes et qui forme, pour la navigation, un arrêt absolu. Francis Garnier a fait de ces cataractes une description détaillée. Nous en reproduisons quelques lignes :

Les deux canaux les plus importants et les cataractes les plus belles se trouvent dans les deux bras extrêmes du fleuve, le bras de Salaphe et celui de Paphèng. Là on voit des chutes d’eau de plus de 15 mètres de hauteur verticale et d’une largeur qui atteint parfois J kilomètre. La ligne fragmentée des cataractes présente un développement total de 12 à 13 kilomètres. En amont, le fleuve se rétrécit un instant jusqu'à ne plus occuper que la moitié de cette étendue; puis il s’épanouit de nouveau sur l’immense plateau de rocbes qui précède les chutes, en se perdant au milieu d îles sans nombre, et en embrassant entre ces deux rives un espace de près de cinq lieues (2).

On a déjà vu plus haut que, pour servir de trait d’union entre les biefs de lAratié et de Bassac, une voie ferrée avait été établie à travers i’île de Khône du nord au sud.

Au-dessous de Khône commence le bief maritime du Mékong. Il reste encore encombré d’iles, d’îlots et de seuils plus ou moins difficiles à franchir. Aux hautes eaux, le fleuve couvre laplupart de ces écueils ; les touffes d’arbres seules émergent au-dessus de l’eau et on navigue dans une véritable forêt noyée qui fait penser à une inondation.

(1) C’est, de tout le Laos, le point où la population est le plus dense par rapport à la superficie.

(2) Francis Garnier, op. c.

Stung-Treng est un centre important, surtout par sa situation ; cette ville est en effet placée au confluent du Mékong et de la Sékhong, un peu au-dessous du point où celle-ci rejoint la Sésane, qui est grossie elle-même, près de son embouchure, par le Ton-Lé-Srépok.

Les produits de la région d’Attopeu viennent naturellement aboutir à Stung-Treng ; c’est le débouché commercial de cette région dans le Cambodge.

La Sékhong, la Sésane et le Srépok forment un bassin remarquable par son étendue, qui égale, en superficie, la Gochinchine entière. Malheureusement, l’importance de la population et du commerce de ce bassin n’est pas en rapport avec une superficie aussi considérable ; les vallées sont peu peuplées et le trafic y est donc très restreint ; enfin ces cours d’eau sont difficilement navigables.

La Sékhong s’étend sur environ 400 kilomètres. Elle a ses sources, vers le 16® degré, aune centaine de kilomètres au sud-ouest de Hué, dans ce nœud orographique de la chaîne annamitique qui donne naissance aussi à un de ses gros affluents, le Dak-Poyo.

La partie supérieure de la Sékhong porte le nom de Dak-Mout; cette rivière traverse un pays des plus accidentés, où des rochers très élevés resserrent son lit torrentueux. Au delà de Koum-Kang, la vallée de la Sékhong s’élargit et de petites pirogues peuvent y naviguer.

A Muong-Maï, c’est-à-dire un peu au-dessous du 15® degré, la Sékhong reçoit un affluent important, la Sé- Kémane, qui, sous le nom de Dak-Poyo, sort du même massif que le Dak-Mout. Après avoir, comme la Sékhong, coulé au milieu de rochers escarpés qui se dressent à pic audessus de son cours, la Sé-Kémane s’élargit en recevant le Dak-Bla, dont les sources, comme celles de son principal affluent, la Sé-Souk, sont près de la Sésane. La

ÉTUDE GÉOGRAPHIQUE

Sé-Ivémane n’est guère navigable aux pirogues qu’à partir de Muong-Kao, centre le plus important de la région et qui est généralement connu sous le nom d’Attopeu. Les pirogues peuvent, en toute saison, aller de ce point à Stung-Treng et inversement ; mais les nombreux rapides dont la Sékhong est encombrée, principalement jusqu’à la Sé-Pien, rendent son cours fort torrentueux et la navigation très difficile. Avant Siempang, la Sékhong reçoit sur sa rive droite la Sé-Pien qui, comme son affluent la Sé-Kampho, vient du plateau des Bolovens. Ces deux rivières, au sortir des défilés, arrosent des plaines admirables, légèrement mamelonnées vers le nord et qui pourraient servir de pâturages à d’immenses troupeaux. A partir de Siempang, la Sékhong est navigable, aux hautes eaux, aux chaloupes à vapeur.

Avant de se jeter dans le Mékong, la Sékhong reçoit, à moins de 10 kilomètres de son embouchure, son principal affluent, la Sésane, qui ne présente pas, avec ses 400 kilomètres, une importance et un intérêt moindres que la Sékhong elle-même.

La Sésane vient d’un massif qui domine le cirque de Cong-Bol, un peu au-dessus du 15® degré. Sa haute vallée est appelée Poco par les indigènes ; elle est, comme toutes les vallées supérieures des cours d’eau de cette région, encombrée de rapides et de chutes, et encaissée entre des murailles de rocs. Le Poco reçoit sur sa rive gauche, le Bla, dont la vallée est suivie pendant quelque temps par le chemin qui relie Attopeu à QuiNhon, par Kon-Toum. La Sésane traverse ensuite toute cette région aurifère, encore peu connue, et pour ainsi dire inexploitée jusqu’à ce jour. C’est dans sa vallée que se trouvent les postes miniers de Ban-Phi, de Ruhleville et de Bokham. Elle est navigable, en toute saison, pour

les pirogues, depuis Kong-Sédam, un peu au-dessus de Ban-Phi, où est placé un petit poste de milice destiné à assurer a protection des chantiers de la Compagnie des mines d’or d’Attopeu.

A 25 kilomètres environ de son embouchure, la Sésane reçoit un gros affluent, le Ton-Lé-Srépok, Cette rivière, connue aussi sous le nom de Sé-Bang-Khan, vient du sud, non loin du plateau du Lang-Bian. Elle passe près de Darlac, chef-lieu de la province annamite du même nom, et à Ban-Don, point à partir duquel elle est navigable pendant une certaine partie de l’année.

Le la-Drang, dont la vallée est peuplée par la tribu des Djaraïs, est un de ses principaux affluents. Du reste, les tribus khas les plus importantes habitent les vallées des cours d’eau dont il vient d’être question. Ainsi on trouve les Khas Lovés entre la Sé-Khong, la Sé-Souk et la Sésane ; les Khas Niaheuns et quelques Alaks dans la vallée de la Sékhong ; les Khas Souks dans celles de la Sé-pien, de la Sé-Kampho et de la basse Sékhong ; les Salangs entre la Sésane et la Sé-Souk ; les Bahnars, les Rognaos dans celles du Bla et des autres affluents de gauche du Poco ; les Penongs dans la haute vallée du Srépok; les Djaraïs dans la moyenne vallée de la Sésane et dans le la-Drang ; les Braos et les Tiam-Poueun dans la Basse-Sésane. Celles de ces tribus khas, qui sont soumises, exploitent les alluvions aurifères de ces rivières et payent l’impôt au moyen de la poudre d’or qu’elles en retirent (1).

Y. Climatologie. — La climatologie du Laos n’est pas uniforme. Elle varie suivant l’altitude, la latitude des

(1) Nous reprendrons au chapitre xi {Voies de communication) la question du Mékong en tant que voie actuelle de transport.

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lieux, la direction des vallées, la position des plateaux, la nature de la région qui peut être sèche ou humide, boisée ou dénudée : elle dépend aussi de la constitution du sol, suivant qu’il est alluvionnaire^ éruptif, compact ou pulvérulent, de teinte claire ou de teinte foncée.

Il serait très difficile, à moins de prendre séparément tous les points du Laos, d’indiquer pour chacun d’eux sa particularité climatérique.

Ce travail ne pourra être entrepris qu’à l’aide des stations météorologiques, installées déjà en plusieurs endroits, et qu’il faut souhaiter voir devenir plus nombreuses, mieux outillées, afin qu’elles soient en mesure de réunir et de grouper les observations d’une année entière. En attendant des études plus complètes, on peut diviser le Laos français, au point de vue climatologique, en deux parties : l’une méridionale s’étendant du 13® degré au 18® degré, et l’autre septentrionale allant de là jusqu’au 22® degré de latitude nord.

Situé dans la zone intertropicale du Cancer, ce pays est soumis au régime des moussons qui comprend deux saisons distinctes, surtout au rapport hygrométrique : saison pluvieuse et saison sèche, qui partagent à peu près l’année par moitié.

Une réserve doit cependant être faite pour certaines parties du Laos septentrional où, en raison de l’altitude, il existe une sorte de demi-saison mixte caractérisée par un temps brumeux et une température assez basse. Elle s’intercale entre la période des pluies et celle de la sécheresse.

En général, la saison pluvieuse correspond à la mousson du sud-ouest, théoriquement d’avril-mai à octobre. La saison sèche est celle où souffle la mousson du nordest, faisant suite à la précédente et s’étendant par conséquent d’octobre à avril.

La saison pluvieuse commence par des orages espacés, courts mais violents, accompagnés ou précédés d’ouragans, de cyclones et même de tornades, de giboulées, de grêle, etc.

Les premières manifestations de la saison pluvieuse surviennent en avril, après une période de deux mois pendant laquelle soufflent de grands vents, secs et chauds, qui rendent la respiration pénible. Le défrichement des montagnes et la combustion du chaume des rizières augmentent encore la chaleur naturelle de l’atmosphère ; on brûle alors ce chaume afin d’en obtenir la soude, engrais de la prochaine récolte.

Les premiers orages sont précédés de fortes tensions électriques qui embrasent l’horizon sans crépitement. Puis, quand la nuée crève, l’eau s’abat en véritables trombes. La terre, durcie, crevassée jusqu’à près d’un mètre de profondeur, se met à fumer ; elle absorbe instantanément, pour ainsi dire, et, sans qu’il en reste trace, l’énorme quantité d’eau qu’elle a reçue ; elle dégage en même temps une odeur sui generis et met en liberté des nuées de moustiques, des myriades de microbes fébriffènes et autres bacilles infectieux

Quand la pluie cesse entre deux orages, l’atmosphère purifiée devient légère et diaphane ; la tension électrique a disparu; l’air est saturé d’ozone et la température s’abaisse de plusieurs degrés. Les feuilles rafraîchies absorbent plus facilement l’acide carbonique de l’air ; le dégagement d’oxygène est, par suite, plus considérable et les hommes comme les animaux, haletants et oppressés quelques instants auparavant par la lourde chaleur, bénéficient des heureux effets de la pluie.

A cette époque, la température s’élève pendant la nuit ; on commence à dégarnir les lits des couvertures qui

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étaient devenues nécessaires depuis le mois de décembre, Suivant l’altitude, la latitude et la disposition du terrain, les variations de température pour les deux parties du Laos, de mars à mai, sont les suivantes :

1“ Laos septentrional.

a) Vallées et plaines basses :

Matin + 20“ à 22o

Midi 4- 25° à 30“

Soir 4- 15“ à 250

Nuit 4- 15“ à 20“

b) Plateaux et hautes vallées :

Matin + 15“ à 17“

Midi 4- 20“ à 25“

Soir -1- 10“ à 15“

Nuit 10® à 12“

2® Laos méridional.

a) Vallées et plaines basses :

Matin + 25“ à 29“

Midi -f" 30“ ^ ^0“

Soir -f- 240 à 26“

Nuit 240 à 25“

b) Plateaux et hautes vallées :

Matin 4“ 20“ à 26“

Midi 4" 26“ à 31“

Soir 4~ 10“ à 23“

Nuit 4“ 10“ à 20“

En mai, les orages deviennent plus fréquents. Ils sont remplacés peu à peu par de grandes averses, avec ou sans éclairs et tonnerre. La tension électrique s’atténue beaucoup et la chute des pluies, moins violente et plus verticale, dure longtemps.

La terre, s’imbibant plus profondément chaque jour, arrive à saturation et se referme complètement. C’est

alors que le niveau des cours d’eau s’élève d’une façon très appréciable.

Les incendies de forêts ou de rizières^ qui se rallumaient entre les premiers orages, sont définitivement éteints et ne chargent plus l’air de leurs senteurs âcres et chaudes, ni de leurs débris organiques carbonisés.

Les végétaux reprennent une vigueur nouvelle; des tiges vertes jaillissent des plants brûlés, l’herbe sèche redevient épaisse et verdoyante, les arbres qui ont perdu leurs feuilles montrent de nouveaux bourgeons. Ensuite, la saison humide une fois bien établie, c’est-à-dire en juin, le temps reste couvert, la pluie tombe en larges averses presque quotidiennes, plus ou moins continues selon les années, mais elle persiste quelquefois pendant plusieurs jours.

En juillet et en août, la pluie est à son maximum et les cours d’eau atteignent leur niveau le plus élevé ; la température s’abaisse en moyenne de 4 à 5 degrés. Mais 1 air , saturé d’une très grande humidité, empêchant l’évaporation cutanée, rend ces deux mois assez pénibles à passer, malgré un léger fléchissement de la température.

En septembre, les averses deviennent plus rares, les orages reparaissent, le thermomètre s’abaisse encore et les crues ne se font plus sentir. Octobre marque la fin des pluies (1). Le soleil reparaît, la hauteur des eaux diminue, la terre sèche et les chemins redeviennent prati-

(1) Voici cfuelles auraient été, d’après M. le lieutenant de vaisseau Simon, les hauteurs d’eau de pluie dans le moyen Laos, en 1894 et 1895 :

1^95 1 m. 410, année exceptionnellement sèche.

Comme comparaison, la hauteur d’eau de pluie qui tombe en moyenne â Paris est de 0 m. 56. (Conférence faite à la Société de Géographie de Paris, le 15 mai 1896.)

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cables ; c’est l’époque de la reprise des voyages et des transactions commerciales.

Novembre, décembre et une partie de janvier sont caractérisés par une température délicieuse. La terre est fraîche et l’ardeur du soleil tempérée par des brumes légères.

Dans le Laos méridional, la température s’abaisse jusqu’à + 12° dans les vallées, jusqu’à + 7° sur les plateaux. Les moyennes annuelles sont respectivement de + 22° à 25“ et de + 12° à 14“.

Les nuits sont généralement fraîches et la rosée est abondante ; on observe aussi quelquefois un léger grésil. Les vêtements de laine, ainsi que les couvertures, deviennent indispensables.

Dans la partie septentrionale du Laos, plus élevée et plus montagneuse, cette période, qui forme la demi-saison mixte dont il est question plus haut, s’étend de novembre à janvier inclus et constitue un véritable hiver. La température descend quelquefois jusqu’à -|- 5“ dans les vallées et + 2° sur les plateaux. La moyenne de la saison varie aux mêmes points de -j- 12° à -{- Î8° et de -{- 8° à -[- 11“ ; certaines années, on a pu observer une sorte de grésil très fin et quelquefois même une gelée très légère. La brume couvre tout jusqu’à 9 ou 10 heures du matin, moment où le soleil apparaît, pâle et froid.

Il est nécessaire alors d’entretenir du feu, jour et nuit, et de se couvrir de vêtements chauds.

En janvier, cette brume a cessé ; les matinées et les nuits sont bonnes, mais, dans la journée, la chaleur commence à se faire sentir.

Puis, arrive la période des grands vents. C’est le moment de l’incendie des forêts et des rizières qui dure, comme on l’a vu, jusqu’en mars.

Les végétaux alors se dessèchent; certains même laissent tomber leurs feuilles ; la terre se fendille et devient pulvérulente sous l’action de la sécheresse et du soleil.

VI. Stations météorologiques. — Le réseau météorologique du Laos comprend :

1°. Station principale :

Vien-Tiane, chef-lieu administratif du Laos et siège de la Résidence supérieure.

2°. Stations secondaires :

Luang-Prabang. — Savannakhet. — Khong. — Attopeu.

VIL État sanitaire. — Au début de la saison des pluies, l’organisme, fatigué à la suite de la sécheresse et de la chaleur excessives des deux derniers mois, se trouve prédisposé à l’attaque des moustiques fébrigènes et des bacilles auxquels les eaux fluviales, après avoir arrosé les végétaux, ont servi de véhicule. C’est alors que sévissent les fièvres diverses, qui ont des caractères variés suivant les saisons, les régions, les races, les individus et les tempéraments. Cependant, les accès de forme pernicieuse sont rares, aussi bien chez l’indigène — qui cependant manque de traitement préventif — que chez l’Européen, mieux préservé par une bonne alimentation et par une médication raisonnée.

Toutefois, sous une forme plus ou moins bénigne, les accès paludéens finissent, à la longue, par porter atteinte aux tempéraments les plus robustes en apparence, surtout s’il existe quelque tare du côté de l’estomac, du foie ou de l’intestin. C’est aussi à cette époque, ainsi qu’à 1 apparition des premiers froids, que la diarrhée à forme dysentérique et la dysenterie proprement dite survien-

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nent, frappant les indigènes aussi bien que les Européens.

Les causes de ces affections peuvent être attribuées, en mai-juin, à l’ingestion exagérée de fruits et de légumes insuffisamment mûrs et, en novembre- décembre, à des refroidissements nocturnes de l’abdomen. C’est également au changement de saisons que sévissent les diverses affections du foie.

Le choléra est une maladie épidémique du pays qui reparaît à des intervalles plus ou moins éloignés. Cependant, chaque année, la diarrhée-cholérine fait un certain nombre de victimes parmi la population indigène.

Les Européens sont le plus souvent indemnes des atteintes du choléra asiatique et ils n’en subissent qu’exceptionnellement les effets.

La variole est endémique au Laos. Bien peu de personnes au-dessus d’un certain âge ont échappé à cette terrible maladie et presque tous les indigènes en portent les marques plus ou moins apparentes. Depuis deux ans, la vaccination, répandue à profusion parmi les populations laotiennes, immunise les enfants et les adultes non encore atteints.

Les tubes de sérum vaccinal sont expédiés dans toutes les provinces du Laos par les soins de l’Institut Pasteur de Saigon; ces envois ont lieu tous les quinze jours, de façon que ce sérum conserve ses propriétés. Comme des tournées de vaccine absorberaient presque tout le temps des médecins coloniaux du Laos, à cause de l’étendue du pays et de la lenteur des communications, les commissaires, chefs de provinces, ont formé des élèves parmi les mandarins ; ceux-ci, munis de plumes « vaccinostyles » et de sérum, renouvelé au fur et à mesure des besoins, opèrent dans l’intérieur des provinces où ils font eux-

mêmes d’autres élèves. C’est en somme la vaccination mutuelle (1).

Il existe également au Laos trois autres maladies endémiques qui sont : les douleurs rhumatismales, les ophtalmies purulentes et diverses affections de la peau. Les rhumatismes qui, chaque année, causent la mort d’un certain nombre d’individus apparaissent généralement en août-septembre, c’est-à-dire à la fin du travail de labourage et d’aménagement des rizières. Ce malheur est dû, sans doute, au séjour prolongé que les paysans laotiens font dans la boue chaude et nauséabonde des rizières.

Les ophtalmies purulentes font leur apparition de décembre à mars et, en dehors d’une prédisposition spéciale de la race à cette maladie, il faut en attribuer la cause aux nombreux courants d’air et vents coulis qui se glissent entre les parois des maisons, à l’époque des grands vents.

Cette affection, qui sévit surtout sur les enfants et les adolescents, est entretenue et aggravée par la malpropreté et l’usage de linges de pansement déjà contaminés. Traitées par l’eau boriquée ou le sulfate de zinc appliqués à l’aide de coton antiseptique, les ophtalmies disparaissent, souvent en quelques jours.

Les maladies de la peau sont : la lèpre, la pelade, le

(1) Au Laos comme au Cambodge, lavacciuation fait des progrès constants.

Le Bas-Laos peut être considéré comme à peu près complètement à l’abri des épidémies de -variole. Il est plus difficile de préserver le Haut- Laos. Par la voie du Mékong, les tubes de vaccin expédiés par l’Institut Pasteur de Saigon mettent quatre-vingts jours pour atteindre Luang- Prabang, et par suite de ce long délai, le vaccin, qui ne conserve ses propriétés que jusqu’à soixante-dix jours environ, avait, une fois parvenu à destination, perdu toute efficacité. Aujourd’hui, l’Institut expédie les tubes par la voie du Tonkin (Rivière Noire jusqu’à Laï-Ghau et de Laï- Chau à Luang-Prabang par tram), et le pourcentage des succès obtenus a considérablement augmenté. [Rapport du. Résident supérieur.)

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pian, le nrurigo, une variété de dartres humides et farineuses, et des ulcères tenaces, dus à des plaies provenant de blessures d’armes blanches, d outils ou d éclats de bois.

Au commencement de l’année 1900, le docteur Janselme, de l’bôpital Saint-Louis, a rempli, au Laos, une mission qui avait pour but la détermination ou l’identification des affectionsde la peau existantes ainsi quel’ étude du traitement qui pourrait leur être appliqué.

Le goitre est également très répandu parmi les populations montagnardes, surtout chez celles qui boivent des eaux ayant coulé sur des calcaires ou des serpentines. On voit des hommes, des femmes et même des enfants affectés de goitres monstrueux, doubles, triples, et dont le volume dépasse souvent celui de la tête d’un homme.

La syphilis existe également au Laos. Elle y fut importée par les soldats siamois et ne s’est répandue que dans les endroits où ils ont le plus séjourné. Son absence dans les régions habitées par les Khas en est la preuve.

Depuis notre installation, le service de santé exerce une surveillance étroite et ses dispensaires donnent des soins aux malades des deux sexes.

VIII. Hygiène. — Le choix de remplacement de l’habitation est de première importance, au point de vus hygiénique. Autant que les nécessités le permettront, l’Européen devra, au Laos, chercher à satisfaire aux conditions suivantes :

1“ Eviter de construire dans les régions basses, enserrées, formées d’alluvions humides et à proximité de marais ou d’étangs stagnants.

2° Eviter également d’habiter sur les bords des petits cours d’eau, et leur préférer, autant que possible, les

rivières importantes, surtout près de leur confluent avec un fleuve ou les bords du fleuve lui-même (1).

3® Etablir les maisons sur une éminence, si petite soit-elle, sur la roche de préférence ou sur du sable ou des alluvions perméables à l’eau.

4° Les habitations peuvent être en briques ou en moellons, couvertes soit en tuiles, soit en lames de bois, en lattes de bambou ou en simple chaume, suivant les ressources locales. Elles doivent être élevées au-dessus du sol (1 m. 50 au moins) et aérées en dessous.

5® Cependant, une maison en bois ou en lattes de bambou à doubles parois peut être aussi saine qu’une habitation en briques, si elle est construite avec soin.

6® Il faut que ces maisons soient vastes, bien aérées et entourées, au moins au sud et à l’ouest, de larges vérandas munies de stores en lamelles de rotin.

7® Les planchers doivent pouvoir être lavés à grande eau et les nattes ou tapis être réduits au strict minimum et faciles à déplacer. Le mieux est d’employer un enduit de couleur ou de l’encaustique qu’on appliquerait sur le plancher des chambres, des vérandas, au bas des murs et des cloisons, jusqu’à 0 m. 50 du parquet.

8® L’ameublement devra être léger, facile à déplacer, à nettoyer et même à laver. Le bois courbé et le rotin remplissent parfaitement ces deux conditions.

9® Eviter, autant que possible, les tentures et les draperies, n’avoir que des ouvertures à doubles vantaux avec deux jeux de panneaux pour chacune (un jeu vitré pour l’hiver et un jeu de persiennes pour la saison chaude).

10® Avoir des pankas dans toutes les pièces et les

(1) On a vu au chapitre II que le Mékong était le seul fleuve du Laos.

ÉTUDE GÉOGRAPHIQUE agencer de telle sorte que leurs oscillations soient amples, douces et lentes.

11“ Soigner particulièrement l’aménagement du cabinet de toilette avec water-closets et salle de bains.

12" Disposer les cuisines à proximité des habitations et les orienter de façon à ne point être incommodé par les odeurs. Construire la cuisine et le logement des domestiques d’un seul tenant, et veiller à ce que tous deux puissent être largement lavés et désinfectés.

13" Le couchage est une partie de l’ameublement qui doit être étudiée avec le plus de soin, car le repos des nuits est le meilleur préservatif contre l’influence débilitante du climat.

14" Préférer les lits en fer ou en cuivre, genre dit de « Hong-Kong », mais en modifiant toutefois le sommier trop élastique qu’ils comportent. Il est préférable de le remplacer par un simple fond canné en rotin.

15“ Avoir des matelas et un traversin plutôt fermes. Supprimer l’oreiller autant que possible. Le kapok ou bourre des fruits du fromager (faux cotonnier) est préférable à la laine ou au coton pour la confection des matelas et des traversins.

16" Pour les draps de lit, la toile et le coton peuvent être utilisés selon les goûts. Les couvertures doivent être légères et souples, en coton ou en laine, jamais en plume ni en duvet, à cause des parasites et des insectes rongeurs.

17" Les lits doivent être munis de moustiquaires en tissu souple, à mailles assez larges, et il est nécessaire d’en faire constamment usage, tant pour se préserver des piqûres des moustiques, qui sont les plus actifs véhicules des microbes, que du contact désagréable d’autres insectes ou animaux, ainsi que pour éviter l’humidité qui se condense sur la trame du tissu, sans la traverser.

En plein air, une simple moustiquaire est aussi efficace contre l’humidité des nuits que la tente la plus imperméable.

L’hygiène du vêtement et le soin de l’alimentation sont des facteurs également importants pour la conservation de la santé.

Il est bon pour la nuit de mettre par-dessus une chemise de flanelle ou un tricot en filet, un vêtement très ample du genre dit mauresque ou pydjama, en soie ou en coton.

Dans le jour, en été, revêtir le costume colonial blanc ou khaki, en toile ou en coton, par-dessus un tricot en nlet ou une chemise de soie. En hiver, et suivant les régions, s’habiller plus ou moins chaudement de drap avec chemise de flanelle.

Aux changements de saisons, on fera bien de porter une ceinture de flanelle, surtout la nuit.

Dans le Laos septentrional, les vêtements de drap peuvent être mis le matin et le soir, pendant la demisaison mixte.

Les habits de laine sont également très bons, même dans la saison chaude, après le coucher du soleil, pour les personnes qui peuvent les supporter.

Gomme coiffure, au soleil, porter le casque colonial ou bien les différents genres de chapeaux en moelle de « saja » de 1 Inde, en lièg'e, en sureau, en caoutchouc ; se munir d’un parasol si l’on craint trop le soleil.

A l’aurore et au crépuscule, toutes les coiffures sont bonnes et, en hiver, lorsque le temps ^est couvert, un chapeau de feutre ou de paille est suffisant pour la journée entière.

Gomme cnaussures, s’inspirer des besoins et les porter fortes ou minces, en cuir ou en toile, à volonté. Pour les

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marelles et les voyages à cheval, porter des chaussures imperméables, à ferrure saillante, surmontées de molletières en laine souple, qui sont bien supérieures aux bottes, houzeaux ou guêtres en cuir, quelles que soient leurs qualités.

Pour l’alimentation, on doit, au Laos, employer presque exclusivement les denrées et produits du pays auxquels on ajoutera, pendant six mois de l’année, la récolte d’un jardin potager, planté en légumes d’Europe. Le reste du temps on pourra se contenter des légumes indigènes, moins variés, il est vrai, mais qui se cultivent pendant la saison des pluies.

Le bœuf, le porc, la chèvre, le lapin, la venaison, les poissons, les volailles, poules et canards, oies et pintades, etc., fournissent, avec les œufs, les éléments principaux de la cuisine, surtout si l’on y ajoute les produits du jardin. Il est prudent de n’employer les conserves que quand on ne peut l’éviter.

Une question très importante et qu’il ne faut pas négliger est la fabrication du pain. Un travail défectueux, l’emploi d’une farine avariée ou d’un levain de mauvaise qualité sont, en effet, les causes souvent ignorées de la plupart des maladies d’estomac. L’idéal serait de pouvoir remplacer totalement le pain par le riz du pays, cuit à la vapeur et mangé tel quel, ou bien comprimé sous forme de galettes.

L’expérience a démontré que les Européens habitant les régions tropicales conservaient mieux leur santé quand ils faisaient usage des seules productions du pays et se rapprochaient le plus possible de la nourriture indigène, qui a pour base le riz et le maïs.

C’est ainsi que les missionnaires, par exemple, dont les ressources sont des plus limitées et ne leur permettent

pas l’emploi des vivres d’importation, restent de longues années dans le pays, sans voir leur santé par trop altérée. Il va sans dire que l’on doit éviter les excès de nourriture et surtout de boissons alcooliques. L’emploi du thé froid, pendant et entre les repas, donne d’excellents résultats ; mais alors il est bon de prendre du vin pur et en petite quantité. Le café est un tonique et un stimulant indispensable pour faciliter la digestion et pour combattre la lourdeur qui se manifeste généralement après avoir mangé.

Éviter les longues siestes faites immédiatement après le repas du milieu du jour. Les nouveaux venus feront bien de ne pas contracter cette funeste habitude qui amollit l’organisme, et enlève à la longue au cerveau sa lucidité et sa vigueur. Il est préférable, à ce moment, de prendre un peu de mouvement sous les vérandas ou dans les pièces de la maison. Le billard est, dans ce cas, un exercice excellent.

Vers deux heures, la digestion étant terminée, et avant de reprendre ses occupations, une douche froide ou un tub est très hygiénique.

Le soir, après le coucher du soleil, il est bon de se donner un peu de mouvement sous forme d’équitation, de C3^clisme, de tennis, etc. Mais il faut toujours éviter de pousser jusqu’à la fatigue, l’effort destiné à entretenir le jeu et l’élasticité des muscles étant suffisant. Après ces exercices, prendre une douche ou un tub léger, puis, si on le désire, un petit verre d’un vin généreux et tonique : quinquina, kola, coca, etc.

Éviter tous les prétendus apéritifs alcoolisés, qui nécessitent l’emploi d’une grande quantité d’eau et de glace; car ils amènent une transpiration abondante et, en remplissant l’estomac, ils retardent la sécrétion du suc gas-

ÉTUDE GÉOGRAPHIQUE trique, sécrétion qui donne précisément la sensation de l’appétit.

Comme hygiène générale préventive, un grand nombre de personnes se trouveront bien du régime suivant ; tous les jours, absorption de quelques centigrammes de sels de quinine, bromhydrate, bibromhydrate, sulfate, etc. Si l’on prévoit une grande fatigue par suite d’un séjour prolongé au soleil, d’une marche ou d’une station en forêt, prendre une dose de quinine plus considérable, pouvant atteindre, suivant les tempéraments et d’après l’expérience, jusqu’à 1 gramme pour le sulfate et 50 centigrammes pour le bromhydrate. Cette méthode préventive, préconisée par Laveran, qui découvrit l’hématozoaire du paludisme, est suivie par un grand nombre de per sonnes. Elle a toujours donné d’excellents résultats, même chez les indigènes qui, eux aussi, sont sujets à la fièvre (1).

L’absorption journalière d’une petite quantité de quinine entretient le sang dans un état de toxicité pour les microbes fébrigènes, et il est nécessaire qu’il en soit cons-

(1) D'après une commuiiicatioii de M. le Résident supérieur au Laos, transmissive d’une note de M. Morin, commissaire du gouvernement à Vien-Tiane, il existe dans cette province une liane, assez commune dans la région, appelée par les Laotiens Khua-Khao -hô .

Cette liane, que les Siamois appellent Bora-Phet, ne serait autre, suivant le dictionnaire de Pallegoix, que le Cocculus ven-ucostis de la famille des Ménispermacées.

La saveur de la sève qu’elle contient, lorsqu’elle vient d’être coupée, est particulièrement amère. La liane elle-même, lorsqu’elle est desséchée, conserve un goût de quinine très prononcé.

Les médecins indigènes l’emploient dans différentes préparations pour le traitement des fièvres rebelles et de l'ictère, sous ses différentes formes

On emploie généralement en même temps que le Khao-hô des morceaux de cœur de deux bois durs, de saveur amère très prononcée, dont nous n'avons pu avoir le nom exact; mais le médicament actif, d après les indigènes, est surtout le Cocculus verrucosus. [Bulletin économique de l'Indochine, 1°' août 1900).

tamment saturé, si l’on veut prévenir leur invasion et leur développement.

Certaines personnes se trouvent également très bien d’un traitement qui consiste à prendre tous les trois mois (avril, juillet, octobre et janvier) une purgation de sulfate de soude ou de magnésie ou bien un vomitif d’ipécacuanha.

Quand se manifeste un peu de torpeur, de raideur de la nuque et les frissons avant-coureurs de la fièvre, un gramme et demi à deux grammes d’ipéca et un gramme de quinine, après cessation des vomissements, ont raison de ce malaise et réduisent l’accès à sa forme la plus bénigne.

En résumé, on se portera admirablement bien au Laos, en suivant ces quelques prescriptions, si l’on a bon estomac, des entrailles solides et le foie intact. On ne peut donc pas conseiller le séjour dans ce pays aux personnes atteintes d’une affection de l’un ou de l’autre de ces organes.

Quoique situé dans la zone intertropicale, le Laos possède des régions où règne, pendant plusieurs mois, un climat semblable à celui d’Europe et où les Européens, fatigués par le séjour dans les plaines basses ou dans les vallées chaudes, pourraient aller chaque année se remettre et reconquérir force et vigueur.

Nous citerons, entre autres, le plateau des Bolovens, préconisé par le docteur Harmand, mais surtout le plateau du Tran-Ninh et les hautes vallées des Hua-Pahn.

Au Tran-Ninh et aux Hua-Pahn, notamment de novembre à mars, c’est-à-dire pendant cinq mois, le thermomètre descend jusqu’à près de 2° et dépasse rarement 25°.

Les matinées, les soirées et les nuits sont délicieuses

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sur ces hauteurs ; le milieu de la journée est assez semblable au printemps du midi de la France. L’air y est sain et sec, les promenades y sont agréables et les points de vue variés.

A Xieng-Khouang et à Muong-Son existent déjà des groupements européens, puisque ce sont deux chefs-lieux de provinces. Il suffirait de quelques constructions annexes pour en faire des sanatoria, sans viser, comme installation, à tout ce que comporte ce mot, mais en se bornant à la création de stations de repos où les fonctionnaires et les colons des autres régions pourraient venir passer quelques mois ou quelques semaines de vacances hygiéniques.

Le service de santé est assuré, au Laos, par des médecins des colonies, qui dirigent des ambulances situées à Khong, Vien-Tiane et Luang-Prabang.

Dans chacune de ces ambulances, il existe un service de consultation et d’hospitalisation pour les Européens, les gardes civils, les interprètes et lettrés annamites ou laotiens, et pour les employés indigènes.

Les dépenses sont en partie compensées par des recettes provenant des versements faits par les colons et les employés indigènes, pour chaque journée de traitement, et, à Luang-Prabang, par une contribution du Trésor royal.

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