‹ Le latin mystiqueChapitre 13 sur 50 · ADAM DE SAIMT-VICTOH ET SAINT THOMAS DAQUIN · texte numérisé non relu

ADAM DE SAIMT-VICTOH ET SAINT THOMAS DAQUIN

In escam transfert animae : — Qui protoplasti pcctora Vitae purgavii ferculo.

A celsis surgens dapibus Praebet forrnam mortalibus, Humililatis gralià Pétri pelens vestigia ; — Tellus ac aelliera jubilent In magni coena Principis.

Pallet servus obse«piio Cum angelorum Doniinum Ferendo lympham et linteum Cernit coeno procumbere, — Qui protoplasti pectora Vitae purgavit ferculo.

« Que la terre et le ciel se réjouissent en la cène du très haut Prince, qui purifia le cœur de sa créature avec le pain de vie : — que la terre et le ciel se réjouissent en la cène du très haut Prince. — Ce soir, l'universel créateur, l'instaurateur du grand mystère, a changé sa chair et son sang en nourriture spirituelle ; — il purifie le cœur de sa créature. avec le pain de vie. — Délaissant les agapes célestes, il apparaît sous une forme visible et, par la grâce de l'humilité, il se baisse vers les pieds de Pierre : — que la terre et le ciel se réjouissent en la cène du très haut Prince. — Le serviteur pâlit de respect lorsqu'il voit le Seigneur des anges, portant l'aiguière et les linges, se pencher vers l'ordure, — lui, qui purifia le cœur de sa créature avec le pain de vie. »

Plus tard, bien après saint Thomas d'Aquin, un moine allemand du quinzième siècle, Ulrich Stôcklins de Rottach,

exprima douloureusement sous le pressoir de la croix et le sang de Jésus et le vin de la vigne ; c'est en un de ces infinis rosaires voués à la Mère de Dieu :

Qui bolrus exprimitur In cruels torculari, Quo vinum conficitur Calicis praeclari.

« Grappe exprimée sous le pressoir du calvaire, grappe d'où sort le vin unique du calice. »

Et un autre rosaire du même poète redit encore :

Qui de coeli vinea Botrus est egressus Ac par torcularia Crucis fuit pressus.

« Grappe de la céleste vigne jetée pour être écrasée sous le pressoir de la Croix. »

Cette métaphore, enviable même par le grand poète eucharistique, n'appartient pas exclusivement à l'imagination de Rottach ; la plupart des écrivains mystiques l'ont esquissée, en se souvenant du biblique sang de la vigne, de la grappe d'Engaddi et des paroles de Jésus, suivant saint Jean; Pierre Damien avait même proféré, s'adressant à la Vierge :

Ex te botrus egreditur

Qui crucis prelo pressus

Vino rigat arentes

Sancti Spiritus mentes.

D'où qu'elle vienne, elle est admirable et méritait d'être ici consignée.

A propos du Laiida S ion, il faut noter que la strophe

ADAM DE SAINT-VICTOR ET SAINT THOMAS d'aQUFN 279

de six vers, telle qu'elle domine en cette prose, semble avoir été créée, du moins très perfectionnée par Adam de Saint- Victor, qui en donne le type dans son Hevi mundus exuliavit ; on la retrouve un peu plus tard dans le Slabal mater, où son rythme brisé devient l'expression définitive de la douleur. Au commencement du quinzième siècle, en ce même monastère où avait vécu Adam, un chanoine régulier, nommé Henricus Pistor, inséra dans cette forme son éloge de saint Jean-Baptiste ; il imite, non sans un certain talent d'arrangeur de mots, à la fois Auam et Thomas d'Aquin :

« O lampe où la lumière est le verbe de Dieu, conduisnous vers les luminaires éternels : Que vers le port hors de cette mer ; que vers la joie, hors de ce deuil, ta grâce nous dirige enfin ! »

0 lucerna verbi Dei

Ad coelestis nos diei

Perdue luminaria :

Nos ad portum ex hoc fluctu,

Nos ad risum ex hoc luctu

Tua trahat gratia !

Innocent III. — La poésie franciscaine.

Saint Bonavcnture. — Vhilomena.

L'Horloge de la Passion. — Symbolisme du lion.

Les quatre figures de Jésus-Christ.

Les christs à tête de lion. — Le T{ecordare

sanctae crucis. — L'arbre-croix.

Le Tsalterium B. Mariae Yirginis.

Le Suh tuum praesidium. — Adeste, fidèles.

Le Tlanctus de Christo.

IL y eut des papes de toutes sortes ; il y en eut d'humbles et de hauts, de médiocres et de bas, de mondes et de sordides ; il y en eut de simoniaques, comme Léon X ; il y en eut de satanisants, comme Grégoire VI et Benoist IX; il y en eut de très grands, comme Grégoire I""" et Grégoire VII, impérators absolus des âmes; de très piteux, comme Adrien VI ; il y en eut un exquis et pur entre tous, probe et doux, fort et pieux, doué d'intelligence et de grâce, de science et de poésie: Innocent III. Tel qu'un poème, par la plénitude rythmitique du style, son traité De Contemplu mundi se développe selon la noble tristesse des cœurs mystiques ; et dans ses vers c'est la tendresse amoureuse de saint François d'Assise, sertie ainsi qu'une précieuse gemme en de fines orfèvreries. Telle, sa prose pour la fête de l'Assomption :

Ave, mundi spes, Maria, Ave, mitis, ave, pia, Ave, plena gratiâ.

Ave, virgo singularis Quae per rubum designaris Non passum incendia:

Ave, rosa speciosa, Ave, Jesse virgula Cujus fructus nostri luctus Relaxavit vincula...

Ave, virginum lucerna

Per quam fulsit lux superna.

His quos umbra tenait...

Ave, gemma, coeli luminarium,

Ave, Sancti Spiritus sacrarium...

O quam sancta, quam serena,

Quam benigna, quam amena

Esse virgo creditur,

Per quam servitus finitur.

Porta coeli aperitur

Et libertas redditur.

O castitatis lilium, Tuum praecare filium Qui salus es humilium.

Ne nos pro uostro vitio Inlle'bili judicio Subjiciat supplicio :

Sed nos tuâ sanctâ prece, Mundans a peccati fece, Collocet in lucis domo :

Amen dicat omnis homo.

« Salut, espoir du monde, Marie; salut, douceur ; salut, piété, salut, pleine de grâce. Salut, vierge singulière, signification du buisson qui brûle sans se consumer. — Salut, rose spécieuse, salut, tige de Jessé, dont le fruit a brisé les

Page 1