INNOCENT III ET SAINT BONAVENTURE
s'érige tel que l'arbre fécond et protecteur ; c'est l'arbre portrait en de vieux missels, l'arbre dont les branches recourbées portent lié et troué le Christ tandis que des oiseaux, les fidèles, ont cherché sous les feuilles un coin de repos en attendant la résurrection qu'un phénix éployé signifie :
Crux est arbor decorata, Christi sanguine sacrata, Cunctis plena fructibus...
« Lacroix est un arbre de beauté ; sacré par le sang du Christ, il est plein de tous les fruits... » Mais l'arbre salutifère porte un agonisant :
Cujus oculi beati
Sunt in cruce obscurati
El vultus expalluit.
Suo coipori tune nudo
Non remansit pulchritudo,
Décor omnis aufugit.
« Les yeux bénis du Christ sur la croix se sont obscurcis et son visage a pâli : à son corps maintenant nu, la beauté n'est pas restée, toute la grâce humaine est partie. »
Et, comme le précédent poème, saint Bonaventure termine son ode au Crucifié par l'aveu de ses désirs, toujours tels en leur permanence : « Souffrir avec Jésus &ur
la croix. »
Tecum volo vulnerari.
Plus original que les Laudes B. M. V., poème traduit par P. Corneille, en vers dont quelques-uns sont heureux, redisant moins toujours la même chose, nous séduit le Psal- Urium Beatœ Mariae Virginis, auciore seraphico Doc-
lore s. Bonavenhira, ord. Minorum. C'est un petit livre d'heures que saint Bonaventure rédigea en entier « ingénieusement, dit une préface, à l'imitation du Psautier de David » : cent cinquante psaumes dont les premiers mots sont empruntés au texte biblique et qui célèbrent la Vierge en une série de charmants poèmes en prose. Psaume XXIII :
Domini est terra, et plenitudo ejus : tu aulem sanctissima Mater ejus, cum eo régnas in aeternum
Gloriam et decorem induisti : omnis lapis pretiosius est amictus et operimentum tuum.
Splendor solis super caput tuum : et iunaris pulchritudo sub pedibus tuis.
Sydera micantia ornant sedile tuum : astra te glorificant, o Stella matutina.
Mémento nostri. Domina, in beneplacito tuo : et fac nos dignes glorificandi nomen tuum.
Gloria tibi sit orphanorum Mater : fac nobis benevolus sui omnipotens Pater.
« La terre est au Seigneur et sa plénitude lui appartient : mais toi, sa très sainte Mère, tu règnes avec lui en l'éternité.
« Tu as revêtu la gloire et la beauté : et la grâce de la lune est sous tes pieds.
« Les étincelants astres adornent ton trône : les astres te glorifient, ô matutinale étoile.
« Souviens-toi de nous, Reine, selon ton bon plaisir: et rends-nous dignes de glorifier ton nom.
« Gloire à toi. Mère des orphelins; fais que nous soit bénévole le Père omnipotent. »
De cet opuscule une antiphone a été gardée par la litur-