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XX

Et vidi mortuos magnos et pusillos, stantes in conspectu throni, et libri aperti sunt : et alius liber apertus est qui est vitae: et judicati sunt mortui ex his quae scripta erant in libris secundum opéra ipsorum.

« Et je vis les morts, les grands et les petits, se tenant face au trône, et les livres furent ouverts : et un autre livre fut ouvert, qui est le livre de vie: et furent jugés les morts selon les choses écrites dans les livres, selon leurs œuvres. »

La septième et la onzième, outre ce qu'elles prennent au Libéra, empruntent quelques mots à un passage du traité de saint Anselme, De Simililudine mundi :

Dcsiiper. judex iratus ; foris, mundus ardens; intus,consciencia urens; ibi, vix justus salvabitur...

« En haut, le juge en colère ; dehors, le monde en flammes ; dedans, la conscience en feu ; là, le juste à peine sera sauvé... »

L'avant-dernière :

Oro supplex et acclinis, Cor contritum, quasi cinis :

(iere curam mei finis.

« Je te le demande en ma prière, le front penché, le cœur contrit comme de la cendre, prends soin de ma fin dernière », se retrouve, avec ses images, dans l'office des Morts du rit mozarabe :

Expandi manus meas ad te. Domine ; anima mea velut terra sine aqua: citoexaudi me.

« J'ai étendu mes mains vers toi, Seigneur, mon âme est pareille à de la terre sèche : au plus vite, exauce-moi. »

Adam de Saint-Victor avait dit dans sa prose De Inventione sanciae crucis :

... Sed quum dies erit irae Confer nobis et largire Sempiterna gaudia.

« Quand viendra le jour de colère, fais-nous participer aux joies éternelles. »

La Lamentation d'Hildebert, Lamentatio peccairicis

animae, renferme quelques expressions qui se retrouveront presque textuelles dans la prose de Thomas de Celano ; et le rythme est le môme :

Quid boni Christo deferam, Quid me fecisse referam ?...

Tune ille rex allissimus (Jui nunc extat piissimus Judex erit justissimus...

Postquam nil quibo facere Quo poenas possim fugere Sed consumât incinère...

Quid tune dices honiuncio ?...

« Quoi de bon présenter au Christ, laquelle de mes actions lui offrir ?... Alors le très haut Roi, maintenant très pitoyable, sera très juste juge... Il n'y aura plus rien à faire, le châtiment sera infuyable, je serai consumé en cendre... Alors, que diras-tu, pauvre homme de rien? »

Saint Bernard, qui avait le génie du rythme, rencontra un presque définitif Dies îrae. Déjà, on lit de telles phrases éparses dans sa prose {Liber de modo bene vivendi, eh. 71) :

Quid in illa die dicluri simus... si in die judicii vix salvabitur justus... Nullus homo sine timoré poterit esse illa die...

« En ce jour que dirons-nous... si à l'heure du jugement le juste à peine est sauvé... Nul homme ne sera sans terreur en un tel jour. »

En vers, il formula :

IngoHS metus Aque flctus

HISTOIUK nu « DIES IRAE » 331

Meam lurbal animain :

Pavel sensus Dum suspensus Horani pensât ultimam.

Quis futurus

Et sccurus

In illo examine,

Quando patent

Quae nunc latent

Arguente luminc !...

Ululafus

Et ploralus

Frustra dabunt perditi

Quum maligni

Saevo igni

Semel erunt traditi...

Ad quid tendam Ut tremendani Evadam sententiam ?

Queni requirana, Per quem iram Judicis eiîugiam?...

« La crainte m'écrase et des sanglots troublent mon âme; mon cœur s'épeure lorsqu'en suspens il pense à sa dernière heure. — Qui donc alors, qui sera sur de ses réponses, quand surgiront tous nos secrets, à l'argument delà lumière?... — Les hurlements, les larmoiements, damnés, seront inutiles, quand les méchants au feu barbare seront livrés tous d'un seul coup... — Par où m'enfuir pour échapper à la sentence épouvantable ? A quel secours avoir recours contre la colère de mon juge ?... »

La prose Langueniibus in purgatorio, prière que l'on adresse à Marie en quelques églises, est-elle antérieure au Dies irae? Il faut, dans le doute, en citer les cinq dernières strophes; d'un beau rythme et de rimes très riches, elle apparaît assez inférieure d'idée et d'élocution :

Intremendo Dei judicio Quando fiet stricta discussio, Tune etiam supplica Filio Ut sit nobis cum Sanctis portio, 0 Maria.

Dies illa, dies terribilis, Dies malis intollerabilis :

Sed tu, mater semper amabilis, Fac sit nobis Judex placabihs, O Maria.

Illa dies tantus servabitui- Vigor quod vix justus salvabitur, Nemo reus justificabitur Sed singulis jus suuni dabitur, O Maria.

Nos tiniemus dicm judicii Quia maie de nobis conscii :

Sed tu mater summi consilii Para nobis locum refugii, .

0 Maria.

Tune iratus Judex adveniet, Singulorum causa discutiet Personamque nullam accipiet De singulis juste deffinict, 0 Maria.

A comparer avec Rottach, cinquantième strophe d'un Acrostiche sur VAve Maria, qui en compte plus de cent :

Rogo, mater, plorabundis Aurem praebe vocibus, Opem ad te de profundis Miserere precantibus.

Per te gratiarum undis Absolvantur citius Poena purgatoria.

Traduction du Langaentibus :

« En le terrible jour du jugement suprême, quand viendra l'heure de l'interrogatoire, alors va et supplie ton fils qu'il nous place parmi ses saints, ô Marie. — Jour, celuilà, jour effroyable, jour aux méchants intolérable : par toi, mère toujours aimable, le juge nous soit favorable, ô Marie. — Ah ! ce jour-là, ce jour aura tant de sévérité qu'à peine le juste sera sauvé, et nul coupable justifié, mais à chacun sera donné le sort qu'il aura mérité, ô Marie. — Craignons le jour du jugement, car notre conscience n'est pas tranquille : mais toi, mère du très haut conseil, prépare-nous (juelque lieu de refuge, ô Marie. — Il viendra le juge en colère, discutera la cause de chacun, et sans égard pour n'importe quelle personne, de chacun il jugera avec justice, ô Marie... »

Enfin, l'origine authentique du Dies irae, du Libéra et de tous les précédents vers et versets est antérieure au christianisme. Le Dies irae se trouve, en ses essentielles idées et assonances, dans un petit prophète (petit sans doute, parce qu'il proféra de courtes prophéties), dans Sophonie {Prophelia Sophoniae, I) :

45. Dies irae, dies illa, dies tribulationis et angustiac, dies calamitatis et miseriae, dies tenebrarum et caliginis, dies nebulae et turbinis.

334 LE LAïlN MYSTIQUE

16. Dies tubae ef clangoris super civitates munitas et super angulos excelsos.

47. Et tribulabo homines et ambulabunt ut coeci, qui Domino peccaverunt : et effundetur sanguis eoruni sicut humus et coipora eorum sicut stercora.

18. Sed et argentum eorum et aurum eorum non poteritliberare eos in die irae Domini : in igné zeli ejus devorabitur omnis terra, quia consummationem cum festinatione faciet cunctis habitantibus terram.

« 15. Jour de colère, jour, celui-là, de tribulation et d'angoisse, jour de calamité et de misère, jour de ténèbres et de fumée, jour de nuée et de tourbillon.

« 16. Jour de trompette et de clameur sur les cités fortifiées et sur les angles des montagnes.

« 17. Et je tourmenterai les hommes et ils marcheront comme des aveugles, ceux qui péchèrent contre le Seigneur : et leur sang .sera épandu comme de la terre molle et leur corps comme du fumier.

« 18. Mais ni leur argent, ni leur or ne pourront les libérer au jour de la colère du Seigneur : par le feu de sa jalousie toute la terre sera dévorée, et la consommation s'accomplira avec hâte de tous les habitants de la terre. »

Quelques autres allusions au jour de colère* et de feu sont faites dans Jérémie, dans Joël et dans Amos, mais discrètes, sans précision et sans détails.

Avant de donner le texte du Dies /rae lui-même, il convient encore de citer deux proses qui le précédèrent immédiatement et auxquelles Thomas de Celano a directement emprunté des vers, des rimes, des strophes, presque entières. Toutes deux semblent du douzième siècle, de très peu antérieures à la rédaction franciscaine :

Terret me dies terroris, Irae dies et furoiis, Dies luctus et moeroris Dies ultrix peccatoris.

Expavesco quidein luullum Venturi judicis vultuui Cui latebit iiil occultuin Et manebitnil inultum.

Et qiiis nostnun non timebil Quando Judex apparebit An te quem ignis ardebit, Peccatores qui delebit.

Veniet Judex de coelis Testis verax et fidelis, Veniet et non silebit, Judicabit ncc timobit.

Juste quidem judicabit Nec pei'sonam acceptabit, Prclio non corrunipetur Sed nec precibus flectetur...

<< Il m'atterre, le jour de terreur, le jour de colère et de fureur, le jour de deuil et de douleur, jour de vengeance sur le pécheur. — J'ai peur, j'ai grand'peur à l'idée de voir la face du Juge <|ui doit venir, de celui auquel rien ne sera caché, de celui qui ne laissera rien d'invengé. — Lequel de nous ne tremblera lorsque le Juge apparaîtra, lorsque le feu s'enflammera pour détruire les pécheurs. — Il viendra du ciel, le Juge, témoin vérace et fidèle, il viendra et ne se taira pas, il jugera et ne s'effraiera pas. — Il jugera très justement, sans acception de personnes, rien ne pourra le corrompre ni nulle prière le fléchir... »

Le nec personam acceplabil se trouve déjà dans Ama larius, Regala sanciimonialum, livre II, 10 :

Quia personarum accepter non est Deus.

La seconde prose a poar titre : Meditatio animae fidelis :

Cum recordor diein morlis Et extremae diem sortis.

Sic me terrent isti dies Ut sit mihi nulla quies.

Cum recordor quod sum cinis Et quod cito venit finis, Sine fine pertimesco Et ut cinis refrigesco.

Cum recordor moriturus, Quid post mortem sim futurus, Terret me terror venturus Quem expecto non securus.

Terret me dies terroris, Irae dies et furoris Dies luctus et moeroris Dies ultrix peccatoris...

Quid tune faciet peccator Et quid corporis amator Et quid agere valebit Cui nihil jam licebit.

Siquidem tune apparebit Et quod fuit non latebit, Quisquis sit juré pavebit Donec sciât quid habel)it.

« Quand je pense au jour de la mort, et au jour du dernier sort, si tant m'atterrent ces jours-là que je n'ai plus

aucun repos. — Quand je pense que je suis cendre et que bientôt viendra ma fin, sans fin je me mets à trembler et je deviens plus froid que cendre. — Quand je pense, moi qui dois mourir, à ce que me réserve la mort, m'atterre la terreur future, et j'attends, et je ne suis pas sûr. — Il m'atterre le jour de terreur, le jour de colère et de fureur, le jour de deuil et de douleur, jour de vengeance sur le pécheur... — Alors, que fera-t-il, le pécheur, et quoi le charnel amateur, et que deviendrons-nous, que nulle contrition ne sera plus permise ? — Puisqu'à cette heure apparaîtra et se dévoilera tout ce qui fut caché, il faudra bien que chacun tremble jusqu'à ce qu'il sache le sort qui lui sera réservé. »

Le Dies irae va maintenant donner la sensation d'une œuvre connue en presque tous ses éléments et pourtant inattendue.

De die judicii.

Dies irae, dies illa, Solvet saeclum in favilla, Teste David cuni Sibylla.

Quantus tremor est futurus Quando judex est venturus Cuncta stricte discussurus !

Tuba mirum spargens sonum Per sepulchra regionum Coget omnes ante thronum.

Mors stupebit et natura Quum resurget creatura Judicanti responsura.

Liber scriptus proferetur In quo totum continctur Unde inundus jiidicetur.

Latin mystique. 22

Judcxergo quum sedebit Qiiidquid latet apparcbil :

Nil inultum remanebit.

Quid sum miser tune dicturus, Quem patronum rogaturus Quum vix justus sit securus?

Rex tremendae majestatis Qui salvandos salvas gratis, Salva me, fons pietatis !

Recordare, Jesu pie,

Quod sum causa tuae viae :

Ne me perdas illa die.

Quaerens me sedisti lassus :

Redemisti crucem passus :

Tantus labor non sit cassus.

Juste judex ultionis Donum fac remissionis Ante dieni rationis.

Ingemisco lanquam reus, Culpa rubet vultus meus :

Supplicanti parce Deus.

Qui Mariam absolvisti Et latronem exaudisti Mihi quoque spem dedisti.

Preces meae non sunt dignae, Sed tu bonus fac bénigne Ne perenni cremer igné.

Inter oves locum praesta Et ab haedis me séquestra Statuens in parte dextra.

HISÏfHHE DU « DTES IRAE » 339

Confutatis maledictis, Flainiiiis acribus addictis, Voca me cum benedictis.

Oro supplex et acclinis, Cor contritum quasi cinis :

Gère curam mei finis.

Lacrymosa dies illa, Que resurgetex favilla.

Judicandus homo reus :

Huic ergo parce Deus !

Pie Jesu, Domine, Dona eis requiem.

On a essayé une traduction, respectueuse du texte et surtout du rythme :

Le Jugemenî dernier.

Jour de colère, en ce jour-là, Comme David le prophétisa, Le monde en cendi'(\< s'en ira.

Quels cris alors, rpiel tremblement :

Dieu descendra du firmament Poiu" juger tout très strictement.

La trompette éclate et redonde Et va chercher au fond des tombes Tous les sujets du roi du monde :

Mort, quelle stupeur! Et la nature A peur de voir la créatuie Affronter sa judicature.

Le livre éternel est ouvert, Juste écriture où s'énumère Les gestes de tout l'univers.

Et quand le Juge parlera

Le fond des cœurs apparaîtra :

Rien d'invengé ne restera.

Que dire alors, où me sauver ; De quel patron me réclamer ?

Le juste à peine est rassuré.

Roi de terrible majesté, Clément pour qui l'a mérité, Épargne-moi, dans ta pitié !

Jésus très bon, ne m'oublie pas, Moi qui fus le but de tes pas !

Ne me perds pas en ce jour-là.

Pour moi tu pris la forme humaine Et de la croix souffris la peine :

Que tant de peine ne soit pas vaine !

Maître de justice et de gloire, Daigne nous être absolutoire.

Avant le jour expiatoire.

Je viens à toi en gémissant.

Le front de honte rougissant :

Seigneur, pardonne au suppliant.

Madeleine a touché ton cœur, Tu pardonnas à un voleur :

C'est mon espoir, à moi, pécheur.

O toi si bon, à l'heure dernière, Reçois mes indignes prières.

Que je ne brûle pas en enfer !

Fais-moi place en ta bergerie.

Que j'entre en la maison de vie.

Parmi les bons que tu choisis.

Quand tu confondras les maudits.

Jetés en proie aux flammes pies.

Appelle-moi au paradis.

Je t'en supplie, daigne m'entendre :

Mon cœur est plus contrit que cendre, Daigne à mon salut condescendre.

0 jour de larmes, en ce jour-là, Quand la poussière s'en viendi-a Affronter ta judicature.

Pardonne à ta créature, Seigneur, ô Jésus très bon.

Et donne-lui le repos.

Le Jugement dernier et l'enfer, sa conséquence pour les mauvais, c'était le souci et aussi la consolation du moyen âge ; c'était le recours suprême contre les injustices et les tribulations de la vie.

Illusion pour illusion, celle-là valait la vaine justice humaine dont on nous leurre, les vagues compensations qu'on nous promet éternellement pour demain.

Le Stabat mater. — Jacoponc de Todi. — T>e Compassione B. M. Y. — Le Moestae parentis Christi et autres Pianctus. — De Trihuîatione B. M. V. — Saint Bonaventure. — De Pie ta te M. Y. — Le 0 quot undis tacrymarum et le Tlanctus ante nescia. — Diverses proses touchant la Passion et le De Quinque Vuîneribus. — Les Évangiles. — Saint Ambroise. — Joseph l'Hymnographe. — Saint Bernard. — Viantode la Madonna. — Une terre cuite peinte du Louvre. — Texte du Stabat mater. — Traduction rythmique. — La poésie du Christ. — Hypographe.

L'histoire du Stabat est toute pareille. Jacopone de Todi (mort en 1306) n'inventa de cette lamentation ni tout le rythme, ni toutes les paroles, mais avec des intentions primitivement éparses, il créa un poème définitif et parfait comme la douleur supra-humaine dont les plaintes lui avaient frappé le cœur : et visité lui aussi presque corporellement par les pointes aiguës des sept Glaives, ingemail et cantavit.

Quelques-uns des textes où il puisa des mots ; le plus ancien, une séquence notkerienne, ne peut guère être moins vieux que le onzième siècle :

De Compassione beatae Mariae Virginis :

a. — ... Quam mater anxia sletisti, quaiuio passionem innocentis filii compexisli inclyli cnici alTixi !

b. — Cor matris lancea filio inorluo transfixit, passionem filius (Jum guslavil corpore, mater anima...

c. — 0 quam Iristis et aCIlicta fuit illa benediçta mater unigeniti. Quotl moerebat et dolebat, perpeudebat hoc quaevis genetrix...

(i. — Eia mater nobilis, quam vehementem (Jolorem gustavetainen hune tua fide temperans...

e. — Laus ejus filio...

f. — Laus quoque njatri, quae coiidolet crucifixo.

Spécicilement se retrouve dans le Stabal le verset c, qui en forme la deuxième strophe :

O quam tristis et afflicta Fuit illa benedicta Mater unigenili !

Quae moerebat et dolebat Et treniebat, quod vidcbat Nati poenas iuclyti...

De date un peu plus récente, sans doute, la très longue séquence connue sous le nom de Planctas beaiae Mariae uirginis :

Moestae parentis Christi Mariae lacrymas eia aune recita, plebs. Agni mitis cruore redempta.

Qui generis humaiii collapsi maculas purpurea lavavil iucruce vulnera passus cruenta :

Spula, clavos atque ludibria, spinas tulit et saeva verbera.

Mater cernens lanta supplicia flet discerpens pectus et ubera...

Inter omnes mulieres me dixisti benedictam,

Omnes nunc videre possunt me gementem et afflictam.

De hoc senex Symeon prophetat,

Dicens, ut Evangelista narrât :

Ecce positus in ruinam tuas iste filius

Et tuam aniniam ipsius pertransibit gladius...

Sic stat mater desolata

Jam non mater sed orbata

Dulci suo filio.

Plangit, plorat, praestolatur

Quoadusque deponatur

Corpus de patibulo.

0 lacryniosus inluitus ! Sedet semimortua parens et cxlincti funeris in gremio tenel exuvias.

Oninia pererral stiginata locaqae cruenla clavorum et plagas cruentas, videt spinoso praecincta terapora

Serto, et in latere patentes cordis

Januas, o gravis doloi et geniitus!

Nati quondani spccio>i memhra modo livida Iractat mater inter manus leneras.

Manus extorqiiens cxclamavit fletuque corpus irrigavit, stillans ut vos clïundeiis lacrymas. ..

Quis polesl lacrymas tenere, licet sit corde saxeo,

Et non siiiiul condolere in hoc planctu virgineo ?

Qui cutn ipsa nesril llcre, non est ei compassio..

Krgo mater Josu Chrisli,

Propler poenas quas tulisti

Pi'O tuo dulci tilii)

Des ul tecum hic ploremus

Et cor nostrum perl'oremus

Compassionis gladio.

Sic, o Vii-go dolorosa,

Fac jios tecum lacrymosa

Sentire suspiria.

Ut post vitam inCeiicem

Habeamus le dnctricem

Ad aefei-na gloria.

<- De la triste mèi-e du Glirist, de Marie, raconte maintenant les larmes, ô peuple que racheta le sang dudoux Agneau. — Du j^'-eure humain déchu, il lava les taches avecle sang de sa sanglante croix : il souffrit de sanglantes blessures : — Il souffrit les crachats, les clous, les railleries, les épines, les v<'rges très cruelles. — Devant de tels supplices, sa mère pleure et se déchire la gorge et la poitrine... — « Entre toutes les femmes vous m'avez proclamée bénie. — Tous

peuvent à cette heure me voir gémissante et de peine accablée. » — De cela le vieillard Siméon prophétise — En disant, comme l'Évangile le rapporte : — Voici que ton fils gît tout brisé et ton âme est transpercée par un glaive...

— Ainsi elle est là, debout, la mère désolée, — Mère, non plus, mais dépouillée — De son fils très doux. — Elle se lamente, elle s'éplore, elle attend — Que l'on décloue — Le corps du gibet. — O spectacle à pleurer ! La mère s'affaisse et presse sur son giron, demi-morte, ce que lui a laissé la mort. — Sa main tâte tous les stigmates et les saignants trous des clous et les saignantes plaies ; les tempes sont ceintes du tortil — D'épines et sur le côté voici du cœur — Les portes ouvertes, ô trop lourde peine, ô gémissements! — Son fils très beau naguère, la mère à cette heure de ses tendres mains en caresse les membres livides.

— Elle tord ses bras, elle sanglote, elle mouille le corps de ses pleurs, elle fond en larmes et l'arrose comme d'une rosée... — Ah ! qui pourrait retenir ses larmes, quel cœur de pierre ? — Comment ne pas se condouloir devant ces virginales lamentations? — Celui qui est incapable de pleurer avec elle, il n'a au cœur nulle compassion, .. — Or donc, mère de Jésus-Christ, — Au nom des peines que tu supportas — Pour ton fils très doux, — Fais qu'ici nous pleurions avec toi ! • — Que notre cœur soit transpercé — Parle glaive de la compassion! — Et fais, ô Vierge do douleur, — Fais que nous participions a tes larmes, — A tes soupirs, — Afin qu'après cette vie d'infélicité, — Nous méritions de t'avoir pour guide — Vers les glorieuses éternités. »

Une autre version de ce Planctus Mariae, manuscrit du

douzième siècle, contient, presque textuelle, une demistrophe du S ta bat :

Quis est homo qui non fleret Christi malrem si videret In tanta tristitiâ...

D'un autre Planctus, cité par Mone:

Prolem in cruce pendentem Moesta Mater aspiciens Lacrymatur incessanter Pectus suum percutions.

Plures movit ad dolorem Suo ploratu querulo, Natum videns cruentatum Tensum crucis patibulo.

Animam moestae parentis Tune perlransivit acrius Juxta verbum Simeonis Compassionis gladius.

« Son fils pendu à la croix, quand la triste mère l'aperçoit, elle pleure incessamment, se frappant le cœur. — Plusieurs partagent sa douleur à entendre les si plaintives éplorations de la mère qui voyait son fils sanglant cloué au gibet de la croix. — L'àme de la triste mère, très douloureusement la transperça, selon la parole de Siméon, le glaive de la compassion. »

Dans la séquence intitulée De Tribulatione B. M. K., se lit, selon le rythme définitif :

Hic est agnus qui pendebat Et in cruce redimebat Totum gregem ovium :

Qui cum nullus condolebat Matrcm ojus consumebnt Doloris incendium...

LeséraphiqueBonaventure,lc doux et chaste franciscain, avait trouvé dans son Recordare srmclae cracis quel({ues vers excellemment rythmés que Jacopone ne modifia guère :

Inter magnos cruciatus Est in cruce lacrymatus Et emisit Spiritum.

Suspiremus et fieamus, Toto corde doleamus Super Unigenitum.

Grucifixe, fac me fortem Ut libenter tuam mortem Plangam donec vixero.

Tecum volo vulnerari.

Te libenter amplexari In cruce desidero.

La séquence De Pietate Mariae Virginis semble plutôt une imitation qu'un prototype du Stabat. Elle est imprimée dans le Missel d'Angers de 1523.

Festinemus omnes vere Matri Christi condolere In ejus martyrio...

Virgo mater stat sub cruce Triumphante Christo suo Per mortem turpissimam...

Lanceatus, depositus Est a cruce et sepultus, Sic torquetur filius...

La parité du rythme rend l'infériorité plus évidente. Il en est de même du 0 quot undis lacrymarum, prose du

Bréviaire romain qui se chante à l'office des Sept-Douleurs. Plus ancien et fort remarquable, lePlanclus ante nescia est d'une verbalité tout différente ; on ne trouverait également que de rares concordances entre le Stabai et les diverses proses De Corona spinea, De Lanceo, De S. Sudarlo, In feslaFaciei, etc., accueillies parles anciens missels. On lit cependant dans un rythme De Quinque Vulneribus :

Corpus quidem mortuum Jam nil sentiebat, Sed militis lancea Matrem transfigebat.

On se souvient des deux versets des Évangiles, point de départ de cette littérature de suprême désolation :

Stabat aulem juxta crucem Jesu mater ejus (S. Jean, xix, 3); et:

Et tuam ipsius animam pertransibitgladius (S. Luc, ii,33).

Ils furent souvent commentés en prose et c'est là lu source directe de tous les Planctus. Ainsi, saint Ambroise en son De Instilutione Virginis {\u, 49):

Stabat ante crucem mater et fugientibus viris stabat intrepida. Spectabat piis oculis filii vuhiera; pendehal in cruce filius, mater se persecutoribus offerebat.

D'après un autre passage du même Père (De Obitu Valentiniani, 39), la Vierge ne pleurait pas :

Stabat sancta Maria juxta crucem filii et spectabat virgo sui unigeniti passionein. Stantem illam lego, flentem non lego.

Cependant, cette intrépide impassibilité n'était pas traditionnelle, et même les hymnaires grecs, les moins tendres et les moins passionnés des poètes chrétiens, la font pleurer ; témoin ce Slabat grec du moine basilien, Joseph

l'Hymnographe, qui commence par ces mots : « 'EXeyev r^ 7rav«Yvo<; xXaiouffa... — La très chaste disait en pleurant... »

y^our saint Bernard, Marie au pied de la Croix symbolise la plénitude de« douleurs humaines :

Quot angores, Quot dolores Tua sensit anima, Quuin in crucem Summum ducem Gens Icvavit pe^isima.

Et il ajoute, en son Liber de Passione Christi et plori-

bus elplanclibus matris ejiis :

Cogitare libet quantus dolor interfuit matri, cum sic.dolebat... Juxta crucem Christi slabat emortua Virgo... Ibi stabat dolens, confecta saevo dolore, expectans Christi corpus deponi de cruce... Haec plorabat dicens atque plorando dicebat...

Comme Thomas de Celano pour le Dies irae, Jacopone de Todi avait donc, sans avoir besoin de les imaginer luimême, tous les éléments de son œuvre lorsqu'il composa le définitif Planclus qui devait faiie oublier tous les autres, et dont la perfection engagea à croire qu'un tel poème était une création toute personnelle et spontanée. Lui-même avait déjà écrit en italiQn une complainte dialoguée sur l'agonie du Christ et les douleurs de la mère du Christ. Les principaux personnages sont la Vierge, demeurée chez elle, et un messager mystérieux qui voit ce qui se passe au Calvaire et le raconte à Marie; le Peuple çà et là intervient. En voici un fragment :

Pianlo de la Madonna de la passione del figlio Jesu Christo. Dotma del paradiso Lo lue figliolo e preso

HISTOIKE DU o STABAT MATKR > 353

Jcsii Christo bealo.

Accurre, donna, et vide Che la genf.c lallide Credo chello loccide Tanto Ion flagellalo.

Comme esser porria Che non fece mai follia Christo la speme mia Homo lavesse pigliato.

Madonna egli e tradulo luda si la venduto Trenla denari navuto Fado na gran mercato.

Succurri madonna aiula Cl»al tuo figlio se spulo Et la gente lo muta Hando daLo a Pilalo.

0 Pilât o non fai-e Lo figlio mio lornientare Chio te posso mostrare Coino a torlo e accusato.

Crucifige, crucifige Homo che se fa rege Seconde nostra lege Contradice al senato.

O figlio, figlio, figlio Figlio amoroso gigiio Figlio oui da consiglio Al cor mio angustato...

Madonna ecro la cruce Cliez la génie la duce Ove la vera luce Dei esser levato...

Lalin iriysfique

Donna la man gli e stesa Cun un ballon gli e fesa Tanto cilon ficciato.

Haltra man se prende Nella croce se stende Et la dolor saccende Che piu e mulliplicato.

Donna li pie si prefto Et chiavellanse al leflo Omne iontura aprefto Tutto lan desnodato.

Et io comencio el corotto...

« — Dame du paradis, il est pris, ton fils, Jésus-Christ le béni. Viens, dame, vois que les gens l'ont lié : je crois qu'ils l'ont tué, tant ils l'ont flagellé.

« — Comment cela se pourrait-il, car il ne fit jamais aucun mal, le Christ mon espérance, que les hommes l'aient pris.^

« — Madame, il est livré. Judas l'a vendu, trente deniers il en a eu, et en a fait grand marchandage. Viens à son secours, Madame, car sur ton fils on crache, et les gens l'emmènent, car il est donné à Pilate.

« — O Pilate ne pas faire tourmenter mon fils, car je puis te montrer comme à tort il est accusé.

{Le Peuple.) « — Crucifiez-le, crucifiez-le, l'homme qui se fait roi, selon notre loi, est l'ennemi du Sénat.

« — O fils, ô fils, ô fils, ô fils, ô mon amoureux lis, ô Fils qui donne réconfort à mon cœur en angoisse!.

« — Madame, voici la croix et les gens la dirigent vers où la vraie lumière doit être levée... Dame, sa main, on l'a tirée et avec un clou on l'a fendue, si fort a-t-on martelé. L'autre main on prend et sur la croix on la tend et la dou-

leur s'avive, car la voilà multipliée. Dame, les pieds on lui prend et on les encloue sur le bois et toutes les jointures se fendent, tant on l'a écartelé.

/t — Et moi je commence le chant funèbre... »

Il y a eu au Louvre, dans les salles de la sculpture du moyen âge un bas-relief italien du quinzième siècle, terre cuite peinte, ainsi ordonné:

Sur champ d'or la Vierge et l'enfant Jésus tous deux ef fa rés en leurs auréoles ou en lettres pures se gravent les prophéties. L'un et l'autre regardent dans le noir, dans l'infini et devant leurs prunelles se dresse le calvaire. L'enfant aux fins cheveux d'or ramène à sa gorge astrictée sa menotte tremblante : il est à moitié dévêtu : sa chemisette blanche, semée de sanglantes étoiles, lui tombe de l'épaule et sous sa brassière rouge ponctuée d'or, remontée par le roulis des muscles, le ventre se dénude et parait son sexe puéril de Dieu chaste. L'attitude est la peur nerveuse du nourrisson, et s'il ne se rejette pas au sein maternel, c'est que, — raison et amour infinis en un corps d'enfançon, — il ne veut pas la faire pleurer. Elle ne pleure pas : elle est transfixée par de la terreur. Elle voit. Toute sa face porte les effroyables stigmates de Phallucination douloureuse. L'œil fixe est terrifié par l'indéniable apparition. Il y a dans cet œil l'agonie au Jardin, la trahison de Judas, le reniement de Pierre, la verbération au peteau, les crachats, la croix traînée comme une chaîne le long du Golgotha, les mains fendues par les clous, les pieds déjointurés, le sang qui coule de la criblure des ironiques épines et aveugle les yeux, obstrue la bouche, le sang des mains, le sang des pieds, le sang du côté et le sang

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des .sacrificos futurs, la mort en ignominie et la mort en gloire qui est encore la mort. La bouche est selon la courbe de la douleur la plus avérée et quelle pâleur! La tête se penche un peu comme fascinée A peine la mère sent-elle le présent fardeau de l'enfant ; c'est l'homme qu'elle porte et qu'elle soutient, cadavre sur ses genoux pitoyables. Sa main gauche, qui sort d'une étroite manche dorée et damassée, soutient à peine le bambin, et tout entière la femme s'affaisse dans la chaise aux volutes d'or. La robe bleue étreint une poitrine où l'angoisse, s'il n'était divin, ce lait de vierge, le ferait tourner comme aux nourrices qui ont eu grand'frayeur. Les cheveux, — et cela a un air de lamentation symbolique, un mouchoir sombre les recouvre et retombe en pleurant sur les oreilles, — coiffure peut-être de contadine, peut-être authentique de dame florentine, mais qui, là, accentue et remémore le deuil de l'âme. La merveille, c'est la tristesse absolue de la mère et du fils. — n'osant se regarder, se connaissant tous les deux voués à un supplice ineffable et sans rémission ; mais la nature humaine, naturelle en la mère, imposée au fils par l'ordre suprême, se crispe un instant sous l'inéluctable réalité; ils ont peur, peur l'un de l'autre, peur du spectacle visible en leurs yeux, ils ont éternellement peur, et ils savent, les inconsolables, ({u'ils ne doivent pas être consolés.

Telle est cette effroyable et glorieuse œuvre d'un inconnu, qui a eu le génie d'évoquer avec rien que cela, une mère et son nourrisson, les xiv stades de la Passion du Sauveur. (Avec les mêmes éléments, Raphaël donne à satiété l'impression de l'animale joie de la pouliche et de son poulain.) Je ne crois pas que l'on puisse aller plus loin

dans la représentation de l'invisible par le visible, — ce qui est l'art tout entier.

Le Stabat, devant cette polychromie, s'égrène naturellement dans la mémoire.

Planclus B. Virginis.

Stabat mater dolorosa Juxta crucem lacrymosa Dum pendebat Filius.

Cujus animam gcmeiitem Contristalam et dolentem Pertransivit gladius.

0 quam tristis et afflicta Fuit illa benedicta Mater Unigeniti !

Quae moerebat et dolebat, Et tremebat, quum videbat Nati poenas inclyti.

Quis est homo qui non fieret, Matrem Christi si videret In tante supplicio ?

Quis non posset contristari, Piam Matrem contemplari, Dolentem cum Filio ?

Pro peccatis suae gentis Vidit Jesum in tormentis, Et flagellis subditum.

Vidit suum dulcem Natum Morientem, desolatum Dum emisit spiritum.

Eia mater, fons amoris, Me sentira vim <loloris Fac, ut tecum lugeam.

Fac, ut ardeat cor meum In amando Christum Deum.

Ut tibi complaceam.

Sancta mater, istud agas, Crucifix! fige plagas Cordi meo valide.

Tui Nati vulnerati, Tarn dignali pro me pati, Poenas mecum divide.

Fac me tecum vere flere Crucifixo condolere, Donec ego vixero.

Juxta crucem tecum stare, Te libenter sociare In planctu desidero.

Virgo virginum praeclara Mihi jam non sis amara :

Fac me tecum plangere.

Fac ut portem Christi mortem, Passionis fac consortem Et plagas recolere.

Fac me plagis vulnerari, Cruce hâc inebriari, Ob amorem Filii.

Inflammatus et accensus Per te, Virgo, sim defensus In die judicii.

Fac me cruce custodiri, Morte Christi praemuniri, Confoveri gratiâ.

Quando corpus morietur Fac ut animae donetur Paradisi gloria.

Plaintes de la B. Vierge.

La Mère était là, tout en pleurs Au pied de la croix des douleurs,

Quand son fils agonisa:

Son âme hélas ! tant gémissante, Tant contristée et tant dolente, Un glaive la transperça.

Oh ! qu'elle fut triste et affligée, La bénie, la prédestinée,

La mère du fils unique !

S'apitoyait, s'adolorait.

Si fort tremblait, quand elle voyait

Des peines si véridiques.

Quels yeux pourraient garder leurs larmes A'voir la mère de l'Adorable

Sous le poids d'un tel supplice :

Quel homme au monde sans se contrire Pourrait contempler le martyre

De la mère et de son fils ?

Pour nos péchés, ô race humaine, Elle vit Jésus en grand'géhenne

Très durement flagellé :

Elle vit son fils, son fils très doux Baisser la tête, mourir pour nous

Et mourir abandonné.

Source d'amour, douloureux' cœur.

Fais que je souffre à ta douleur,

Fais que je pleure avec toi :

Fais que mon âme soit tout en feu.

Que je plaise à Jésus, mon Dieu.

Fais que j'adore avec toi.

O mère très sainte, daigne enfoncer Les clous sacrés du crucifié

En mon cœur très fortement :

Je veux pâtir de ses blessures Et je veux que ma chair endure

La moitié de son tourment.

Verser de vraies larmes, ô Mère, Avec toi gémir au Calvaire

Jusques à ma dernière heure !

Permets qu'à l'ombre de la croix, Debout, côte à côte avec toi,

Je me lamente et je pleure

Vierge entre toutes claire et insigne, Oh ! laisse-moi, cœur très indigne,

Me lamenter avec toi :

Fais que je meure la mort du Christ, Qu'à si grand deuil je me contriste,

Que ses plaies saignent en moi !

Des plaies de Jésus tout blessé, Je veux à la croix m'enivrer

Pour l'amour de ton doux fils :

Pour tant d'amour daigne me prendre 0 Vierge, et daigne me défendre

A l'heure de la justice.

Que la croix m'enchaîne et me tienne, Jésus me garde et me soutienne

Au nom de son agonie :

Fais qu'à mon âme, après ma morl, Advienne, quand mourra mon corps,

La gloire du Paradis.

Désormais, la poésie du Christ se meurt.

Elle serait moi'te, la poésie du Christ, si le plus méprisé d'entre les poètes parias, si le poète qu'un matin, malade et ne pouvant fléchir les genoux, un ecclésiastique jeta hors

(l'une sacristie où il demandait la faveur de se confesser debout, si Verlaine n'avait écrit des lamentations aussi douloureusement belles que les plus éplorées des lamentations latines :

Mon Dieu m'a dit : Mon (ils, il laut m aimer. 'J u vois Mon flanc percé, mon cœur qui rayonne et qui saigne, El mes pieds offensés que Madeleine baigne De larmes, et mes bras douloureux sous le poids

De les péchés et de mes mains ! Et tu vois la croix Tu vois les clous, le fiel, l'éponge, et tout t'enseigne A naimer, en ce monde amer où la chair règne, Que ma chair et mon sang, ma parole et ma voix.

Ne t'ai-je pas aimé jusqu'à la mort moi-môme. O mon frère en mon Père, ô mon fils en l'Esprit, Et n'ai-je pas souffert comme c'était écrit?

N'ai-je pas sangloté ton angoisse suprême Et n'ai-je pas sué la sueur de tes nuits, Lamentable ami qui me cherches où je suis?

... Et tu vois la croix, Tu vois les clous, le fiel, l'éponge...

Agnus in cruce, levatur...

Hic acetum, fel, arundo, sputa, clavi, lancea...

dit Ciaudien Mamert, — et le \\eux psalmorum modulalor el phonascuf! n'a pas un sentiment plus profond ni plus pieux du supplice divin.

Et cette plus rare paraphrase de V Agnus Dei est bien du même cycle (elle fait penser à VAgnello amorosello de saint François d'Assise) :

L'Agneau cherche l'aride bruyère.

C'est le sel et non le sucre qu'il préfère,

Son pas fait le bruit d'une averse sur la poussière.

Quand il veut un but, rien ne l'arrête ;

Faible, il lutte avec de grands coups de sa tête ;

Puis il bêle vers sa mère accourue et inquiète.

Agneau de Dieu, qui sauves les hommes,

Agneau de Dieu, qui nous comptes et nous nommes.

Agneau de Dieu, prends pitié de ce que nous sommes.

Quaerit anima verbum, cui consentiat ad correptionem, que illuminetur ad cognitionem, cui innitatur ad virtutem, quo reformetur ad sapientiam, cui conformetur ad decorem, cui marietur ad fecunditatem, quo fruatur ad jucunditatem.

(Saint Bernard, Sermones in Canlica, 85.)

« L'àme cherche le Verbe, avec lequel elle s'accorde vers la compréhension, par lequel elle est illuminée jusqu'à la connaissance, avec lequel elle s'efforce vers la sagesse, par lequel elle est réformée selon la sapience, avec lequel elle se plie à la beauté, avec lequel elle se marie en vue de fécondité, par lequel elle entre en jouissance de jocondité. »

Contemple, cœur mondain, lavé par tant de larmes, La triste passion de ton très doux Seigneur, Demande-lui pardon de ton ancienne erreur: De la malice et du péché Jésus te garde !

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