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PASSIO

se communie successivement avec chacun de ces fragments qui symbolisent les phases de l'Incarnation, de la Passion, de la Mort et du Règne.

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« Et qu'onsuite, dit la rubrique, le Prètie fasse ainsi. Qu'il rompe l'Eucharistie par le milieu : et qu'il en pose la moitié sur la Patène et de l'autre partie qu'il fasse cinq parcelles et les pose sur la Patène : et qu'il prenne la première moitié et qu'il en fasse quatre parcelles et les pose pareillement sur la Patène, selon l'ordre indiqué par les ronds ci- des sus. »

Et deinde faciat Presbyter sic. Frangat Eucharistiam per médium : et ponat mediam parlera in Patena : et de alla parte faciat quinque particulas et ponet in Patena : et accipiat aliam partem et faciat quatuor particulas et ponat in Patena similiter per ordinem factura per rotas istas quae supra sunt.

Des poètes de l'entour de Charlemagne, l'Anglais Alcuia et l'Espagnol Théodulphe sont les deux plus tourmentés de ce besoin d'imitation si développé à certaines époques littéraires et, très haussés sur leur cothurne, ils ne trouvent aucun mètre digne de leur mérite que celui de Virgile et celui d'Ovide. Par de certaines répétitions qui ne sont point sottement imaginées, Alcuin donne à l'éternel distique des Fastes comme un air de nouveauté; ainsi ce huitain sur la dédicace de l'église Saint-Maurice :

Victor ab hoste redit divine munere clarus

Dura legione sacra victor ab hoste redit. Praelia pace Dei Mauricius ardua vicit

Exsuperans mundi praelia pace Dei.

Haec domus ecce suc titulata est nomine sancla,

Fulgeat et meritis haec domus ecce suis ; Cujus honore sacrum et micat hoc altare dicatum

Gaudeat et populus cujus honore sacro.

« Vainqueur il revient de l'ennemi, tout éclatant de la divine grAce, pendant qu'avec sa légion sacrée, vainqueur il

revient de l'ennemi. — Au combat, avec l'aide de Dieu, Maurice a glorieusement vaincu, il a triomphé en ce monde, au combat, avec l'aide de Dieu. — Ce dôme très saint, voici qu'il est dédié à son nom, voici qu'il brille de ses propres mérites, ce dôme très saint. — En votre honneur cet autel sacré resplendit, puisse le peuple se réjouir en votre honneur. »

Il rédigea pour la reine Hildegarde, femme de Charlemagne, et ses deux filles des épitaphes assez touchantes et d'une suffisante élévation :

Hoc tumulata jacet pusilla puellula busto Adeled amne sacro quae vocitata fuit.

Huic sator est Karolus, gemino diademate pollens...

« Sous cette tombe, enterrée là, git une tendre petite fille, qui reçut à l'ondoiement sacré ce nom, Adelède. Son père est Karolus, le roi puissant au double diadème... »

Evêque au temps où les évéques étaient l'une des forces et la décoration du royaume, Théodulphe composa des vers épiscopaux. Il parle en maître de la morale chrétienne, c'està-dire qu'il adopte contre le pouvoir civil et les tyrannies des gens armés la cause des pauvres et de tous ceux que malmènent les détenteurs de l'autorité ; telle, la substance de ses deux exhortations versifiées aux juges et aux évéques : Paraenesis ad Judices ; Paraenesis ad Episcopos. Ses moindres épîtres ont un air de mandement. C'était un homme ferme, qui connaissait les devoirs de l'Eglise, s'inquiétait moins déplaire que de propager la justice. D'abord les pauvres : ils ne doivent pas attendre, dit-il aux juges. « Prends place et que la cause du pauvre soit jugée la première ; les autres suivront selon l'ordre. »

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El residens ejus primum bene discute causam : Ordine post currant singula quaeque suo.

On lit dans les missels, au dimanche des Rameaux : « La procession étant arrivée à la porte de l'Église qui doit être fermée, les chantres, au dedans de l'église, chantent ce qui suit :

Gloria, laus et honor tibi sit, Rex Christe redemptor

Cui puérile decus prompsit hosanna pium. Gloria, laus et honor tibi sit, Rex Christe redemptor. Plebs hebraea tibi, cuna palmas obvia venit :

Cum prece, voto, hymnis, adsumus ecce tibi. Gloria, laus et honor tibi sit, Rex Christe redemptor. Hi tibi passuro solvebant munia laudis :

Nos tibiregnanti pangimus ecce melos.

Gloria, laus et honor tibi sit, Rex Christe redemptor. Hi placuere tibi : placeat devotio nostra,

Rex bone, Rexclemens, cui bona cuncta placent. Gloria, laus et honor tibi sit, Rex Christe redemptor.

Ces vers sont de Théodulphe :

« Gloire, honneur et los à toi, Roi Christ et rédempteur, pour qui de ce décor d'enfants s'élève un pieux hosanna. — Gloire, honneur et los à toi, Roi Christ et rédempteur. — Le peuple hébreu vint à ta rencontre avec des palmes; avec des prières, des vœux et des hymnes nous approchons de toi. — Gloire, honneur et los à toi. Roi Christ etrédemp.

teur. A la victime prochaine ils offraient des dons de

louanges, nous c'est au roi régnant que nous apportons nos mélodies. — Gloire, lionneur et los à toi, Roi Christ et rédempteur. — Ils te plurent ; te plaise notre dévotion, Roi bon. Roi clément, à qui plaisent toutes les bonnes choses. — Gloire, honneur et los à toi. Roi Christ et rédempteur. »

D'une plus originale contexture et de matière bien plus précieuse, avec des étincellements de grosses et monotones pierreries, gauchement taillées, mais serties selon l'art des nuances, les vers un peu plus anciens d'Adhelme, abbé de Malmesbury, puis êvêque de Stirburn, en Angleterre. Ce prélat chanta infatigablement la virginité, et infatigablement il s'étonne que de la pourriture charnelle puisse naître et croître vers un épanouissement aussi exquis une fleur aussi délicate. Pour comprendre, il s'ingénie à des explications métaphoriques :

Auri materiam fulvi obryzumque metallum Glarea de gremio producit sordida terrae. Sic casta integritas, auri flaventis imago, Gignitur e spurca terrenï carne parentis... Pallida purpureas ut gignit glarea gemmas Pulverulenta tegit quas spurci glebula ruris, Sic sacra virginitas coelorum grata colonis Corporeo de spurco sumit primordia vitae.

« La matière de l'or fauve et des plus purs métaux, c'est en un sordide minerai qu'elle sort du giron de la terre. Ainsi la chaste intégrité, image de l'or flavescent, s'engendre de la chair immonde de terrestres parents... De même qu'un pâle gravier engendre des gemmes de pourpre que recouvre la motte pulvérulente d'une terre immonde, ainsi la virginité sacrée, si agréable aux cœlicoles, reçoit d'un corps immonde les origines de sa vie. »

A la trouvaille de cette antithèse, Adhelme s'excite.

Nulle glaise ni boue dont il n'extracte triomphalement la « chaste intégrité », et l'on croit entendre Raymond LuUe proclamer en sa Clavicule : « ïu transmueras en Lune toute espèce de métal sorti d'une mine. »

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Cependant, ayant épuisé tous les humus et toutes les glèbes, il s'essaie, pour vanter la préexeellence de la Virginité, à de plus ardues métaphores. Elle est supérieure aux vignes, comme aux vignes le vigneron qui les dépouille ; aux astres comme le soleil aux astres qu'il obscurcit :

Vinea frugiferis ut constat gloria campis Pampinus immensos dum gignit palmitebotros, Vinitor et spoliât frondantes falcibus entes. Sidéra praeclara cedunt ut lumine solis Lustrât dum terras obliquo tramite Titan Cuncta supernorum convincens astra polorum. Sic quoque Virginitas quae sanctos inclyta coniit Omnia sanctorum transcendit praemia supplex.

« La vigne, gloire des frugifères campagnes, lorsque les pampres ont engendré au bout de leurs sarments des grappes immenses, le vigneron vient et avec ses ciseaux dépouille de leurs fruits les entes feuillues. Les très claires étoiles cèdent la place lorsque le Titan, en sa course oblique, asperge de rayons solaires la surface des terres, prouvant sa supériorité à tous les astres des pôles supérieurs. De même la virginité insigne, parure des saints, surpasse en ses prières toi's les suffrages des saints. »

Le mariage, néanmoins, n'est pas méprisable, le mariage que Grégoire de N?izianze dénomme un « état amphibie », et voici les raisons de l'imaginatif Adhelme :

Non ergo argenti squalescit spreta libella, Uncia bis senis quam pensât lancibus aequa, Quamvis auratis praecellat fibula bullis. Amplius aut certe flavescant petala fulva. Nec laterna tibi vilescat vitrea, Virgo, Tergore vel raso et lignis compacta salignis

Seu membranarum lenui velamine facta, Quamlibet aerata praecellat forte lucerna, Aut furvas lichnus illustrans luce latebras... Nec putei laticem spernendum ducimus altum Antlia quem sursum solet exantlare cisternis, Quamvis praecipua praecellant llumina fontis... Mergula nec penitus nigris contemnitur alis, Ingluviem ventris squammosis piscibus implens, Garrulus aut etiam vilescit gracculus ater, Qui segetum glumas et laeti cespite occas Depopulare studet, carpens de messe maniplos, Quanquam versicolor flavescat penna pavonis Et teretes rutilent plus rubro muryce cycli, Cujus formosa species et fulva venustas Omnia fabrorum porro molimina vincit.

« Elle n'est pas sordide, la minuscule monnaie d'argent que dans la balance enlève douze fois l'once équitable, — bien que la préexcelle la fibule aux bulles d'or, ou que plus amplement certes blondissent les fauves pétales. Et la lanterne de verre n'est aucunement vile pour toi, ô Vierge, ni celle de cuir tanné et façonnée avec la pellicule ténue des membranes, — bien que la préexcelle sans doute la lanterne d'airain ou la lampe illustrant de sa lumière de ténébreuses chapelles... Et nous n'avons pas de dédain pour la source profonde du puits qu'une pompe va pomper pour les citernes, bien que la préexcellent les plus rares écoulements des libres fontaines... Il n'est pas tout à fait méprisé pour ses ailes sombres, le plongeon qui des squameux poissons s'emplit le ventre, ni le bavard geai noir (le choucas), lui-même, n'est avili pour s'étudier à dépeupler les glumes des blés et les terres grasses où passent les herses, en prélevant sa cueillette sur les moissons, — bien que la

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plume du paon éclate versicolore et que ses agréables roues rutilent plus que les rouges murex, le paon dont la belle apparence et la beauté dorée surpassent, victorieuses, tous les chefs-d'œuvre des orfèvres. »

Pas davantage que le « plongeon aux ailes sombres », ou que le « geai noir », ce poète ne mérite un total mépris : ni plongeon, ni choucas; paon, non plus (s'il faut, comme Oppien, révérer le paon tel que le plus beau des volatiles, — et admettre que son incorruptible chair symbolise l'immortalité, signifie l'éternelle durée des âmes et des œuvres), mais une si jolie et si logique imagination plaît, qui vagabonde par l'entière nature en quête d'images toutes ramenées vers une démonstration unique. C'était un esprit porté à la parabole : il voyait en toutes choses des vérités corroborant la vérité qui lui était chère, en toutes choses des allégories et des parallélismes que nul que lui n'aurait pu soupçonner. Par ces tendances il fut induit à rédiger des énigmes ; c'était un redoutable sphinx : le prétexte viendra en un chapitre ultérieur, de quelques notes sur cette littérature spéciale et modeste.

Vers l'époque où Adhelme s'épanouissait en métaphores, naissait e'n Lombardie, près du roi Didier, un homme célèbre pour avoir fourni leurs définitives appellations aux six premières notes de la gamme :

Ul queant Iaxis resonare fibris...

L'auteur, Paul Warnefride, diacre de l'église d'Aquilée, est surabondamment connu sous le nom de Paul Diacre.

Il vivait dans une atmosphère crépusculaire encore assombrie et péjorée par la révolte des Lombards, que Gharlemagne, en 776, réprima durement. Son frère fut

exilé et la femme de son frère mendiait son pain par les chemins ; le diacre, en de douloureux vers, informe l'empereur et roi de ces disgrâces :

Septimus annus adest : ex quo nova causa dolores Multipliées générât et mea corda quatit:

Captivus vestris extunc germanus in cris

Est meus, affliclo pectore, nudus, egens...

Illius in patria conjux, miseranda per omnes Mendicat plateas ore tremente cibos.

Gharlemagne fut clément : il entretenait, d'ailleurs, avec le diacre, une correspondance envers, où il l'appelle Fraler dilectus, Paler optime :

Parvula rex Carolus seniori carmina Paulo- Dilecto fratri mittit honore pio...

C'est encore des guerres et des discordes que se lamente le diacre Flore, de l'église de Lyon, lorsqu'il remercie le Christ de lui avoir assuré, loin des cruautés extérieures, un refuge dans la certitude du sanctuaire, « une place dans son lit royal, sous les voiles sacrés » :

Hic me namque feris quum cingerer undique bellis, Sub proprio abscondit thalamo, velisque sacratis Obtectum gratà minimum confovit in umbrâ.

Il pleure aussi le grand sacrilège politique, le démembrement de l'Empire :

« L'illustre diadème fleurissait un royaume unique ; il n'y avait qu'un maître ; il n'y avait qu'un peuple : — et voilà que le diadème tombe, que l'empire n'a plus ni le rang, ni le nom impérial ; au lieu du roi, des roitelets ; au lieu du royaume, des fragments de royaume, et une illusoire paix sans aucune des grâces de la paix. »

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Floruit egregium claro diademate regnum.

Princepsunus erat, populus quoque subditus unus...

... Diademate nudus Perdidit imperii pariter nomenque decusque : Pro rege est régulas, pro regno fragmina regni, Et pacem vocitant, nulla est ubi gratia pacis.

Ces deux poètes ayant, en leurs œuvres, touché aux choses de l'histoire, sont fréquemment allégués par les racleurs de documents.

Moins connu, mais plus illustre, est le vénérable Bède, qui rédigea d'opulentes théologies et quelques vers, d'où, çà et là, une image affolée surgit dévêtue : Fons, flumen, irrigatio, 0 beata Trinitas :

« Fontaine, fleuve, arrosement,ô bienheureuse Trinité ! »

Sed imbecilla pluma est velle, SinC'Subsidio tuo !

« Mais la volonté n'est qu'une insolide plume, sans ton subside ! »

Parole imprudente, peut-être, adressée encore à la Samte Trinité, dans une pièce qui a pour titre, Oralio para. Son hymne sur le jour du Jugement, Hymnus de Die Judicii, est pleine d'images atroces, d'un raffinement aigu ; il invente pour les damnés des supplices tels que ceci :

« Des serpents aux dents de feu leur mangeront les os. »

Et vermes lacérant ignitis dentibus ossa.

Déjà sonne en ces vers la future trompette du Dies iras :

Atque omnes pariter homines cogentur adesse Cunctaque cunclorum cunctis arcana patebunt : Quid caro, quid faciès, illà quid Hebilis horà ?

Latin mystique.

« Et tous pareillement, tous les hommes, devront être là et tous les secrets de tous seront dévoilés devant tous que feras-tu, ô ma chair, ma lamentable chair, à cette heure-là ? »

Bédé n'est incompétent ni en raysti(|ue,ni en rythmique, témoin cette strophe sur le martyre de saint André, où l'apôtre se couvre contre les sept flagellations qui lui sont infligées du septiforme bouclier des sept dons ae l'Esprit-

Saint :

Caesus flagellis septies Tormenta risit omnia, Septena quem repleverant Jam dona Sancti Spiritus.

L'abbé de Fulde, l'évêque de Mayence, Rabai. Maur, fut un homme de large cœur et de haut esprit. Moine, il enseignait à tous les lettres divines ; évéque, il ne dînait jamais que des centaines de pauvres ne dînassent avec lui; poète, il composa le Veni Creator (Ebert le conteste, mais la tradition l'affirme), l'un des indestructibles monuments du neuvième siècle. Ignorés, même de l'Eglise, ces rapsodes sacrés n'ont, en leur vie posthume, qu'une gloire anonyme : à nul, entendant ces hymnes, ces proses, ces antiennes, ne vient aux lèvres It^s noms ni de Raban Maur, ni de Claudien Mamert, ni de saint Bernard, ni d'aucun, et l'on n'est pas loin de croire que de telles odes ont l'origine obscure des ballades populaires ou des contes de fées, il faut rendre aux poètes de l'antiphonaire la gloire littéraire que l'ignorance leur a volée :

Veni, Creator Spiritus, Mentes tuorum visita, Impie superna gratia Quae tu creasti pectora...

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Accende lumen sensibus, Infunde amorem cordibus, Infirma nostri corporis Virtule fîrmans perpeti.

Hostem lepellas longius Pacemque dones protinus ; Ductore sic te praevio Vitemus omne noxium. Da gaudiorum praemia, Da gratiarum mimera, Dissolve litis vincula, Astringe pacis foedera...

« Viens, Esprit créateur, viens visiter nos cœurs, emplis de ta suprême gTÛce les âmes de tes créatures.. Allume ta lumière en nos sens, infuse ton amour en nos cœurs, .^t nos infirmes corps, affirme-les en une force perpétuelle. Repousse loin l'ennemi, donne-nous une immédiate paix; sois le guide préventif qui nous évite toute nuisance. Accordenous les prémices des joies, les munificences des grâces, déchire les rets du discord, renforce les mailles de la paix... »

On verra, quand sera parmi les séquences régulières citée la prose de Robert de France, comment, avec d'autres mots, ces presque mêmes idées seront redites.

11 serait malséant de clore l'époque cârlovingienne sar.s noter des poètes tels qu'Ermold le Noir, Abbon, Walafrid Strabo et même \Vandall)ert, ce moine de Tabbayc de Priim, non loin de Trêves, qui versifia le calendrier, tout comme M. Francis Jammes ; exemple :

Oclimber Spuraanti musto pomisquc Octimber onnslus Qui pateras calathosque lerat sanctos memoremus.

lOO LE LATIN MYvSTlQUE

[)if,s 1. Francos qui primus docuit domuitque féroces Hcmigius proprio Octimbrem praesignat honore.

« Octobre. — De vin fumant, de pommes Octobre a le fardeau : de co mois (jui porte les corbeilles et les coupes, rappelons les saints. 1" Jour. — Cebiî-ci qui le premier instruisit et dompta les Francs féroces, Remy inaugure Octobre de sa propre gloire. »

Abbon, autre moine, abbé de Saint-Germain-des-Prés, Abbo le Courbé, qui des Normands avait grand'peur, tremblait quand les barques à col de cygne ceignaient la cité naufragée, l'immble Abbo a consigné ses terreurs dans un poème tenu, tel qu'un registre, à jour, où d'une ti'emblante écriture les méfaits des pirates sont annuellcnuMit contés :

0 Ils enlèvent les paysans, les enchaînent, les envoient au delà des mers; le roi le sait, et il n'en a cure, le roi Eudes... Les voilà encore ! j'écris dans un lamentable gémissement... »

Huricolas prendunt, nexant et trans mare mittunt :

Rex audit, nec curai, Odo...

En iterum, misero gemitu loquor...

11 a peur, mais les Parisiens n'étaient pas moins épouvantés que le pauvre moine ; il craint l'avenir, mais l'exiguë France devait bientôt céder aux écumeurs une large province qu'ils peuplèrent de leurs fils ; il pleure, mais Charlemagne avait pleuré.

C'est encore un poète chroniqueur que cet Ermold le Noir, Ermoldus Nigellus, le Noiraud, qui envoyait de l'exil, au César débonnaire, le poème de ses exploits impériaux :

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Hoc tibi, César, opus, stolida crocitante cicuta, Porrigit Ermoldus exul, egenus, inops.

(c Ce poème, César, chanté par une cigale étourdie, Er molduste l'envoie, l'exilé, le nécessiteux, le pauvre. »

Il eut les idées ingénieuses et des sens délicats; ainsi, a propos de l'an nouveau qui alors s'inaugurait au printemps :

Prislinus ablalos remeans fert annus odores.

« L'ancienne année, se repliant sur elle-même, revient et nous rapporte les odeurs qu'elle avait emportées. »

Il proléra des sentences définitives et imagées, telles ({ue celle-ci, un peu virgilienne, à la vérité :

Non lacrymis caruere genae, non corda dolore.

« Les joues eurent des larmes et les cœurs des douleurs. »

Théologien, hagiographe, auteur de louables poèmes sur saint Mammès, sur les visions du moine Wettin, visions du ciel et visions de l'enfer, Walafrid Strabo, l'abbé du monastère de Fulde, eut une imagination presque aussi coureuse quel'évêque Adhelme, un esprit non moins curieux les symboles recelés en l'inconsciente nature. Dans son monitoire sur la pétulance de la chair. De Garnis pétulant ia, il nous avertit de considérer avec sagacité que cette chair humaine, cette chair très salace, habituée à la mauvaise vie, a pour analogues (à cause de leur grande promptitude à l'action) : la poupe d'un navire (il veut dire, sans doute, la proue), la plume, le feu, la sphère, le poulain, le fleuve, l'oiseau, le fauve.

Haec carnem stolidissime

Noslram respiciunt, homo,

Consuelara maie vivere,

Puppis pluma, focus, spheia, Pullus, fliimen, avis, fera:

}Iaec attende sagaciter.

C'est on ÏHorlulas, petits chapitres sur les plantes potagères adressés à (irimald, abbé de Saint-Gall, que des Essointes trouva ces buiuuges de la citrouille, qui le réjouissaient. Avec une exquise ingéniosité le jardinier Walaïrid raconte la naissance, la croissance, les envahissements, la rioraison (;t toute l'histoire de sa citrouille, mea cucurbîta :

... Mea fragilis de stirpecucurbita surgens Diligit appositas, sua susientacula, furcas, Atquc amplexa suas uncis tenet unguibus alnos, Et quoniam duplicem producunt singula funem Undique fulluram dextra levaque prehendunt, Et velut in fusum nentes cum pensa puellae MoUia trajiciunt, spirisque ingentibus omnem Floruin seriem pulchro metantur in orbes...

« Ma frêle citrouille, en croissance, adore les fourches sustentaculaires apposées sous sa flexibilité, ollti embrasse étroitement les aunes et ses griffes agrippent ses tuteurs. Comme chaque filet produit un double jet, il lui faut, à droite et à gauche, un double étançon : telles des jeunes fileuses au fuseau tirent à même la quenouille chacune de leur côté, — et c'est en une immense spirale que s'inscrit la série des fleurs aux larges orbes... »

Et cet entrelac de subtiles métaphores roule indéfiniment sur lui-même, plus embrouillé que la quenouille des jeunes fileuses, plus retors ([ue les filets vagabonds des monacales cucurbites, — et de quelles obscures herbes se fleurit encore le jardinet de Walafrid : il cultive le marroube qui

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sent bon, mais n'a pas bon goût, m'trrnbinm qui dulce olei, non dulce snpil, l'amer mauoabe, antidote selon lui de l'aconit, selon Pline, du venin des vipères; — le glaïeul [gladiola] ; — Tangélique livèche {libisticum) ; — le cerfeuil {caerefolîum), qui, de cuisine et d'officine, se mange et s'applique en cataplasmes ; — le pavgt (papaver), avec Tinfusion de quoi, dit Walafrid, Latone s'intoxiquait pour oublier ses malheurs : — l'éclairé (sclarea) ; — Tache (apium); — la sternutatoire bétoine (ôe/^on/ca) ; — le pouliot, cette menthe à fleurs rouges {nepeta); — le raifort [raphanus) ; — bien d'autres (Macer Floridus s'en souviendra), et la modeste sauge [salvia]^ « douce d'odeur, de vertus sérieuses et d'utile infusion ».

Dulcis odore, gravis virtute atque utilis haustu.

Odon n'est pas spécialement poète ; il avait l'esprit trop précis, trop imbu de théologie positive, trop porté aux réformes pratiques, aux utilités de la morale pour atteindre les subtils et inattendus rapprochements de mots et d'idées, en toute poésie essentiels. Le plus souvent il alourdit ses vers d'exactes références aux évangiles, et peu enclin à la paraphrase, abrège en quelques syllabes les éternelles vérités. Quinze mots lui suffisent à résumei- symboliquement toute l'histoire de sainte Madeleine : « Elle fut, de vase de honte, changée en vase de gloire : »

Post fiuxae carnis scandala Fit ex lebete phiala :

In vas translata gloriae De vase contumeliae.

Voilà, si j'ai quelque notion de la valeur des vocables, un authentique texte de vers symboliques : la pécheresse

n'est pas nommée ; aucun détail direct ne la désigne, — et néanmoins, par le strict choix de mots, Odon fait crier à ces quatre vers le nom qu'il tait.

C'est à regret que l'on a délaissé les ingénieuses platesbandes du potager de Walafrid Strabo pour entrer dans la sévère maison théologique d'Odon de Gluny. Il faut encore, bien qu'elle ne soit guère mystique, dire un mot de la littérature dramatique de Roswitha, la religieuse saxonne qui, entre tous les poètes de ces temps méconnus, a conquis une certaine réputation, par sa singularité, dans le monde lettré. Roswitha a peu de naturel, elle écrit une langue d'une humble correction, mais elle aune parfaite connaissance, bien rare alors, des auteurs classiques et surtout de Térence, que cela lui a valu un renom particulier. Chose singulière, ses drames pieux ont une si grande ressemblance avec les drames religieux en langue vulgaire, allemands, italiens, français, de la fin du quinzième siècle (au point que le Gallicanus de Roswitha, publié pour la première fois en 1501 et le San Giovani e Paolo de Laurent de Médicis, lequel mourut en 1492, sont, à part quelques détails, presque identiques), qu'on a douté de leur authenticité, comme du reste de la réalité de l'auteur. Il est vrai que la vie de cette nonne est si difficile, non seulement à préciser, mais à prouver, mais rien ne permet de prétendre que le véritable auteur des œuvres de Roswitha est peut-être son premier éditeur, Conrad Centès, l'un des plus habiles faussaires d'une époque où cette manie fut aiguë.

Son poème sur la mort de saint Pelage, le quatrième du recueil, l'histoire de ce jeune martyr de la pédérastie, victime de la beauté de son visage [vultum speciosum) et de

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ses exquises formes (praenitidam formani), n'est qu'un récit d'une naïveté plate.

De même son Abraham, son Paphnuce. 11 y est question de la volupté, mais avec quelle candeur ! On y voit bien que l'amour fut la grande, l'unique préoccupation des cloîtres ! Nonnes et moines l'avaient fui en vain. Ils le retrouvaient toujours, parce qu'ils le portaient en eux-mêmes. Des folies comme celle qu'elle met en scène dans Dulcilius sont bien des histoires de cloîtres. Roswitha y montre un certain sens du comique : en quoi elle s'oppose directement à une autre cloîtrée, sainte Gertrude, qui croyait voir remuer et palpiter douloureusement l'image crucifiée de son amant mystique et qui, par piété amoureuse, remplaçait avec des clous de girofle, les clous de fer qui l'attachaient.

Les séquentiaires. — Origine des séquences

Jumièges et Saint-Gall. — Les tropes.

Tropes du J^yn'e. — Notker Balbulus.

Le panthéisme chrétien : Ennodius, Notker.

Pierre de Corbeil. — Ekkenard le Vieux,

Ekkehard le Palatin et Hucbald le

Chauve. — Berno, — Godeschalk.

Les Vierges et l'Agneau.

IL s'agit d'une forme de la poésie latine spéciale aux dixième et onzième siècles ; prolongée jusqu'au douzième par sainte Hildegarde et d'autres, reprise tout à la fin du moyen âge par Thomas a Kempis, lequel en fit le principe occulte qui régit le style de son Imilalion et de ses autres traités mystiques.

C'est un psaume de dix à trente versets, le plus souvent, auquel des allitérations, des recherches de mots, des rimes et des assonances finales ou intérieures donnent seules un air de poème. Mode si exceptionnel et si simple qu'il n'a pas été compris, art si spontanément nouveau qu'il a été méprisé ; les érudits catholiques qui daignèrent s'y distraire ânonnèrent dans cette étable sacrée, tels que des ânes sans provende, sans foin, sans paille, privés, enfin, du bât bieneimé d'une prosodie connue. Un membre de ce bétail qui a suivi trop à la lettre les conseils que lui donnait, il y a sept siècles, le pape Grégoire et surtout le moine Pierre le "Vénérable : « Prends la voie de la pauvreté et non pas tant de la corporelle que de la spirituelle » , avoue que les se-

ih) LE LATir^ MVSTig\.lI-,

quoncos notkericnnes lui ont paru géuéiale nent banales, — rtvon bien inutile; car tout est banal, lioiuiis le médiocre, on le sait J'avance, pour un esprit médiocre.

Seul, il semble, de tous, M. Léon Gautier, dont l'érudition fut touchée par l'amour, les étudia, curieux d'en découvrir l'origine. La voici : selon la plus ancienne liturgie romaine, V Alléluia qui s'ajoute au graduel se prolongeait en vocalises ; symboliquement, des chœurs d enfants disaient par de tels sons privés de l'appui des paroles « l'impuissance do l'homme à exprimer la louange de Dieu et ses soupirs vers la patrie éternelle ». Or, dit lui-même le bon moine Notker, qui avait ainsi, non sans émoi, balbutié devant le Seigneur, « souvent, comme j'étais tout jeune enfant, les très longues mélodies confiées à ma mémoire fuyaient, désertaient mon inconstant petit cœur... Gum adhuc juvenculus essem et melodiae longissimae saepius memoriae commendatae instabile corculum aufugerent... »

A l'abbaye de Jumièges, on avait remédié, les uns, les autres, selon l'ordre ou l'inspiration, par de quelconques paroles à ces manquements ; un livre de phrases adéquates aux airs connus se trouva composé. Les Normands pillèrent Jumièges. les moines se dispersèrent et l'un d'eux gagna l'abbaye de Saint-Gall où il fit adopter l'innovation. C'est là .sans doute qu'à ces occasionnelles compositions fut donné le nom de séquences, l^ourquoi? L'ont-elles emprunté à la rubrique qui suit immédiatement le graduel, Sequentia sancli cvangelii, ou s'appelaient-elles déjà et avant d'être soumises à des paroles, sequentia ou sequela, c'està-dire suite, suite de notes ? on ne sait : à cette heure ce sont des proses, et déjà, anciennt'ment, on les dénom-

LES SÉQUENTIAIRES ^^^

mait prosa ou prosula. Plus généralement et en science de liturgie, on les considère comme des interpolations au texte de la messe, comme des tropes {Tropi, Irophi) ; les recueils spéciaux de séquences, quelques-unes fur^r.t conservées, s'appelaient tropaires, tropphaires.

Principe du trope : aux jours de grandes fêtes, lorsqu'on voulait, dans les églises abbatiales, allonger par des artifices la durée des offices, on intercalait entre telle série de vocables liturgiques une phrase d'intermède: pour le Kyrie eleison, par exemple :

nunctipotens genitor, Deus omnicreator, eleison

Kyrie eleison.

Fons et origo boni, pie luxque perennis, eleison

Kyrie eleison.

Salvificiet pietas tua nos bone recior, eleison

Kyrie eleison.

Christe, Dei splendor, virtus Patrisque sophia, eleison

Christe eleison.

Plasmatis humani factor lapsi reparator, eleison

Christe eleison.

Ne tua damnetur, Jesu, factura, bénigne, eleison

Christe eleison Amborum sacrum spiramen, nexus amorque eleison

Kyrie eleison.

Procedens fomes, vitae fons, purificans vis, eleison

Kyrie eleison.

« Tout-puissant géniteur. Dieu créateur de tout. — Source et origine du bien, éternelle et pitoyable lumière. — Nous sauve ta pitié, ô notre maître bon. — Christ, splendeur de Dieu, force du père et su sagesse. — Fabricateur de la forme humaine et en sa chute son réparateur. — Pour ((ue ne soit pas damnée, Jésus, ta créature. — Des deux personnes

112 LE LATLN MYSTIQUE

souffle sacré, leur bien et leur amour. — Inflammable et procédante essence, source de la vie, force purifiante, pitié, Seigneur, aie pitié. »

Telle la séquence type dont l'usage persévéra dans l'Eglise jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, en même temps que se développaient les plus diverses modifications à cette primitive forme.

A la messe de la Fête des Fous, on chantait l'épitre farcie : Episiola cum Farciâ diceiur, ordonne une charte d'Odon de Sully, évêque de Paris. Dans les messes sérieuses, les Kyrie étaient également farcis, — de latin :

Kyrie, fons bonitatis, Pater ingenite, a quo bona cuncta procedunt, eleison.

Christe coehtus, adsis nostris precibus, quas pro viribus, ore corde, actuque psallimus, eleison.

De français :

Kyrie, le jour de Noël, naquit Emmanuel, Jésus le doux fils, Dieu éternel, eleison.

Telle encore, en sa dégénérescence, la séquence type.

Il y avait donc à Saint-Gall un moine nommé Notker Balbulus. Voici, dans une séquence spécialement composée en son honneur par un abbé de ce monastère, Franciscus Gaisberg, — sa vie :

Sancti Spiritus assit nobisgratia,

Quae sanctos suos semper facit esse conspicuos.

E quibus hic divinus extat Notker Balbulus,

Doctor praeclarus, stirpe regia natus...

In divi coenobio Galli primo flore pollebat,

Quem Grimaldus abbas suscepit, suum monachum fecit...

Qui doctus in brevi taliter, ut Sequentias faceret,

LES SÉQUENTIAIRES t l3

Quas singulas papa Nicolaus canonizavit, Et mandavit per raundi climata canendas...

« Que la grâce du Saint-Esprit nous assiste ; — c'est elle qui décore les saints qu elle a formés. — D'entre lesquels surgit ce divin Notker le Bègue, — très lumineux docteur, né de souche royale... — En la communauté de Saint-Gallil s'épanouissait dans sa première fleur, — lorsque Grimald, abbé, en fit un de ses moines... — En peu il fut assez docte pour composer des séquences, — que toutes le pape Nicolas canonisa, — et manda que par tous les climats du monde on les chantât. »

Donc ce divin moine ne connut jamais le monde. C'était un de ces prédestinés que les couvents abritaient dès leur enfance, tondus très jeunes, vêtus, à l'âge des écoliers, d'étroites coules, de puérils scapulaires. Voilà toute sa vie : elle passa de l'an 840 à l'an 912.

Inauguration d uu cycle nouveau, absolument indépendant de l'ode latine, les séquences de Notker ont, en ellesmêmes, la valeur de poèmes presque toujours originaux, mais compacts et noirs, froids, rarement lyriques, si ce n'est aux courtes phrases interjectionnelles qu'il lance parfois en débutant, telles que de lourdes notes de psaltérion. Ainsi, en une prose pour le temps pascal, il fait sonner dès le premier vers ces puissantes assonances, que renforce encore un barbarisme très superbe :

Laudantes triumphantum Christum pangamus hymnum. Pour la fête de l'Ascension :

Summi triumphum régis prosequamur laude

Qui coeli, qui lerrae régit sceptra, inferni jure domito...

Ou bien, avec un cordial enthousiasme :

Latin mystique. ^

Exultetomnis aetas, sexus iiterque, virgines, soro, resplaudite, viduae, jugatac, psalîile...

D'autres lois, ce sont, auconti-airo, d'insinuants débuts :

Christe Domine, laetifica sponsam tuam ecclesiam...

« Daigne, Soigneur Christ, réjouir ton épouse l'Eglise... »

Ou bien (Octave de Pâques) :

f.aeta nientr canamus Dec nostro

(Jui defectam peccatis semper novat ecclesiam

Et eam pallidulam de radio veri solis illuminât...

« D'une joyeuse ùme chantons pour notre Dieu, qui toujours prêt à réconforter son Eglise défaillante sous les péchés, quand elle est un peu pâle la tieurit d'"a rayon du vrai soleil... »

Voici de Notkcr une séquence complète, très simple et très denso :

De Naiivilaie Domini.

Natus ante saecula Dei filius, invisibilis, interminus;

Per quem fit machina cœii et terrae, maris et in his degentium :

Per quem dies et horae labant et se iterum reciprocant;

Quem angeli in arce poli consona semper canunt.

Hic corpus assumpserat fragile, sine labe originalis criminis, de carne Mai'iae Virginis, quo primi parentis oïlpam Evaeque lasciviam tergeret.

Hoc praesens diccula loquitur praelucida, adaucta longitudine, quod sol verus radio sui luminis vetustas niundi depulerit genitus tenebras.

Nec nox vacat novi sideris kice, quod magorum oculos terruit scios.

N'ecgreguia magistris defuit lumen, quos praestrinxit claritas inilitum Dei.

LES SÉQUENTIAIRES H^

Gaude, Dei genitrix, quam circumstant obstreticum vice,concinentes angeli gloriam Deo.

Christe, patris unice, qui humanam nostri causa formam assumpsisti, refove supplices tuos.

Et quorum participiem te fore dignatus es, Jesu, dignanter eorum suscipe preces.

Ut ipsos divinitatis tuae participes, Deus, facere digneris,

unice Dei. Amen.

« Il naquit avant les siècles, le fils du Dieu invisible et infini, par lequel est faite la machine du ciel et de la terre, de la mer et des êtres qui vivent là, — par lequel les jours et les heures tombent et de nouveau surgissent, — du Dieu que les anges dans les sommets du ciel saluent d'un chant éternel. — Il avait pris un corps fragile, pur de la tache du crime originel, fait de la chair de la Vierge Marie, et par lequel il voulait laver la faute du premier père et la lascivité d'Eve. — Ce présent jour de répit, ce très lumineux jour le dit, et l'accroissement même de sa longueur le dit, que le vrai Soleil, par le rayonnement de sa lumière, a mis en fuite les vieilles ténèbres de la naissance du monde. — Et la nuit fut gratifiée de l'éclat d'une étoile neuve, qui épouvanta les yeux croyants des Mages. — Et furent gratifiés de lumière les pasteurs et ils furent éblouis par la clarté des soldats de Dieu. — Sois réjouie, mère de Dieu, toi entourée, au lieu des accoucheuses, par des anges qui chantaient In gloire de Dieu. — Christ, l'unique fils du Père, toi qui, pour nous, revêtis la forme humaine, réchauffe tcé suppliants. — Et de ceux auxquels tu as daigné participer, daigne accueillir les prières, — afin que, si tu le daignes,© Dieu, en retour ils participent à ta divinité, ô toi l'unique fils de Dieu. »

116 LE LATIN MYSTlyUE

Cette prière est d'une grande sévérité et presque entiei-ement dénuée des violentes images choyées par l'obscur moine. Sa prose De Ftedemplione en donne un bel exemple :

« Jésus sauta du ciel dans le ventre virginal et de là dans l'océan du siècle... »

Saltum de coelo dédit in Virginalem ventrem, inde in pelagus saeculi...

Cela n'est pas fade, non plus que cette courte phrase sur les vierges « qui ont dompté leur corps par le frein du jeune et fauché la luxure avec le glaive du sacrifice » ; le latin dit mieux :

Haec corpus suum domuitfreno jejunii Et luxunam secuit ense agoniae.

Le monde, que régénère la Nativité du Christ, c'est « la couleuvre qui change de peau » :

... Coluber lividus perdit spolia.

Le ciel, les vierges l'atteignent en gravissant une échelle dont le pied est entouré d'une ceinture de tourments ; un cauteleux dragon veille au premier échelon : il en défend la montée, l'Éthiopien, avec un glaive qu'il brandit comme une menace de mort :

Scalam adcoelos subrectam tormentis cinctam Cujus ima draco servare cautus invigilat jugiter... Cujus ascensus extracto /Ethiops gladio vetat exitium minitans.

Môme quand il chante Marie, en son Assomption, il ne se départit pas, pour ce thème qui fait délirer d'amour tous les séquentiaires, de sa rigidité monacale :

LES SÉQUENTIAIRES 117

Congaudent angelorum chori gloriosae virgini Quae sine virili commixtione genuit Filium, qui suo mundum cruore médical.

Nam ipsa laetatur, quod coeli jam conspicatur principem In terris cui quondam sugendas virgo mamillas praebuil... Te coeli regina haec plebecula piis concélébrât mentibus... Te plèbes sexus sequitur utriusque vitana diligeus virginalem coelicolas in castimonia aemulans...

« Que les chœurs des anges se conjouissent avec la vierge glorieuse — qui sans virile commixtion enfanta — un Fils, lequel de son sang a guéri le monde. — Car, elle-même est en joie de contempler le prince du ciel, — à qui sur terre jadis elle donna, vierge, ses mamelles à sucer... — O reine du ciel, ce petit peuple te célèbre avec de pieuses /^nies... — Le peuple des deux sexes te suit, aimant ta virginale vie rivalisant avec les anges en chasteté... »

Il est cependant capable d'attitudes presque langoureuses, après une lecture, sans doute, du Cantique :

« Et comme la candeur des lis resplendit en gloire à la bienheureuse face du Christ, — et telle qu'en pleine beauté resplendit la rougeur des roses... »

Et sicut liliorum candor

In gloria splendebit

Coram Christo beato

Et seu rosarum pulchritudo rutilât

In magno décore...

Il ne sait aucunement le grec, mais il l'aime, il le vénère, et, ayant collecté en ses lectures quelques vocables de cette langue mystérieuse alors, il les dédie aux Trois en L'ii^ méritoire offrande : Soter, panlocralor, homooiision, ctc Voici de bien étonnants versets sur la Trinité et

d'un si naïf panthéisme que l'adoration n'en est pas troublée. Pour lui Dieu est tout, Dieu est :

« Agneau, brebis, veau, serpent, bélier, lion, ver, — Bouche, verbe, splendeur, soleil, gloire, lumière, image, — Pain, fleur, vigne, montagne, porte, roches, caillou... »

Agnus, ovis, vitulus, serpens, aries, leo, vermis, Os, verbum, splendor, sol, gloria, lux et imago, Panis, flos, vitis, mons, janua, petra lapisque...

Enumérations qu'avait déjà tentées Ennodius :

Fons, via, dextra, lapis, vitulus, leo, lucifer, agnus, Janua, spes, virtus, verbum, sapientia, vates, Hostia, virgultum, pastor, mons, rete, columba, Flamma, gigas, aquila, sponsus, patientia, vermis, Filius excelsus, dominus deus, omnia Christus.

« Source, voie, droite, pierre, veau, lion, porte-lumière, agneau, porte, espoir, vertu, verbe, sagesse, prophète, hostie, scion, pasteur, mont, rets, colombe, flamme, géant, aigle, époux, patience, ver, fils très haut, seigneur dieu, le Christ est tout. »

Enumérations que reprendra plus tard Pierre de Corbeil en une séquence revendiquée par le cycle notkerien et découverte il n'y a pas soixante ans, par Clément, sur les panneaux d'un vieux diptyque en ivoire, à Sens, prière peut-être miraculeusement inscrite là par les voix qui l'avaient durant des siècles cordialement chantée. C'est, pour la forme, une suite de sons ternaires, une perpétuelle trinité de rimes intérieures, extérieurement liées par une assonance unique couplée en rimes riches.

Trinitas.

Trinitas, deitas, unitas aeterna.

LES SÉÇUENTIAIRES 119

Majestas, potestas, pietassuperna.

Sol, lumen etnuraen, cacumen, semita,

Lapis, mons, petra, fons, (lumen, pons et vita.

Tu sator, creator, amator. redemptor, salvator luxque perpétua.

Tu tutor et décor, tu candor, tu splendor et odor quo vivunt mortua.

Tu vertex et apex, regum rex, legum lex et vindex, tu lux angelica.

Ouem clamant, adorant, quem laudant, quem cantant, quem amant agmina coelica.

Tu Theos et héros, divesflos, vivens ros, rege nos, salva nos, perdue nos ad tronos superos et vera gaudia.

Tu decus et virtus, tu justus et verus, tu sanctus et bonus, tu reclus et summus Dominus, tibi sit gloria.

« Trinité, déité, éternelle unité. — Majesté, liberté, ô piété supérieure. — Soleil, flamme, volonté, ô sommet, ô sentier. — Caillou, mont, pierre, fontaine, ô torrent, pont et vie. — O sauveur, créateur, ô amant, rédempteur, ô sauveur, ô lumière perpétuelle. — O tuteur, ô honneur, ô candeur, ô splendeur, et odeur, ô toi, vie des choses mortes. — Cime, abîme, roi des rois, lois des lois, ô vengeur, ô lumière angélique. — Toi que nomment et adorent, toi que louent et que chantent l'amour des chœurs célestes. — O Theos, ô héros, fleur très riche, rosée vive, régis-nous, sauve-nous, conduis-nous vers les trônes supérieurs et les vraies réjouissances. — O honneur, ô vertu, toi le juste et le vrai, toi le saint et le bon, toi le droit et le haut, toi Seigneur, gloire à toi. »

Moins vieux que Notker d'une vie d'homme environ, le moine Ekkehard le Vieux mourut en 973. C'est un grand amateur de mots grecs et une cervelle d'une obscuiité dé-

sespérante. Principalement, il célébra la vertu de quelques saints on des proses qui atteignent çà et là une certaine grandiloquence.

Sur saint Benoit :

Cunctas lascivae carnis illecebras domans, agio pneumati se vas exhibuit.

Cujus novas naenias et crudelissima praelia coelitus suffultus straverat...

Ce qui, je crois, s'interprète ainsi :

« Domptant toutes les séductions do la chair lascive, il se dressa tel qu'un vase rempli do l'Esprit-Saint; — avec l'aide céleste duquel il renversa, en de très cruels combats, les incantations dernières... »

D'un autre pieux personnage :

Mentis igitur serenitas nostrae personat magnalia, quae le praedicant mirabilem omnibus sanctis, natali applaudens tyrolis eximii.

« La tranquillité de notre âme proclame les hauts faits qui t'ont rendu admirable entre tous les saints et nous applaudissons à ta naissance, ô recrue privilégiée... »

N'est-il pas tout à fait joh, dans son enfantillage, ce facile jeu de mots sur saint Columban :

Hic Columbanus nomine columbinae vitae fuit.

Le second moine du même nom, Ekkehard le Palatin, mort en 990, s'amusa, le cénobite naïf, à rédiger à la louange des saints d'énigmatiques séquences dont tous les mots sans exception commencent par la même lettre : à saint Pierre est dévolue la lettre P. Loisir d'hiver dans les laborieuses solitudes de Saint-(iall ! Déjà, un poète carlovin-

LES SÉQUENTIAIRES 121

gien du neuvième siècle, Hucbald, avait chanté en cent trente-cinq vers uniquement formés de mots à l'initiale G l'infirmité qu'il avait, disait-il, la gloire de partager avec l'empereur Charles le Chauve : Carmina, clarisonae, calvis cantate, camoenae. — Comere condigno conabor carmine, calvus;— Contra, cirrosi crines confunderecolli... Et Alcuin s'était ingénié à répéter dix-sept fois en trentequatre vers le mot Gueulas ; et Milon, moine de Saint- Amant, chantant la gloire du même coucou, en son bref Carmen de Confîicta Hiemis et Fer/s, redit près de vingt fois de suite ce mot, peut-être magique :

Omnes hic cuculo laudes cantare parebant... Hiscertamen erat cuculi de carminé grande...

Berno, autre moine, mort en 1048, exige une citation, car il professe des croyances astrales et magiques d'un notable intérêt. Il s'agit de saint WilUbrord, l'apôtre des Frisons. Lors de sa naissance, la lune descendit du ciel et posa sur lui un signe : sa mère en fut avertie par une vision céleste {per coeleste horama) ; conséquemment cet enfant prédestiné brilla comme un astre très clair, répandit sur le monde l'éclat de son auréole, en même temps que. par la splendeur de son verbe, il mettait en fuite les très noires ténèbres du péché accroupies dans le cœur des hommes..

Hune coelitus delapsa enitens notavit luna,

Quae ejus matri visa est per coeleste horama.

Hinc velut sidus clarissimum suijubaris radium per mundi sparserat circulum,

Dum tetricas peccatti tenebras cordi hominum insitas verbi splendore fugaverat...

De tous les séquentaires, Godeschalk est l'un des plus

superbes et l'un des moins connus biographiquement. C'était un moine du onzième siècle • on n'en sait pas davantage. Supérieur à Notker comme poète de tendresse et de mysticisme, il n'a ni la sérénité coutumière ni les beaux élans du créateur de la séquence. C'est plutôt un imaginatif , un invétéré visionnaire qui conte après le graduel les rêves divins qui ont visité ses méditations. Ses proses se chantaient enco.'e au seizième siècle, notamment, on le sait, par des missels de 1504 à 1550, à Cologne et à Tournai. L'une des plus remarquables a pour sujet la Décollation de saint Jean-Baptiste, où 1<.' martyre du Précurseur est laconiquement évoqué dans ce vers merveilleux :

Meretrix suadet, puella saltat, rex jubet, sancins decollatur.

Toute la tendresse de l'homme s'épanche dans ses versets sur sainte Madeleine, la femme sublimée, l'unique femme qui, comme le dit Thomas a Kempis, fut privilégiée de la divine familiarité du Christ :

A Christo praeelecta et vocata, multis ac- magnis divinae faniiliaritatis privilegiis subHmata.

« D'entre ceux-là (les pécheurs), comme la Chananéenne tu as visité Marie-Madeleine, — à la même table tu réconfortas la première avec le pain, l'autre avec le vin de la parole divine ; — chez Simon le lépreux, au repas figuratif, le Pharisien murmure et, consciente de ses fautes, la Femme pleure. — Le pécheur méprise sa sœur en péché : Toi qui est sans péché, tu exauces la pénitente, tu purifies la souillée, tu l'aimes, afin qu'elle soit belle. — Elle embrasse les pieds de son Seigneur, elle les lave de ses larmes, elle les essuie de ses cheveux, et en les lavant et en les essuyant, elle les couvre de parfums, elle les enve-

loppe de baisers. — Tels sont les festins qui te plaisent, ô sagesse du Père, — Fils de la Vierge qui n'as pas dédaigné les caresses de la pécheresse... »

Quorum de grege ut Chananaeam Mariam visitasti Magda-

lenam ;

Eadem mensa verbi divini illam micis, hanc refovens poculis ;

In domo Simonis leprosi conviviis accubans typicis

Murmurât Pharisaeus ubi plorat femina criminis conscia.

Peccator contemnit compeccantem. : peccati nescius poenitentem exaudis, emundas foedam, amas ut pulchram facias.

Pedes amplecitur dominicos, lacrymis lavât, tergit crinibus, lavando, tergendo, unguento unxit, osculis circuit.

Haec sunt convivia quae tibi placent, ô Patris sapientia ;

Natus de Virgine qui non dedignaris langide peccatrice...

« Tul'aimes afin qu'elle soit heWe, — Amas ui pulchram facias », — ô noble cervelle si avancée en idéalisme ! Tout le mysticisme du moine fleurit dans sa prose In Communi Virginum curieusement rythmée et assonancée :

Holocaustum Domino ofïeruni ex integro virgines castae, corpore mundae, immortalem sponsum eligens Christum.

0 felices nuptiae, quibus nuUae maculae, nulli dolores partus sunt graves, nec pellex timenda nec nutrix molesta !

Lectulos harum Christo vacantes angeli vallant custodientes, ne quis incestus polluât illas, ensibus strictis arcent immundos.

Dormit in istis Chrislus cum illis, felix hic somnus, requies dulcis, quo confovetur virgo fidelis inter amplexus sponsi coe-

lestis...

Ornatae tam byssina quam veste purpurea, laeva tenent lilia,

roses habent dextera...

His Agnus pascitur et his recifitur, hi flores electa sunt illius esca...

Crebros saltus dat hic Agnus inter illas discurrendo,

Et cum ipsis requiescit in fervore meridiano.

In earum peclore cubât in meridie,

Inter mammas virginum collocans cubiculum.

Virgo quippe cum sit ipse Virginique matre natus,

Virginales super omnes amat et quaerit recessus ..

Somnus illi placidus in earum sinibus,

Ne qua forte macula sua foedet vellera...

« Elles offrent au Seigneur l'holocauste de leur corporelle intégrité, les vierges chastes et mundes qui ont choisi le Christ pour immortel époux. — O noces de félicité en les quelles nulles taches, nulles graves douleurs d'enfantement, nulle entremetteuse, nulle ennuyeuse nourrice ! — Quand le Christ est sorti de leurs lits, des anges, gardiens, les palissadent, de peur que l'inceste n'y introduise sa pollution et armés de glaives nus écartent les impurs. Car c'est dans ces lits, c'est avec les Vierges que vient dormir le Christ, heureux sommeil, repos exquis qui réconforte la Vierge fidèle serrée dans les bras de l'Epoux divin... — Vêtues de lin, vêtues de pourpre, en leur senestre main des lis, en leur dextre des roses... — fleurs dont se repaît l'Agneau, fleurs toute sa nourriture... — Il joue et court, l'Agneau, et il bondit au milieu d'elles, — et avec elles repose durant la ferveur de midi. — Il se couche, au midi, sur le sein de ces vierges, — il fait son lit entre les mamelles des Vierges, — car vierge et né d'une vierge, — il aime et cherche avant tout les girons virginaux, — et il lui est doux de reposer sa tête sur des seins — assez purs pour que nulle souillure ne macule sa toison. »

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