‹ Le lauréat; critique des œuvres de Louis FréchetteChapitre 31 sur 83 · VICTOR HUGO LE PETIT · texte numérisé non relu

VICTOR HUGO LE PETIT

M. Frécliotte s'est oftbrcé toute sa vie (rimitor Victor Hugo, ou politique coiniue eu littérature, seulenieut, il faut le dire, à la luauière du molosse qui voudrait eopier le liou.

En 18Ô1, Victor Ilugo, après avoir fuhuiué eoutre le coup de force du prince Boiuipurte, fut obligé de quitter la France, se réfugia on Belgique, puis de là s'enfuit eu Angleterre.

A Jersey, dans sa retraite de Marine- Tenace, \q poète, débordant des imprécations vengeresses du satirique, écrivit les choses les plus ignobles et les plus révoltantes qui aient jamais jailli d'une plume trempée dans le iiel et la fange, contre les têtes dirigeantes do son pays, contre Mgr l'archevêque do Paris, contre Pie IX, etc. Il y prédit une foule d'événements qui, malheureusement, se sont accomplis ; et plusieurs écrivains français s'accordent à dire que les Châtiments ont largement contribué à la

chute du second Empire et aux infortunes :j[ui ont fondu, il y a une vingtaine d'années, sur la vieille mère patrie.

Dans son exil, — comme le lion, après avoir longtemps rugi dansla morne solitude du désert, devient parfois très calme et semble se recueillir, — l'auteur des Châtiments^ à de certains moments, se calmait, et, pris de cette maladie à laquelle personne n'écliappe-. la nostalgie, attendri par ce sentiment qui survit dans tous les cœurs, l'amour de la patrie, il déposait la lyre à la corde (.Vairaw pour prendre le pipeau, et il adressait à ses amis restés en France des élégies d'une indicible mélancolie et d'une idéale beauté.

C'est dans un de ces moments où le souvenir de la patrie absente le hantait avec tant de persistance, qu'il adressa à Lamartine une pièce dans laquelle vibre le plus largement son Ame de i)oète, pour rappeler j\ son émule leurs débuts dans la carrière des lettres, le féliciter des succès poétiques (pi'il remportait depuis que le vent révolutionnaire avait désuni leurs barques, pour le prier de ne pas oublier. dans ses trioniplies, celui qui autrefois oubliait sa propre tempcte pour chanter Tm/ut de son ciel.

En 180(3, M. Fréchette, a];»rès avoir, lui aussi, fait de la politique, après avoir tourné le dosa son bureau d'avocatjjonehé de papiers tout à fait étrangers à sa clientèle, quitta sa ville mitale ])oiir aller planter sa

fi iili SnilS //■ Snh'il di' J' il T'I It'jl' r.

VICTÔn HUGO 1.E P.-ÎTIT 65

A Cliicago, dans sou Exiles Hermitat/f, un autre Marine- Terrace, M. Fréchette écrivit la Voir d'un Exilé, cette diatribe imitée des Châtiments, dans laquelle il expliquait que ses ennemis politiques étaient de triples voleurs et des assassins, se comparait au Christ chassant, à coups de fouet, Icd vendeurs du temple, et prédisait une foule de choses qui ne sont pas arrivées.

Vcnjïour, j'ai sou.s les veux un immortel e.\einj)le, • .]'iii vil riluiiuiie (le Paix, sur les dalles <ln temple,

Terri l)le, et le fouet il la main.

A moi, 00 Ibuot sacré, ce fouet de la vengeance! Arrière, scélérats ! arrière, vile engeance !

■le vous appliquerai le fer rouge à l'éiiaule, Et je vous mordrai jusqu'au sang !

X'est-cc pas (prici l'on reconnaît bien en M. Fréchette le molosse (pii. Técume de la rage à la gueule, cherche à mordre le passant !

Et puis, que penser de l'auteur de la Voix (Tan Exilé laissant entendre que le Christ, la mansuétude même, aurait comme lui appliqué le fer rouge à V épaule et mordu jusqu'au sang f

Quelquefois, quand la rage faisait un instant trcvc chez l'exilé de Chicago, M. Fréchette, toujours pour singer son fétiche, adressait à ses amis du Canada des pièces qu'il imitait des chefs-d'œuvre du Maître, et il écrivit, un jour, à l'adresse de M. Pamphilc

ce LE LAURÉAT

Lemay une ode clans laquelle il lui parlait fie leur jeunesse, de leurs premières armes dans la lice de la poésie, le félicitait du couronnement de sa Découverte du Canada par l'Université Laval.

Jiref, tout ce qui diôërenciait les vers de Victor Hugo à Lamartine do ceux de M. Frécliette à M. Lemay, c'est que les premiers disaient à l'auteur des Méditations : " Songe à moi dans tes triomphes " î tandis que les seconds demandaient au traducteur a^Evangeline : — "Songes-tu à moi qui tant de fois t'ai applaudi ? "

C'était toute la différence, et des fragments pris dans l'ensemble des pièces de Victor Hugo et de M. Frécliette vont prouver tout de suite mon assertion :

VICTOR HUGO

Voilà quelle était ma pensée, Quand sur le flot sombre et grossi Jo ris(iuai ma nef insensée. ^

Echangeant nos signaux fidèles, Et nous saluant de la voix.

Pareils à deux sœurs hirondelles, Nous voulions, tous deux A, la fois, Doubler le mi'me promontoire, Remporter la mOnje victoire.

FKECHETTE

Pourtant, naguèn* encore, suivant lu mOme éti)ile, Nous n'avions (lu'une nef, nous n'avions qu'une voile,

Page 1