‹ Le lauréat; critique des œuvres de Louis FréchetteChapitre 35 sur 83 · UNE TROUVA-ILLE · texte numérisé non relu

UNE TROUVA-ILLE

Lorsque le lauréat, voiilant laisser comprendre au public que M. l'abbé Baillairgé signait ma prose, publia le fameux apologue qui m'ouvrait la porte par où je suis entré lui arracher son masque de plagiaire, je dis à quelques intimes :

— Cette fable renferme une troptorte pensée pour qu'elle soit de Fréchette, et je parierais qu'il l'a volée comme le reste.

— Vous n'cti's pas sérieux, remarquèrent tour à tour les amis.

— Je vous dis, moi, que Fréchette n'a pas tiré ça de sa tête.

— Mais cro3'ez-vous — soyons de bon compte — que M. Fréchette viendrait répondre aune accusation de plagiat par une nouvelle escroquerie ?. . . . Il y a t(^ujours un bout ....

— Je vous le répète, Fréchette n'a pas tiré i;a de

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sa tête, et je vons le prouverai tôt ou tard, soyez eu sûrs.

Et les amis de rire de mou eutêtemeut à soutenir que M. Fréehctte devait avoir volé l'idée du Chenc et de la Chenille.

Cependant, malgré l'assurance et l'aplomb de mes contradicteurs, je me mis à chercher le thème de la dernière élucubration poétique du lauréat, — fouillant les coins et les recoins d'une des plus importantes bibliothèque du pays.

Depuis un mois, sitôt que j'avais une minute de loisir, je courais y feuilleter classiques et modernes, mais chaque fois j'en revenais bredouille.

Découragé, j'allais, abandonner mes recherches, quand soudain il me vint à l'esprit de regarder dans la Patrie de 1881, pour voir ce que M. Fréchette pouvait' bien répoudre à M. Tassé, qui l'accusait «l'avoir copié Elle ]Jerthet.

.J'ouvris donc au hasard le journal de M. IL'augrand, et je mis tout de suite le doigt sur ces lignes écrites ù la date du 18 juillet :

M. Kr^jclu'tto, Hc rclnsiint f!itogori(|ueiuoiit cU' ri-jutudro aux injure» do M. Tas.sr diins la Minerve, nous allons nousnjfnie nous clinr^iT «le la besogne, et vous ne i)erdre7, rien jMjur attendr<>, M. Tass^'.

Tiens ! me dis-je, M. Fréchette agissait alors conuni' anjourd'liui : ne pouvant dire uti mot pour

UXE TROUVAILI-E

se justifier, il se ftiisait défendre par nu copain. Mais il y a donc toujours eu des Roullaud.

Encouragé par la trouvaille que je venais de faire, je continuai à chercher, et j'avais à peine tourné deux feuillets du même journal, que je tombais — }o crus rêver — sur un article de fond au cours duquel le rédacteur disait à M. Tassé :

II est un vieil apolo^'uc C'V'st Cfhii «lu rlK'ue i-t lU- la

chenille. Une chenille rampe et hâve sur le roi de la forêt ([ui ne s'en ap(>r{,oit nicme pas. " Vois donc, lui clit-elle, je salis ton écorce, je souille ton feuillage, et que peux-tu contre-jnoi, toi,rieJi.''

" Ma foi, répondit le chêne, cela ne t'enipOche pas d'être chenille, et nioi d'être chêne.''

Vous pouvez vous imaginer si je me hâtai de courir montrer à mes amis ce que je venais do dénicher, et vous dire \a gaîté que ma découverte provoqua serait une impossibité. Encore aujourd'hui, il y a un de mes anciens contradicteurs qui veut absolument que je sois sorcier.

Non, je ne suis pas sorcier, mais je coiuiais mon homme, et les articles qui vont suivre, joints à ceux qui ont paru, vont le prouver d'une manière qui ne laissera aucun doute à ce sujet, je vous en donne ma parole.

En attendant, laissez-moi vous faire voir la fable que M. Fréchettc a plagiée à quelque ancien auteur que je ne connais pas, et que le lauréat probablement connaît par ce qu'il eu a lu dans la Patrie :

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