DE SES PROPRES AILES
Le premier vers de la prt'niK're poésie rpie M. Fréchette livra h la publicité, et qui parut dans les Soirées Canadiennes de 1861, contenait une faute de français :
F<?0 aux ailes de .wiV«
Ces soies-Mi faisaient déjà pressentir les compagnons de saint Antoine dont j'ai parlé récemment.
Dans la préface de son premier vohuue s'épanouissait cette rtour :
...et ce pas, tc»ut petit ((u'il Hoit...
Ce temps du verbe, dont rassonauce rappelle encore les soies de la fée et celles des intéressants quadrupèdes que Cliicag'o fournit en si gran«l nombre, prouve que pour M. Fréchette l'indicatif et le subjonctif sont une seule et même bete.
La septième strophe de la première pièce de Mes Loisirs était un véritable défi à la syntaxe :
Ail! c'est que ses petits, ses petits qu'elle adore,
Depuis un instant Font quille, Ouvrant au vent du ciel son aile faible encore
Pour goûter à la liberté.
Après un pareil début, M. Fréchette devait aller loin, et, de fait, il est allé si loin, que, à l'instar do ce grand voyageur qui avait, selon un ^Marseillais, franchi les limites du monde, il est tomhé dans lien.
Il est tombé dans rien, et, pour mieux prouver cela, je vais continuer k reproduire quelques uns des bijoux dont la lourdeur Va entraîné dans le vide où il se débat.
Pour éviter la monotonie des petites introductions que j'ai l'habitude de mettre en tête des choses que je veux rendre saillantes, je ferai mes citations au far et h, mesure qu'elles me viendront à la mémoire ou qu'elles me tomberont sous les yeux, sans m'occuper si tel ou tel fragment de Mes Loisirs doit se trouver voisin de tel ou tel autre de la Légende d'an Peuple ou des Feuilles volantes.
Toile et lege :
(A yi:L iKR />/•; j.a sa i. i. /•; .•
Il empire; et la main pieuse d'un vieux prOtre J'Iiinte une. Iirttiwlic en rroi-i' sur sa l'osse
M. Fréchette n*a pas l'air du savoir qu'il est impossible de faire une croix avec une seule branche.
Il devrait pourtant ne pas ignorer cela, lui «pii fait par cœur François Coppée, qui a dit :
IH-: Si:s l'Iiiil'KKS AH.KS Jôl
Li's croix (|m' \\m avail, jtour ces nonil)roux tonibciiux, Faites liâtivoiuc'iit de diuix hranclies coup^-es.
( )ii voit que le lauréat, malgré rcxcelleute mémoire <l<»ut il est (loué, oublie qaelf|Ucfois ceux qu'il exploite.
Tu lui montrais, connue Muï«o, An hjitt do ton tloigt souverain, La moderne terre promise, \'n univei's vierge et serein.
Eu 1884, au cours d'une petite critique que Je publiai, dans la Minerve, d'une pièce intitulée Jj'A)nériqne, où ne trouvaient les vers (pie je viens de transcrire, je disais :
( liristojilic Coloml) montrait au lu itt île son dui^t souvornin un luiivers ! ■
l)écid(jnu'Ut, il devait avoir un ilo'njlsDm'erain, ceCii-nois-là. M. Fréi'liette a voulu dire du hont de son doigt.
Ia' lauréat dans la Patrie du 14 oi^tobre rép«jndit à mes remarques par ce qui suit :
(^>u'cst-ci' «lUc l'éplucliage de M. ("liapman i»c'Ut l'aire aux v(rs de ]M. Frécliette?
11 y a longtemps qu'il les pille.
Maintenant il les houspille.
1 1 est payé par la Minrrcv pour ajouter cette sy llalio.
M. Frécbette se défendait de mes attacpies — comme il s'en défend aujourd'hui — en cherchant à taire croire au gros public que je pillais ses vers.
Or, en 1800, six ans après, Charles Fuster vint
1Û2 LE LAL'liÉAT
nie donner raison eu corrigeant, pour le citer, le deuxième vers de la strophe que je vieur* de reproduire, et l'on peut lire, à la page 250 des Poètes do Clocher, les lignes suivantes :
" Le livre s'ouvre sur un hymne à rAméri(pie. Ou me permettra de transcrire, sans éloges, et en remettant les critiques à plus tard :
Tu lui inoiUrai:^ cmimc >ti)ïs(\
/>," haut (le ton d(iij:t souverain
"• Sniv<'nt — l'outinue Oharles Fuster — quel([ues vers moins fermes, attaiblis par Tabus des épithctes et que je ne crois [las devoir transcrire."'
Le poète français a été très prudent — puisqu'il voulait louer M. Fréchette — quand il s'est abstenu de citer des vers plus faibles que ceux: qu'il était obligé de corriger jwur les présenter au ijublic parisien, et, tout humble écrivain <pu' je suis, je nie permets de le féliciter sur sa pi-u(b'nce.
iwMEnani-::
Oui, riimiKinitc vers l'altiiue Maivhnil (lanx l'iniihre en clnDiccIdiil, L<n'!i(\\H\ de ton geste suhliine, Tu rnnvtas tlnns son él'in.
Mais si riiumanité marchait dans Tonibro en f'haucehint, c'est-à-dire en tiltonuant, il n'a pas du être bien «litHcile de l'urreter dans sou él((7ij dites donc.
DK SES rUOritKS AILKS !•''>•)
DAULAC DES ORMKAl'X :
C'était un caiulieniar à donner ré])<invantt'. lin cauchemar qui donne l'épouvante !
Comme s'il y avait des cauchemars qui donnent le calme et la sénérité.
JJ:S l'LAfXKS DAiniA II A M :
Or M )Mtc:Uni l'avait dit : — L'on u\v vi-rra plutôt
i.}ue de céder au nouilirc, .lii.s(in'au dernier moment défendre mnx itnlir Mes derniers bastion», et puis m'ensevelir
Sons leur dernier déeomVire.
Montcalm peut fort bien avoir exprimé l'idée qu'il aimerait mieux, plutôt que de céder au nombre, s'ensevelir sous les débris de ses derniers bastions, mais il n'a certainement pas dit qu'il les défendrait sans pâlir, — on n'est pas toujours maître <le ses nerfs, voyez-vous — ci sans pâlir, mUlh pour la rime, est une énorme cheville.
Vdq cheville?
Le clocher de l'église du faubourg Saint-Jean.