LE DRAPEAU FANTOME
Le Drapeau, fantôme^ dont nous allons nous occuper aujourd'hui, n'est rien autre chose que lo pendant de la pièce que nous avons étudiée dans mon dernier article.
En effet, dans le Drapeau fantôme ligure un personnage (pii refuse, à l'instar de Jean Sauriol, de se soumettre à la domination anglivise, et qui, après avoir longtemps combattu, presque seul, contre cent grenadiers écossais, se trouve tout à coup isolé de tout secours humain, et, comme le fils du vieux Luc, meurt sans avoir capitulé.
Tout ce qui différencie, à proprement parler, la pièce qu'on a lue de celle qu'où va lire, c'est que Jean Sauriol expire dans la tanuière d'une ourse, tandis que Cadot rend l'amo dan?: un vieux fort en ruine.
Les deux tableaux -où sont peints avec les
couleurs les plus voyantes de la palette du lauréat deux épisodes émouvants de notre histoire — méritent d'être encadrés ; et l'on se demande, après les avoir minutieusement examinés l'un après l'autre, lequel ^loit avoir le plus contribué à grandir la réputation de leur auteur, de Jcnn Saariol ou du Drapeau Jantôme.
Certain que mes lecteurs aimeront à comparer ces deux pièces pourtant incomparables, je m'empresse de transcrire le pendant de Jeau Sauriol ;
Nous suniincs loin, Iticn loin,
Ces bruits .iourds ot confus Que le vent nous apporte à travers les grands fûts Qui percent les fourrés ou bordent la prairie. Ce sont les grondements du saut 8ainte-A[arie.
M. Fréchette adore le mot sourd, et il se croirait un homme morf s'il n'employait pas ce vocable dans chaque pièce où il veut rendre les bruits de la nature.
Il dit dans le Premier Janvier ;
liruifs Hourtin et eonlu-i, rununus, plaintes vagues.
dans les l*i7is de Nicold :
Vos sniinls rugissenjcnts. v<»s sons mystérieux,
<laiiH le liap'tilc :
Avre de longs cris .w> jv/.'<, n ubMil en tourbillon.
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<Iaus Cadicax :
Ej)ouvanl(' les liois de ses liurlcni(>nts minth. <lans Papineau :
i.ii cluinsoii des oiàeaux, la plainte des hoix nounh.
J'en passe, et des raeillciii's.
Maintenant voulez-vous savoir où M. Frécliette a pris cette soardine-Ui ?
Dans Vieille Clianstm du Jeniie Teiaps de Victor ]lugo, dont la dernière strophe commence ainsi :
.I(^ ne vis ([d'elle était lieiie
Qnen sortant des grands /«</•< sonnl.t.
Je contiiuK^ à transcrire :
LA, dans lex lointain.^ hleim (jui l»t>rilent l'horizon, Où paissaient antrefois l'riiii et le bù<ou, PardelA, la l'or.''t et la cluite qui jjronde, Se balaneent les (lots du plus grand lae du monde.
Encore la vieille ritournelle.
Dans la Découverte du Missi-ssipi yi. Frécliette nous a déjà chanté :
JJaiis Ic)' lointaiiia bru tueur passaient en caravane De farouches troupeaux d'é/«/w et de bhouK.
Pas fécond, le lauréat^ et pas scrupuleux, non plus, comme Je l'ai si souvent prouvé et commeje le prouve encore aujourd'liui en vous montrant qu'il a pris ces
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lointains bleus et ces lointains brumeux chez Victor Hugo, qui a écrit clans les Voix intérieures :
YA los l)ois dans les lointains bleus, dans les Hayons et les Ombres:
Dans les lointains brumeux, à la cltirté des soirs.
Mais revenons à nos moutons :
A droite, c'est la Pointe-aiix-Piiis, endroit fameux, Où, sur le seuil sacré de leurs ■wigwanis fumeux. Les guerriers tatoués des peuplades itidieunes <iui hantaient autrefois les Ibrc-ts canadienues, Kehangèrent souvent le oalanietde pair.
Du côté sud, masqués par des fourrés épais. Le voyageur découvre, à deux pas du rivage. Les restes d'un vieux fort nommé le fort Sauvage.*
Vous faites erreur, M. Fréchette, et vous pouvez être certain que les peuplades indiennes ne faisaient pas que hanter les bois canadiens, ne se bornaient pas à les visiter fréquemment, mais qu'elles les peuplaient d'une n)anière permanonte.
Va puis, à part le senil sacré des wigwams fumeux, (.[ui est unique dans son genre, tout ce qu'on vient <le lire a déjà été dit, dans Misslonniiires rf M(irt)ir.<i de la Légende iVnn Peuple :
A travers la Havane ou ]vs fourrés épais, OtYrc te ciluiiiet de pair.