‹ Le lauréat; critique des œuvres de Louis FréchetteChapitre 71 sur 83 · OZ I.E I.AL'RK.VT · texte numérisé non relu

OZ I.E I.AL'RK.VT

du (liscrédit sur ceux (|ui ik- veulent pas se laisser endoctriner par l'auteur d'Originaux et Détraqués, pourtant si désireux d'introduire dans notre langage les innovations de Sté[:>liane Mallarmé, Paul Verlaine, Henri Roujon et autres décadents de même couvée.

Le début de la lettre en question se lisait ainsi :

Je suis avec iutéivt les otiorts ([iie vou.< laitC!' dans la Patrie pour rôforinor le langage do nos Canadiens.

Je ne veux pas compéter avec les Académiciens ; mais, tout en ne méconnaissant pas vos bonnes intentions, permettez-moi de vous dire que vous faites fausse route et que vous voulez substituer à notre langage si pur et si correct lui idiome défectueux, et je dirai semi-l)arl)are.

Nous parlons et nous écrivons le français du siîcle d<' J.,ouis XIV, la belle langue de Fénelon et de INIolièro. Les hommes soucieu.x de la pureté du langage s'o6;ecieroH<toujoiu-.s à cette invasion de mots, de locutions bizax-res. inintelligibles et ridicules qui ont orifjiné dann tea écricainx delà tin déco siècle.

J'avais fait dernirreniont une a}yj)licatiou à mon libraire pour qu'il nwprocnre <iuelqucs livres de Zola, Catulle Mendès, Armand Silvestre, mais j'ai lùen m.il investi mou argent. Bon Dieu ! (jucl cbai-abia, quelle lourdeur d'esprit et d.' style! Je vous avoue «tue j'ai peine A l("s (■omj)rendrt^

Il faut être liien sotar/ ])our débrouilhT ce grimoire. A <iui lera-t-on accroire que c'est là un beau langage, riutùt que de rencontrer itn pniienient pour une pareille littérature, mieux vaut encore, n'en déplaise iV mc.«>8ieurs de la Tem])érauce, se régaler de (|iu>lques verres dans une har, ou mitnix encore, faire l'acquisition d'un bon capot à /onrriirci. etc.

Décidément, M. I"'r('cli('tt(' prcinl ses lecteurs pour des jobards.

Toujoiir-i l'sf-il (|U*il a <'ti' trii[i ui;il:iilr(>it pnui-

i.ix(;l'istk

donner quelque apparence d'authenticité à la lettre d' Un vieux castor ; et les expressions smart, capot à fourrures^ Ijan, rencontrer un paijementy etc., dans une phraséologie dont l'ensemble est parfaitement français, et dont l'auteur veut démontrer au lauréat que notre langage est celui du siècle de Molière, — sont tout ce qu'uu cerveau malade et dépravé peut imaginer de plus sot et de plus h3'pocrite.

Quoi qu'il en soit de tout ce qui précède, voici la raison qui doit par-dessus tout faire comprendre que M. Fréchette n'a reçu aucune lettre touchant les difhcultés grammaticales de la langue française : ceux qui pourraient d'aventure lui écrire à ce sujet seraient les journalistes, quelques, rares négociants, les membres du clergé et des professions libérales, et, tout naturellement, ces personnes ne lui écrivent pas, ayant, comme le laaréaf, des dictionnaires qu'ils consultent à loisir.

<>>Mant aux gens du peuple, (pii, ici comme ailleurs, se soucient du beau langage comme du shah de Perse, ce serait, par ma foi ! le comble de la naïveté (pie de croire qu'ils preunent la peine de faire une lettre, d'y apposer un timbre, et d'aller porter le tout au bureau de poste, à seule fin de flatter la superbe du maître d'école de la rue Sherbrooke.

Xon, personne ne s'adresse au poète national i[)ouv se faire éclairer, et tout cet étalage d'érudition à

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coups (.le dietioimaire ne servira g-iière ù tuire voguer plus légèrement la galère où il est condamné à ramer Jusqu'à la iin (le ses jours, en expiation de tous ses vols.

Et puis, supposons, pour un instant, que les correspondants de la Patrie soient des étrangers, et que M. Frécliette puisse leur répondre mieux que personne sur les ditlieuUés lexieograpliiques du français.

Qu'est-ce que cela prouve ?

Tout simplement que M. Frécliette a les meilleurs dictionnaires qui aient été publiés jusfpi'ici, qu'il a le temps de les feuilleter, et que M. Beaugrand tolère ses leçons de linguistique comme il laisserait le premier hâbleur venu jouer du tam-tam au profit de son journal.

Au reste, ce (pli frappe tout de suite un homme instruit en face de la voyante ruhricpie : .1 travers le dictionnaire et la grammaire, c'est (pie le poète national devrait bien se corriger lui-nicmo av;mt de corriger les autres.

Eu effet, de tous ceux qui tiennent une plume au Canada, l'auteur iVOrifjinau.r et Détraqués est peut- ("'trc celui qui sait moins le français.

Le lauréat n'a aucunement le génie de la langue, et l'abscn*''' «l" ton'»' logirpie dan*» sa prose ordinaire

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