‹ Le lauréat; critique des œuvres de Louis FréchetteChapitre 73 sur 83 · T.i: I.Al'UKAT · texte numérisé non relu

T.i: I.Al'UKAT

Loi^squ'on so trouve connue au coin iVun bois où il lhille,vtc.

Ce jiùUe-lh est assurément une toquade.

Lorsqu'on se trouve coiunie au coin d'un bois où il /«///<' défendre sa réfutation eontredes voleurs der/rand chemiv, etc.

Avez-vous jamais entendu parler de voleurs de grand chemin— sans^<f — embusqués au coin d'un bois pour voler la réputation des poiites ?

Tandis que vous étie.-'. enfrah, vtnis nuric/- ju «iter aussi mes vers.

En frais de quoi, M. Fréchette ?

Je soumettrai aussi à vcs dévotes nié<litations ce <iut'.lésus disait du pharisien liypdcrit.e ([ui se tejiait debout dans le devant du temple.

Mais si le pharisien était dans le devant dn temple, le publicain, qu'il ne faut pas oublier ici, était donc dans le derrière.

Je pourrais vous citer d'ici à demain des fautes et des inepties comme celles-là, toutes prises dans les lettres que M. Fréchette adressait autrefois ilans V Evénemant à M. Routhier. Mais je garde de l'espace pour celles qu'on trouve dans Originaux et Ditraqiiés, le dernier volume du lauréat.

Je prends le dessus du panier :

1,11 <l«'rnière note di' l'intonal ion s'éteignait îl peine, <•( le ehd'tir n'avait |ms cncdrc eu U' temps de rr/iretiflrr lo cou- Imimlliiii de rantieiine, etc.

i.iX(;uisïE ÎÔÎ)

On reprend on l'on continno une antienne, M. Fréchette, mais on no rejjreiid T^aa une ronti/niatioyi, et la redondance qnejo viens de souligner prouve encore une fois (pie vous n'avez })as la logique du langage.

Sa \iv tout cnli.'ie l'ut une yAnï^'-Mûvviv peijtftiiellf.

Vous avez encore eoniniis là une aftVense redoii- ^iance. M, Fréchette, et vous auriez dû vous Ijorncr à dire : " Sa vie fut une plaisanterie perpétuelle, ou bien '' sa vie tout entière fut une |»1aisanterie/'

Oomprenez-vous la difterenee ?

J'/tiH (T lin en mit À s'en repentir.

Ce pluriel, qu'euiploicnt si souvent les journalistes •canadiens, est une grosse faute, et la petite grammaire <le Llioniond vous l'aurait fait éviter, monsieur le puriste.

Et puis, il y a dans plus (Tan eurent une sorte <rhiatus auprès duquel feu à peu et à outrance sont <le véritables soupirs de harpe éolieinie.

It les servait souvent ù la Juciùsso, et montait tout aussi l)ien une scie à un prince de l'Eçlis»' qu'à un cocher </g la place.

Un cocher de place, M. Fréchette. un cocher de place.

On cite même lui nommé Vaillancourt (lui en fut quitte pour un œil crevé ; et — disons-le av crédit do l'humanité <luél)ecquoise, etc.

£C0 1.K LAlllÉAT

On voit que, depuis 1871, vous ne vous êtes «çuèrecorrigé de vos anglicismes, monsieur le linguiste, et cet au crédit — to the crédit, — que je vous ai déjà signalé, n'est pas à votre loiiavge, locution dont vous auriez pu vous servir avec avantage au sujet de l'humanité québecquoise.

Quel était ] 'individu assez irrévérencieux- pour oser tn;ul)Ior l'oflice divin par une farce de ce calibre 'i

On le sut bientôt. Du reste, la voix n'était pas inconnue. l'Jle appartenait à vni pauvre iiniocent de bon garçon, etc.

Cette manière de dire que la voix qui avait troublé

l'oflice divin était celle d'un pauvre innocent est tout

à fait pittoresque, et Ton ne peut s'cmpêclier de

songer que le lauréat n'aurait pas autrement répondu,

si quelqu'un lui eut demandé : — A qui était la

vache ?

— Elle appartenait, etc.

II (Cbouinard) portait à ] i<'d celte lettre à Kainouraska, à Riniouski, au Bic, il Matane, et, naturellement, à n'iniport" <iuel point intermédiaire, la livrant ni mains projnrK or à dtnnicile, etc."

D'après la phrase ci-dessus on croit que, lorsque Chouinard livrait la lettre dont il était porteur en mains propres, celui à qui elle était adressée n'était ]»a6 îV son doTnicil(\

M. Fréchettc aurait dû dire «pic Chouinard livrait la lettre au dc.*<tinatairo lui-mumc ou à quelqu'un de ha maison.

LixonsTi: 201

" Avec de grands airs do dévotiou qui n'imposaient pas à tout le monde."

Interrogez votre Larousse, monsieur le maître tl'éeole, et vous verrez que le verbe en Imyoscr existe, -et sachez, en attendant, que toutes vos leçons (le français n'en imposent à personne.

Et puis, — j'oubliais, — un homme peut fort bien avoir l'air d'un dévot, mais jamais il n'a des airs de dévotion,- — à moins que ce ne soit un maître de. . , chapelle.

Quand vous aurez étudié eneore quelques années dans votre Larousse, vous vous apercevrez peut-être do la nuance qu'il y ^ Ij'-

.1 la brune, il entrait — n'importe où.

Pourquoi, monsieur Fréehette, ne vous êtes-vous pas servi là de la locution à la nuit branc .*

Sans doute, parce que dans votre prose vous n'aviez pas besoin de chevilles, — dont vous faites un si grand usage dans vos vers.

Et nous vîmes apparaître un succulent pâté d'airelles, ou, pour me nervir de la Uvujiie du paijx, ini succulent pâté aux bleuets qui fut accueilli par des bravos cntliousiastes.

Littré va vous prouver, monsieur le lexicologue, qu'un pâté aux bliiets n'est pas aussi niai qiu» vous voidez le laisser entendre, car il dit :

Bot. lîluet du Canada. Nom vulgaire d'une espèce du «ïonre airelle.

'2(y2 i.i: i..vi:i;k.vt

Ainsi donc, puisque notre bluet ii fuit assez sûrement son petit bonhomme de chemin pour pénétrer chez Littré, servez-vous-en, monsieur Fréchette, et cachez votre x^^ité d'airelles, (pii fleure son pédant à dix pas.

...et s'aclioniina chfpin-clupant vtc.

On dit : *•" clopin-clopant, monsieur le lexicographe.

Nous échangeâmes une conliale poignée de mahm.

M. Fréchette a cru que, puisqu'il y avait là deux mains qui se touchaient, le pluriel était de rigueur,, ou bien qu'on pouvait dire : une poignée de mains» comme on dit : une poignée de. . . .dragées.

Très fort sur le fran(;ais, notre homme.

Mais cette bius(pierie n'imposait X personne.

Je le répète, le verbe en imposer existe, et son emploi iiimjtosait encore là.

Tout coin s'épanoui.«.sait entre <leux vastes oreilles ilont la Hncci<lité Hottait au moindre «'ourant d'air.

L'état d'une cIkjsc qui est Jiasqiic tiottant au moindre courant d'air, (;a, c'est du Fréchette tout • •raclit'. par exemi)le.

Mni.s ce (pii attira mou iitlcntit n iKtiiiruliue, et(!.

,y attire " iiarti^-ulièrcmcnt l'atiention " sur ce charabia.

i.i\(a:isTH 203

Pauvro Drapeau, il ilort aujourdliui son dernier sonnne dans lo vieux cimetière de Saint-Miehel de Belleobasse, cMe à côte arec sen jièreH, attendant comuie eux et avec eux la miséricorde de Celui qui pardonne à ceux <[ui ont beaucoup aimé.

D'apivs ce qu'on peut voir, il est certain que Drapeau, qui dort côte à côte aWt'c ses pères, attendant ifvec eux et comme. ea.r. la nuséricorde divine, ne quittera pas le cimetière de Saint-Michel-de-Bcllo chasse pour s'en aller toat seul au [tara lis.

...et Marcel Aul)in ('(j'kAihi nou apparition.

l*as de commentaire [)Os.sil)le.

Il disparut un jour,san.s premhv onij^MU» personn<*, et l'on n'a jamais su eecju'il était <levenu depid-f.

La phrase ci-dessus, «pii n'avait pas [ilusbos )iu de l'appendice caudid depuis qu'un chat n'a besoin de deux queues, comme on dit vulgairement, prouve bien, à elle seule, (pie M. Fréchettc devrait suspendre pour quelque temps ses leçons de la Patrie pour étudier encore un peu le français.

Avant de fermer Originaux et Détraqués^ laissezmoi vous dire à quelle occasion ce volume a été écrit, ce qui en fait lo sujet, et ce qu'il vaut à tous les poiuts de vue.

Voici :

Lors(]Ue le notoire Filiatrault fonda le Canadu- Jiecue, il eut, ça se comprend, le .soin du .s'assurer,

2C4 LE I.\UnÉAT

moyen [lant finance, de la collaboi'at:o:i «le M. Fréchette.

N'ayant aucun bagage dont il i»ût tirer parti IK>ur la nouvelle publication, — les aigles, eux-mêmes ne [)euvent pas toujoui*s voU^r^ n'est-ce pas, —le lauréat <'nit faire merveille en écrivant les monographies de douze fous, qu'il avait connus dans sajcunesso et avec lesquels il semble avoir t'tô intimement lié.

C'es pauvres fous, il lésa i)ortraiturés d'un" nnnrù'r..* tout à fait injuste, et il a, par eiulroits, tellement outré leurs iaitset gestes, «pie je suis à me demander 81 le nom de M. Fréchette n'a pas été onblié parmi ceux qu'il a voulu immortaliser.

Cette impression qui doit venir à tous ceux qui lisent le dernier volume du lauréat a inspiré à un étudiant de ma connaissance l'idée de parodier les vers que M. Fréchette a mis en tête de la «lernière édition de VlTistoirc du Canada de Garnean. Je ne puis résister à la tentation «U' cit«M' une strtiphe <le cette parodie :

Tu rliiintos Gnispcrrin ; tons n«»s finis, tu les coini'tt's.

Avci- «jiiel incrvcilleiix l>rit> tu ncuis racontes

Les exploits de Dupil, «lUe tu conmiiâ t<i l)ien.

Mois, parmi Iw graïul» noms qui Itriilcnt «laiis ton livr<\

II en man«|ne un «|ui doit snrvivre.

Kl c»^ nom, Louis, c'est le tien.

(^ne !<• hoiii de M. j<'i','cIicM i- ait été oublii' on

MNT.uisTE 2r>r>

non, il suffit (le lire quelques pages iV Originaux et Détraqués pour savoir que sou auteur doit être parfaitemcnit couscient du mépris qu'il inspire, pour u\'oir ose, par pur amour de l'argent, peindre les liideurs cjui font le sujet du volume en question ; et tous les calembours latins ou français — déjà usés du temps de nos arrièrc-grands-p^u'es — que le lauréat met dans la bouelu deCliouinard, toutes les insanités qu'il fait ré]» 'ter à Cardinal, tous les jurons dont il émaille la e mversatiou d3 Goyrgc Lsvesque, tout cela vous laisse rimi>ression qu'on éprouve devant les contorsions «l'un bateleur en maillot sur les planches d'un théâtre en [tiein vent.

Encor.'. si M. Fi'échette, malgré les grossièretés qui foisoimont dans ses Originaux et Détraqués, eût montré quelque- talent en peignant ses douze tgpcs

quéhccqaoi.S !

Mais le lauréat a fait avec son dernier volume un four aussi désastreux que la veste qu'il a remportée avec la TAjende (Vnn P^'iple, dans laquelle, à part les vers volés, il n*v a pas une page ([ui porte le moindre r.-Hct p ).'tique.

Diui bout à l'autre de l'ouvrage donné comme primMirdaus le Cinati/,- Revue, M. Fréchette cherche à faire rire le lecteur, et, quand il y réussit, ce n'est pas, crovez-moi, aux dépjns de ses douz3 fous.

(yha;*:ru' de sjs m ):ioiMM'Viiiei est d'un tlécousu. . hailloimeux.

CGC l.r. I.AUKÉAT

On dirait (|uc le lauréat a écrit la moitié de scs^ phrases isolément, sans aucun lien d'idées, et que, après les avoir réunies les unes à la suite des autres» il a ficelé le tout avec les locutions adverbiales au restCy au surplus, au demeurant, d'ailleurs, quoi qiCil cii soit, etc., qui commencent presque cha(pie paragraphe.

Il y a là dedans, selon l'expression de François^ Coppée, assez de ficelles et de câbles pour gréer une frégate.

Une locution, entre autres, revient à tout bout dechamp, pour l'aire les transitions, — comme il est facile de le voir par les citations suivantes :

rnjour, il lai.sait voir au dirocteur du c.olIôu;r, lo inOiue M. (jiingra>s ttout j'ai j)arlé pliim haut, etc.

Qiu>l<iu<'t'ii.s, par exeinplo, les prédications assuniaionl un raractcTo un \)vu moins inoilVnsit' <|U0 celles doiit fui pwlr ploK liant.

Je l'di ùif jiliin lutut, ses cheveux, '[u'ii portail lonos, etc.

Je l'ai (litjtliiis haut, riionunc (pie nous avions devant nousétait un être hingulier.

('oi)iirie je /"<(/ (fit jili's liant, tout cela se chantait ou seri'eitnit, etc.

Le hruvehonime a d'ailleurs, voniiiirji l'ai dit pi km liant, etc.

Do sorte «pip, à mon regret, je ne pus insister pour retenir n»ilre hôte, lors<pie, sur le .seuil de la porte, avec le geste inimitnhie dont j'ai pirlr...

Mon I>rave père — il lut réveillé en sursaut, dans hi nuit (|ui suivit le déjarl dont yV lù» im île parler, etc.

Il )ucn:n{,jr l'.ii dit pliiK liant, uuc vie; nomade, etc.

.le l'nns l'ai dit an i-onimcnreincnt, '](i no sais si j'avais, etf.

Mai» il s'acquittait surtout, le soir, A la veillée, en clianlant Hoit 1«>M couplets «pie j'ni cités plnx liant, etc.

Il n'y nit'ttait même pas — je l'ai dit — vlv.

Page 1