I. .Au mot Tour de \cs/es page
282 LK LAUKÉAT
laissaient transpirer au dcltenu qu'une faible lumière. P2n liiver, ces caves funestes sont des glacières, parce qu'elles sont assez élevées pour que le froid y pénètre ; en été, ce sont des poêles humides où Ton étouffe, parce (\\\e les murs sont trop épais pour (j^ue la chaleur puisse les sécher
LAROUSSE
Les prisonniers étaient conduits à la Bastille par des exempts sur une simple lettre de cachet laissée peut-être aux mains d'une avec le nom en blanc.
" Pendant les sept années (pie j'ai passées à la Bastille, dit Palissery. je n'y avais pointd'air durant la belle saison...
" Mon g.rabat était insupportable, et les couvertures en étaient sales, percées de vers. Je buvais, ou plutôt je m'empoisonnais d'une eau puante et corrompue, ^uel pain et <iuels aliments on m'apportait! des chiens aflamés n'en auraient pas voulu. Aussi mon corps fut-il bientôt couvert de pustules ; mes jambes s'ouvrirent, je crachai le sang et j'eus le scorbut. Les cachots ne recevaient Pair et le jour
(pie jiar un étroit soupirail Les plus belles journées ne
laissaient transpirer au détenu (pi'une faible lumière. En hiver, ces caves funestes sont des glacières, parce (qu'elles sont assez élevées pour que le froid y pénètre ; en été, ce sont des poêles humides oCi l'on étoufle, parce ([ue les murs sont trop épais pour (jue la chaleur puisse les séchi>r. ^
FRECHETTE
Un jour, le mallieureux (Latude) écrivit à sa persécutrice (la rompiulour) un Itillet contenant ces mots : "Le 20 de co mois de septemltrc 17()0, il y aura cent mille heurivs (]ue je «oufrre.
LAROUSSE
Un jour, Latude put même faire parvcMiir à M"'" de Tompadour un l»illet lae.onitpie où il lui disait: " Le liô de ce mois de septcmbri! 17()0, il y aur.i cent mille hennis (pie j(î souffre." ■-'
1 Au mot ttasdlli-, pnge 335.
a .\u mol l.atude, pngc 245.
IIISTOIÎIKN 28C
Parlant d'Henri II et de Diane de Poitiers, les
deux écrivains s'accordent encore comme larrons
en foire :
FRECHETÏE
Il (Ilonri II) fit sculpt(>r dans la |)ierro son propre chiffr.'>, c'est-ri-dire une II surmontée d'une couronne royale, entremêlée avec un D et un croissant, ehiflre et emldènie delà i'ameuse
On ne dit pas entremêlé avec, M. Frécliette, mais bien entremêlé de.
Votre collaborateur aurait dû vous enseigner cela.
Mais continuons à citer le lauréat :
Henri II iit frapper des médailles en l'honneur de c.3tte... On en voit une ofi elle est représentée avec ces mots en exergue: Oinniinn lictoreni n';'t, j'ai vaincu le vainqueur de tous !
LAROUSSE
L'II de Henri se mêle au Dde Diane sur tous les murs des résitlences royales. Pour elle le roi fait frapper des médailles ; on en voit cncoreoù Diane est représentée foulant l'amour avec ces mots : " Otnaiuin victorem vici" j'ai vaincu le vainqueur de tous. ^
FRECHETÏE
...il lui fit ca;U'au de toutes les terres vacantes du royaume.
LAROUSSE Un jour, il lui doima toutes le.s terres vacantes du royaume.
A propos de Louis XIV, les deux historiens s'entendent encore superbement :
I Au mot Diane de Poitiers, page 732.
FRECIIETTE
Plus tiirJ, elle (M"'" do Maintcnon) fit chasser sa bienfaitrice, {M™= de Montespan.)
M'"" de ^Montespan, dit Eugène Pelletan, traliic et i-cnipla- 06e par J:v leniine qu'elle avait prise par la main
LAROUSSE
M™* de Montespan, dit Eugène Pelletan dans sa Dccadenee de la monarcMe fran'iaise, M'"*^^ de ^Iontes})an, trahie et remplacée par la femme ([u'elle avait prise par la main
Tout ce qu'on lit à propos du règne de Louis XV dans M. Fréchette a été écrit dans le même genre et avec les mêmes moyens ; mais il m'est impossible d'en citer autre chose qu'une couple de phrases, à propos du Paro-aux-Cerfs:
FRECHETH-:
Le nombre de celles qui y furent conduites l'ut immense», dit Lacretelle. Elles étaient ensuit(>s dotées et mariées à des hommes vils, etc.
LAROUSSE
Lu tradition et les témoignages de i>lusieurs l'crsoimes attaclïé(.>s îl la cour, dit Lacretelle, etc. ^
M. Fréchette est donc convaincu une deuxième l'ois d'avoir volé Larousse ; et si jamais il publie une troisième édition de sa Petite Histoire des Rois de France^ et s'il eidèvo les citations que je viens de transcrire, comme il a fait disparaître celles que M. (Jhapais lui reprochait en 1882, je crois qu'il pourra loger ce qui restera dans une seule. . . .galéo.
I Au mot /'iiri'iiiX'Ctr/s, pnge 205.
IIISTOIUE.V 28"
Encore, si M. Fréchette n'eût fait que plagier Larousse pour écrire son pamphlet anti-monarchique; mais il y a, do son chef, faussé l'histoire à chaque page, et, pour ne parler que des accusations portées contre Charlemagne, Jeanne de Xavarre et Blanche de Castille, — il y a affirmé les choses les plus mensongères et les plus scélérates qui soient tombées de la plume d'un écrivain déterminé à tout dénaturer et à tout salir.
Je l'ai déjà dit, le poète national a faussé aussi l'histoire dans sa Légende d'an Peaple, et une pièce de ce volume, les Excommunies, est tout ce qu'il y a déplus monstrueux comme outrage à la vérité et au sentiment religieux.
Pour i)rouver mou assertion, laissez-moi d'abord analyser les Excommuniés, dont le plan, comme on le verra, est aussi incohérent que les faits qu'il renferme sont audacieusement défigurés :
Québec était tombé. Un Bourbon avait livré le Canada à l'Angleterre. Ce fut un coup mortel, un long déchirement, quand nos populations entendirent le roi de France dire aux Saxons : — Prenez-les ! ma gloire n'en a plus besoin. Alors on entendit soixante mille voix crier : — " Xous serons français malgré la France ". Chacun a tenu parole, et maintenant, sous le sceptre anglais, les Canadiens conservent le culte delà France. Mais d'autres, (quels autres ?), repoussant tout servage, après avoir brûlé leur dernière
cartouche, révoltés impuissants, voulurent, libres même en face de la mort, emporter au tombeau leur éternelle haine. Eu vain ou invoqua Tautorité de Rome, en vain le prêtre déroula aux yeux de ces naïfs croyants les tableaux des châtiments que Dieu réserve aux superbes ; en vain l'on épuisa les menaces : menaces et sermons furent inutiles. — Non, disaient ces révoltés, nous sommes des Français, et nul n'a le droit de nous vendre à l'enchère. Un jour, les foudres de l'excommunication tombèrent sur les rebelles. H n'en resta que cinq. (Il n'en resta que cinq qui furent excommuniés ou qui ne le furent pas ?) Malgré les aftronts, malgré les frayeurs^ ces cinq-là ne voulurent servir d'autre Dieu que la France. Les excommuniés moururent, et furent enterrés, sans prêtre, dans un des champs de Saint- Michel-de-Bellechassc, au détour iV une route Jangeuse où la hrute se vautre.
Et M. Fréchette termine sa pièce, dont la versification est boiteuse comme celle de Jean Sauriol et du Drapeau fantôme, en disant que chaque fois que le liasard le met sur la route en question, il découvre son front devant les tombes de ceux qui gardèrent jusqu'à la mort la haine de l'Atigleterre et l'amour de la France.
Encore une fois, tout cela est un monstrueux outrage à la vérité historique et au sentiment religieux.