I. Les Pol\*cs du Clocher
124 LE LAfRÉAT
Encore n'cst-il arrivé à ce résultat que tout simplement parce que, dit Jules Lemaître, il " connaissait à fond la pure antiquité, il ss détachait de lui-même et de son temps, s'éprenait tout naïvement des grâces de la vie primitive chez une belle race, se faisait une âme grecque ou plutôt, mystérieux atavisme, retrouvait cette âme en lui."
Et M. Fréchette, qui n'a pas, lui, le mérite d'avoir traduit ni Théocrite ni Homère, qui a pillé presque tous ceux qui ont écrit dans sa propre langue, qui vient après les trois cents faiseurs dont parle Charles Fuster, qui imite Victor Hugo comme le «erin pourrait imiter l'aigle, voudrait être considéré comme un poète !
Quand M. Fréchette ne pille pas les poètes français et canadiens, il se pille lui-même.
Croit-il avoir fait un bon hémistiche, exprimé passablement l'idée d'un confrère, il les répète à satiété.
Quehjuefois il promène des vers tout entiers d'une pièce à l'autre.
X'y aurait-il que ces répétitions pour prouver l'infécondité du poète national, que cette preuve serait déjà accablante.
On pourrait, à la rigueur, pardonner à Victor Hugo, qui a écrit quatre-vingt-dix gros volumes, de s'être répété, — ce qu'il n'a cependant pas fait, — ^tout simplement parce qu'il aurait, pour ainsi dire, épuisé la somme d'idées qu'un cerveau humain peut contenir, et qu'il n'aurait pu se rappeler tout ce qu'il a disséminé dans des ouvrages si nombreux et fti disparates.
Mais peut-on pardonner à M. Fréchette, qui n'a publié que quatre volumes, — dont on pourrait facilement ne faire qu'un seul, — de rabâcher sans trêve, de se servir toujours des mêmes expressions, des mêmes hémidticlies, du même vocabulaire ?
Je n'en finirais pas si je mettais sous les yeux de mes lecteurs toutes les répétitions qu'on remarque dans les vers du lauréat^ et quelqu'un qui se donnerait la peine de cataloguer ce musée littéraire ferait un travail sinon intelligent du moins très drolatique.
Je me bornerai donc à mettre ici en relief les rengaines qui se rencontrent le plus communément chez M. Fréchette, et ce que j'en ferai voir prouvera surabondamment qu'il n'est qu'un rimeur toujours à l'étroit, toujours à bout d'haleine.
Je cite :
LOUIS-HONORE FRECHETTE
La France î elle éellpèa tous les héros iV Homère
LOUIS FRECHETTE Tes fils ont éclipsé tous les héros d'Homère
IX)UIS-HONORE FRECHETTE Le voyageur remarque, à deux pas du rivo(je
LOUJS FRECHETTE Le voyageur découvre, à deux pas du rivage
LOUIS-HONORE FRECHETTE Le lendemain matin, deux pêcheurs du village
Le lendemain matin, au front de la montagne Le lendemain matin, les monstrueux bourreaux Le lendemain inaiin, alerte et reposé Le lendemain niatin, parmi les corps gisants Le lendemain matin, on marchait à l'assaut Demain matin, dit-il, je traduis son récit Le lendemain, hélas !/— ici-bas tout s'eflace — Enfin, le lendemain, ces nobles Alexandres Que le lendemain môme, au lever de l'aurore C'était le lendemain jour de grande assemblée
LOUIS-HONORE FRECHETTE Mais, comme une aile blanche ouverte dann le vent
LOUIS FRECHETTE Et que ton aile immense ouverte dans le veut
LOUIS-HONORE FRECHETTE
O coupe d* ambroisie, De nectar et de miel
Coupe d' ambroisie et de miel
LOUIS-HONORE FRECHETTE
Ah î comment voulez- vous que je vous reconnaisse, Chastes illusions de mesjottrsde jeunesse
Chambly ! le vieux couvent ! Que je vous reconnaisse, Théâtre inoublié de mes jours de jeunesse
LOUIS-HONORE FRECHETTE
Quelques instants plus tard, dans les bivouacs voilés
LOTIS FRECHETTE
Quelques instanta plus tardj on trouvait en effet Quclqnefi indants pht» tard, quand, pour s'en emparer Trois Jours plan tard, quand, après maint échec Trois jour.i aprrs, du haut de ses màchecoulis Quelques instants après, la noire cavalcade Ciiui minutes apris, nous dansions sur la vague Quelques instants après, vers le plateau lointain
LOUIS-HONORE FRECHETTE Talisman de l'amour, si/nibole d'espéran<ie
LOUIS FRECHETTE Flottait près d'une croix, sj/mboîe d^esplrance Auprès du vieux drapeau, symbole d'espérance