‹ Le lauréat: critique des œuvres de m. Louis FréchetteChapitre 30 sur 75 · PROSPER BLANCHEMAIN · texte numérisé non relu

PROSPER BLANCHEMAIN

Xingaras grondants, blondes Californios.

FRECHEÏTE Niagaras grondants, blondes Californies.

CKEMAZIE Penr>Ies, inclinez-vous, c'est la France qui passe.

FRECHEÏTE A genoux, op] rinu's î c'est la France qui j asse.

VICTOR HUGO Qui dit : il faut monter i our venir jusqu'à moi.

FRECIIETTE Et puis il faut monter pour aller jusqu'à toi.

Avant d'aller plus loin, je vous dirai, M. Fréehetto, qu'il n'y aurait eu rien de surprenant si vous aviez trouvé bien des réminiscences dans mes Québecquoises, — un volume que j'ai écrit de vingt à vingtquatre ans, alors que, sans études classiques, je n'avais lu, en fait de poésie, que vos productions dont je savais les trois quarts par cœur.

Au reste, je vous prie de croire que je considère mes Québecqiioises comme le plus faible volume de vers qui ait été publié au Canada.

Seulement, j'ai la présomption de vous faire remarquer, M. Fréchette, que mes Feuilles cVErable accusent, à côté de mes Québecquoises^ un progrès beaucoup plus sensible que vous n'en avez montré

entre la publication de votre premier recueil et celle de Pêle-JIêle.

A propos de mes Québecquoises, je me rappelle toujours ce que M. l'abbé G ingras — un poëte de grand talent, que personne n'accusera jamais de plagiat, lui, — écrivait un jour à mon adresse :

Chapman a fait les Qnêbecqnoûen, J'ai dit cela tout haut : sais-tu Ce que l'ceho m'a répondu :

Chapman a fait des Jroqttoiseif. ^

Oui, M. Frécbette, j'avais réellement fait des Iroquoîses, et sitôt que j'ai eu compris cela, je me suis mis à travailler, j'ai lu les grands maîtres, je me suis aperçu, en les lisant, que vous n'étiez qu'un fabricant de grossiei's et fades pastiches, et je vous ai envoyé, comme on dit, vous.... promener.

Mais revenons, s'il vous plaît, à votre Roullaud.

Pour montrer la faiblesse des accusations que vous lui faites porter contre moi, je vais comparer avec les liémistiches que je ne vous reproche pas quelques-uns de ceux que votre défenseur m'accuse de vous avoir pris :

CHAP^IAN

Un doux hrmsaeinent d'ailes parfois courait.

FRECHETTE ' Mais où l'on eroit ouïr, doux bruissements d^ ailes.

I Ah foyer de mon presbytère ^^xhvnt strophe de Imperliiiefiie à l'ean de ivse.

ARCADES AMBO Cl

CHAPMAN

Ils entourent la Hotte et ses lourds bataillons.

FiaXHETTE Comme une esclave nn liane de ses lourds bataillons.

CITAPMAN J.e fusil à r épaule, et T écume à la bouelie.

FRECHETTE Le mousquet à V/jmule, ou la pagaie au poing,

CJIAPMAX Cluerrier de la censée à la voix magnifique.

FRECHETTE Protecteur.-s de nos droits, guerriers de la pensée.

CHAPMAX Et le vent parfumé des solitudes vierges.

FRECHETTE Oui, deux siècles ont fui ; la solitude vierge.

Encore une fois, M. Fréchettc, vous aurez beau faire, vous ne réussirez point à intervertir les rôles, à me faire passer pour un plagiaire ; surtout vous ne pourrez pas plus vous disculper des accusations dont vous êtes écrasé, que votre Eoullaud n'a pu le faire après la dénonciation du poète parisien. Vous pouvez en faire tous les deux votre deuil.

Quant au pain que j'ai mangé au service de M. Beaugrand et que vous me reprochez, vous faites erreur, M. Frécliette.

C2 LE LAUllÉAT

Ce pain, je le dois à M. Thomas Fortin, professeur de droit à l'université McGill, un compagnon d'enfance ; le premier il est allé avec moi voir M. le propriétaire de la Patrie, qui m'a donné tout de suite du travail, et cela avec si peu de répugnance, qu'au bout d'un mois il m'accordait le double du traitement convenu.

C'est encore M. Fortin qui m'a mis en rapports constants avec l'iionorable M. Eobidoux, un vrai littérateur, celui-là, un humble, qui ne sera pas plus accusé de plagiat que M. l'abbé Gingras, et qui m'a donné le pain que je romps aujourd'hui.

Oui, c'est à ces deux nobles cœur que je dois la position que j'occupe aujourd'hui, et je suis heureux, M. Fréehette, que vous m'ayez fourni par votre Eoullaud l'occasion de faire savoir la gratitude que je leur garde, de les remercier publiquement de m'avoir tendu tous deux la main dans des circonstances où j'avais tant besoin de protection.

En attendant la publication de mon prochain article, M. fréehette, je vous conseille de changer de Roullaud, surtout d'en prendre un qui ne soit pas dans les cas réservés, et dont on ne puisse dire en le voyant avec vous : Arcades ambo, ^

I Après la publication de l'article qu'on vieut de lire, ni M. Roullaud ni M. Fréehette n'ont donné signe de vie.

M. Fréehette s'est efforcé toute sa vie d'imiter Victor Hugo, en politique comme en littérature, seulement, il faut le dire, à la manière du molosse qui voudrait copier le lion.

En 1851, Victor Hugo, après avoir fulminé contre le coup de force du prince Bonaparte, fut obligé de quitter la France, se réfugia en Belgique, puis de là s'enfuit en Angleterre.

A Jersey, dans sa retraite de Marine- Terrace, le poète, débordant des imprécations vengeresses du satirique, écrivit les choses les plus ignobles et les plus révoltantes qui aient jamais jailli d'une plume trempée dans le fiel et la fange, contre les têtes dirigeantes de son pays, contre Mgr l'archevêque de Paris, contre Pie IX, etc. Il y prédit une foule d'événements qui, malheureusement, se sont accomplis ; et plusieurs écrivains français s'accordent à dire que les Châtiments ont largement contribué à la

et LE LAURÉAT

chute du second Empire et aux infortunes qui ont fondu, il y a une vingtaine d'années, sur la vieille mère patrie.

Dans son exil, — comme le lion, après avoir longtemps rugi dansla morne solitude du désert, devient parfois très calme et semble se recueillir, — Fauteur des Châtiments^ à de certains moments, se calmait, et, pris de cette maladie à laquelle personne n'échappe? la nostalgie, attendri par ce sentiment qui survit dans tous les cœurs, l'amour de la patrie, il déposait la Ij're u la corde tVairain pour prendre le pipeau, et il adressait à ses amis restés en France des élégies d'une indicible mélancolie et d'une idéale beauté.

C'est dans un de ces moments où le souvenir de la patrie absente le hantait avec tant de persistance, qu'il adressa à Lamartine une pièce dans laquelle vibre le plus largement son ame de poète, pour rappeler à son émule leurs débuts dans la carrière des lettres, le féliciter des succès poétiques qu'il remportait depuis que le vent révolutioimairc avait désuni leurs barques, pour le prier de ne pas oublier, dans ses triomphes, celui qui autrefois oubliait sa propre tempête pour chanter l'azur de son ciel.

En 1866, M. Fréchette, après avoir, lui aussi, fait de la politique, après avoir tourné le dos à son bureau d'avocat, jonché de papiers tout à fait étrangers à sa clientèle, quitta sa ville natale pour aller planter sa tente sous le soleil de Vétranger,

VICTOR HUGO LE PETIT Go

• A Chicago, dans son Exiles Hermitage, nii autre Marine- Terrace^ M. Fréchette écrivit la Voir dhin JExîlé, cette diatribe imitée des Châtiments, dans laquelle il expliquait que ses ennemis politiques étaient de triples voleurs et des assassins, se comparait au Christ chassant, à coups de fouet, les vendeurs du temple, et prédisait une foule de choses qui ne sont pas arrivées.

Vengeur, j'ai sous les yeux un immortel exemple, .l'ai vu l'Homme de Prtix, sur les dalles du temple.

Terrible, et le fouet à la main.

A moi, ce fouet sacre, ce fouet de la vengeance! Arrière, scélérats ! arrière, vile engeance !

Je vous appliquerai le fer rouge à l'épaule.

Et je vous mordrai jusqu'au sang !

N'est-ce pas qu'ici l'on reconnaît bien en M. Fréchette le molosse qui. l'écume de la rage à la gueule, cherche à mordre le passant !

Et puis, que penser de l'auteur de la Voix tVun Exilé laissant entendre que le Christ, la mansuétude même, aurait comme lui appliqué le fer rouge à V épaule et viorda jusqu'au sang ?

Quelquefois, quand la rage faisait un instant trêve chez l'exilé de Chicago, M. Fréchette, toujours pour singer son fétiche, adressait à ses amis du Canada des pièces qu'il imitait des chefs-d'œuvre du Maître, et il écrivit, un jour, à l'adresse de M. Pamphile-

Leniay une ode clans laquelle il lui parlait de leur jeunesse, de leurs premières armes dans la lice de la poésie, le félicitait du couronnement de sa Découverte du Canada par l'Université Laval.

JJref, tout ce qui différenciait les vers de Victor Hugo à Lamartine de ceux de M. Fréchette à M. Lemay, c'est que les premiers disaient à Fauteur des Méditations : " Songe à moi dans tes triomphes " ! tandis que les seconds demandaient au traducteur di Evangeline : — '' Songes-tu à moi qui tant de fois t'ai applaudi ? "

C'était toute la différence, et des fragments pris dans l'ensemble des pièces de Victor Hugo et de M. Fréchette vont prouver tout de suite mon assertion :

VICTOR HUGO

Voilà quelle était ma pensée, Quand sur le flot sombre et grossi Jo risquai ma nef insensée. ^

Echangeant nos signaux fidèles, Et nous saluant de la voix, Pareils à deux sœurs hirondelles, Nous voulions, tous deux à la fois, Doubler le même promontoire, Kern porter la môme victoire.

FRECHETTE

Pourtant, naguère encore, suivant la même étoile. Nous n'avions qu'une nef, nous n'avions qu'une voiU%

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