CADIEUX
Les légendes appartiennent aux premiers qui les recueillent, les écrivent et leur donnent le cachet personnel auquel on reconnaît le style de tel ou tel auteur.
Parmi les écrivains étrangers que ce genre de littérature a passionnés figurent au premier rang les frères Grimm, qui ont j)arcouFU toutes les campagnes de l'Empire allemand en quête de traditions hé-
roïques, et qui en ont fait une ample moisson et dô nombreux récits dont aucun poète ou romancier n'a jamais songé à leur contester la paternité.
L'œuvre patriotique des frères Grimm, M. J.-C. Taché l'a continuée sur le sol du Canada ; et ce littérateur original a publié une foule de légendes populaires qui nous ont révélé de sublimes actes de courage et de dévouement restés trop longtemps ignorés, et qu'aujourd'hui nous évoquons, avec fierté, comme une part du patrimoine glorieux que nous ont légué nos pères.
î^ LE I.AIKÉAT
Une (les plus émouvantes traditions qui aient été recueillies par M. Taché est celle du dernîer exploit de Cadieux, cet héroïque coureur des bois qui, pour sauver des compagnons poursuivis par les sanguinaires Iroquois, périt dans la foret primitive de l'Ottawa, et que Ton retrouva, quelque temps après sa mort, couché dans une fosse creusée de ses propres mains, et pressant encore entre ses doigts glacés une écorce de bouleau à laquelle il avait confié — sous forme de complainte — ses dernières angoisses et son suprême adieu.
Pour obtenir les renseignements qu'il lui fallait pour écrire l'histoire de Cadieux, M. Taché fit de }ongs voyages, et mit à contribution ses connaissances intimes et pratiques de la rude vie des hommes de la foret.
Ce ne fut qu'après bien des tentatives infructueuses qu'il parvint à rencontrer quelqu'un se rappelant encore, mais vaguement, la complainte qu'on avait trouvée, il y a deux cents ans, sur la poitrine du héros mort victime de son dévouement ; et les quelques bribes cpie lui en dit un vieux guide — ^le père Morache — lui aidèrent à reconstruire et à remettre eu lumière un des faits les plus remarquables des premiers temps de la colonie, que l'ombre de l'oubli noyait déjà, et qui, sans l'auteur de Forestiers et Voi/ageiirs^ se serait vite évanoui dans la nuit des âges.