‹ Le lauréat: critique des œuvres de m. Louis FréchetteChapitre 34 sur 75 · C ADIEUX · texte numérisé non relu

C ADIEUX

Dans son récit M. Taché a mis, grâce u sa riche imagination, la poésie et le merveilleux qui se trouvent dans toute légende, et, une fois son Codieux publié, personne ne pouvait judicieusement le traduire ou l'amplifier, sans donner le nom de celui qui l'avait originairement écrit.

Un écrivain n'avait pas plus le droit de tirer parti du travail de M. Taché, sans lui en attribuer le mérite littéraire, que AC. Lemay, par exemple, ne pouvait, comme traducteur, signer Evangeline^ sans dire que Longfellow en était le véritable auteur.

En d'autres termes, l'auteur d'un récît légendaire a droit à la propriété littéraire de son travail, au même titre que l'auteur d'un roman historique. L'un emprunte son motif à la tradition qu'il invoque, l'autre prend le sien à l'histoire, et l'œuvre concrète appartient à l'écrivain qui a dramatisé l'un ou l'autre.

Mais M. Fréchette, lui, ne recule devant rien : il s'est emparé en tapinois de la légende de Cadieux, l'a versifiée cahin-caha, sans rien changer du cadre, sans mentionner le nom de M. Taché, faisant parler José à la place du vieux Morache, et poussant le sans-gêne jusqu'à utiliser des fragments de la phraséologie originale pour façonner ses hémistiches.

Si incroyable que puisse sembler un pareil escamotage, il est absolument vrai, et les citations que je ferai de la prose de l'auteur de Forestiers et Voyageurs

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et des vers du lauréat prouveront que celui-ci a cru pouvoir toujours tromper impunément le public.

Qu'on en juge :

" Cadieux était un voyageur-interprète marié à une Algonquine : il passait d'ordinaire l'hiver à la ehasse, et Tété il traitait avec les sauvages.'*

Un jeune homme au regard rêveur et idv dieux,

Un brave, que ces fiers trappeurs nommaient Cadieux,

Connaissant l'algonquin, leur servait d'interprète.

Ce regard studieux dans le premier vers que je viens de citer est évidemment pour donner une rime millionnaire li Cadieux^ et je ne connais rien de plus malhabile dans les vers les plus boiteux de M. Fréchette.

" On était alors au mois de mai, et Cadieux attendait les sauvages de l'Isle et des Courte-Oreille, qui devaient descendre en même temps que lui jusqu'à Montréal avec des pelleteries.

*' La plus grande tranquillité régnait dans les cabanes du Petit-Rocher, lorsqu'un bon jour un jeune sauvage, qui était allé rôder autour des rapides et en bas du portage, arriva, tout essoufflé, au milieu des familles dispersées autour des cabanes, en criant : Nattaoué ! Nattaoué ! "

Un soir du mois de mai, l'interprûtc et ses hommes Campaient précisément à l'endroit où nous sommes, Auprès d'un feu pareil ils apaisaient leur fiiim

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