CADIEUX ^Ô
D'un rustique repas qui tirait à sa fin, Et chacun s'apprêtait, pour reparer ses forces, A s'en aller dormir sous les huttes d'ccorces, Lorsqu^ un jeune sauvage, au parti dévoue, Arriva tout à coup, criant : IÇattaoué /
M. Frëcliette, qui ne paraît pas avoir compris ce que voulait dire Nattaouc\ et qui l'a écrit parce qu'il l'avait sous les yeux, chez M. Taché, a fait là — ce qui est un tour de force — un vers de onze pieds, puisque ce mot — qui signifie Troquois — ne se prononce pas Natta-on-é^ mais bien Natta%é,
" Il n'y avait qu'un seul moyen d'échapper, c'était de sauter les rapides, chose à peu i)rè3 inouïe; car, comme le disait le vieux Morache, ils ne so7it pas drus les canots qui sautent les Sept-Chutes. '^
— Ah ! messieurs, fit Jo.sé, je ne crains pas les luttes De l'aviron : mais là, descendre les Sept-Chutes, Nom d'un chien î aussi vrai que je suis de Sorel, Je l'ai dit bien des fois, ça n'i^t pas naturel.
Assurément, tout cela est bien étrange, et riiomnie de Sorel, qui est là pour la rime, pèche énormément contre le naturel, sans compter Je Vai dit bien des Jois qui est une affreuse cheville.
" On s'était, en partant, recommandé à la bonne sainte Anne, et l'on priait de cœur tout le temps. "
Le temps presse. On se fait de rapides adieux. . Les canots sont parés ; on invoque la Vierge.
— "Je n'ai rien vu dans les Sept-Chutes, disait
dans la suite la femme de Cadieux, qui était une pieuse femme, je n'ai rien vu qu'une grande dame blanche qui voUigeiit devant les canots et nous montrait la route ".
Aussi raconte-t-on qu'une femme sauvage Pendant que les canots s'éloignaient du rivage, Avait vu, dans le pli des grands brouillards douteux, Un long fantôme blanc qui fuyait devant eux.
M. Taché, se servant habilement du merveilleux, fait voltiger en avant des fugitifs une grande dame blianche qui leur montre leur route à travers les brisants des Sept-Chutes.
M. Fréchette, lui, qui n'avait pourtant qu'à suivre les lignes du canevas qu'il avait subtilisé, met dans le pli des grands brouillards douteux un long fantôme blanc, qui n'indique pas leur chemin aux canotiers, mais se sauve devant eux, comme s'il en avait peur; et ce qui est d'une grande beauté chez le prosateur devient une grosse sottise chez le versificateur, que la mesure et la rime ont forcé à défigurer son modèle.
" Mais ce n'était pas tout, cependant, il fallait encore que quelqu'un restât sur place pour opérer une diversion, attirer les Iroquois dans le bois et les empêcher ainsi, une fois engagés dans le portage, de porter leur attention sur les rapides et de eonr.aître ce qui était arrivé.
" Cadieux, comme le plus capable et le plus
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entendu de tous, . se chargea de la périlleuse mais
srénéreuse mission."
Mais l'abîme franchi, le problt me renaît.
Les cruels Iroquois, dont l'esprit se connaît En ruses de combats, d'espaces en espaces î^e sont échelonnés et surveillent les passes. lifai(t ici quelqu'un pour tromper l'ennemi, Il faut absolument qu'on choisisse parmi Tous ces désespérés un homme qui consente .1 coHvrir de son corps la terrible descente. (Jui se dévouera ?
— Moi, dit simplement Cadieux.
Diable! il fallait que Cadieux eût le corps passablement long pour en couvrir les Sept-Chutes.
Plaifanterie à part, le /awréa^i'exprimepas une idée juste quand il dit que Cadieux, appelé seulement à tromper l'ennemi, consenft à couvrir de son corps la descente de ses amis dans un rapide de l'Ottawa, tout comme un capitaine prêt à faire de sa personne un rempart aux soldats qu'il commande.
" Une heure ne s'était pas écoulée qu'un coup de fusil retentit, suivi d'un autre, puis de plusieurs. Pendant cette lutte, au bruit des détonations, les canots, engagés dans les terribles courants, bondissaient au milieu des bouillons et de l'écume. ..."
Et tandis queCft('ieux, qui remonte la berge,
Jette itn coup de fusil aux cent échos du soir.
On lance les canots (la'^s le tourbillon «< *•.
2\)Ht dhpanilt soudain dans T» nibre et dans Vf eu me.
Déclclénieiit, si nu rapide est un tourbillon, il doit être, à cause de ses flots écumeux, plutôt blanc que noir ; et je suis certain que M. Frécliette a écrit les deux derniers veins parce que Victor Hugo a dit dans les Orientales :
Aillai tout (lispiriit dîuis le noir tourbillon.
" Pendant trois jours les Iroquois battirent la forêt pour retrouver les traces des familles, ne «'imaginant pas même qu'ils eussent pu entreprendre la descente du rapide ; pendant trois jours aussi, ils traquèrent le brave voyageur dans les bois."
Sans doute Que le pauvre Cadieux, <5garé sous la voûte Des bois épais, loivfçtemps dut errer au hasard, De ravins en ravins traque comme un renard.
Pas besoin d'être un renard pour s'apercevoir que le lauréat n'a comparé Cadieux à un quadrupède que pour la rime.
Et sans doute qu'aussi, de dévoûment prodigue, Bien qu'épuisé de faim, de soif et de fatigue, Longtemps, à la façon de nos rudes chasseurs. Il avait liarcelé ses lâches agressenrs Qui de déjyit enfin battirent en retraite.
M. Fréchette prétend qu'un homme, traqué comme un renard et mis dans la nécessité de se défendre ou de mourir, est prodigue de dévouement !
Et que dire des Iroquois qui, harcelés par un seul