‹ Le lauréat: critique des œuvres de m. Louis FréchetteChapitre 36 sur 75 · CADIEUX · texte numérisé non relu

CADIEUX

homme, battirent en retraite de dépit, chagrin mêlé ■d'un peu de colère ?

" Plusieurs jours s'étaient écoulés depuis le départ des familles du Petit-Rocher, on avait eu connaissance du retour des Iroquois, et Cadieux n'était pas encore arrivé ; trois hommes partirent donc pour aller à la rencontre de l'interprète et de son compagnon. Ces trois voyageurs remontèrent l'Ontaouais jusqu'au Portage-du-Fort muh, trouver do traces de quoi que ce fût ....

" Deux jours plus tard, c'était le treizième depuis la séparation de Cadieux et des familles, ils revinrent sur leurs pas, après avoir consulté les sauvages qu'ils rencontrèrent, certïiins que leurs deux amis étaient rendus au lac des Deux-Montas^nes ou morts.

" En repassant de nouveau près du Petit-Rocher, ils aperçurent de loin, sur le bord du sentier du portage, à côté de la petite loge qu'ils avaient crue abandonnée quelques jours auparavant, une croix de bois dont ils s'approchèrent avec un respect mêlé d'un étonnement étrange. "

Après une longue semaine, Ses anciens compagnons, que le devoir ramène, Remontaient le portage, apportant des secours. Ils battirent les bois durant quatre ou cinq jours. Et, fatigués enfin de recberche impuissante, Ils allaient, l'âme en deuil, reprendre la descente, Lorsque, sous un abri d'épaisse frondaison, Une croix de bois brut qui soiiait du gazon Attira leurs res^ards.

Il n'y avait certainement aucun gazon au pied de cette croix plantée, comme on le verra plus loin, au bord d'une fosse fraîchement creusée, et c'est encore la rime qui a fait commettre à M. Fréchctte l'inexactitude que je viens.de souligner.

C'était dans ce lieu même.

Los cliorcheurs, à Taspèct de ce funèbre cmbltme, Accoutumés à tout, ne furent pas surpris.

Dans leur mule doulcnr ils avaient tout compris.

D'après la légende en prose, les compagnons de Cadieux s'étonneront avec raison de voir une croix dressée dans un endroit où tout récemment encore il n'y avait pas un être humain.

D'après la légende en vers, ceux qui étaient à la recherche du héros disparu ne furent pas surpris en apercevant de loin lo funèbre emblème, et comprirent tout de suite que Cadieux était mort, qu'il avait creusé de ses propres mains sa fosse, qu'il avait mis lui-même à sa tête le symbole de la rédemption du monde, et tracé sur une écorce de bouleau une complainte de onze couplets ! ! !

^' La croix était plantée à la tête d'une fosse, à peine creusée dans le sol, et dans cette fosse gisait le corps encore frais de Cadieux, à demi enseveli sous des branches vertes. Les mains du mort étaient jointes sur sa poitrine sur laquelle reposait un large feuillet d'écorce de bouleau couvert d'écritures.

*' Celui d'entre eux qui savait lire lut les écritures

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confiées à ce papier des bois et les relut plusieurs fois, en face du cadavre à peine refroidi du bravé Cadiciix."

Ils s'approchèrent. Lîl, clans une fosse ouverte, De quelques branches d'arbre à demi recouverte, Un cadavre gisait, à peine refroidi.

Le dernier hémistiche, bien sûr, n'a pas dû coûter grand effort h M. Préchette : le rimeur n'a eu qu'à le décalquer de la dernière phrase que j'ai citée de M. Taché.

C ' était Cad i eu x . Son i ron t , par I a m ort alou rdi, Gardait comme un reflet de l'oraison suprême.

Cadieux devait avoir, en effet, le front lourd : il -était mort et enterré ; et la contradiction flagrante <ju'il y a entre l'idée que le héros avait le front alourdi -et celle qui nous le montre comme animé encore par le reflet divin que la prière met sur la figure des «agonisants est chez le versificateur une nouvelle preuve de son manque d'équilibre et de logique.

Dans sa main décharnée un rustique poème Que, sans doute déjà couch é dans son to7tibeau, lue doux martyr arait écrit sur un laïnbeau D'écorce, reposait sur sa poitrine éteinte.

Pour M. Fréchette une fosse, a peine creusée dans le sol — comme dit M. Taché — est un tombeau.

Pas exigeant, le poite national.

Et puis je trouve pas mal tortillé et entortillé ce

lambeau d'écorce reposant en même temps sur la poitrine et dans la main décharnée de ce dowjc martyr, qui avait poussé la douceur jusqu'à harceler ses ennemis et à les faire battre en retraite.

'' Cadieux était voj'ageur, poète et guerrier ; ce qu'il avait écrit sur Técorce dont il est parlé était son chant de mortJ'^

C était son chant de mort et sa deriiièro plainte.

(Jetait son chant de mort est un autre hémistiche qui a été pris tout fait dans la phraséologie de M. Taché, comme et sa dernière plainte n'est qu'une saillante et grossière cheville nécessitée par la rime*

Qu'on se le rappelle bien, M. Fréchette n'a pas même mentionné dans son Cadieux le nom de M. Taché dont il avait ainsi servilement copié le thème.

Et voilà une fois de plus prouvées, la probité, rimagination, la logique et l'originalité du lauréate

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