‹ Le lauréat: critique des œuvres de m. Louis FréchetteChapitre 37 sur 75 · UN CONCOURS · texte numérisé non relu

UN CONCOURS

Regardez autour de vous : tout ce qui palpite, murmure, gazouille, chante, est frelo et délicat.

Le roseau qui, sous les baisers de l'onde ou du \Q\it, vibre avec tant de douceur et d'harmonie, est un arbuste grêle ; le blé, auquel la brise donne des ondulations si mélodieuses, est une plante fluette ; le rossignol est un des plus petits maestros de la forêt ; le stradivarius, sur les cordes duquel frissonnent tour à tour la voix humaine, le gazouillis des sources, la chanson des nid?, est un instrument que le moindre choc peut briser.

Et pourquoi le divin ouvrier a-t-il fait la femme plus fragile que l'homme ?

Sans doute, pour que son cœur, débordant de passion, d'extase et d'amour, vibrât plus spontanément et plus largement aux souffles des sentiments les plus délicats, les plus purs, les plus enthousiastes et les plus généreux.

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Il eu est ainsi des poètes et des artistes qui sont, presque toujours, faibles comme des femmes, vibrants <îomnie des roseaux que le moindre souffle agite, et dont la sensibilité en fait, pour ainsi dire, des êtres h part.

Edouard Turquety, faisant allusion à la nervosité inhérente au tempérament des potîtes, a écrit :

>'e vous (•tonnez point, créatures divines, Qi.o la sève bouillonne et batte vos poitrines Jusqu'à tuer Vusjourn. ^

Théophile Gautier, s'adressant à la pléiade des poètes de 1830, ces révolutionnaires de la forme qui ont accompli de si merveilleuses choses, disait :

C'est là le grand souci qui tous, tant (lue nous sonnncs.

Dans cet âge mauvais, austères jeunes liomnies,

Nous fait le teùd lixide et nous cave les yevx ;

La passion du beau nous tient et nous tourmente,

La sève sans issue au fond de nous fermente,

Et de ceux d'aujourd'liui bien peu deviendront vieux. -

Assurément, ce n'est pas en parlant de M.

Fréchette que Gautier et Turquety eussent écrit les vers que Je viens de citer.

Non, il n'y a pas à craindre que la sève poétique qui lui bat la poitrine n'aille J^^&T/^rd tuer ses jouvé;

D'ailleurs, l'enveloppe qui le cuirasse peut endurer bien des coups de cette sève avant qu'elle se rompe.

•I. Amour et Foi. 1ère strophe de V A/ne des P.K'fes. 2 Poésies Complètes t 3ème strophe de Dci.ujt.

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