‹ Le lauréat: critique des œuvres de m. Louis FréchetteChapitre 71 sur 75 · LES VOIX D'OUTRE-MER · texte numérisé non relu

LES VOIX D'OUTRE-MER

Le jour où l'auteur des Fleurs boréales faisait dire •à la Patrie qu'il avait remporté le premier prix de poésie décerné par l'Académie française, il devait, grisé par la superbe inhérente aux médiocrités, avoir complètement perdu la tête ; et ce que Ferdinand Brunetiëre, un des quarante immortels, dit dans la Grande Encyclopédie du XIXème Siècle va prouver tout de suite que le démenti que j'ai opposé à la vantardise de M. Fréchette était mille fois justifiable.

Après le Dictionnaire^ dit Bmnetièro, rune des principales

•occupations de l'Académie française est le jugement de ses

;nombreux concours et la distribution de ses prix. Elle n'en

a pas actuellement moins de vingt -trois à décerner chaque

année, dont dix-sept sont des jirix littéraires et six par con-

^séquent des prix dits de vertu. Jj{i 'prix (V éloquence, fondé par

Balzac, et le prix de poésie, dont les fonds, après avoir été faits

d'abord par les académiciens eux-mêmes, l'ont été longtemps

par une fondation qui remontait à M. de Cl erm ont-Tonnerre,

•évêque de Xoyon, membre de l'Académie française, ot le

sont aujourd'hui par le budget, sont les seuls qui soient mis

<iu concourn, à proprement parler, c'est-à-diro, les seuls dout

U sujet soit donné par l'Académie.

Donc, M. Frëchettc, n'ayant fait que soumettre à TAcadémie, sous le titre de Fleurs boréales et Oiseaux de Neige^ des pièces qui avaient déjà paru dans les difterents journaux du pays, dans Mes Loisirs et Pêle-Mele^ n'a pas pris part à un concours dont le sujet était imposé par les imrtiortels^ et conséquemment n'a obtenu ni un premier ni un dernier prix de poésie, mais simplement un prix de vertu.

Au demeurant, M. Fréchette, en 1880, ne cherchait pas, non plus, à décrocher autre chose qu'un prix de y;er^?/, témoin la correction qu'il fit, — avant de soumettre ses Fleurs boréales à l'Académie, — à l'une des strophes de Reminiscor^ pièce qu'il avait adressée de Chicago à son ami Alphonse Lusignan,. et dans laquelle on lisait les vers suivants :

Tout était pour nous sujet d'amusettes.

Sans le sou parfois, mais toujours contents, Nous suivions aussi le pas des grtsettes

Le poète national, croyant que l'Académie se scandaliserait de ces grisettesAk, avait mis dans Beminiscor la variante que voici :

Tout était pour nous sujet d'amusettes.

Sans le sou parfois, mais toujours contents, Nous suivions aussi le pas des fillettes.

Mais ce qui est plus drôle que cela c'est que M. Fréchette, une fois son prix de vertu dans, sa

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