‹ Le lauréat: critique des œuvres de m. Louis FréchetteChapitre 72 sur 75 · J.ES VOIX D*OUTRE-MER · texte numérisé non relu

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poche, lit un pied de nez aux immortels et réinstalla les grisettes dans une édition subséquente, publiée en 1886, — par pur amour pour la rime riche, comme de raison.

D'ailleurs, on n'a qu'a ouvrir Larousse pour savoir quelle sorte de prix les Fleurs boréales ont valu à leur auteur.

Parlant de quelques écrivains canadiens dans son suppplément, le grand encyclopédiste dit de M. Fréchettc :

L'Académie française lui nccorJa, e!i *18S.), u!i pri>c di^ 2,500 francs sur Ja fondation ^fontyon, bien qu'il soit de règle qu'un Français seul puisse concourir pour ce ])rix.

Tous les littérateurs du pays savent que c'est M. Xavier Marmier qui fit faire à T Académie cette exception en faveur de M. Fréchettepour témoigner sa sympathie aux Canadiens, qui ne lui avaient pas marchandé la leur lors de son passage au pays, pour reconnaître les eftorts qu'ils ont déployés en voulant conserver leur langue sous le régime britannique, et, enfin, pour resserrer les liens qui unissent la France et le Canada.

A propos, voici ce que le Bon Combat disait dans son numéro du 1er mai do l'année dernière :

Nous prétendons que le couronnement de M. Fréclicttc par l'Académie française est surtout une gracieuseté pour les Canadiens (pi ont conservé leur langue parmi les Anglais.

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A cela M. Fréchctte, ne pouvant alors prévoir que quelqu'un viendrait, un jour, faire connaître la véritable valeur d'un prix Montyon, répondit, avec rîniperturbable aplomb qu'on lui connaît, par les lignes ci-dessous :

Quant ù mes ver-*, il est entendu que si l'Académie les a coiu'onnéjs c'est qu'elle n'a pas hésité à sacritier sa réputation pour fji ire plaisir aux Canayens, — une drôle d'idée tout de même que de vouloir récompenser tout ini peuple avec un prix d'enfant, tellement ridicule qu'on ne l'ofirirnit pas à un poète de troisiènu» ordre, un prix tellement insignitiant que c'en est une pitié.

M. Fréchette laisse entendre que, pour faire une gracieuseté à un petit peuple, il faut pins qu'un prix de xertiL

Pourtant la valeur d'un présent est dans la manière dont il est 'fait, — une simple fleurette peut parfois valoir un bijou, — et il est évident que ce n'est pas tant un des prix Montyon en lui-même qui devait honorer les Canadiens que l'exception faite par l'Académie en faveur de l'un des nôtres, qui, comme étranger, ne pouvait prétendre à l'un de ces prix.

Et puis, comment l'Académie pouvait-elle sacrifier sa réputation en donnant à M. Fréchette un prix <|ae, depuis un temps immémorial, elle décerne aux jeunes gens, à titre d'ercouragement ?

La preuve étant faite que l'auteur des Fleurs

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boréales n'a eu qu'un des prix Montyon, voyons maintenant ce que Larousse dit de ces prix :

Prix 3Iontj/on. L'Académie a scindé en un grand nombre de prix la rente laissée par le célèbre philantrope à «a disposition pour qu'elle pût récompenser l'ouvrage le plus utile aux mœurs. En réunissant les intérêts arriérés et les sommes provenant de prix non distribués les années précédentes, l'Académie décerne ordinairement trois, quatre ou cinq prix de 2000 à 2,500 francs, et de deux à cinq médailles de 1,5(K) francs à des ouvrages très divers. On voit figurer ensemble, parmi les ouvrages couronnés, des traités d'économie politique, des études littéraires et même des biographies d'artistes.

Comme on voit, le couronnement d'un volume de poésie dans la catégorie des ouvrages que Larousse mentionne n'a pas une bien haute portée littéraire.

Mais, puisque M. Fréchette s'est efforcé, par un trait ironique et plus ou moins spirituel de dépister ceux qui seraient tentés de croire au peu d'importance d'un prix Montyon, je vais lui montrer qu'il a encore manqué là son coup, et cela, en publiant un passage d'une lettre que je reçois à l'instant du grand écrivain français, M. Edmond Biré, que les lecteurs du Courrier connaissent depuis longtemps, et à qui j'avais demandé quelle signification élogieuse il fallait voir dans le couronnement d'un livre par l'Académie française.

Tous les ans, dit M. Biré, l'Académie couronne une trentaine de volumes, et dans le nombre il y en a toujours une bonne moitié qui sont parfaitement médiocres. Cela res-

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semble un peu trop à ces distributions de prix des pensionnats de demoiselles, où, pour contenter tous les parents et achalander la maison, on donne des prix et accessits à toutes les petites filles.

Bien que le prix décerné à M. Fréchette soit^ selon M. Biré, quelque chose- comme un prix de petite fille, le Polyhihlîon^ revue bibliograpliique qui fait autorité en France, laissait entendre, dans son numéro de juin 1881, que le poète canadien n'avait pas même mérité un tel prix.

S'il est une chose pour laquelle il soit convenable de mani-^ f ester du respect, disait le Polyhihlion, c'est le jugement de l'Académie, quoiqu'elle se trouve trop souvent 2)ort€e à récompenser dans un auteur sans talent de bonnes intentions morales^

En couronnant le poète canadien, auteur des Fleur.^ horéaleSj elle a été guidée non seulement par rhonnCteté du livre, mais encore par sa provenance transatlantique.

Peut-on d'une manière plus polie dire à un homme qu'il n'a pas de talent et que son volume aurait été jeté au panier si M. Fréchette eût été un Françaisde là-bas?

Peut-être aurions-nous préféré rencontrer un talent pluspersonnel, plus orhjhuil, plus canadien. Ainsi, M, Fréchette chante la découverte du Mississipi, la majesté des grande fleuves, le Saint-Laurent s'écroulant dans l'abîme gigantesque du Niagara. Ce sont des paysages cent fois plus grandioses que ceux du vieux monde; mais nous ne trouvons pas que le poète rende assez cette différence d'impression, ni que les tableaux se dessinent avec la précision exotique qu'a mise, par exemple, l'auteur des Pohnes barbares dans ses paysages de l'île Bourbon. Si le côté descriptif est faible^ le côté idéaliste ne Vest pas moins.

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Malgré quelques belles strophes (ja et là, nous ne trouvons point cette large conception de la nature et de ses rapports avec rhonime qui se recontre chez certains poètes, comme M. de Laprade, et donne à leur œuvre une beauté d'ordre supérieur et une véritable portée philosophique. Trop volontiers M. Fréchette se contente d'impressions toutes /allée et rend plutôt l'émotion du voyageur vulf/aire (lue du poète voyant et sentant autrement que la foule.

C'est M. X. Marmier, qui, croyons-nous, en sa qualité de voyageur, a découvert la poésie canadienne et s'est fait le 'patron de ^r. Fréchette.

L'Académie a décerné pour la première fois un de ses prix à une œuvre écrite en langue française par un sujet étranger. Elle a jugé que l'auteur appartenait à notre race et saisi cette occasion d'afîirmer l'unité d'origine et de resserrer l'amitié do la France et du Canada.

Tout cela confirme eu tout point ce que j'ai toujours prétendu, que M. Fréchette n'a aucune originalité, qu'il n'est qu'un r?^Z</aîre versificateur, qu'il «e contente d'impressions toutes faites^ et qu'il n'aurait jamais été couronné par l'Académie si M. X. Marmier n'eût pas été son patron et n'eût pas fait saisir par les im.m.ortels l'occasion d'affirmer Vunité cVorigine et de resserrer Vamitié de la France et du Canada,

Et puis, qu'aurait dit Técrivain du Pohjbiblion si, comme nous, il eût étudié minutieusement l'œuvre du lauréat, s'il eût découvert que les trois quarts et demi de ses vers sont de grossières imitations, quand ce ne sont pas des vols ?

M. Paul Féval, le grand romancier, n'a pas été

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beaucoup plus tendre pour M. Fréehette, coinme en fait foi cet extrait d'une lettre adressée à un ami de l'honorable M. J. Tassé et publiée dans la Minerve du 25 juillet 1881, à propos du vol de la Bastide rouge :

Ah î saperlotte ! Cet infortuiio do M. Fréehette, il a sœutpérillensé ! ! J'en suis bien marri pour hii. C'était un joli talent, mais p.as bien gros, où il y a la même différence entre lui et notre vieux sauvage d'Hugo qu'entre l'incendie de Paris et l'incendie d'une boîte d'allumettes.

Sans doute, il serait oiseux d'ajouter d'autres preuves à l'appui de ce que je soutiens depuis bientôt cinq mois.

Cependant, comme il existe peut-être encore des fanatiques qui persistent à voir en M. Fréchete un grand écrivain, je vais leur mettre sous les yeux ce que l'un de ses meilleurs amis, le poëte et critique parisien, Charles Fuster, a dit, dans ses Poètes du Clocher^ de la Légende d^un Peuple et de son auteur :

M. Louis Fréehette est, dit Fuster, sinon le premier, du moins le plus connu des écrivains canadiens

Xotrc auteur appartient à cotte race robuste en qui la vigueur anglo-saxonne complète la vivacité gauloise. Epaules carrées, teint frais, cheveux blonds, regards francs, lunettes d'or, démarche aisée, voix forte,— tel apparaît l'auteur de la Légende tV un Peuj)le

Et tel je l'ai vu, tel je l'aime, car on n'a, en le regardant. f>n lui fjarlant, ni désillusion, ni mécompte : cet homme-là ne diminue pas son œuvre.

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