‹ Le lauréat: critique des œuvres de m. Louis FréchetteChapitre 73 sur 75 · LES VOIX D'OUTRE-MER · texte numérisé non relu

LES VOIX D'OUTRE-MER

Après avoir fait une longue analyse delà Légende iVun Peuple, en avoir reproduit quelques fragments qu'il a été obligé, comme on a vu, de corriger pour ses citations, Charles Fuster ajoute :

Je ne suis pas un pédant, ot serais désolé d'en devenir un. Je ne m'attarderai donc point aux remarques de détail, aux observations de style, aux chicanes superficielles. Le livre de M. Fréchette a ses défauts. Quelques passages sont emphatiques ; la plupart raqypellent trop, par leurs périodes oratoires et leurs beaux vers coulés en un moule uniforme, la rnanitre et le procède de Victor Hugo.

Certes ! je crois bien que la plupart des vers de M. Fréchette sont coulés en un moule uniforme et rappellent trop la manière et le procédé de Victor Hugo : j'en ai fait voir un grand nombre qui avaient été volés tout entiers dans les meilleures pièces du maître, et l'on n'aurait, sans doute, qu'à chercher pour en trouver bien d'autres.

Je Tai déjà dit, continue M. Fuster, certains épisodes absolument remarquables ont été négligés par notre poète ; il les reprendra plus tard, sans doute, et, pour un volume achevé, Pouvrage lui-même n'est pas fini.

L'ouvrage du lauréat est tellement fini pour lui, il lui est si peu possible de reprendre les épisodes qui, selon Fuster, ont été négligés, que depuis que l'auteur des Poètes du Clocher a écrit les lignes ci-dessus, M. Fréchette a fait paraître une nouvelle édition de la Légende d'un Peuple et qu'il n'y a fait aucune correction.

18 LE LAUKÉAT

Je ne voiidmis pas mettre en pratique l'histoire du pavu (le l'ours. Prétendre que M. Fréchette a surpassé Hugo, Lamartine, Leci^nte de Lisle, Laprade ou même Brizeux, ce serait exagérer.

Ce serait tellement exagérer que Charles Faster n'a fait cette réflexion si pleine d'ironie que i)onr faire rire ses confrères parisiens et s'en faire pardonner les quelques petits éloges qu'il adresse à M. Fréchette.

Je le reconnais, notre auteurs'est vu servi à souhait par un sujet exccptionneJ, un ensemble d'actions intrépides, de mots héroïques, de sentiments qui nous étonnent, d'exemples qui nous relèvent. Des éléments pareils, assemblés par quelque artiste que ce soit, formeront toujours une œuvre intéressante, sinon parfaite, et saisissante en sa luicUiê.

Effectivement, M. Fréchette avait un sujet exceptionnellement propre à être traité en vers, — l'histoire du Canada, — et cependant tout ce qu'il en a tiré est une nudité qui, pour sûr, est trhs saisissante.

Je ne sacre donc pas M. Fréchette grand écrivain ; je ne vois en lui, jusqu'à l'heure présente, qu'un lettré de talent, (remarquez bien, un lettré, pas un littérateur) un historien évoeateur, un patriote amoureux des blessure de: sa patrie.

11 ne peut donc y avoir ici qu'un avis : toutes ces réflexions dans la bouche d'un écrivain qui veut du bien à M. Fréchette, que l'amitié tout naturellement porte à l'indulgence, constituent un éreintement en règle.

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