‹ Le lauréat manqué [microforme]Chapitre 9 sur 14 · OUS · texte numérisé non relu

OUS

canadien, écrit à la page 138 de s2s Feuilles d'érable :

Les vallons aux abois râlent sous l’avalanche.

Ce sont là des avalanches suisses, je suppose, importées pour la circonstance à Montréal.

Peut-on mieux démontrer la mauvaise foi de l'individu ?

Evidemment il comptait sur le dédain de celui qu'il attaque.

Malheureusement pour ses calculs, s’il est au-dessous d'un Fréchette de se défendre d’un Chapman, il est des cœurs vaillants qui n’ont pas les mêmes raisons de reculer devant la beso-

a Dans un autre endroit, le coucou s’aventure encore bien imprudemment.

‘ M. Fréchette, dit-il, était loin, bien loin de soupçonner qu’en esseyant de pallier l’abomination où s’étalent, dans la folle avoine, deux compagnons de saint Antoine, il allait encore me fournir l’occasion de prouver qu'il n’est qu'un ridicule plagiaire.

‘ J'ai été, pourtant servi à soies — pardon à souhait (de la finesse même !) — puisque dans le Chasseur noir de Victor Hugo, à la page 302 des Châtiments, édition Hetzel, on lit ( une indicacation, pour une fois !):

Tous les démons de saint Antoine Bondissent dans la folle avoine.

‘ Oh ! là, là !” ‘“ Encore pris, M. Fréchette, encore pris !

Pas veinard avec moi, le lauréat !” Non, n'est-ce pas ? Heureusement que M.

Chapman, lui, est plus veinard. Dans ses

Feuilles d'érable (mortels, saluez !) je lis à la page 184 :

… On causait dans l’avoine Devant un ours géant que le chasseur Antoine...

Li même pièce :

.… dans un champ d'avoine, Je revis l'animal abattu par Antoine.

Quel ridicule plagiaire !

Très veinard, lui, le pseudo-lauréat !

Je pourrais remplir toute une brochure, si je 4 voulais seulement indiquer les pièces de Fré- 4 chette qui ont été imitées, parodiées et surtout # défigurées par Chapman.

eme contenterai d’un exemple court, mais éloquent.

oici une petite pièce publiée pour la première fois dans la Patrie du 14 juillet 1883, et que l'auteur a incorporée plus tard dans l’épilo- # ue de la Légende d'un Peuple. Elle était intitu- à ée France :

Quand des antiques jougs l'humanité se lasse, Quand il est quelque part un peuple à secourir, Qui donc à l'horizon voyez-vous accourir ?

A genoux, opprimés, | c'est la France qui passe !

Sans espoir et sans Dieu, l'enfant de la forêt Traîne:t-il sa misère à l’autre bout du monde, Qui donc va lui verser la lumière féconde ?

Nations, saluez ! car la France apparaît !

De l'immense avenir resplendissante aurore, Pour vous joindre en faisceaux, peuples de l'univers, Faut-il percer les monts ou rapprocher les mers.

Paladin du progrès, la France arrive encore !

Voilà, n'est-ce pas, de fortes pensées habile-

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ment condensées, sobrement exprimées. Eh bien, voici maintenant la paraporase, l'amplification banale. Presque point d'effort pour déguiser l'emprunt.

Alle ce trouve dans une pièce intitulée : La France, qui fut imposée par l'auteur, M. Chapman, au banquet Vermond, en octobre de la même année.

Comparons bien :

L'humanité gémit sous des jougs centenaires : La France tout à coup fait gronder ses tonnerres, Et, volcan qui vomit une lave d’airain,

Elle secoue au vent les tours de la Bastille.

Et l’astre de juillet à l'horizon scintille,

La sainte liberté rouvre son vol serein,

L'enfant de la nature, aux limites du monde, Rampe sous le fardezu de sa misère immonde ; La France à son grand cœur sent la pitié venir … Elle élève la voix. et ses missionnaires

Vont évangeliser les tribus sanguinaires,

Et font sur les déserts flamboyer l’avenir.

Les grandes nations, que le progrès enivre, Veulent faire tomber tout ce qui peut survivre Des obstacles nuisant à leur fraternité :

Elle prend son compas, son pic et sa truelle... Et les monts affolés s'entrouvent devant elle, Et l’océan la suit comme un lion dompté.

Voilà ! Qu'en dites-vous ?

Je pourrais citer plus de vingt pièces dont

le lauréat déconfit a accouché de la même façon. La seule différence qu’il y ait entre les deux

auteurs, c'est que, d’un bon plat de Fréchet-

te, le coucou fait à tout coup une plate salade.

Ce n’est jamais raté !

Dans une autre pièce intitulée : La forét

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vierge, Fréchette fait une description, et au moment où il est plongé dans l'évocation du passé, il entend le sifflet d’une locomotive.

Ce passage d’un train prouve que la forêt vierge n'existe plus et que le génie humain a vaincu le passé.

Chapman, dans une pièce intitulée aussi La forêt vierge, y va aussi de sa petite description et de sa petite évocation. Soudain il entend... un coup de fusil !

Chose extraordinaire, inouïe, inattendue : un coup de fusil dans une forêt !

Dans la pièce de Fréchette, il y a une pensée profonde, dans celle de Chapman il n'y a qu'une ineffable niaïiserie.

Que voulez-vous ?

De même, dans Renouveau, Fréchette, un jour d'hiver, passe dans une lande, et voit aux branches d’un buisson les débris d’un nid d’oiseaux \

Chapman, lui, se promèue sur la grève, et aperçoit, dans un buisson, dévinez quoi ?..… un petit enfant !

Le nid délabré inspire à Fréchette des réflexions sur les beaux jours envolés de sa jeunesse ; et le petit enfant dans le ‘buisson inspire à Chapman des réflexions sur son enfance.

Ma nourrice m'a souvent raconté que les enfants poussaient dans les choux ou dans les roses, mais elle ne m'a pas jamais dit qu’il en venait dans les buissons.

D'un joli sujet, M. Chapman fait une trivialité absurde. Toujours la différence entre le poète et le poétereau, di

M. Fréchette attendrit le lecteur, M. Chap- “man le foit pouffer. Sans cette petite infirmite,

l’auteur des Feuilles d'érable aurait pu se faire couronner, lui aussi, par l’Académie française.

Mais, même depuis son concours pour le prix Montyon, notre lauréat Qt ne ne peut s'empécher de plagier Fréchette ; l'habitude l’emporte. Elle est devenue pour lui une seconde nature.

Il a publié, voilà deux ans, dans la Kermesse, de Québec, ce qu’il appelle : Fragment d'un poème de longue haleine intitulé Jacques Cartier, et où, par parenthèse, on trouve des Bretons à la trempe de chêne !

Pends toi, brave Allard, ta gloire est éclipsée ! Tu n’as fait que trouver le moyen de tremper le cuivre : Chapman trempe le chêne.

À part cette trouvaille de la trempe du chêne, ce fragment est un démarcage, aussi servile qu'audacieux, de la Légende d'un peuple.

Le tout est pillé dans Notre histoire, dans /a Renaissance, dans Saint-Malo, dans le Saint-Laurent, dans Du Calvet, mais en particulier dans la pièce intitulée: Ante Lucem. Chapman fait de celle-ci: Vox et lumen.

Les citations seraient trop nombreuses ; je couseille au lecteur de faire la comparaison. Il y a de quoi se tordre comme un tire-bouchon.

Je ne puis cependant résister au désir de faire toucher du doigt quelques lignes, qui donneront une idée du reste :

FRECHETTE

Un vent de renouveau sur la France soufflait. Son diadème d’or se nimbait au reflet

Du radieux soleil qui fut la Renaissance.

Le roi François premier, ar sa magnificence

— N'ayant pu, dans sa soif ardente de jouir, Vaincre l'Europe — au moins tâchait de l’éblouir

‘de ne rien critiquer. F

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