‹ Le lauréat [microforme]Chapitre 31 sur 66 · UNE TROUVAILLE S · texte numérisé non relu

UNE TROUVAILLE S

Oui, péris s'il le faut,—pardonne à ce mot sombre—

Ainsi qu'un grand navire incendié qui sombre,

Ou plutôt comme l’astre immense qui s'éteint,

Le soir, dans les brasicrs de l'horizon lointain,

Drapé duns Les replis de sa pourpre sanglante,

Et qui longtemps après que sa masse aveuglante

S’est engloutie au loin dans les cieux entrouverts,

De ses rayons mourants dore encor l'univers.

“ L'egfant de la nature de M. Chapman devient chez M. Fréchette l'enfant de la forêt ; cet enfant rampe sous le fardeau de la misère, d’après M. Chapman ; ce même enfant fraîne sa misère avec M. Fréchette, ct il la traîne à l'autre bout du monde, tout comme celui de M. Cnapman aux limites du monde.

M. Chapman parle du progrès des nations ; M.

Fréchette le suit sur ce terrain ; seulement il perce les monts au lieu de les faire s’entr'ouvrir ct il remplace la mer par l'océan. Belle trouvaille ; transfiguration difficile !

‘ Quant au soleil couchant de la France de M. Fréchette, c’est exactement le soleil couchant de M. Chapman ; le soleil couchant du lauréat dore æncore l’univers, c'est-à-dire le ciel des nations de d'auteur des Feuilles d'Erable, et ce qu'il y a de plus intéressant, c’est que la dorure est accompagnée «le la même pourpre pour les deux soleils ! ”

N'ayant absolument rien à répondre aux accusations de plagiat que M. le rédacteur du Bon

s6 LE LAURÉAT

Combat portait récemment contre lui à propos de mon Ærable, de mes Joies et Souffrances d'Hiver et de mon sonnet à M. Beaugrand,—M. Fréchette, après s'être borné à citer les trois preinières strophes de sa pièce ct de la mienne, dit ou fait dire ce qui. suit dans la Patrie du 26 juin dernicr :

Ainsi, d'après M. l'abbé Baillairgé, il y a plagiat. C’est aussi notre avis. h

Seulement le plagiairen'cst pas celui que M. l'abbé pense, nous sommes assez charitables, quoique misérables laïques, pour ne pas l'aceuser d'une canaillerie qui ferait peu d’honneur à l’habit qu'il porte.

Non, le plaglaire n'est pas eclui qu'il pense, car la pièce de M. Fréchette n'a pas été publiée pour la première fois dans la Légende d'un Peuple, mais a été composée et publiée pour la fête du 14 juillet 18513,

Le poète en a retranché une strophe ct l’a mise en tète de la pièce qui sert d’épilogue à son volume.

Nous nous rappelons méme que, lorsque M. Chapman lut la sienne au banquet Vermond, les gens disaient : “* Mais cest la paraphrase de ton Quatorie Juillet, Fréchette.”

Autant de lignes autant d’accrocs à la vérité.

Oui, M. Fréchette, vous mutilez ou vous faites mutiler affreusement lu vérité, et je vous défie de prouver que votre Quatorze Juillet a été publié em 1883, que vous en avez pris une strophe pour faire l'épilogue de votre Légende d'un Peuple; je vous défie de prouver surtout quë ma France, qui compte: neuf strophes, est la paraphrase du Quatorze Juillet qui en contient une vingtaine.

Vous blaguez vos lecteurs, M. Fréchette, et j’en ai convaincu mes amis en leur faisant voir la liasse:

UNE TROUVAILLE S7 de la Patrie où ils ont constaté que votre Quatorze Juillet a paru en 1881,—cen leur ouvrant lu Z gende d'un Peuple à la fin de laquelle s’étalent les strophes que vous m'avez enlevées pour en faire originairement le commencement de votre Toast à la Franrce.

Et puis, vous avez eu bien soin, M. Fréchette, de ne pas recver la dernière strophe de ma France, que M. l'abbé Baillairgé met en lumière.ct que vous m'avez prise comm les trois autres. Vous n'avez pas relevé cette strophe pour la raison Lien simple que la date de sa publication m'est favorable, comme d’ailleurs toutes les dates sont pour moi relativement à ce que vous avez cscroqué à votre frère, à Victor Hugo, Lamartine, Musset, Gautier, Leconte de Lisle, André Theurict, Maurice Rollinat, José-Maria de HHeredia, M" de Girardin, Crémazie, ete.

En tout cas, il ressort de ce qui précède que M. Fréchette a mille fois plus d’audace que de juge- "ment.

Et le fait d’avoir quitté son siège au banquet Vermond pour venir m'offrir ses congratulations démontre clairement--on ne va pas féliciter ceux qui nous volent, n’est-ce pas ?—que l'accusation du lauréat est mensongère, ct démontre bien aussi qu’il surgit toujours, tôt ou tard, à défaut de preuves péremptoires et tangibles, des circonstances assez éloquentes pour faire condamner un coupable, si audacieux et si retors qu'il puisse être.

IT Un petit fragment de Ja Bastide rouge et de L'Erilé pour terminer—ct «d perpetuan rei momo-

r'É ON :

ELIE BERTIHET

Et ce jeune homme, ce mauvais sujet, Auguste Flevriaux, n'a-t-cn jamais entendu parler de Jui? N'estil jamais revenu dans son pays natal?

a FRECHETTE

AUGUSTE. Et ce jeune homme, ce mauvais sujet, Fexité, en a-t-où jamais entendu parler? Est-il jamais revenu au pays ?

ELIE BERTHET

—Je ne crois pas, monsicur; car il y a eu un tomps où on l'eût lapidé s’il avait osé se montrer. C’est une histoire qui a fait grand bruit dans le temps. On était si indigné contre lui, qu’ fut obligé de se cachcor, ct on suprese qu'il s'embarqua sur un navire en jartance pour le Levant, Quoi qu'il en soit, un n'a jamais cu de ses nouvelles, ct tant micux; c'est un chenaz an de moins,

FRECHETTE

CaAYeu.—Non ; quand Îcs autres exilés sont revenus, j'ai entendu dire comme «a, sntre les branches, qu'il avait péri en voulant s'échapper du bâtiment qui 1és emmenait dans les pays chauds, aux Bermudes qu'ils appellent ecs pays-là, je pense. Mais il y avait pas de danger qu'il se rementre par icitte. Après ça, x fut s'fourrer parmi les révoltés des paroisses d'en haut. Il fut poigné, condamné à Ctre pendu, un tas d'affaires ; enfin il fut exilé avec les autres. Toujcurs qu'il cst mort, ct ma foi, “a pas de mal à ça, Y en a toujours assez. de ces vauriens-là dans le monde,

‘ ELIE BERTHET Amen ! répliqua le nabab avec sang-froid, Mais pour en

revenir à Linguard, il passe pour un honnéte homme, n'est-ce pus ?

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