UN DEFENSEUR
M. Fréchette, écrasé sous les accusations que l'on sait, n'osant me répondre sous sa signature, se cache derrière Carlos pour faire dans le National l'éloge de ses vers et tenter de démontrer qu'il ne m'a pas plagié.
Et savez-vous comment il s'y prend pour prouver son innocence ?
Il met en regard son Chêne et mon Erable, — où se trouvent, de son propre aveu, bien des mots imprévus, — mais il a le soin d'écarter une de mes strophes, celle qui frappe le plus par sa ressemblance avec une des siennes, et il me reproche des fautes de langue qui n'en sont pas.
Jugez :
" D'abord on ne dit pas, en français, l'ouragan ne peut le plier : c'esl ployer qui s'impose.
On voit, M. Fréchette, que vous vieillissez, que votre mémoire s'en va.
Effectivement, si vous aviez conservé cette prodigieuse mémoire qui vous a fait retenir — je dis retenir,
M. Fréchette — tant de vers exotiques et indigènes, v«ms vous seriez souvenu du Chêne et du Roseau, au moins du chêne auquel vous vous êtes récemment comparé avec tant de modestie, du chêne au pied duquel le roseau dit :
Je plie, et ne romps pas,
-Mais M. Fréchette aurait-il cent fois raison de m/imputer la faute signalée, qu'il n'en serait pas moins la pelle qui se moque du fourgon, témoin, ce que je trouve dans son Papineau, pièce filoutée à Lamartine et à Crémazie :
Où l'iiiglc canadien avait plié son aile.
Ce pli est d'autant moins excusable que M. Fréchette, malgré le peu de mémoire qui lui reste, saura toujours par cœur Victor Hugo qui a dit :
Les anti< nues du soir, dont autrefois saint Paul
Réglait les chants fidèles, - : Jcs stalles du chœur, d'où s'élance leur vol,
Avaient ployé leurs ailes. l
M. Fréchette, debout à la barre de l'opinion publique, continue son plaidoyer avec la même
adresse :
i. Les Chants du Cr.'puscufe, 3ème stropl-e de Dansl'égli <
UN DÉFEN8EUB 21
" Vous voyez. M.W. Chapman,que les compétiteurs peuvent être nombreux. Renoncez-y de bon gré, ce sera plus noble.
CHAPMAN
II peut protéger de son ombre Le troupeau le plue populeux.
En été, des oiseaux sans nombre
Chantent sur son front onduleux.
Je rêve !... Le troupeau le plus populeux ! ! ! Qu'est-ce que ça veut dire ?
Il doit être bien beau, ce vers, quand on le comprend
Mais je n'admire jamais de confiance, je n'ai pas la foi poétique ; un vers n'a pour moi rien de péremptoire. Raisonnons, s'il vous plaît.
Populeux signifie très peuplé. Donc, un troupeau populeuxest un troupeau très peuplé. Peuplé de quoi ? grands
dieux ! serait-ce de vermine? Aoli ! Shocking ! Vous allez me dégoûter de la poésie.
Devant cette lourde plaisanterie, je me suis emparé du lourd dictionnaire de Larousse, — le même avec lequel M. Fréchette a écrit sa Petite Histoire des Bois de France — je l'ai ouvert à la lettre P, et j'y ai trouvé ceci :
Ainsi de tige en tige, ainsi de race en race,
De ces troncs populeux la famille vivace
Voit tomber, remonter ses rameaux triomphants.
A demi satisfait de ce que M. Fréchette appellerait, lui, une trouvaille, j'ai ouvert Bescherelle, et j'y ai •copié le vers suivant :
Sans cesse reproduit leur foule populeuse.
Après cela, M. Fréchette, allez-vous continuer à
LE 1 AUltEAT
dire :— Une foule populeuse !! une foule très peuplée! peuplée di quoi t
JSrgo, M. Fréchette, renoncez <le bon gré à vos prétentions de Linguiste; ce sera plus noble, selon votre expression.
Après s'être inutilement battu les lianes pour démontrer qu'il avait le droit de se servir de mon Erable pour planter son Chêne, le lauréat ajoute :
D'ailleurs, La Fontaine n'a-t-il pas imité Esope ? Molière ne procédait-il paa d'Aristophane ; Barbier, de Juvénal?
Certainement, M. Fréchette, La Fontaine a imité Esope; Molière, Aristophane; Barbier, Juvénal.
Oui, plusieurs des grands écrivains français se sont inspirés des Grecs et des Latins. Oui, mais ils ne 1rs ont assurément pas plagiés.
Et l'eussent-ils fait, qu'ils auraient eu, au moins, le un' rite de les avoir traduits, tandis que M. Fréchette, lui, se borne à copier — mot à mot pour les hommes du métier — Victor Hugo, Lamartine, François < îoppée, etc., et jusqu'à son frère Achille <pii — soit dit en courant — a beaucoup plus d'imagination que lui.
Passons maintenant à la dernière partie du semblant de réponse que M. Fréchette vient de hasarder:
M. \V. Chapman appelle les foudres sur Ja tête de M. Fréchette ]>nvcr que celui-ci, dans une pièce intitulée Souvenirs de Jeunesée, après avoir rappelé les douces émoi ions