VI II
IXTIÏODO TI'.N
i, certes, ni le commerce ni l'industrie ne vent tuer la poésie.
Non, la poésie no peut disparaître.
Fille est !a plus haute et la plus intime expression de la nature humaine, et voilà pourquoi elle est l immanente.
Elle est immanente autant que les ehoses de la terre peuvent l'être, et elle ressemble à l'électricité, dont la flamme apparente ou voilée circule dans tous ; éléments, s'élève jusque dans les hauteurs incommensurables de l'éther et descend jusque dans les profondeurs incalculables des océans.
Et tant que Floréal reviendra, à époque fixe, rajeunir et redorer la nature, tant que la brise gazouillera dans les feuilles, tant que les forets et les eaux chanteront leur grandiose hosanna, tant que la prière s'élèvera vers le ciel, tant qu'il y aura des âmes pieuses pour visiter les tombes, tant qu'il y aura des enfants, des oiseaux, des papillons et des roses, la poésie vivra.
La poésie es1 née le jour où naquit la vertu, et elle n'existait pas dans le paradis terrestre.
Etant créatrice cl refaisant, comme la peinture, les
objets qui frappent le regard de l'homme, ejle
n'habitait pasl'Eden, puisque tout y était la perfec-
même, que rien ne pouvait y être refait ou
transfiguré.
11 n'en i';i"t pourtant pas conclure que le mal soil c»tré dans le monde pour y rw'-n l'espace occupé
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aujourd'hui par lu poésie, que la faute des aïeux du genre humain ait pu élargir les horizons de la vie.
I'ih1 pareille conclusion serait insensée.
Mais, un fait certain, c'est que le véritable poète ne peut rien produire, même quand il n'exprime ni espérances ni regrets, sans que ses écrits portent un vague reflet de souffrance :tel Y érable de la forêt ^canadienne, qui ne peut donner sa sève délicieuse -ans une blessure au flanc.
De même aussi que la perle est reflet d'une maladie, la poésie, cette perle de Pâme, reflète sur le front de l'homme un pâle rayon de l'auréole qui en est tombée, et Dieu la lui a donnée comme ressouvenir du séjour merveilleux qu'il habitait avant sa chute, et comme une compensation de l'incommensurable perte que sa désobéissance lui a fait subir.
J3ui, la poésie est pour l'homme un ressouvenir et
une compensation.
Elle lui fait voir la nature à travers un prisme ; elle lui fait entendre une mélodie dans le bruit de l'eau qui s'écoule, dans le murmure du vent qui passe, dans le bégaiement de l'enfant au berceau : elle lui montre le plus beau spectacle imaginable dans un coucher de soleil ou dans un lever d'aurore, un ange dans la femme, plusqu'un homme dans celui qui, pour servir sa patrie ou expier les crimes de ses frères, va donner sa vie sur un champ de bataille ou sur un échafaud.
La poésie est innée? et quiconque ne l'a pas reçue l en naissant peut, à force de travail, devenir un. v