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Je n'ai pas besoin de répondre à ces inepties : le public sait parfaitement que je ne suis pas un plagiaire.
Non, je ne suis pas un plagiaire, et, si j'en étais un, j'aurais assurément filouté les vers des grands écrivains français préférablement à ceux de l'auteur de Jean Sauriol et du Drapeau fantôme.
C'est son orgueil incommensurablement stupide qui a mis dans la tête de M. Fréchette l'idée d'essayer d'établir que je l'ai plagié toute ma vie ; et le fait de n'avoir pu signaler un seulhémisticbe que j'aurais pris à Victor Hugo, Lamartine, Musset, Leconte de Lisle, François Coppée, Sully-Prudhomme, etc., que je connais aussi bien que lui, et qui sont mes auteurs de prédilection, prouve le ridicule et la malhonnêteté du paravent numéro deux.
Quant à piller, j'aurais pris des pièces d'or plutôt que des gros sous.
Marc Sauvalle ne s'est pas borné à me reprocher d'avoir volé certains hémistiches qui appartiennent à tout le inonde ; Marc Sauvalle, dis-je, ne .-'est pas contenté de m'accuser de m'être approprié des banalités, il est allé jusqu'à mettre en relief de mes vers que son ami avait défigurés pour les faire ressembler aux siens.
Et je délie le paravent numéro Jeux de trouver dans mes Quêbecquoises et mes Feuilles d'Erable, aux pages qu'il indique ou dans n'importe quel journal, les alexandrins suivants qu'il m'attribue :
Avec ses pavillons claquant clans la tempête.
Je n'ai jamais écrit ça.
Minuit vient de sonner à la vieille pendule Dans le noir corridor.
Je n'ai jamais écrit ça.
De notre oubli ! — Personne ne le sait.
Je n'ai jamais écrit ça.
Te suivant du regard sur les flots écumeux Sombrer dans le lointain brumeux.
Je n'ai jamais écrit ça.
Dans nos cercles du soir s'était jetc le deuil.
Je n'ai jamais écrit ça.
S 'ii portail est orné d'étranges floraisons.
Je n'ai jamais écrit ça.
•le n'ai jamais écrit les vers qu'on vient de lire, «•! eu chargeant votre truchement de me les attribuer, vous avez commis, M. Fréchette, un acte dont l'effronterie n'a d'égale que l'impudence des plagiats à l'aide desquels vous vous êtes édifié une réputation de poète.
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Xous allons continuer à admirer la bonne foi de M. Fréchette en faisant encore parler son truchement :
Je pourrais remplir toute une brochure, si je voulais seulement indiquer les pièces de Fréchette qui ont été imitées, parodiées et défigurées par Chapman.
Je me contenterai d'un exemple court mais éloquent.
Voici une petite pièce publiée dans la Patrie du 14 juillet 1883, et que l'auteur a incorpcréeplus tard dans l'épilogue de la Légende d'un Peuplé. Elle.était intitulée : France.
Quand des antiques jougs l'humanité se lasse, Quand il est quelque part un peuple à secourir, Qui donc à l'horizon voyez-vous accourir? A genoux, opprimés ! c'est la France qui passe !
Sans espoir et sans Dieu, Tentant de la forêt Traîne-t-il sa misère à l'autre bout du monde, Qui donc va lui verser la lumière féconde? Xations, saluez ! car la France apparaît !
De l'immense avenir resplendissante aurore, Pour vous joindre en faisceaux, peuples de l'univers, Faut-il percer les monts ou rapprocher les mers, Paladin du progrès, la France arrive encore !
Voilà, n'est-ce pas, de fortes pensées habilement condensées, sobrement exprimées. Eh bien, voici maintenant ta paraphrase, l'amplification banale. Presque point d'effort pour déguiser l'emprunt.
Marc Sauvalle n'a pas dit que M. Fréchette avait
volé le dernier vers de la première strophe qu'on vient de lire, à Cremazie, qui a écrit :
Peuple, inclinez- vous ! c'est la France qui passe.
Il a oublié cela, je suppose.
Mais laissons-le me citer :
L'humanité gémit sous des jougs centenaires : La France tout à coup fait gronder ses tonnerres, Et, volcan qui vomit une lave d'airain, Elle secoue au vent les tours de la Bastille... Et l'astre de juillet à l'horizon scintille, La sainte liberté rouvre son vol serein.
L'enfant de la nature, aux limites du monde, Rampe sous le fardeau de sa misère immonde : La France à son grand cœur sent la pitié venir...
Elle élève la voix... et ses missionnaires Vont évangéliser les tribus sanguinaires, Et tout sur les désorts ilamboycr l'avenir.
Les grandes nations, que le progrès enivre, Veulent faire tomber tout ce qui peut survivre Des obstacles nuisant à leur fraternité : Elle prend son compas, son pic et sa truelle... Et les monts affolés sVntïoiivreut devant elle, Et l'océan la suit comme un lion dompté.
Voilà ! Qu'en dites-vous '!
.le pourrais citer plus de vingt pièces dont le lauréat déconfit a accouché de la môme façon.
J'ai expliqué dans mon Lauréat comment M. Fréchette m'avait escamoté les idées dont il -
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servi pour faire les vers que son truchement vient de mettre en regard des miens.
Marc Sauvalle vient de me fournir une nouvelle preuve à l'appui de ce que j'ai écrit sur le sujet dans mon livre, et, pour montrer, une fois de plus, la probité de M. Fréchette, je vais comparer l'explication du paravent numéro deux avec celle que le lauréat donnait, dans la Patrie du 26 juillet de l'année dernière, à M. l'abbé Baillairgé, qui l'accusait de m'avoir volé les idées de la pièce servant d'épilogue à la Légende d'un Peuple.
Relisons donc ce que vient de dire le bon Marc :
Voici une petite pièce publiée dans la Patrie du 14 juillet 18S3, et que l'auteur a incorporée plus tard dans l'épilogue de la Légende d'un Peuple. Elle était intitulée: France.
Lisons maintenant la réponse de M. Fréchette à M. l'abbé Baillairgé :
Ainsi, d'après M. l'abbé Baillairgé, il y a plagiat. C! aussi notre avis.
Seulement le plagiaire n'est pas celui que M. l'abbé pense;— nous sommes assez charitables, quoique misérables laïques, pour ne pas l'accuser d'une canaillerie qui ferait peu d'honneur à Thabit qu'il porte.
Non, le plagiaire n'est pas celui qu'il pense, car la pièce de M. Fréchette n'a pas été publiée pour la première fois dans la Légende d'un Peuple, mais a été composée et publiée pour la fête du 14 juillet !S,s3.
Le poète en a retranché une strophe et l'a mise en tête de la pièce qui sert d'épilogue à son volume.
Nous nous rappelons même que, lorsque Chapman lut la sienne au banquet Yermond, les gens disaient : " Mais c'est la paraphrase de ton Quatorze Juillet, Fréchettc. '
Comme on voit, M. Fréchette se contredit.
Tous les coupables, si retors qu'ils puissent être, finissent toujours par se contredire.
L'année dernière, il prétendait que la poésie dans laquelle j'avais puisé les idées de la mienne était intitulée Le Quatorze Juillet, qu'il l'aA^ait mise à la tin de la Légende <V un Peuple ; et maintenant il dit qu'elle portait pour titre France et qu'il n'en a pris qu'une seule strophe pour la mettre dans le livre que l'Académie a jeté au panier.
Décidément, M. Fréchette et son fidèle Marc sont mêlés, et voici ce que je propose encore, en face du mensonge du souffleur et du soufflé :
Si Marc Sauvalle ou l'un de ses amis me montre dans la Va trie du 14 juillet de n'importe quelle année une pièce de vers de M. Fréchette intitulée France, je consens à payer à la société Saint-Vincent de Paul, de Québec, la somme de $100. En outre, je m'engage à payer une égale somme à la même société, si l'on me fait voir, dans le journal de M. Beangrand, h la date du 14 juillet 1883, ou à n'im-
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porte quelle date de la même année, une poésie portant pour titre Le Quatorze Juillet ,.
1. — M. Fréchette, depuis que l'article précédent fut publié, a admis implicitement m'avoir filouté les idées des strophes par lesquelles débute la dernière pièce de la Lêcjende d'un Peuple. En effet, dans un banquet récemment donné, à Montréal, au consul-général de France, il a commencé à déclamer la pièce en question par ce vers-ci :
France, recueille-toi ! France, l'heure est sacrée! •
ayant soin de ne pas en réciter les vers du premier chant, où se trouvent les idées que je lui reproche de m'avoir volées. Et puis, — ce qui achève de peindre encore l'homme, — pour empêcher de reconnaître sa pièce originaire, il en a changé le titre, qui est devenu Lu Mission de lu France.