CHAPITRE VIII
ERGASTULUU.
La nato de cette «ils Mt occnpé par Im affiranchitetlei etcUyet.et • cependant la plnpart dea chcmbrea en «ont tennea li proprement , ■ qu'on pent fort bien y loger d» maîtiea. •
î ETTB partie de la maison, dift-je à Mu&- ' tius, ne se tavuve pas décrite dans l'é- ' pttre de Pline & Gallus. Méannaoins, et ^ peut-fitre par cette raison même, je
suis trèfrcurieux de m'en former uae idée en la visitant
aujourd'hui.
— Je vais vous satisfaire , me répondit-il ; et je crois en effet que non-seulement les lieux , mais aussi lea habitants, méritent votre curiosité. C'est pour ainsi dire un peuple à part , dcHit le genre de vie , le caractère , les habitudes , les mœurs , sont tellement éloignés de cch que vous avez vu jusqu'aujourd'hui , que l'étude vous en paraîtra sans doute intéressante. *— Entrons d'abord de ce côté.
Je traversai alors une suite d'appartements agréablement décorés , dont l'ameublement élégant et les dispositions commodes le cédaient peu à ceux que nous avions parcourus avec Pline. Les chambres jouissaient pour la plupart de la vue du péristyle et de la grande cour.
— Vous voyez , me dit mon compagnon , les logements des affranchis. Vous savez sans doute déjà ce que nous entendons par ce mot. Ce sont d'anciens esclaves auxquels le maître a rendu la liberté , mais qui cependant sont restés attachés à sa personne. Bien qu'ils jouissent de presque tous les droits de citoyens , selon l'institution de Servius Tullius (i) , leur ancien maître conserve toujours quelque droit sur eux, quand bien
(1) Cicér., pro Balbo , 9. — Dionys. IV, 22, 23.
DE PMNE. 137
même ils ont cessé de résider auprès de lui. S'ils meurent sans enfants , c'est lui qui hérite ; et si pendant leur vie ils se rendent coupables envers lui d'ingratitude , ils sont condamnés aux travaux des mines; il existe même une loi de l'empereur Claude qui ordonne de les rendre à leur servitude primitive (i). Le crime d'ingratitude , je le sais , est une accusation vague qui prête beaucoup à l'arbitraire et qui n'a jamais été bien définie , afin de laisser ainsi plus sûrement les nouveaux citoyens dans la dépendance de leur ancien maître. Il est prescrit aux affranchis de conserver pour leur patron tous les sentiments de la piété filiale , de l'aider et de le secourir au besoin de tout leur pouvoir. Toute infraction à ces devoirs entraîne l'accusation d'ingratitude.
— Je m'étonuQ, disje , que le peuple romain ait admis à la* jouissance des droits de citoyen , dont il est si fier à juste titre, des hommes sur lesquels pèse encore un reste si hiuniliant de servitude.
— Aussi ne sont-ils admis que dans les quatre tribus urbaines, regardées comme les plus viles (2). Et une loi d'Auguste déclare de plus indigne d'obtenir les droits
(1) Suétone. Claud. 25.
(2) Tite-Live, £p. XX.
138 LE LAVRENTIN
die k cité tout affranchi qui , pendant son eadavage , aurait été fouetté publiquetaent ou marquéau ▼i8age(i). n reste libre, mais n*est pas citoyen. Au reste, pour mettre une barrière à Finvasion des affranchis dans les tribus romaines , une loi a défendu à tout propriétaire d'esclaves , en eût-il vingt mille , ainsi que cela se voit quelquefois , d'en affranchir plus de cent. Il &ut de plus observer certaines formahtés prescrites par la loi Norbana. Sans cela Tafiranchi ne jouit que des droits latins (3).
— Au reste, repris-je en examinant les diverses pièces que nous traversions , et qui étaient loin de présenter toutes la même richesse d'ornements', bien que servant toutes également à des affiranchis; — il me semble qu'il existe entre eux de grandes diffîrences. Serait-ce seulement la fiiveur du patron qui étabUt cette sorte de hiérarchie?
—La faveur du patron, sans doute, me répondit mon compagnon , mais aussi le genre de droits et de liberté dont ils jouissent. Ces droits dépendent en grande partie de la manière dont ils ont reçu leur affiranchisse-
(1) Denys, 14, 24.
(2) Plin., Ép. X, 105.
ment. Lorsque les esclaves ont été affranchis selon toutes les formes légales , soit pet censum , en étant inscrits par ordre de leur maître sur les listes du censeur (i), soit per vindictam^ par déclaration authentique du maître devant le tribunal du préteur, déclaration accompagnée d'un coup de la baguette , appelée vindicta , et d'un soufflet (s)^ soit per testamentum ^ c'est-à-dire , par une disposition testamentaire du maître défunt; alors ils entrent dans la première classe, et jouissent des droits entiers de citoyens romains. Ce sont généralement ceux que vous voyez ici logés si commodément, et traités plutôt comme des clients que comme d'anciens esclaves.
Mais le maître confère quelquefms la liberté avec des formes beaucoup moins solennelles. Ainsi, il peut se contenter de l'écrire à l'esclave, per epistolanif ou de la lui donner inter amicos^en présence de cinq témoins, ou même per mensam^ en se contentant de le faire manger à sa table (3). Dans ce cas les affi*anchis sont de la seconde classe , instituée par la loi Norbana, dont
(1) Cicér. Cœcin, 34.— Horat, I, 40.
(2) Horat., Satir. II, 7, 76. — Isid., IX , t. — Phsdr. II , 5, 22, etc.
(3) Plin., Ép. VII, 16.
je vous parlais tout à l'heure, et ne jouissent que des droits latins ; ensuite , il y a la troisième classe , comprenant les esclaves torturés et marqués , et cependant affranchis par la suite. Ceux-ci , d'après la loi Œlia-Sentia, ne possèdent aucun droit.
— Je comprends parfaitement , répondis-je ; mais, qu^est ceci , une école ?
Nous étions en effet arrivés au fond de cette partie de la maison , et nous nous trouvions dans une grande salle , où un grand nombre d'enfants de divers âges , rassemblés et silencieux , semblaient étudier avec attention sous les yeux de leurs maîtres. '
— C'est en efièt une école , me répondit M ustius. C'est le pœdagogium. Ici Ton instruit les jeunes esclaves qui
montrent des dispositions pour Fétude des lettres (i) et
des sciences. Car vous savez déjà sans doute qu'une foule de professions élevées , et qui exigent un grand mérite , une rare intelligence et un profond savoir, sont exercées parmi nous par des esclaves. Nous avons des esclaves manufacturiers , négociants , musiciens , écrivains, grammairiens , pédagogues , chirurgiens , médecins , etc. Il est vrai que ces esclaves , ainsi élevés , valent des sommes
(1) Senec, Ép. 88.
DE PLINE. i4f
énormes (i). Cela devient, de la part des maîtres, une sorte de spéculation ; ils n'ont acheté que le corps , et ils revendent l'intelligence. C'est ainsi qu'en agissait Crassus, et ce commerce contribua considérablement à son immense fortune (2). Mais vous pensez bien que ce n'est pas dans ce but que Pline fait instruire les jeunes esclaves; c'est seulement par humanité , et pour faire paiv ticiper, autant que possible, ces éti*es malheureux aux bienfaits des lumières et de la civilisation. Il les traite tous en père compatissant et juste, plutôt qu'en maître ; et il faut avouer qu'il recueille les. fruits de cette douceur. Il se trouve assuré de la fidélité, du dévouement de ses esclaves ; aussi il n'a jamais besoin de recourir k ces châtiments hideux qui dégradent peut-être autant celui qui les inflige que celui qui les reçoit. Je n'aurai donc pas y Dieu merci , à vous faire parcourir ces cachots souterrains , espèce d'enfer où sont enseveUs vivants , au
milieu des chaînes , des. coups, des tortures « des être» qui portent , il est vrai , face humaine , mais que la
(1) Horat., Ep. 11, 27. — Plin., VII , 39. — Senec, Ep,27. — Suétone, JuL 47. — Cicér., pro Roscio com. 10.
Un savant grammairien fut vendu 200,000 sesterces, 40,000 fr. environ.
(2) Plutait[ue, Fie de Crassus,
barbarie a ravalés jusqu'au-dessous de la brute (i).
— Cest donc une partie qui manquera à mon instruction , répliquai-je ; mais je m'en consolerai facilement.
^-^Oh! qu'à cela ne tienne, répartit en souriant M ustius. Je puis vous donner ici tous ces renseignements, sans avoir les objets sous les yeux. Ma profession ne m'oblige malheureusement que trop souvent à descendre dans ces sombres demeures , et j'en connais tous les détails.
Le logement des esclaves porte habituellement le nom dergastulum , ou atelier ; quelquefois ce mot est réservé pour le lieu de détention , où l'on renferme ceux que l'on veut punir (a). Ce sont des caves profondes , à peine éclairées par une étroite lucarne grillée. C'est là qu'ils sont enfermés la nuit, les fers aux pieds, aux mains et au cou , après avoir été occupés tout le jour à labourer la terreou à tourner la meule dans le pistrinum, c'est là que , pour la moindre faute , les châtiments les plus terribles les attendent. — Tantôt on insère leur cou
(I) F'incti pedes , damnatœ manus f inscripiique t^ultus,,.,
( Plin. XVIII, 3. )
(â)Plauteet Térence, passïm. Senec., de Benef, ^lY, 37.
dans un énorme morceau de bois fendu , que Ton ap- ^Wejiirca; tantôt on les marque d'un fer chaud au front. Le fouet est la punition la plus ordinaire ; et après leur avoir déchiré les membres , on les suspend en Fair, en attachant à leurs pieds des poids énormes (i). Partout dans la maison , le fouet , composé de longes de cuir tressées, se trouve pendu à la portée du maître , et surtout sur l'escalier (2); mais heureux quand ils en sont quittes pour des tortures passagères ! Leur vie est à la merci des caprices du maître. Pour un vase brisé, PoUion faisait jeter ses esclaves dans le vivier de ses murènes; pour une caille dérobée, Auguste fit crucifier le sien au mât de son navire ; et Ton a vu , dans une seule habitation , quatre cents de ces malheureux être mis à mort à la fois (3) l
-^Je sais bien, dis-je alors, que la république romaine a eu des guerres terribles à soutenir contre ses esclaves révoltés ; mais je m'étonne , en apprenant de teUés cruautés, que de semblables malheurs ne se renouvellent pas plus souvent.
(1) Plaut., asin., II, 2, 34. — ^uluL, IV, 4, 16.
(2) Horat., ^.21, 2, 15.
(3) TacU., Annal., XIV, 43.
— Les précautions les plus sévères sont prises pour les prévenir. Tout soupçon de conspiration est suivi de la mort des coupables ; et comme les esclaves qui s'enfuient des habitations pourraient se rassembler et former des réunions dangereuses , un corps militaire , celui des fugitivarii , a été institué dans le seul but de les poursuivre et de les ramener ( i ).
En ce moment, nous revenions surnospasjus^*au milieu de Faile que nous avions parcourue ; M ustius ouvrit alors une porte du côté opposé au péristyle , et nous nous trouvâmes dans une cour assez vaste. — C'est celle des dépendances , me dit-il. Vous voyez de ce côté Xhypocaustum , la cuisine , les celliers et les logements des esclaves.
— Trouverons-nous dans ces logements les mêmes
différences que nous avons remarquées dans ceux des affranchis ?
— Certainement, me répondit-il , et à peu près pour les mêmes motifs. Les fonctions qu'ils exercent dans la maison , leur capacité et leur origine , établissent entre les esclaves une hiérarchie qui se manifeste nécessairement dans la manière dont ils sont logés , vêtus et nourris.
(1) Flor., m, 19. — Terent., Heaut. IV, 2, 65.
— Leur origine ? répliquai-je ; qu entendez vous par cette expression ?
— La manière dont ils sont venus en la possession du maître. Bien qu'une fois esclaves, la condi* tion de ces malheureux soit légalement la même , vous concevez cependant que leurs untécédents doivent amener des différences dans le traitement qui leur est réservé. La grande majorité des esclaves , surtout dans le principe , provenait des ennemis pris sur le champ de bataille , et vendus à Fenchère ; de là même vient le nom générique des esclaves dans notre langue (i).
Viennent ensuite ceux que nous nonmions vénates et vétératores (2) , façonnés depuis longtemps à l'esclavage , amenés de tous les pays par les marchands qui font ce commercfe lucratif, et qui , du reste , répondent delà bonté de leur marchandise (3). Aussi, si vous passiez dans le mardié d'esclaves qui se tient cbnti-
(1) Tit.-Liv., liv. V. 22, et passim, — Isidor.^ IX, IV. Varron, L. L, v. 8.
Servi f quod essent a bello servati; Mancipia, quasi manu capti.
(2) Cicer., /iro Quinctio ^ 6. — Pline, j^. 21. — Quintil.,1, 12, 2 j VIII, 2. — Téren., Heaut, V, 116.
(3) Horat., sot. II, 3, 285.
nueUement à Rome , vous verriez ces malheureux, parqués comme des animaux , tout nus , afin qu'aucun défaut de leur corps ne puisse être caché à Tacheteur, et de plus portant au couun écriteau sur lequel leurs bonnes et mauvaises qualités sont détaillées (i). Si le ven*' deur a fait une fausse di^daration , il est obligé de dédommager l'acheteur (a), et même quelquefois de reprendre l'esclave (3). Aussi le marchand hésite-t-il souvent à courir les risques de cette garantie. Dans ce cas , l'esclave exposé en vente porte sur la tête Tespè ce de bonnet que nous nommons pileus (4). C'est à l'acheteur à le payer en conséquence.
En troisième lieu, nous trouverons les citoyens nés libres et tombés en esclavage ; ceux qui se sont vendus volontairement pour toucher le prix de leur liberté; ceux qui ont été réduits à la servitude par leurs pères , en vertu des anciennes lois romaines sur la puissance paternelle ; les débiteurs qui n'ont pas pu acquitter leurs dettes (5) , et enfin les criminels qui subissent l'esclavage
(1) Gell., IV, 2.
(2) Cic, Off. 16, 17.
(3) Ibid., 23.
(«) Gell., Vil, 4.
(5) Quintilien, VI, 3,26.
comme châtiment. Le refus de prendre les armes , par exemple, est puni de ce genre de supplice (i).
Enfin y nous distinguons encore les esclaves nés dans la maison , et qui appartiennent de droit au maître de la mère. Au reste les esclaves , même d'un même maître, ne peuvent contracter entre euxile mariage légitime; ce n'est qu'une union passagère , flétrie du nom de contu^ bemium. Les enfants qui en naissent prennent le noni de vemœ ou vernacuU, et la réunion de tous les esclaves de rhabitation celui àefamilia (i).
— Les traitements réservés à chacune de ces classes d'individus présentent- ils de grandes différences ?
— Cela dépe^d tout à fait des caprices du maître. Voici , au reste , la règle ordinaire pour un esclave, quel qu'il soit. — U reçoit pour sa nourriture quatre ou cinq boisseaux de blé par mois et cinq deniers (3) ; cette rétribution s'appeUe dimensum ou menstruum (4)* reçoit de plus une distribution joumaUère , diarium (5) , et ce qu'il peut mettre en réserve sur cela , par son éco-
(1) Cicéron,j9ro Cecin.^ 24.
(2) "Nep., Att.^ 13. — Cic., Parad.^ V, 2, 15. Cecin., 19.
(3) Trois francs soixante centimes.
(4) Donat., in Terent. Phorm., 1, 1, 29. — Sencc., Ep. 80.
(5) Horat., Ep. I, 14, 40.
nomie ou par tout autre moyen avoué du maître , forme son peculium , sa fortune , qu'il emploie plus tard à racheter sa liberté ; ou , par une bizarrerie singulière , à acheter à son tour un esclave dont il se fait servir, et qui travaille à son profit (i). Il faut au moins six ans à un esclave industrieux et sçtbre, tels que le sont ordinairement les prisonniers de guerre pour amasser le peculium indispensable au rachat de sa liberté (2).
Le bâtiment que vous voyez au fond de cette cour est destiné au logement des femmes esclaves; elles y ont aussi leurs ateliers de travail. Ici sont les fileuses et les tisseuses d'étofiès;; vous entendez le chant de ces ouvrières (3). Elles sont sous les ordres d'une surveillante qui les guide dans leur travail. Dans les premiers temps de la répubhque , les maîtresses remplissaient cet emploi ; et c'est dans Tatrium qu'elles travaillaient en commun. Non loin est aussi une pièce destinée à plisser et à conserver les vêtements qui sont déposés dans des coffres de bois précieux , après avoir été polis* et mis sous presse.
(i) Horat., Sat, II , 7^ 79. — Cicér., rerr.^ I, 36. — Plaut., Asin., II, 4,27.
(2) Cicér., i>Ai7. VIII, 2.
(3) Ovid., Eleg.^ IV, 1, 13.
Mais passons de ce côté , et tous allez voir à l'œuvre cette population dont je viens de vous faire connaître l'origine et la hiérarchie.
M ustius , en parlant ainsi , m'introduisit dans la cuisine ; elle était spacieuse (i). Au milieu s'élevait un fourneau ou cheminée (2), sur laquelle le peintre avait représenté un sacrifice à la déesse Fomax. Sur les murs étaient également peints , avec beaucoup de soiq , des comestibles et d'autres objets analogues.
Le cuisinier, ou coquus, entouré de ses nombreux aides , était occupé à préparer le souper. Par une reconnaissance anticipée, nous le saluâmes en passant, et il nous rendit notre salut avec gravité. Je remarquai , au reste, qu'il y avait fort peu dedifférence entreles ustensiles dont il se servait et ceux qui sont en usage de nos jours.
(1) La cuisine devait être grande, vu le grand nombre d'esclaves que possédait un maître riche. On sait d'ailleurs qu'il y avait toujours un esclave spécialement attaché à chaque emploi, quelque peu important qu'il fût ; dans ce cas il en portait le nom. Cette nomenclature est immense. Voici quelques-uns de ces noms pris au hasard , pour en donner une idée au lecteur :
Atrienses , Ostiarii, Cubicularii , Mediastini^ Villici^ Amannenses^ Anteambulones , Pedissequi , Unguentarii, To* piarii, Statores, Chironomontes ^ Lecticarii^ Saltuarii^ VirLdarii , Agasones , Opiliones , etc. , etc.
(2) Voir la maison de campagne, et le temple d'Isis à Pompéi.
ISO LE LAURENTIN
Non loin de la cuisine nous traversâmes le gardemanger, horreum, éclairé par une seule fenêtre tournée au nord (i )• Là se trouvait un petit escalier qui descendait à Folearum (a)^ où Ton conserve lliuile , et aux cella vinearia, caves où Ton serre le vin. Mustius me fit ch^ server qu'on éloignait avec soin de cet endroit les doar ques , dont Todeur infecte pourrait corrompre le vin (3). Ensuite se trouvait la ]M>ulangerie, pistrinum. Je vis au fond un four en briques , assez semblable aux nôtres, et sur le devant les moulins destinés à broyer les grains. Gomme cette sorte de moulins était nouveUe pour moi , Mustius m en expliqua ainsi le mécanisme.
— Ces moulins sont ordinairement en pierre volcanique /et se composent, comme vous le voyez, de deux parties bien distinctes, dont l'une est fixe et scellée en
(1) Pline, XXXI, 7, et XIV, 1.
(2) Vitruve, VI, 9.
(3) Pline/XIV, 27.
On mettait le vin dans des amphores de terre , que l'on enfonçait sous le sol en tout ou en partie, suivant les diverses températures du pays. Les fenêtres du cellier devaient être tournées au nord ou au noid-est, et l'on évitait surtout de laisser près de la cave le fiimier, les racines d'arbre , et tout autre objet fétide, car le vin contracte facilement les odeurs. On proscrivait aussi le voisinage des figuiers cultivés ou sauvages, etc.
terre , tandis que l'autre est mobile. La première figure un tronçon de colonne de deux pieds de hauteur, terminé par un cône; la seconde présente Timage de deux cônes évidés qui se réunissent à leur sommet. Cette seconde pièce reçoit le cône solide dans une de ses cavités ; et dans Fautre , qui forme entonnoir, le grain que Ton veut moudre. Le cône mobile est mis en mouvement au moyen d'une barre en bois fixée à son extrémité supérieure, et c'est par le firottementde ces deux pierres, ainsi superposées, que le grain se trouve broyé. La farine s'échappe à travers leurs aspérités , et tombe dans une auge placée au-dessous (i). Non loin du four sont les lieux d'aisance. On les place ordinairement auprès des cuisines , afin de profiter du canal qui conduit hors de l'habitation les eaux , les détritus et les immondices provenant de cet endroit (2).
(1) Pompéi.
(2} On a cru longtemps que les anciens ne connaissaient pas l'usage des latrines particulières ; mais on en voit encore dans plusieurs maisons de Pompéi.
On sait d'ailleurs qu'il y avait dans tes rues de Rome un grand nombre de ces établissements ouverts au public , moyennant une faible rétribution. ( Juvénal, III; 88.) Suétone dit de Lucain : « Quondam in latrinis pubUcis clariore strepitu ifetitris emisso, » Cette rétribution servait à subvenir à leur entretien , bien que cette faible dépense fût bien compensée par le
iS2 LE LAURENTIN
— Tout le reste de ce bâtiment , continua Mustius , est destiné aux logements des esclaves; ils occupent
prix des matières quoa en relirait , et dont on se servait pour engraisser les terres. (Golumel.» Il, 15.)
Outre Texistenoe des latrines particulières constatées par les ruines de Pompéi, on lit dans la comédie d'Aristophane intitulée les Fêtes de Céres , on passage qui ne peut laisser aucun doute à cet égard. Dans cette scène , Mnésilochus , racontant toutes les ruses des femmes, dit qu'il en connaît une qui, couchée une nuit dans le lit de son mari , entendit on galant, qui Tavait séduite dès Tâge de sept ans, gratter doucement à la porte de la chambre. Elle comprit parfaitement ce que ce signal voulait dire/ et se leva doucement. Son mari, réveillé par le mouvement, lui demanda où elle allait j et elle lui répondit qu'elle avait la colique,- et se rendait aux lieux d'aisance, etc. (Acte II, se. i.) Ainsi il est certain que les anciens construisaient des latrines dans l'intérieur des habitations, et qu'ils n'avaient pas besoin de sortir de leurs demeures pour s y rendre. Il est vrai qu'ils se servaient aussi du lasanum , vase à l'usage des garde-robes , et que l'on portait même en voyage. (Pollux, X, 44; Hor., Satir.^ 1, 8, v. 109.) Yarron, parlant de sa maison rustique, dit: « In eoque sterqui' linio quidam sellas famiUancas ponunt, » (RR. 1, 13.)
A Naples l'on place encore les latrines dans la cuisine même , ou, par exception , tout auprès seulement. Cet usage provient évidemment de la tradition antique. Et l'origine de ce rapprochement bizarre, entre deux endroits si différents, réside sans doute dans l'avantage commun de la présence de l'eau chaude et dujcanal destiné à chasser dans le cloaque les immondioes de la cuisine.
Quant à la construction des latrines, les sièges trouvés àPompéi^ne différent pas de ceux de nos jours.
une grande partie du premier étage. Car ce corps de logis , qui fait pendant à celui des bains, est aussi élevé que lui , mais^Bst divisé à la moitié de sa hauteur par un plancher. Là vous voyez encore au rez-de-chaussée les étables , les fruitiers , les écuries. CeUes de Pline ne se font pas remarquer par la richesse , mais par une disposition favorable à la santé des chevaux. Il est très^urieux de voir celles de Damasippe , qui a fait peindre sur les murailles, par d'habiles artistes, Epone et les autres divinités , que nous considérons comme les déesses protectrices des chevaux. Enfin, vous trouvez les basses-cours, la grange, que l'on aperçoit d'ici et que vous avez sans doute déjà reconnue à sa forme ronde ; l'aire sur laquelle on fait trotter des chevaux pour battre la moisson est bombée et pavée de cailloux bien cimentés , afin que le grain détaché de son épi puisse glisser sur cette surface inclinée et se réunir dans la partie basse de l'aire où on le recueille.
Au-dessus de cette grange est \horreum, ou grenier, qui tire son jour du nord; et pour préserver les grains de l'humidité , les murs sont enduits d'argile délayée avec de l'huile , il est divisé à l'intérieur pr des compartiments dont chacun contient une sorte de grain particulier.
Cette énumétation me suffit; et à mon tour, me
moDtraot aussi discret que Ptioe, je ne conduirai pM mon lecteur dans tous ces liens, laissant k Columellc et à Vairon le soin de lui en faire connaître la disposition. Je retournai de suite à la biUiothèque , où nous retrouvâmes Pline entouré de ses livres favoris.