CHAPITRE IX
CUBiaiLUH.
• L'antre aile eà compocée d'nne fort belle ptice , nÙTie d'une «eeonde,
• oa petite falle à manger que le loleil et la mer aernbleot ^yer
• àrenri. »
ORSQDE Pline eut refermé sa bibliothèque, nous reprimes ensemble le cheaMn du péristyle. Là il s'arrêta devant une porte élégante , à laquelle il frappa lé-
gèrement. — Je vais vous introduire chez ma femme , me dit-il en se tournant vers nous; j'espère que Calphufnie sera fort aise de votre visite , dont, au reste , je l'ai déjà prévenue. Une vieille esclave avait entr'ouvert la porte ; Pline la chargea de sa commission , et elle revint aussitôt pour nous prier d'entrer.
La pièce qui s'offrit d'abord à nos regards est à la suite du triclinium, et vue de la mer, fait partie de l'aile gauche du bâtiment (i). L'éclat des rayons du soleil couchant , et la réverbération vacillante de la lumière réfléchie par les flots agités , donnaient à cette pièce l'aspect le plus riant. Des tentures en tapisserie , d'un dessin à la fois élégant et simple , divisaient l'appartement en deux parties. La première était le thalamus ou chambre à coucher de la maîtresse du logis ; l'autre , son cabinet de toilette.
Cest là que nous trouvâmes Calphurnie. Je ne la
(1) Par ces mots, ex alio latere , il est évident que Pline a voulu désigner Taile du bâtiment qui faisait pendant à la chambre à coocher et à la bibliothèque , puisqu'il dit que de ces deux pièces on voyait la mer.
Il ne dit pas à qui était destinée cette chambre ; mais nous savons par ses lettres qu'il était marié à Calphurnie, ce qui m'a fait supposer que cette chambre , Tune des plus agréables de sa villa, pouvait avoir été destinée à l'usage particulier de sa femme.
c0kiDaissais encore que par les lettres de Pline , et j'étais impatient de m'assurer, par mes propres yeux , si elle ressemblait à Timage que mon imagination s'était tracée à lavance; mais dès le premier coup d'oeil je fus charmé de sa vue. Elle devait être , sans contredit , une des beautés les plus remarquables de Rome ; sa taille était majestueuse , sa physionomie noble , décente et spirituelle; et, comme j'eus lieu de m'en apercevoir depuis y son esprit égalait sa beauté. Elle aimait le vra^ , le naturel , et possédait une rare sagacité pour aj^récier le mérite des ouvrages d'esprit ; aussi Pline la consultaitil toujours avant de publier ses nouvelles productions. Bien que son rang et sa naissance l'eussent placée dès sa jeunesse au miUeu de la société la plus élégante, et eH même temps la plus licencieuse de Rome , la pureté de son cœur et de ses mœurs n'avait pas été altérée. L'élévation de son caractère l'avait mise à l'abri de la contagion.
Entourée de ses femmes, qui s'empressaient pour terminer sa parure , elle était alors assise sur un fauteuil élevé , dont l'érable était orné d'incrustations en ivoire : nonchalamment appuyée et presque à demi couchée sur des coussins de pourpre tyrienne , ses pieds reposaient sur un élégant marche-pied. Lasterie , son esclave favorite y lui tenait le miroir, où elle semblait jeter un re-
gard de complaisance, tandis qu'une autre de ses femmes disposait légèrement autour de sa tête la bandelette d'or qui allait retenir captifs ses beaux cheveux ; leurs tresses d'ébène flottaient encore en longs anneaux autour de son cou et sur ses blanches épaules. Je vis sur une table , auprès d'elle , des bijoux précieux , et quelques branches vertes destinées sans doute à former une couronne (i)«
A notre approche , Calphurnie nous fit , de la tête et de la main , un salut plein de bienveillance et de grâce.
— Voici y lui dit Pline en me présentant à elle , un jeune étranger venu des Gaules , qui sollicite de vous la faveur de visiter votre asile ; c'est un ami de la simplicité et des grâces natureUes, ainsi vous n'auriez pas eu besoin , pour le recevoir, de tant de parure ; ces ornements empruntés nuisent plutôt qu'ils n'ajoutent à la véritable beauté.
—Vous savez bien , lui répondit-elle , que tout cet appareil de luxe est un tourment pour moi ; mais la mode est un tyran auquel il faut bien qu'une femme se soumette.
(1) f7)ir Sabine, ou la toilette d une dame romaine.
— Cest bien à tort que Pline vous blâme , dit alors Musdus ; vous êtes , au contraire , d'une simplicité qui m'étonne. Quoi ! pas un seul petit pot de fard , pas une seule fiole de nard odoriférant ! Que diraient la plupart de nos beautés en renom, à la vue d'un semblable dénûment ?
Je cherchais en effet vainement des yeux , en ce moment , tous ces cosmétiques et ces couleurs dont s'est moqué Juvénal , et je ne trouvais rien de semblable sur sa table de toilette.
— Je me passe fort bien de tout cela , répondit Calphumie; nous verrons plus tard, dans quelques années , si j'en aurai besoin. Alors je m^a dresserai au génie tutélaire de nos matrones , au savant GUton ^ le médecin de Trajan.
— U est vrai que ses cosmétiques ont la plus grande vogue y dit Pline ; et je crois qu'ils la méritent.
— Je le croirais , surtout si vous vous en serviez , dis-Je à mon tour en m'adressant à Calphumie.
Elle sourit , mais baissa les yeux avec modestie y et rougit légèrement, puis se leva. Sa toilette était terminée , et ses esclaves se retirèrent. Sa parure , bien qu'élégante et riche , était cependant d'une grande simplicité , si on la compare à cdle des autres dames romaines. Car ses cheveux conservaient leur couleur;
aucun onguent ne dénaturait le brillant incarnat de ses joues et de ses lèvres; et ses yeux, pour blesser les cœurs , n auraient pas eu besoin de ces sourcils peints , imitant Tare de l'Amour, que la mode dessinait alors sur le front des beautés de Rome.
— Cest à Turbanité romaine, me dit alors Mustius, c'est à l'aimable liberté dont jouissent les femmes dans notre patrie, que nous devons d'avoir été admis ici. Partout ailleurs l'aspect en est interdit aux regards curieux des hommes ; et les dames d'Athènes , tristes et solitaires , vivent renfermées dans leur gynécée , où nul étranger ne saurait pénétrer.
— C'est un bien mauvais calcul , dit alors Calphumie; il faut connaître bien peu les hommes pour croire qu'ils respecteront une semblable défense : leur curiosité en sera d'autant plus excitée ; et si vous leur cachez un lieu , ils brûleront d'en franchir le seuil. Se renfermer dans une retraite absolue , c'est pour ainsi dire appeler la foule. Pourquoi faire parade d'une vertu sauvage ? Et quel serait le mérite de la sagesse et de la chasteté, si eUes n'étaient que le résultat de la contrainte et de l'impossibilité de faire le mal ? Non ; nous autres Romaines , continua-t-eDe en souriant, nous pensons que nous ne pouvons que gagner à êbee vues de près ; nous laissons notre porte ouverte , et nous exposons notre conduite au
grand jour, sûres de gagner en estime ce que nous perdons en cunosité.
Après ces instants de conversation , nous primes congé de Calphurnie. J'avais examiné à loisir son appartement; craignant d abuser de sa complaisance , je la remerciai vivement de la bonté avec laquelle elle nous avait reçus , et je sortis de cette pièce par une porte opposée à celle par laquelle nous étions entrés.
Nous traversâmes ensuite une seconde chambre trèsagréablement située ; elle avait vue à la fois sur la mer et sur le parterre, et servait souvent , me dit Pline , de tridinium.