‹ Le Laurentin, maison de campagne de Pline le jeune, restituée d'après la description de PlineChapitre 13 sur 22 · BALNEUM · texte numérisé non relu

BALNEUM

■ De là on enlre dam la Mlle de baim ; rempUcement est grand et

• ipacienx. Des deuxmun oppoaé* «orient en rond deux baignoire* « ■ profonde! et li large* , qn'on pourrait s'y croire daat U mer qui

• est à calé.

• Pré* de 1^ est un cabinet pour se parfumer , une étu*e , et en-

• mite un fourneau nécevaire au serrice de* bains. Viennent «nsiule

• deux piècei plus élégante* que riches, et à cdté le baia d'eau

• chaude , d'où Voa aperçoit la mer. en le baignant. •

ÏB capsarius nous avant ouvert la porte

^des baios, nous eatràmes dans \e frigi-

darium, ou salle des bains froids. C'est

^un vaisseau spacieux, richement orné,

etqiii, par son style grandet somptueux, semblerait ap-

partenir à un édifice public. Il est plus long que lai^e ; ses deux extrémités opposées ont la forme d'hémicycles , et sont garnis de sièges en marbre élevés sur deux gradins de même matière (i). Le centre de ces hémicycles est occupé par deux bassins ( baptisterium ) si grands et si profonds , que ton pourrait s y croire dans la mer ; ils sont défendus par une balustrade élégante. La salle est voûtée , et de larges fenêtres très-élevées y donnent passage à la lumière du jour.

— Cette partie de mon habitation , me dit Pline, parait vous surprendre au moins autant que Fatrium. L'usage des bains est pour nous une nécessité (2), et

(1) F^oit la peinture trouvée dans les thermes de Titus.

(2) Les Romains ne portaient pas de linge sous leur costume de laine. De là vient le fi*équent besoin de bains qu'ils éprouvaient. Auguste fut cependant le premier qui fit construire ces grands édifices, que l'on nomma thermes (Tit. Liv., XXXVI, 15) , et dans lesquels on prenait des bains chauds et fix)ids. Le^ nombre s en éleva , dit-on , à plus de huit cents à Rome. On cite parmi les plus magnifiques ceux d' Agrippa, près le Panthéon (Diod., liv. III, 27); ceux de Néron (Mart. , VI , 33); de Domitien (Suét., V); de Garacalla, d'Antonin, de Dioclétien, dont il reste encoi*e aujourd'hui des restes imposants. Ils étaient divisée, comme de nos jours , en deux parties distinctes, l'une pour les hommes, l'autre pour les femmes (Titr., V, 10), et l'on passait du bain chaud au bain ïvoiA , comme cela se pratique de nos jours en Russie. Les Romains évitaient cependant cette transi-

if

oette nécessité est devenue une passion et un plaisir. Pendant longtemps on ne se baigna qu'une fois chaque jour avant le souper ; mais depuis que nos mœurs ont dégénéré , il en est qui se baignent jusqu'à sept fois(i). Mais cet usage immodéré du bain est aussi nuisible à la santé que Fabstinence totale de cette pratique salutaire. C'est , au reste , une coutume fort ancienne , basée sur le besoin naturel à l'homme d'entretenir la propreté du corps , et de se défendre des chaleurs excessives. Il est vrai que dans les premiers temps on n'avait pas besoin de bâtiments construits pour cet objet ; on se baignait dans les fleuves avant la construction de ces immenses aqueducs qui sillonnent maintenant la plaine de Rome, et fournissent en abondance de l'eau aux thermes publics et aux bains particuliers. Depuis Auguste , l'ostentation a multiplié ces magnifiques monuments destinés à devenir l'admiration des siècles à venir. Ce fut Mécène qui

tien trop brusque en passant de l'un à l'autre bain par des salles mises à divers degrés de température. C'est ainsi qu'ils faisaient usage des bains tièdes , dont Pline ne parle pas dans son Lau* rentin.

On entendait par bains froids , non pas comme aujourd'hui des bains d'eau non chauffée, mais des bains à la température de la glace. (Pline, IX, 1.)

(f) Plutarque, Préceptes de santé, 8.

le premier fit élever à ses frais, dans Rome, untleces édifices qu'il décora des chefs-d'œuvre de peinture et de sculpture ravis à la Grèce. Ces bâtiments se sont considérablement multipliés depuis, et sont devenus le rendez-vous de tous les oisifs. Sans sortir de ces palais , ils trouvent tous les plaisirs vers lesquels les portent leurs goûts.

En ce moment quelques baigneurs , qui sortaient des bains chauds , entrèrent dans le frigidarium,où nous nous trouvions alors. Ss étaient couverts d'un large manteau de laine. Les uns se dépouillèrent bientôt pour se plonger dans l'eau froide du baptisterium , tandis que les autres , assis sur les sièges de l'hémicycle , se livraient au plaisir de la conversation. Mon obligeant cicérone m'apprit alors que l'espace réservé entre les sièges et le bassin s'appelait la schola , parce qu'il sert à la fois à l'agrément et à l'instruction des baigneurs (i).

— Remarquez, ajouta-t-if, combien elle est douce et pure cette lumière qui descend du ciel par ces fenêtres élevées; combien elle excite à la rêverie et à la méditation ! Ainsi rien ne peut distraire l'esprit , ni Tarracher à Tétude de sa pensée.

(I) Vitr., VI, iO.

— J'en conviens, répondis -je; mais je préférerais cependant que de ces bains on pût jouir de la vue de la mer, ou des délicieux jardins qui nous entourent.

— Lies femmes , me répondit-il , ne sont pas de votre avis; cette lumière est celle qu'elles préfèrent. Et à ce propos on dit que les jeunes filles de Rome , promises en mariage, ne se font voir pour la première fois à leur époux que sous la voûte du Panthéon ; parce que cette lumière , qui ne projette que de faibles ombres, ne fait pas ressortir les imperfections (i). J'ai visité dernièrement lantique maison de Scipion qui se trouve dans ce voisinage , et appartient aujourd'hui au fils d'Œgialus; les bains y sont étroits et sombres , selon l'usage de nos ancêtres , qui croyaient n'avoir chaud que là où il ne faisait pas clair. Aussi la salle n'est-elle éclairée que par de petits jours pratiqués dans l'épaisseur des murs. De notre temps on croirait descendre dans une prison , si l'on devait entrer dans ce lieu , où cependant se plaisait tant le héros vainqueur de Carthage.

Grâce à lui, ou plutôt par sa faute, et c'est peut-être la seule que nous ayons à lui reprocher , le luxe a fait

(1) Winkelmann , Observations sur tarchitecture des anciens, 69i et Vitr., VI, 10.

inyaôoQ dans nos mœurs. Ceux que ses victoires ont enrichis se regarderaient comme fort à plaindre si les murs de leurs édifices ne brillaient pas de Féclat du marbre ; si le pavé n était pas encadré d'un cordon de mosaic[ue , dont les vives couleurs , nuancées avec tant d art et de peine , imitent la peinture ; si le plafond n'était pas décoré d'émaux coloriés; si la pierre de Thasus(i), ornement jadis si rare, même dans les temples, ne garnissait pas les piscines où nous étendons nos corps fatigués par une excessive transpiration ; enfin , si Teau ne s'échappait pas dans leurs bassins par des robinets d'argent. £t je ne parle encore ici que des bains ordinaires. Que serai^ce , si vous voyiez ceux des affiranchis ! Que de statues , que de colonnes qui ne soutiennent rien , et que le luxe seul a prodiguées pour un vain ornement ! On y voit des fleuves entiers qui tombent en cascade , et dont la chute ébjAnle l'édifice. — Enfin , telle est notre délicatesse , que nos pieds ne peuvent plus fouler que des pierres précieuses. L'eau dont se servait Scipion n'était pas clarifiée conmie de nos jours; souvent elle était trouble : mais que lui faisait

(1) Une des îles de la mer Egée, d où Ton tirait des marbi-e» précieux.

DE PLINE. Ht

tout cda 1 II venait rafraîchir son corps épuisé de travail et de sueurs ; et non pas , comme nous , laver seulement les parfums de la veille ( i ).

Â.U reste , continua-t-il en souriant, ne prenez pas ceci pour une satire , qui , d'après ce que vous voyez ici , retomberait d'ailleurs en partie sur moi. Gomme je vous Tai déjà dit , je suis par caractère porté à l'indulgence ; je ne me crois pas fait pour régenter et réformer le genre humain , mais bien pour vivre en paix avec tout le monde. Je marche avec mon siècle; seulement je m'arrête où l'excès commence. Aussi ces bains, qui semblent fixer votre attention , seraient à peine regardés par un citoyen de Rgme, qui les trouverait fort ordinaires.

Vanité de propriétaire à part , je les trouve pourtant fort agréables, ajouta-t-il ; voyez , par exemple, conune les rayons dora du soleil , après avoir frappé les murs , vont éclairer de leurs riants reflets les statues d'Hygie et d'Esculape , qui* semblent ici présider aux bains (3). J'utilise encore d'une autre manière la grandeur de cette salle , en m'y exerçant à la déclamation; moins, au reste,

(1) S^nèque, £p. 86.

(2) hucïen, Hippias.

pour fortifier ma voix que ma poitrine elle-même : mais la voix en profite aussi (i).

En ce moment ]a conversation des baigneurs devint si bruyante, que leurs clanfieurs se firent' entendre dans la salle , et retentirent sous la voûte avec un fracas pareil à celui des flots de la mer ; aussi nous nous empressâmes de quitter le frigidaiîum , et d'entrer dans Vunctorium, qui prend chez les Gi^ecs le nom d' E lœotkesium (2) . Dans cette pièce , d'une médiocre grandeur, nous trouvâmes l'esclave chargé du soin des parfums , que l'on désigne sous le nom d'unctuarius ou alipta (3) , occupé »à ranger les essencetet les huiles précieuses sur des tablettes disposées avec soin. Ces matières , qui pour la plupart sont d'un grand prix , sont conservées dans de petits vases d'albâtre , nommés guttus ou rhîno^ ceros (4) , et dont on ^ sert pour oindre légèrement les baigneurs au moment où ils retournent dans l'apodyptère pour reprendre leurs vêtements.

En sortant de l'anctorium nous traversâmes un passage qui conduit du bain froid au xjste , et nous en-

Ci) Pline, JEp., liv. IX, 36.

(2) Vitr., V, 2.

(3) Pignor., De serv.y 42.

(4) Juv., Sat, III, V. 263; XI, 158; VII, 130.

trames àansV hj^pocaustum ; c'est ]e fourneau souterrain destiné à chauiFer le bain. Mustius me fit remarquer qu il l'avait construit d'après les principes établis par Vitruve. Le plancher, suspensura^ sur lequel repose le combustible, est formé par de grands carreaux d'un pied et demi de dimension , et incliné à partir du fond jusqu'à l'ouverture qui sert à y introduire le bois ; de sorte que si l'on y jette une balle elle ne peut y demeurer et revient à l'eiitrée du fourneau. Par ce moyen la flamme s'élève plus facilement , et parcourt tout le plancher supérieur. Celui-ci est composé de grands carreaux , posés sur de petites piles hautes de deux pieds , et construites en terre grasse, préparée de manière à résister à l'action du feu (i). Cet hypocaustum règne soiis toute l'étendue de Tétuve , et y produit une chaleur uniforme. Â la bouche du fourneau nous trouvâmes le fornacator (?) occupé à entretenir constamment le feu; et , au-dessus de cette fournaise , Mustius me fit remarquer plusieurs vases ou cuves en bronze qui contiennent l'eau des bains. Ce^ vases, placés par étages au-dessus du fourneau, en reçoivent la chaleur nécessaire pour

(1) Vit., V, 10. On peut s'en faire une juste idée parla peinture trouvée dans les thermes de Titus«

(2) Pign., Z?e5em5, 42.

porter leau qu'ils condennent au degré des difiërents bains. La première , qui est la plus élevée et la plus éloignée , reçoit Teau froide du réservoir et la transmet aux bains froids , ou aux autres bains , afin d'en modérer la chaleur ; la seconde , qui est exposée au feu du fourneau, est en communication directe avec les bains chauds (i).

De ce lieu nous passâmes dans Tétuve ou sudatorium , que Ton conmiençait à chaujBTer : c'est une petite pièce ronde, couverte d'une voûte conique , entourée de gradins en marbre , sur lesquels s'asseoient les baigneurs. Elle est ornée de niches également garnies de sièges (2). Au centre de cette saUe s'élève le laconicum ou récipient du fourneau voisin , qui porte la chaleur de l'étuve à un trèfr-haut d^p:*é , que l'on modère cependant à volonté au moyen d'une soupape en bronze ' ( clypeus) , que l'on baisse ou que l'on élève au moyen d'une chaîne de même métal (3). En pénétrant dans ce lieu , je me souvenais que Sénèque avait dit : « Qu ai-je besoin de ces étuves pleines d'une chaleur sèche et suflS)cante qui épuise le corps? le travail seul doit faire couler ma

(i) Yitr. P^oir la peinture des thermes de Titus.

(2) Idem.

(3) Id.^etTitr., TI, 10.

sueur (i). » J'étais bien certainement de son avis en ce moment, car la sueur ruisselait de tous mes membres. Aussi nous ne tardâmes pas à nous soustraire à cette transpiration forcée , en suivant un petit passage voûté qui nous conduisit à la salle des bains chauds.

— C'est mon bain favori , nous dit alors Pline. Comme j'ai l'habitude de passer la saison brûlante à ma terre de Toscane (2), je ne me baigne ici que dans l'arrière-saison , dans l'hiver ou au printemps. Vous voyez que cette salle , quoique moins grande que celle de bains froids , lui ressemble cependant pour la disposition.

En etkt j elle était également terminée par un hémicycle garni de bancs ; seulement la baignoire , Ibrt vaste de même, se trouvait au centre. Ce lieu est fort agréable , car l'on y jouit de la vue de la mer.

— Pendant que je prends le I|ain dans cette pièce , nous dit Pline , j'ai l'habitude d'entendre quelque lecture intéressante, ou bien je me livre à des conversations philosophiques avec mes amis (3); après quoi mes

(1) Senec., £p. 21.

(2) Liv. V, £:p. 2.

(3) Pig., De servis^ 42.

a/i/)^ip mepilent(i), et mes traclatores (2) me frottent les muscles pour leur donuer plus de souplesse et d'élasticité.

Pendant que Pline nous parlait , je vis précisément un de ses convives que deux aliptœ étaient occupés à rftcler avec un strigile, instrument qui sert à dégager de la peau la sueur et tout ce que le bain n'a pu détacher. Sa forme est courbe et creusée en canal. Je remarquai qu'ils employaient aussi la pierre-ponce pour unir la peau , et les huiles aromatiques pour lui rendre toute sa flexibilité.

— Les voluptueux, me dit Pline , se servent pour cet usage dé^poppœanum, dons l'invention est due à Poppée, femme de Néron. C'est une liqueur extrait^ du lait d'ânesse.

Tous les genres de plaisir ont été épuisés dans la manière de prendre les bains. 11 en est qui poussent la recherche si loin à cet égard , qu'ils font suspendre des baignoires en l'air, afin de joindre au plaisir du bain

(1) Les hommes studieux entendaient des lectures ou composaient pendant que les esclaves les grattaient avec lé strigile,' ou les frottaient avec ]a pierre-ponce. (Suet., Aug,, 85.)

(2) Pign., De servis, 12.

celui d'être balancé (i). Mais continuons; je veux vous faire yoir deux jolies pièces qui Jouissent de la même vue que celle-ci.

En disant ces mots , il me fit entrer dans deux salles décorées avec non moins d'élégance que la piscine; elles servaient habituellement de lieu de repos après le bain ou de salles de jeu ; car j'aperçus sur des tables un échiquier et des dés (2).

— Maintenant que vous avez pu examiner à loisir mes bains, continua Pline, je vais vous faire voir mon sphœristerium; car j'ai résolu de vous faire parcourir cette maison dans ses plus petits détails. Peut-être me trouverez-vous trop, minutieux ; mais souvenez-vous que c'est vous qui l'avez demandé , et par conséquent , si je vous fatigue , vous ne devez vous en prendre qu'à vousmême. D est vrai que de mon côté , tout en cherchant

(1) Il y avait des baignoires mobiles et d'autres fixes. Les pror rnières étaient faites exprès pour être suspendues en lair. C'est ce qui explique l'usage de ces grands anneaux que l'on voit sculptés sur les baignoires de marbre qui nous sont parvenues. Senèque {£p, 90), cite cette invention comme étant de son temps : « Quœdam nostra demum prodisse memoria scimus : et speculariorum usum^ perluente testa clarum transmitentium lu-' men , et suspensuras balneorum. » Selon Macrobe , ce fut un certain Sergius qui en eut la première idée.

(2) Pétr,, sat.X.

à satisfaire votre désir, je satisfais en même temps mon penchant. Après tout , si je ne sors pas de mon sujet , je ne serai jamais trop long. Voyez que de vers Homère et Virgile emploient à décrire , Fun les armes d'Achille , l'autre celles d'Énée ; et cependant ils sont courts , parce qu'ils ne font que ce qu'ils s'étaient proposé de faire. Voyez Aratus rechercher et rassembler, dans ses descriptions, les plus petites étoiles; s'étend-il trop pour cela ? Non j car ce n'est pas une digression , c'est son sujet. Nous concluons ainsi du petit au grand. Si dans tout ce que je vous dis sur ma maison je ne m'égare pas en discours étrangers à mon sujet, ce n'est pas ma description , c'est ma maison elle-même qui est grande ( i ).

(i) Pline, liv. V, Ep. 6.

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