CHAPITRE XII
SPIL£R1ST£RIUM.
« Afliez prés de là est un jeu de paume , sphœrUierium , percé de ma- ■ niére que le soleil, dans la saison où il est le plus chaud, n'y entre » que sur le déclin du jour. •
N entrant dans le sphaeristerium (i) nous y trouvâmes trois affranchis qui jouaient à la balle. Notre présence fit aussitôt cesser leurs jeux ; mais Pline leur ayant fait signe de continuer, ils reprirent leur partie. Cette salle était plus longue que large, aussi élevée que celle de bain , et éclairée par des fenêtres
(1) Yitruve, faisant l'éuumération ies pièces qui composent la Palestre, ne parie pas .de celle-ci ; cependant le mot sphce^^ risterium est grec, puisqu'il représente, lettres pour lettres, le mot ZooecpcoDQpiov, qui désignait , dans la Palestre grecque, le lieu où l'on s'exerçait au jeu de balle, a^iipxj sphœra. Quelques commentateurs pensent cependant qu'il l'a désignée sous le nom de coryceunii mais ce n'est là qu'une conjecture.
percées de manière à n'introduire dans l'intérieur les rayons du soleil que lorsqu'il est dans son déclin. En somme , elle ressemblait beaucoup à nos jeux de paume couverts. Le plancher était en bois ( i )•
— Ceci est encore un emprunt fait aux Grecs, me dit Pline. Les jeux de balle sont bien anciens, puisque Homère en parle plusieurs fois dans le sixième et le huitième livre de l'Odjssée. Le nom de cette salle vient de celui de la balle qu'on y emploie , et qu'en grec on nomme sphœra .
Le jeu que jouaient alors les affranchis était celui qui porte le nom de trigonalis , parce qu'on y emploie une petite balle appelée trigon. Us étaient trois, placés en triangle , et se renvoyaient la balle tantôt de la main droite , tantôt de la main gauche , et celui qui manquait de la recevoir avait perdu la partie (2).
— Outre ce jeu, me dit Pline, voyant que je suivais leurs mouvements avec intérêt, ils jouent aussi quelque-
(1) Quid nunc strata solo referam tabulai a crepentes Auditura pilas ; ubi languidus ignis inerrat ./Edibus, et tenuem vohunt hypocausta vàporem,
(Stace, Syh., I, 5î V, 57, 59.)
(2) Captabit tepidum dextrd lœi^dque trigonem , a dit Marlial. ^
fois à la halle de village , pila paganica , avec des balles remplies de plumes bien foulées, mais plus grosses que le trigon, ou à Yharpaston , mot qui vient du grec apTTaÇci) (harpazô), d'où nous avons fait notre mot rapio , parce qu'on s'arrache la balle en y jouant. Voici les règles : Les joueurs se divisent en deux troupes, qui s'éloignent également d'une ligne tracée au milieu du terrain , et sur laquelle on pose une balle ; derrière chaque troupe on trace une autre ligne qui marque les limites du jeu. Alors les joueurs de chaque parti courent vers la ligne du milieu. 11 s'agit de saisir la balle et de l'envoyer au delà de la ligne qui forme la limite du terrain assigné à chaque troupe. Chacun cherche donc à défendre son terrain et à entamer celui de ses adversaires. Ces effets contraires causent une espèce de combat entre les joueurs qui s'arrachent la balle et qui la chassent du pied et de la main en faisant diverses feintes. Dans cette mêlée , il y a souvent de bons coups donnés et reçus , et des joueurs renversés à terre. En6n la troupe, qui parvient à lancer la ball^ au delà de la ligtie qui borne le camp de ses antagonistes , a gagné la partie. — Quelquefois encore on joue im jeu grec : c'est l'aporrhaxis. II consiste à jeter obliquement contre terre une balle qui rebondit vers d'autres joueurs prêts à la recevoir et à la renvoyer de la même mauière vers
les premiers, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'un des joueurs manque son coup (i).
(1) Il parait que Martial, dans les vers suivants :
Non pila, nonfollis, non tepaganica thermis Prœparat, aut nudi stipitis ictus hebes :
P^ara nec injecto ceromate brachia tendis Non harpasta vagus pulverulenta rapis : (7-32)
a compris tous les jeux usités dans le sphéristique. Et Ton peut conclure par la nature de ces jeux, que j'ai décrits à dessein, qu'il n'était pas nécessaire que cette salle eût une forme particulière.
D'après une inscription , qui parait remonter à l'époque d'Adrien ou d'Antonin, qui fut trouvée à Rome en 1591, et qui est rapportée dans Gruter, on doit conclure que l'on jouait aussi avec des balles de verre. — En voici la traduction :
« Je suis, n'en doutez pas, croyez-en ma parole, cet Usus Togatus , qui le premier ai joué avec tant d'art contre mes antagonistes, à la balle de verre, dans les thermes de Trajan, d' Agrippa et de Titus , et très-souvent encore dans ceux de Néron, où j'ai mérité les applaudissements du peuple. Venez en foule, joueurs de paume, et poussez des cris de joie, couvrez de violettes, de roses et de verdure la statue de votre ami. Frottez-la de l'essence la plus douce ; et pour vous conformer aux souhaits de ce même ami, qui est encore plein de vie, répandez avec profusion le meilleur vin de Falerne , de Sezze ou de Gecube , tiré de la propre cave de moti maitre. Ghantez de concert les louanges du vieillard Usus , de ce joueur de balle si connu dans les gymnases , si gai, si fécond en bons mots ; qui a su enfin surpasser par sa conduite, par sa bonne grâce et son adresse, tous les joueurs qui l'ont précédé. Mais cependant , mes vieux amis , disons encore une
Jà
* Outre le jeu de balle , on joue encore ici au ballon ( i ), que Ton pousse avec le bras garni d'un brassard ; mais ceci est réservé pour le gros ballon pugilatorium , le petit se joue seulement avec la main. Nous lui donnons le nom de folUs pugiUaris.
vérité dans ces vers : j'ai été vaincu, dod pas une fois, mais plusieurs, je Tavoue, par mon patron Yerus, trois fois consul, dont je passe volontiers pour le bouffon. {Mémoires de U Académie des inscriptions. — Burett., c.I, 153.)
(1) Dans une médaille grecque rapportée par Mercurialis, on voit trois athlètes nus s'exerçant à la balle au-devant d'une table qui soutient deux vases; de l'un de ces vases sortent trois*palmes avec cette inscription au-dessous : llTeiA AKTiA.
(Mémoires, id,)