‹ Le Laurentin, maison de campagne de Pline le jeune, restituée d'après la description de PlineChapitre 15 sur 22 · TURRES · texte numérisé non relu

TURRES

D'na due «'élève une tour , an bu de laquelle «oot denx cabinet»,

• denx autre* dani l'étage mpérieur ,. et «o-deMiu une salte k maa-

* ger , d'où la vue m promène au loin BTec dêlicet , tantât lur la

■ mer on mr le rivage , tautAt «ur le* villai de» environ*. De l'antre

> cAU e*t une autre Inor. On y trouve une chambre ezpo*ée an

■ levant et an couchant ; dam le haut nu garde-meuble fort ^m-

■ cieoz , apotkeca , et nn grenier qui occupent le dcwui d'nne *a]le

> à manger , on le bruit de la mer te fait entendre, il e«t mi, mai*

IM LE LAURENTIN

• hiea affaibli par l'éloignemait. Cette wlle donne mit le jardin et

• mr l'allée dettinée i la promenade qui régne tout antonr^ >

CHAQUB extrémité du sphœristerium , ^ continua Pline, voua voyez ces deux \ tours(i)?Dan8lehautsetrou?entdeux [ salles à manger. Nous allons les visiter, -uous nous y arrêterons même, ajouta-t-il en sou-

(1) Ily avait ordÎDairement dans les villu des tours d'o& l'on jouissait de la vue de la campagne. Dans le haut se trouvaient des salles à manger. Senique, dans sou épltre 86, parlant de la villa de Scipion, dit :

Tums qmqte inpropugnaculum viUœ lUrimqat,

Ces tours étaient souvent fort élevées.

Les peintures d'Herculanum représentent souvent des vues de capricieuses villas, qui toutes renlèrment de semblables salles à manger.

Parie atiâ, longis Numidorumjulta eolumnis Surgal, et aigentem rapiat cœnatio solem.

Les deux tours que j'ai placées aux deux extrémités du sphœristerium, sont situées, ainsi que l'a décrit Pline, l'une près de la mer, et de celles les r^ards découvrent le rivage; l'autre plus loin, et dans celle-là le bruit des flots agités se fait entendre avec moins de fracas.

Le coenacuium dont il est ici question était à un second étage. L'on découvrait la campagne au-dessus des toits delà maison; ce qui prouve que la villa de Pline n'avait qu'un rei-de-chausiée.

riant y car le soleil incliné vers lliorizon nous annonce qu'il est neuf heures; c'est le monjient du souper (i). J'espère que vous ne refuserez pas de faire honneur à mes pénates, qui ont le bonheur aujourd^ui de posséder une illustre compagnie que vous avez pu déjii en* trevoir au bain. Après le repas nous finirons notre examen.

Une offre aussi obligeante ne permettait pas de ré-^ pondre. Pline me fît monter un escalier très roide (2), pratiqué dans l'un des angles de la tour, et qui nous conduisit au deuxième étage, dans une charmante salle à manger. Dominant tous les bâtiments qui l'environnent , de là Ton aperçoit la vast^ étendue de la mer, qui roule ses flots jusque sous les murs de la terrasse, ainsi que sur cette côte déhcieuse parsemée de maisons de campagne qui suivissent au milieu des bois et des jardins touffus. De cette salle, percée de toutes parts, le regard se repose à loisir et selon son caprice sur chaque

(1) Pline, ^/?,Ub. VIII, 1.

(2) Yoici les règles que donne Yitruve sur la pente nécessaire aux escaliers. — On divise la hauteur que l'on a à franchir , en trois parties égales, et I'oq donne quatre de ces parties à la base. D'où il suit que cette base est à la hauteur comme 4^ 3. ( Liv. IX> chap. 2.)

partie de ce délicieux paysage. Je ressentis de cette vue une impression de plaisir qui ne pourra s'effîicer de ma mémoire. Je me rappelle encore jusqu aux moindres détails de cette cœnatiOj car c'est le nom que portent ces saUes à manger. Je ne pouvais me lasser d'admirer ces 1»^ murs enduits de stuc , peints en pourpre , et rehaussés d'ornements, d'un dessin riche et capricieux, qui servaient d'encadrement à de petites figures des divinités qui président aux festins. Je remarquai aussi le plafond en bois , divisé en caissons , dans lesquels briUaient des ornements dorés. Autour de la salle règne une petite corniche ornée de feutt&e , et au-dessous, dans la frise, des paysages , des marines et autres sujets riants. L'œil se promenait avec autant de charme sur cette harmonieuse décoration que sur un pré fleuri embelli des présents d'un printemps perpétuel. Lçs couleurs en étaient si brillantes et si suaves à la fois , l'imitation des objets était si fidèle et si vraie ! La table et les lits étaient en bois moins rare que ceux du trichnium, dans lequel Pline m'avait introduit au rez-de-chaussée ; mais cette simplicité se trouvait relevée par les bronzes qui leur servaient d'ornement.

Bientôt arrivèrent les convivMtPline me présenta à Tacite , à Suétone , à Maxime , ses amis intimes, puis à

deux ombres , car c'est aiasi qu'on désigne les personnes qui viennent sans être invitées. Peu après entra Calphumie , l'épouse de Pline. Nous étions en tout neuf ; le nombre des Muses.

Dans ce moment des esclaves parurent; ils échangèrent nos habits et notre chaussure contre des tuniques brodées et des pantoufles, dont le maître de la maison , selon l'usage , fait revêtir les convives pendant le repas ( i ), afin de ne pas sahr les lits (2). D'autres esclaves nous distribuèrent des couronnes de feuilles et de fleurs artificielles , liées avec des bandelettes ; ces couronnes;, diton , préservent de l'ivresse (3) ; puis on tira au sort le roi du festin ; il tomba sur Suétone , qui régla les santés. Alors chacun prit place surleshts, et nous nous y étendîmes de manière à ce que la partie supérieure de notre corps était soutenue sur le bras gauche , la tête était levée , le dos appuyé sur des coussins , les membres étendus dans toute leur longueur, ou seulement légèrement plies. Chaque place était séparée par un oreiller. — J'ai

(1) Hor., Ep., I, 13, 15.

(2) Hor., Sat., liv. II, 8.

• (3) Plaut., Amphyir.^ act. III, se. 4.

oublié de dire que Pline avait indiqué à chacun de nous Fendroit où il désirait qu'il fut placé.

Ces coutumes, si nouvelles pour moi , excitaient vivement mon attention. Mon voisin s'en étant aperçu , me donna quelques éclaircissements qu'il jugea nécessaires à mon instruction. H m'apprit qu'on donnait le nom de summus au convive qui occupait l'extrémité droite de chaque lit , imus celui qui occupait l'autre bout , et médius celui du milieu; c'était la place d'honneur. Tacite fut placé sur le lit du milieu , à sa droite était Pline , et Suétone à sa gauche. — Calphumie occupait le milieu du lit de gauche , Maxime et moi nous étions placés à ses cotés, Mustius et les deux ombres étaient couchés sur le troisième. Mon voisin m'apprit encore que la place de Pline portait le nom de consulaire. Il l'avait prise , non à cause de son rang , mais parce qu'elle avait l'avantage de laisser plus de liberté pour sortir de table, ou pour recevoir ceux qui voulaient s'approcher de lui et lui parler.

Aussitôt que chacun eut pris sa place , ainsi que je viens de le dire, on entendit les pas pressés des cuisiniers qui apportaient les mets sur des fourneaux. Car chez nous, me dit encore mon obhgeant voisin , la cuisine accompagne toujours le repas, de peur que les mets ne se

refroidissent (i). Pendant ce temps les esclaves qui servent à table y et que Ton nomme ministri^ se tenaient au pied de nos lits , et rafraîchissaient notre boisson en jetant de la neige au fond des coupes (2). Ss étaient légèrement vêtus d'une tunique courte , et portaient une serviette à leur ceinture. Chacun avait son emploi particuUer ; et comme nous mangions avec nos doigts , il y avait un esclave dont Tunique occupation était de verser de Teau sur les mains des convives, et de leur donner des serviettes pour les essuyer (3). Les uns découpaient les viandes, les autres versaient à boire, distribuaient le pain , portaient les plats , etc.

Avant de conouoiencer le repas, Pline adressa tout hautdes prières aux dieux(4). Suétone élevant une coupe de cristal remplie de vin, et sur laquelle étaient gravés ces mots : c( Bibe , vivas muUis annis » , Teffleura de ses lèvres, puis la remit à son voisin, qui but et la fit passer à la ronde. Ce premier coup est le symbole de la fraternité des convives. Puis on leur présenta le

(1) SeDec.y Ep, 78.

(2) Idem.

(3) Petron. XXXI.

(4) Tite-Liv., XXXIX , 43.

premier service , consistant en coquillages crus ou apprêtés, destinés à exciter l'appétit (i). On y joignit des œufs de poule, des œufs de paon, plus estimés que les premiers, des pieds de cochon assaisonnés de poivre et de cumin , des têtes d'agneaux , des fraises de veau , et Ton versa dans nos coupes du vin trempé d'eau et sucré avec du miel ; c'est ce que Ton appelle le mulsum (a). Le second service fut plus recherché ; il se composait de gibier, de volailles et de poissons exquis. Je m'éton-nais de ce que les convives faisaient emporter les plats par leurs esclaves ; mais mon voisin m^apprit que c'était l'usage , et que tout convive pouvait en envoyer à ses amis. Le repas finit par des pâtisseries et des fruits. Enfin , on desservit. La coupe à demi pleine inspirait en circulant une douce gaieté , lorsque Suétone , dont l'esprit était plein de légèreté et de charme , s'empara de la conversation. Grâce aux sujets ingénieux et badins qu'il sut traiter et à l'aménité de ses plaisanteries , le repas eut tout l'enjouement et le gracieux abandon qui est le partage de la campagne.

Pline raconta que , se trouvant dernièrement à souper

(1) Mart., XI,32.

(2) Horat., Sat., lib. II, 4, 26.

chez un homme somptueux et mesquin tout à la fois, il s'aperçut qu'on servait, pour lui et pour un petit nombre de conviés , des mets excellents , tandis qu on ne servait aux autres que des viandes communes et grossières. Il y avait trois sortes de vins dans de petites bouteilles difierentes, non pas pour laisser la liberté de choisir, mais afin d avoir le droit de refuser. Le premier était) continua Pline , pour le maître et pour nous; le second pour les amis du second rang, car il aime par étage; et le troisième pour ses affranchis et les nôtrès. L'un de mes voisins me demanda alors si j'approuvais l'ordonnance de ce festin ? Je lui répondis que non. -— Mais vous , continua-t-il , comment agissez- vous en

pareil cas ? — Je fais servir également tout le inonde , répondis-je ; car mon but est de réunir mes amis daas un repas, et non de les offenser par des distinctions injurieuses« La différence du service ne distingue pas ceux que la même table a réunis. — Quoi ! reprît-il avec une espèce d'étonnement , vous traitez de même les affranchis? — Pourquoi non? Dans cette circonstance , je ne vois pas en eux des affranchis , je n'y vois plus que des convives. — Cela vous coûte sans doute beaucoup? continua-t-il. — A moi ! point du tout. — Quel secret avez-

vous donc? — Quel secret ? c'est que mes affranchis ne

in LE LAURENTIN

boivent pas le même vin que moi; mais que je bois

le même vin que mes afiranchis (i).

Nous applaudimes<lous à cette spirituelle réponse. Le dernier service avait été apporté dans de la vaisselle d'ar* gent sans ciselure , d'une simplicité antique , il y avait aussi des vases de Corinthe que notre patron aimait beaucoup , mais sans y attacher trop de prix (a).

^ Vous croyez peut-être, Pline , dit alors un des convives , que j'admire la magnificence de ces vases , ou la splendide ordonnance de votre festin ? D n'en est rien. Ce que j'admire ici , par-dessus tout , c'est la grâce de votre esprit et le charme de votre conversation ; tout y est naturel et vrai , et un fonds solide d'instruction s'y cache toujours sous la riante enveloppe de votre éloquence. Un piquant enjouement , une gaieté décente , d'intéressantes discussions , voilà ce qu'il faut s'attendre à rencontrer toujours à votre table.

Ce comphment , aussi vrai qu'il était flatteur, fut suivi d'une unanime approbation ; et Genitor ( tel était le nom d'une des ombres ) , se plaignit du mortel ennui qu'il avait éprouvé dans un repas, d'ailleurs excellent , où

(i) Plin, £p„ liv. 11,6.

(2) Plin.Jiv. III, I.

des bouffons, des débauchés à la tète rase et au corps disloqué , voltigeaient sans cesse autour des tables , faisaient mille tours , prenaient mille postures extravagantes ; et, après avoir chanté des vers à la façon égyptienne , se mirent à railler chaque convive (i).

*-^ Allons donc ! interrompit Pline , ne voulez-vous donc jamais vous dérider un peu , Genitor ? Je n'ai pas de ces sortes de gens à mon service ; mais je tolère ceux qui en ont. Vous me demanderez alors pourquoi je n'en ai point ? c'est que s'il échappe à un débauché quelque équivoque grossière , à un bouffon quelque mauvaise plaisanterie, à un fou quelque extravagance , cela ne me fait aucun plaisir, parce que cela ne me cause aucune surprise (2).

Dans ce moment des esclaves distribuèrent à la compagnie des couronnes de fleurs naturelles. Pline , élevant sa coupe, dit:

Nos têtes maintenant de parfums arrosées Vont se parer de myrthes verts , Gouronnons-Dous des fleurs que les hivers A natf>jardios flétris ont longtemps refusées (3).

(1) Lucien, Dialog, des Lapithes,

(2) V\m.,Ep,, liv. IX, 17.

(3) Horat., Orf., liv. 1,4.

Mais amis, ajouta-t-il, je m'amuse parfois à composer quelques bagatelles , et j'ai choisi , pour les mettre au jour, cet instant où la douce gaieté doit remplacer la , gravité du barreau ; et pour les accoutumer dès à présent à être entendues et récitées dans les repas, jai choisi ce jour (i). Peut-être me blàmerez-vous de Cette occupation futile; mais les hommes les plus savants, les plus sages , les plus irréprochables , tels que les Cicéron, les Hortensius, les Messala et bien d autres, ont composé de pareilles bagatelles , et il n est pas moins

glorieux de les imiter dans leurs amusements que dans leurs occupations. Virgile , Cornélius Nepos , s y sont

aussi exercés ; à la vérité ils n'étaient pas sénateurs. Mais

je me défends devant vous comme si j'avais rassânblé le

peuple dans une salle publique , et non pas mes amis à

ma table (2).

Alors Calphumie , instruite par l'Amour seul le plus habile de tous les maîtres , se soulevant modestement , prit une lyre que lui présenta un esclave , et chanta , à la grande satisfaction des convives , les vers de Pline.

Ainsi finit ce repas ; ' et après avoir fait circuler de

(1) Pline, ^/i.,liv. VIII, 21

(2) PUne,4i. III,liv:V.

main en main la coupe de l'amitié , chacun se leva en répétant en chœur, que les dieux soient propices à Pline (i). Nous descendîmes dans la gestatio pour profiter de la fin d'un beau jour et faire la promenade du soir.

(1) Pétrone, chap. XV,

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