D1.ETA
• A l'oxlrànilé dn parterre, et mi boat de ia galerie, on trouTe le > cMin (i)du judin. Cett im petit Utiment que j'appelle met dé-
(1) d»tn, — C'est le nom que les Italien! donnent aux petits Mtimenti de plaiianoe qu'ils font conitruiic duu leurs jardina, et qui ont beaucoup d'analogie avec ceqne nous appelons pavilloni mais par ce mot on entend piutM un pièce isolée de toutes
MS LE LAURENTIN
• licet.jediiniMTraiidélicea; jel'aicoiutniitinoi-ménu. Làettane
■ pièce , espèce de fojer aoUire , qui d'an cdte regarde le parterre ,
• de l'Kiitre la mer , et de tons lei deux reçoit le soleil ; od j entre
• pu vue chambre voiiine, et une de k( fenêtrei regarde )a galerie.
• Un cabinet charmant te joint à cette pièce du cAte de la mer, qnî,
• au moyeu d'uue cloison Titrée et de rideaux que l'on ouTreon
• qae l'on ferme , peut â volonté m réunir à la chambre ou en être
• tépare. Il y a place pour on lit et denx chauei. A Ht pteds-on Toit
• la mer , derrière »oi on ■ le« maison* de campagne, et derant, les
• forêts ; trois fenêtres tous préaeuleat cet trois aspects diflerentsi et ' en même temps les réunissent et les confondent. De là on entre
■ dans une chambre i coucher , où les cris de* Talets , le bruit de la
• mer , le fracas des orages , les éclairs et le jour même ne penrenl •• pénétrer, àmoinsqne l'on n'ooTre les fenéties. La raison de cette > tranquillité si profonde, c'est qu'entre le mur de la cfaambre et
• celai dn jardin il y a un espace vide qui rompt le bruit. A celte
• chambre tient nue petite étnre, dontla fenêtre fort étroite retient
• on dissipe la chaleor selon le besoin. Plm loin on trouve une anti- .' chambre et unechambreoii le soleileotre an moment où il se lèTe,
• et on il donne encore après midi , mais de cdté. ■
, ORSQTiE nous fïïines arrivés à l'extrémité
^ du crypu^rtique, nous entrâmes dans
une antichambre , qui tire son jour de
[ la galerie; elle vous introduit à gauche
dans une chambre éclairée par deux fenêtres , qui reçoi-
parts qu'un bfttîment contenant un appartement : it vient de l'italien ^ac%'/tone, qui signifie une tente. Il est vrai qu'on lui donne quelquefois une grande extension, puisque l'on dît : Les pavillons des Tuileries , les pavillons du Louvre, etc. J'ai néanmoins employé le mot casin , qui me parait mieux exprimer ma pensée.
vent les rayons da soleil dès son lever, et les recueillent encore au moment où il s'incline vers Thorizon. De cette salle on entre dans une grande pièce ^ que Ï^Kne appelle avec raison ses vrais délices. C'est là que nous retrouvâmes la compagnie que nous avions quittée dans le jardin.
— Quand je suis dans cet appartement, me. dit Pline, je crois être bien éloigné de mon asile champêtre ^ quelque tranquille qu'il soit; aussi je m'y plais singulièrement, et surtout dans le temps des saturnales, j'y jouis du silence et du calme , pendant que tout le reste de la maison retentit des cris de joie autorisés par la licence qui règne en ces jours de fête. Ainsi mes études ne troublent pas les plaisirs de mes gens, ni leurs plaisirs mes études.
Pendant ce discours, j'examinais la salle où nous nous trouvions. Elle ressemble à une galerie , dont l'une des extrémités est fermée par une légère cloison vitrée, ainsi que par des portières en tapisserie (i), suivant l'usage d'Orient. Par ce moyen , tantôt ce cabinet ne fait qu'un avec la chambre, et tantôt il en est séparé, selon
(1) On en voit de semblables dans les peintures d'Herculanum.
â20 LE LAURENTIN
que ces portières sont ouvertes ou fermées. Des deux côtés les fenêtres donnent sur la mer et le rivage , au sud sur le parterre , et du dernier côté sur l'antichambre , au travers de laquelle on aperçoit la galerie* (Test bien avec raison que Pline appelle ces lieux ses délices : la vue en est riante , et cependant il y a quelque chose à Tintérieur qui porte au recueillement. C'est là que Pline lit ou compose , soit en se promenant , soit couché sur le lit de repos.
Tout le monde loua le goût et la simplicité qui ont présidé à la construction de ce petit bâtiment. M ustius écouta ces éloges avec modestie , car ce casin est son ouvrage (i).
— Ici , dit PUne , mes moments sont incessamment occupés par la lecture, par la composition , ou même par les exercices du corps , dont la bonne disposition influe tant sur les opérations de l'esprit. Je n'entends , je ne dis rien que je me repente d'avoir dit ou entendu. Personne
(1) Mastius était rarchitecte de Pline, qui en sa qualité de propréteur fut chargé d'ordonner de grands travaux dansles* quels il l'employa. Parmi les monuments dont rexécution fut confiée à Mustius, on doit citer un temple de Cérès , que Pline fit construire à ses dépens, et qu'il orna de colonnades , de statues et d'autres ouvrages en marbre. {Fc^. Pline, £!p. IX, 39.)
devant moi ne se permet de malins discours sur qui que ce soit ; je ne censure personne , si ce n*est moi-même, quand ce que je compose n'est pas à mon gré ; je ne m'entretiens qu'avec mes livres. l'agréable , l'inno^ cente vie ! que cette oisiveté est douce ! qu'elle est honorable , et préférable même aux plus iUustres emplois !
Mer, rivages , ô vous , mes vrais cabinets d'étude , que ne vous doit pas l'imagination ! que de pensées n'inspirezvous pas(i)!
— Oui, s'écria Tacite, il n'y a pas jusqu'à la vie des poètes que je ne préfère à la vie toujours inquiète , toujours agitée des orateurs. On aura beau me vanter les consulats auxquels ils se sont élevés au milieu des luttes politiques, en compromettant cent fois leur existence; j'aime bien mieux la solitaire et paisible retraite où se recueillait Vii^ile , et d'où cependant il sut attirer sur lui la faveur d'Auguste et les regards du peuple romain. Je n'en veux d'autre preuve que ce jour où le peuple , apercevant au spectacle ce grand poëte dont il avait entendu réciter des vers , se leva tout entier d'un mouvement unanime , et lui rendit les mêmes hommages qu'il eût rendus au maître du monde. Muses I soyez , concune disait ce grand
(1) Pline, £p., liv. I, 9.
2ââ LE LAURENTIN
poëte, soyez ma plus chère ambition ! Puissé-je , libre de soins et d'embarras, aller respirer dans vos vallons sacrés, au bord de vos fontaines ; et là, n'entendant plus les clameurs insensées d'un forum orageux, couler mes jours en paixt — Puis , quand l'heure de la nature sera venue, ne pas descendre dans la tombe au milieu des terreurs de la mort , mais gaiement , et la tète couronnée de fleurs (i)!
En prononçant ces paroles , Tacite avait pris l'accent de l'enthousiasme et de l'inspiration ; chacun restait surpris de cet élan poétique.
— Un instant ! reprit-il en riant , ce n'est pas moi qui viens de vous parler ; c'est M aternus , qui dernièrement a soutenu en ces termes la suprématie de la poésie contre Aper, qui ne voit rien au-dessus de l'éloquence du barreau.
Sur ce sujet la conversation devint générale. Le poëte , disaient ceux qui soutenaient les orateurs , doit toujours supposer ses auditeurs attentife et favorables ; tandis que le talent de l'orateur consiste à convaincre ceux même qui sont intéressés à être incrédules. Cette discussion animée se prolongea jusqu'à la chute du
(1) Tacite, Disc, des orateurs.
jour. Alors Pline , pour terminer la soirée , proposa à ses convives une promenade à pied dans le grand jardin , ce qui fut accepté ; et pendant que la compagnie , tout en causant, gagnait la porte, mon hôte, me prenant à part , me fit voir, près de son lit de repos , une petite chambre , autour de laquelle il a fait construire parallèlement aux murs une double cloison de briques, de manière à laisser un petit passage à l'esdave chargé d'allumer une étuve voisine. Par ce moyen , cette pièce est trèschaude , même par les plus grands froids. On peut aussi , au moyen d'une petite fenêtre, modérer Fexcès de la chaleur. Cette double cloison a encore pour but d'arrêter le bruit extérieur. Aussi, comme me le fit remarquer Pline , ni le fracas des vagues en courroux , ni le vent , ni même le tonnerre , ne peuvent troubler la profonde tranquillité de cette retraite.