CHAPITRE IV
TRia-lNlUM.
• Et de là dani tme mmi belle Mlle de feftiu qui l'araiice nr la mer
> dont lei Ti^ei riennent monrir an pied du mar lonqoe tontDa
* le veot da midi ; de toni câtéi cette lalle eit f^amie de portée à
• deux battant! , et de fenétrei qni ne aont pia moiu» grande* çp»
> le* porte* (i). Ain*i, 1 droite, àgaucbe, enTace, on àéeoam
(t) Undique valvaa atttfenestras non minaret veUvit habet. Ces lèoétres s'appelaient en latin vatvit , ou \t\ieaftnestra valvota. Mathieu Gosner, dans une note de son édition, s'eit
• comme trois mendiOëreate». Derrière Mt on retrouve la grand*
• cour , le portique , la petite cour , pait encore le portique , pni»
• enfin l'alrium.et ditu le lotutain , lMforétaetle*montague«.>
, PRÈS avoir traversé la cour et le péris- ; tyle , nous entrâmes daoK une salle . de festins , richement ornée , et destinée aux jours d'apparat. Aussi n'estelle pas de niêine que la plupart des autres pièces de l'intérieur, fermée seulement par une portière en tapisserie : la porte est en bois d'érable , et semée de elous de bronze d'un beau travail. Cette différence , avec les autres salles , lui a fait donner le nom de conclave, c'est-à-dire chambre qui ferme à clef (i); à droite et à
embrouillé dans ce passage , et n'a pu trouver la dilFérence de ualva et de Jeneslra. Mais il pouvait conclure, sans autre dclaireissetuent , que Pline entendait par cette expression des tènêtres qui descendaient jusqu'au plancher , comme les jtqrtes , appelées par Vitruve à l'endroit cité , lumina Jcneslmrum valvata, paroles que Galiani a bien traduites en italien, ^nfineslre a guisa di porte , fenêtres en foi'me de portes. ( Fea , Nofe sur les monuments inédits de ffinltelmaiin. )
(1) Ce mot était souvent employé pour désigner la salle à manger : ce ffoc intérim spalio conclave , illud tibi ejmliircliir sco-
pas concidisse ( Ciccr., de Ornlore. 11, 86.)
De clavi claudiUir. (Hoiacc, Satir. 6, liv. 11. )
gauche de Fentrée sont deux belles statues en marbi'e , ouvrage d'un artiste grec.
Un esclave s'empressa de nous ouvrir cette porte , et nous pénétrâmes dans Tintérieur.
— C'est sans doute pour surprendre agréablement votre ami , dis-je alors à Pline que, dans votre épître, vous avez donné à cette saile la modeste épithète de salis pnlchrum , assez belle. Il serait difficile d'en trouver de plus agréable; et je ne sais ce que je dois admirer le plus, de la salle elle-même ou de la vue délicieuse dont on y jouit. Quel éclat y répand le soleil qui l'inonde de ses rayons pendant tout le jour, et qui ne cesse d'animer de ses brillants reflets ces peintures et ces marbres qu'au moment où la nuit amve, ou que des nuages envieux cachent son disque brillant ! Quel spectacle plus ravissant que la vue de cette mer, qui semble nous envelopper de toutes parts ! Ici on peut dii^e avec Virgile :
Tel qu'un vaisseau battu par la vague orageuse , Qui le pied dans les eaux » la tête dans les airs , Défiant et les vents , et la foudre , et les mers , Résiste à leur fureur, insulte à leur menace (1).
Ne se croirait-on pas , en eflFet , sur un vaisseau h
(i) Ènéiàe ^ traduction de Delille, liv; X, 693.
iiO LE LAURENTIN
lancre ou sur les bords d'une plage délicieuse ? D'uu côté les regards se perdent au loin dans Tempire de Neptune ^ de l'autre dans ces gras pâturages, ces bois, ces montagnes. — Quelle vie, quelle variété ajoute encore au tableau la vue de ces galères , qui sans cesse entrent dans le port d*Ostie , ou en sortent à toutes voiles !
Mustius interrompit alors l'expression de mon admi* ration pour ce lieu.
— Les peintures qui ornent ces panneaux , me ditril , sont dues aux pinceaux des meilleurs artistes de notre temps. Elles sont au nombre de douze , et bien que sur des dimensions difiërentes , les artistes ont su, au moyen de figures et d attribut» variés , y représenter les productions de la nature à chaque mois de l'année. Sur ce fond d'azur, image du ciel , il^nt ainsi réuni l'image des douze divinités qui s'en partirent l'empire. Ne trouvcKvous pas , au reste , que ce pavé et ces lambris dé marbre , ce plafond même , dans leur élégante simplicité , s'harmonisent bien avec les autres parties? Partout l'utile et l'agréable sont si bien confondus , qu'on ne pourrait rien enlever, rien modifier, sans nuire à tout le reste.
— Aussi , répliqua Pline, j'aime infiniment cette salle. Ce qui n'est quie vaine décoration cesse vite de plaire ; tandis que les ornements qui ont en même temps un
DE PLINE. lit
but d'utilité , comme le feuillage des arbres , par exemple, qui sert à la fois à leur conservation et à leur beauté , causent un plaisir toujours nouveau. Quoi de plus nécessaire dans un vaisseau que le tillac, que la proue , la la poupe, les mâts, les antennes, les voiles? Cependant tous ces agrès lui donnent tant de grâce , qu'ils sembleraient plutôt destinés à charmer les yeux qu'à sauver le bâtiment du naufrage (i). Aussi je n'aime pas ce luxe de décoration qui surcharge habituellement l'architecture, et j'ai voulu que l'ameublement de cette pièce fût analogue au reste de ma maison. Ces lits, cette table, sont simplement en bois de citronnier , et vous n'y voyez pas ces incrustations que l'excès du luxe a introduites dans Rome.
— Cependant , répondis-je , je sais que ce bois est d'une grande valeur, et je ne pensais pas qu'on pût surpasser ceci en magnificence.
— Visitez nos maisons somptueuses , répartit Pline; vous y verrez des tricUnium qui pourraient contenir un peuple tout entier (2), où le porphyre et les marbres les plus rares s'élèvent en colonnes gigantesques. Les murs
(i) Cic, de Oratore, liv. III, 46.
(2) Senec, jEp. 90.
112 LE LAtJRENTIN
sont recouverts des plus riches tapisseries (i);1eft jdafonds, sculptés et chaînés de dorure , sont mobiles , et présentent à chaque changement de service un aspect nouveau (2). Au reste , ces inventions du luxe sont antérieures à notre temps. Nous avons pu lire dans SaOuste la description du magnifique sonper qui fiit oflfert à Metellus Pius, lorsqu'il revint d'Espagne, pur Ion questeur Urbinus. Un théâtre , pour les représentitfMa scéniquesy avait été dressé dans la salle du festm;^^ pavé était arrosé d'eaux parfumées, ainsi <|de cda aë pratique dans les Ueux saints (3).
Quand Metelluà eut pris place, le plafond s'entr'ouvrit, et une statue de la Victoire , descendant au bruit de la foudre, vint déposer une couronne sur le front du triitmiphateur. On voyait sur la table , ainsi qu'on le TOit au-^ jourd'hui sur celle de nos honomes opulents , les mets les plus recherchés. Non-«eulement les provinces avaient été mises à contribution , mais on avait traversé les mers ; et la Mauritanie avait fourni des oiseaux et des bêCies
(1) Macrob. Saiur,, liv. 11^ citap. 9.
(2) Sencc, £!p, 90.
(3) Sénèque , de la Tranquillité de tante , parle d*eaux limpides et transparentes qui environnaient les salles des festins.
DE PLIME. 113
fauves, dont plus d'une espèce était encore inconnue (i).
Nous n'avons pas , je vous assure , dégénéré d'une semblable magnificence. Vous verrez partout , dans nos salles à manger, la richesse de la matière le disputer à l'élégance du travail. Vous y verrez des tables rondes , soutenues sur un seul pied (2) , ornées d'ivoire et de sculptures (3). Les lits sont en argent , quelquefois même en or (4) 1 ou tout au moins couverts de lames d'argent (5). Le matelas , déposé sur ces lits , est rembourré de plume (6), et recouvert d'étoflfes de pourpre, surchargées de broderies (7). Pour mettre à l'abri de la poussière ces meubles superbes, et les robes de festin qui ne le sont pas moins, on voit en l'air un dais suspendu (8). La délicatesse des mets répond à l'éclat de la salle ; les vins d'Italie sont abandonnés à la populace : il faut du
(1) Macrob. Satur,, lïv. II, chap. 9.
(2) Monopodium i
(3) Juvéiial, I, 138.; II, 123.
(4) Suetôn. jul.id,
(5) Id. Cal. 22.
(6) Pline, XIX, 1.
(7) Cieer. rerr., II, 19;Tit., liv. XXXIX, 7.
(8) Sorac, Saur, II, 8, 54. *
m LE LAURENTIN
vin de Falerne ou du vin de Chio. On ne sert plus que des poissons d'une grandeur monstrueuse , que du gibier venant des pays étrangers. Si le luxe de la table va ainsi toujours en augmentant , que restera-t-il à nos sybarites 9 si ce n'est, peut-être, de faire goûter les mets par d'autres personnes, de peur de se fatiguer en mangeant eux-mêmes , lorsqu'ils se reposent sur les lits de leurs salles à manger ; ces lits , qui , brillants d'or, d'argent et de pourpre , sont plus somptueux que ceux qu'on destine au culte des Dieux (i).
Dans les premiers temps, les Romains mangeaient assis (2); mais depuis que Scipion a introduit dans Rome les lits d'Afrique et les coutumes de l'Asie (3) , le repas du souper se prend toujours couché; car, au déjeuner et au dîner, on mange peu, debout ou assis (4).
Ce furent les hommes qui donnèrent les premiers l'exemple de se coucher pour souper (5); mais les femmes, oubliant bientôt la pudeur qui d'abord les
(1) Aulu Gell., rapp. deFav,^ liv. XV, 8.
(2) 0\ïà„Fast. VI, 305.
(3) Tit., liv. XXVIII, 28.
(4) Suet. Aug, 78.
(6) Valer. Max. II, i, 2.
avait retenues , ne tardèrent pas à les imiter ; et l'on
ne retrouve de traces de cet ancien usage que dans la solennité du lectistemum , où Ton place encore la statue de Jupiter , couchée sur un lit , tandis que Junon et Minerve sont assises sur des sièges (i).
Ne pensez pas , au reste , que le tableau que je viens de vous faire du luxe des tables romaines , soit le fruit d'un esprit chagrin ou porté à la satire. Je ne vous ai dit que ce que Ton peut voir dans leâ principales maisons de Rome , dont les possesseurs font de la table leurs premières délices et l'objet de tous leurs soins. Aussi le cuisinier, Tesclave le plus vil autrefois , est devenu un personnage; car sa profession, r^ardée conune un métier, a été depuis considérée comme un art (2), et toute la terre est mise à contribution pour assouvir la gloutonnerie des maîtres de l'univers.
Cette salle , quoique assez spacieuse , n'est destinée qu'à recevoir neuf convives « ou douze au plus sur trois Kts. C'est pourquoi on l'appelle triclinium^ conome on appelle bicUnium celle qui ne contient que deux Uts. Car je pense conune Varron , que le nombre des conviés
(1) Valer. Max. II, i,2.
(2) Tit., liv. XXXIX, 6.
doit égaler au moins celui des Grâces, et ne point excéder celui des Muses. Trop de inonde rend les repas trop bruyants (i).
Pline ayant cessé de parler , Mustius reprit :
— Vitruve veut qu'on ne donne à ces salles de longueur que le double de leur laideur ; mais ces proportions ne peuvent pas toujours être observées. Cependant elles doivent toujours être plus longues que larges , afin que la table et les Uts , occupant une des extrémités , il reste encore assez de place pour le service des esclaves , et pour les exercices des danseurs , des mimes ou des musiciens. Ainsi, dans cette salle, vous voyez que les convives sont placés en face des fenêtres, et jouissent, par cette disposition, de cette vue que vous admiriez tant tout à rfaeure. De plus , ils ont en face d'eux les comédiens ou les danseurs de corde , qui se jouent dans les airs , jusque sur la tête des convives (2). Quelquefois on essaie d'égayer les festins par des meurtres , en mettant sous les yeux des convives d afireux combats de gladiateurs; souvent ces malheureux viennent tomber au milieu des coupes du banquet , et inondent les
(1) AulaGel.,liv.XIlI,ch. 11.
(2) Pétrone.
tables de leur sang ( i ). Mais , au reste , jamais de semblables scènes n*ont souillé cette salle; car ce spectacle hideux n'est pas du goût de notre patron. Pétrone raconte , qu'assistant à une pareille fête chez Norbanus , celui-ci dit en sortant : Je vous ai donné un beau spectacle. — Et moi, répondit-il, je vous ai applaudi. C!omptons maintenant, et vous verrez que je vous ai donné plus que je n'ai reçu. Une main lave l'autre, dit le proverbe (2).
I» — Sont-ce des comédiens de théâtre que Ton fait venir? demandai-je.
— Quelquefois, répondit Pline ; mais beaucoup de personnes possèdent , parmi leurs esclaves , des acteurs, qui même ont souvent beaucoup de talent. iNumidia Quadratilla , qui vient de mourir très-âgée , avait chez elle de ces bouiSbns qu'on appelle pantomimes. Elle ne voulut jamais , il est vrai , que son fils assistât à leurs jeux (3).
Votre question me rappelle une anecdote assers plaisante. L'empereur Auguste , charnié d'un concert que lui avaient donné pendant son souper quelques esclaves
(1) Silius Italicus, liv. VII, v. 51.
(2) Pétrone , XL, 6.
(3) Pline, Ep„ liv. \II,24.
de Tortonius Flaocus , qui en était marchand , leur fit donner pour récompense , au lieu d'argent , une certaine quantité de blé. Cependant il était généralement assez généreux dans des circonstances analogues. Un autre jour il demanda encore à Torronius de faire venir ses esclaves. — Us sont au moulin, répondit-il (i).
Si cette réponse n'était pas respectueuse , eUe était au moins spirituelle. Ces acteurs sont de plusieurs genres. Nous avons d'abord des danseurs, qui exécutent de petits ballets appropriés à la circonstance ; ensuite des funambules y pour lesquels beaucoup de personnes sont réellement passionnées. Mais l'espèce de divertissement qui doit convenir le mieux aux personnes sensées et qui ont le goût délicat , ce sont les concerts ou la représentation de scènes comiques. Elles ne renferment pa$^, comme une comédie régulière , une action complète ; ce sont seulement des scènes détachées que nous appelons mimiambes , et où les acteurs mêlent à des foUes divertissantes des vérités utiles. J'ai entendu dernièrement un de ces intermèdes , composé par Yirginius Komanus , et qui a tant de légèreté , de finesse et de grâce , qu'on peut dire que c'est un des chefs-d'œuvre du genre. Si
(1) Macrobe, liv. II, ch. 4.
4i if- •
vous le désirez , je tâcherai de lui enlever sa pièce , et je vous l'enverrai pour la lire(i). Néanmoins, ou joue quelquefois des drames réguliers , des tragédies même. On a vu un -des plus célèbres acteurs de ce genre représenter devant Auguste , dans sa salle à manger, la tragédie d'Hercule furieux ; et , pour donner plus de vérité à son jeu , lancer des flèches sur l'empereur luimême (3). Mais les gens dissolus préfèrent , à ces çuvrages ingénieux, des danseurs qui figurent certains ballets dans les festins , tels , par exemple , que celui du pressoir, dans lequel les acteurs imitent ceux qui portent la hotte, ceux qui foulent le raisin, et enfin simulent , par leurs gestes , tout ce que Ton est dans Thabitude de faire pendant les vendanges (3). Ces danses s'exécutent
(1) Pline, J^.
(2) Macrob., liv. II, c. 9.
(3) FestiD de Xénophon; Tacite, liv. XI, 31.
Tacite rapporte que Messaline représentait dans son palais la danse du pressoir. On était au milieu de l'automne , les vendangeurs foulaient le raisin, le vin coulait dans les cuves. Tout autour sautaient des femmes vêtues de peaux d'animaux sauvages, imitant les sacrifices ou plutôt la démence des bacchantes. Messaline courait les cheveux épars , le thyrse à la main ; et à ses côtés , Silius, couronné de lierre , chaussé du cothurne, faisait tous les gestes d'un homme ivre , tandis qu'un chœur bruyant répétait des chansons obscènes.
<iu son de la flûte , et souvent les conviés se mêlent aux danseurs. Ne croyez pas cependant , d'après cela , que les Jois de la bienséance permettent à tout le monde de se donner ainsi en spectacle. Tous ceux qui se respectent encore, et auxquels leur âge , leurs fonctions, leur position sociale font un devoir de la gravité , se gardent bien de semblables écarts, au moins dans les réunions un peu nombreuses. Car dans le cercle de l'intimité , et dans l'intérieur de la vie privée , chacun fait à peu près ce qu'il juge convenable à ses plaisirs. L'on n'a guère , en ce cas , de révélations à craindre de la part des témoins de ces orgies , parce qu'ils en ont été eux-mêmes aussi les acteur^ , et tous sont également intéressés au secret.
Au reste , en ce qui me concerne , continua Pline en souriant , les murs de ma salle à manger n'ont pas de semblables anecdotes à raconter. Vous les interrogeriez, qu'ils resteraient muets ; et par conséquent la curiosité ne peut vous engager à rester ici plus longtemps. ^,