CHAPITRE VI
BIBLIOÎHECA.
• A l'angle , il y a nue chtmbra ronde et Toûtée , dont le* EeDélres
• refOiTont racceuiTemeut le loleil & totu le* degréi de m conne.
• On a Fiénagé dam le mur dea aimoirei qoi me terrent de biblio-
• (bèqn', et qui contiennent, non le* livre* qu'on lit une Foif , > maia oenz qn'oD rdit Muu c(Me. ■
: iscouRART ainsi , Pline nous introduiût |dans sa Hbliothèqae, salle ronde et .voûtée, située à l'angle du bàtûnent.
I Le jour y pénètre par deux fenêtres , l'une dirigée vers le sud, l'autre vers lecoudumti de
sorte que le soleil commence à paraître dans cette pièce vers les dix heures , et ne l'abandonne qu'à son coucher (i). Les quatre trumeaux , entre les portes etJes fenêtres, sont garnis d'armoires qui renferment ces livres qu'on relit sans cesse. Les livres en papyrus sont roulés et contenus dans des étuis de bois de cèdre ; ceux en parchemin sont reliés comme les nôtres. Quoique petite, cette pièce renferme un assez grand nombre de statues et de bustes , que Pline ne se contente pas d'aimer, mais qu'il honore d'un culte religieux (2).
— C'est ici , nous dit Pline , que je viens me Uvrer sans trouble à l'étude ; j'y reste bien souvent fort avant dans la nuit (3). Taime mieux être là , sur ce petit banc que vous voyez au-des$ous de l'image d' Aristote , que sujT une chaise curule (4)* A la vuq de ces images mon cœur se sent rempli d'une respectueuse émulation. £xiste-t-il , je vous le demande, un honneur plus grand , plus digne d'être envié , que celui d'inspirer à ses sem-
(1) L'emplacement de cette pièce est bien détermiaé. Elle se trouve à la suite des deux précédentes chambres à coucher , et forme l'angle du bâtiment : Adnectitur angulo cubiculum.
(2) PUne , liv. III, Ép. 7.
(3) Id.
(4) Cicéron, ad AtL IV, 10. »
blables le désir de savoir quels ODt été vos traits ? Surtout si de même qu'Homère , de même que Platon et que tous ces grands hommes , on a rempli l'univers de la renommée de ses vertus et de ses écrits. Cet usage fut , je crois , établi à Rome par Asinius PoUion y qui le premier, en ouvrant une bibliothèque, rendit, pour ainsi dire , les beaux génies de l'antiquité une propriété publique. Les monarques d'Alexandrie et de Pergame , qui bien auparavant instituèrent des bibliothèques , eurent-ils également la même idée ? Je l'ignore.
.Varron , qui eut la noble pensée d'insérer dans un de ses principaux ouvrages, ses Hebdomades (i), nonseulement la vie, mais encore l'image de sept cents hommes célèbres, a mis ainsi leurs traits à l'abri du temps. Il a rendu, par ce service , l'homme supérieur à la puissance des siècles; et je dirais presque que cette faculté nouvelle , ajoutée par lui à l'humanité , pourrait exciter la jalousie des dieux eux-mêmes ; car les grands hommes sont désormais connus du monde entier, et à l'immortalité, devenue leur partage, ils joignent le privilège d'être présents et visibles partout (2).
(1) Aul. Gell , NocL att. III, 10.
(2) Pline, XXXV, 2. Voyez dans le Recueil de dissei-tations
— Faites attention , me dit Mustius , lorsque Pline eut cessé de parler, avec quel soin les livres , rangés sur ces rayon3 > sont numérotés et placés , chacun dans une case particulière ; il devient alors facile de retrouver celui que Ton cherche. Cependant , il est vrai que cette bibliothèque n'a pas les conditions exigées par Vitruve, puisque cet architecte recommande que toute bibUothèque soit exposée à Test. Cette exposition préserve , selon lui , les livres de l'humidité et des vents chauds qui font éclore les vers ( i) , destructeurs des parchemins et du papyrus. Mais comme cette salle est voûtée , et que les murs ont une grande épaisseur, elle conserve une fraîcheur qui la met à l'abri des inconvénients résultant de son exposition. En outre ,• les parois et les voûtes sont , comme vous le voyez , décorées d'incrustations de verre diversement coloré (2) , dans le but de présenter partout une surface poUe qui empêche la poussière de s'y attacher.
archéologiques de M. Quatremère de Quincy , celle où il a cherché à rendre compte du procédé iconographique employé par Varron.
(1) Vitruve, liv. VI, ch. 7 et 10.
(2) Nec bibliothecœ potius comptas ebore ac vitro parietes, quam tuœ mentis sedem requiro. Boët., cons,, 5.
— Puisque vous désirez connaitre mon habitation dans les plus petits détails , nous dit alors Pline , soufirez que je m'arrête ici pour tous attendre , tandis que Mustius se chargera de vous faire voir le reste de cette aile, occupée par mes affiranchis et mes esclaves. Leur logement vous prouvera , j'espère , avec quelle douceur je les traite ; car j'ai constamment présent à l'esprit ce vers d'Homère :
Il eut toujours pour eux le cœur d'un tendre père
Je n'oublie pas non plus que , parmi nous , le maître porte le nom de père de famille (i ).
(l)Pline,^;i., liv.V, 19.