‹ Le laurierChapitre 6 sur 11 · MON CŒUR SAIGNE · texte numérisé non relu

MON CŒUR SAIGNE

Après que ses soldats eurent brûlé par ordre La ville au calme front de lauriers ombragé. Quand il la vit de loin dans les flammes se tordre, Crispant ses poings noircis vers le ciel outragé,

Quand il vit qu'ils l'avaient, observant leur consigne.

Tournée et retournée avec art sur le gril,

Prenant des airs béats de chevalier au Cygne

Et feignant de pleurer : « Mon cœur saigne », dit-il.

Il6 MON CŒUR SAIGNE

Ces trois mots sont tombés ainsi qu'une rosée Sur la ville martyre et ses toits calcinés. Gloire à vous, ô César ! qui bravez la nausée Et qui saignez du cœur comme on saigne du nez !

Loyal comme Judas, juste comme Caïphe, Certes vous eussiez fait, peintre, musicien. Philosophe, poète, empereur et pontife, Un des beaux ornements du bestiaire ancien !

Quand pour mieux chanter Rome, il l'habillait de flammes. Souverain en démence et poète impuissant. Au milieu d'un bouquet de gitons et de femmes. Ivre de volupté, d'épouvante et de sang,

Néron couronné d'or, artiste en métaphores, Des jardins de Subure au mont Capitolin, Dans la pourpre du meurtre et le vin des amphores. Sur les corps des martyrs posait son pied félin,

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