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III. — INTOXICATIONS

Nous abordons ici un autre mode d'action du lavage du sang, et ce que nous aurons à dire des intoxications nous servira de transition à l'étude du lavage dans les infections.

Roux, en 1886, a eu recours à l'injection intra-artérielle d'eau salée dans un cas d'intoxication iodoformée : le malade mourut.

Bobroff * a recommandé, dès 1887, l'injection sous-cutanée d'eau salée, dans les accidents chloroformiques; des expériences de Djakonoff avaient montré que, chez les animaux, la pression sanguine, très déprimée pendant la narcose chloroformique, se relevait toujours après l'injection d'eau salée; même si l'anesthésie était poussée très loin, pourvu que l'on n'attendît pas l'arrêt complet du cœur, les animaux revenaient toujours à la vie, et parfois même, après l'arrêt du cœur, on les sauvait encore. Bobroff insistait sur la nécessité d'avoir toujours prête, lors d'une anesthésie générale, une seringue d'eau salée : il en injectait de petites doses, variant de 20 ou 50 grammes à 200 ou 2S0 grammes. Ce que nous disions tout à l'heure de l'hypodermoclyse préventive, pendant l'opération, rentre absolument dans le même ordre d'idées.

En dehors même du domaine chirurgical, dans les empoisonnements proprement dits, le lavage du sang a été tenté, et peut-être est-il appelé à rendre des services, malgré les données quelque peu incertaines que les expériences ont fournies avec la strychnine. L'un de ceux qui ont le mieux étudié cette action du lavage du sang, dans Tempoisonnement strychnique^ nous déclarait récemment que, pour sa part, s'il était empoisonné, il réclamerait tout de suite une injection intra-veineuse massive.

1. BobrofT, Was soll man bei eintretender Ghloroformsyncop thun? Chirurg^ Annale, 1891, Bd I, et Rein (de Moscou) : Ueber infusion von Kochsaizidsung in Folge von Ghloroformeinathmung. Centr, /'. C/iir., 1895,. n** 17, p. 409.

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tioDS, rendent assez juste celle dernière expression. C'est pour cela aussi que la voie intra-veineuse trouvera assez souvent ses indications : elle permet d'aller plus vile et peut-être d'exercer une action plus directe; tout au moins sera-t-il souvent utile de faire dans les veines la première injection, et de la faire abondanle, réservant la voie sous-cutanée pour celles qui suivront, en série.

En somme l'ensemble des faits connus montre bien que les succès ont été obtenus dans les cas où les injections ont été commencées de bonne heure, et poursuivies avec persévérance, et chez les malades qui urinaient bien. La mise en action des émonctoires et, avant tout, une diurèse aboa» dante est, en effel, la condition nécessaire, et aussi le meilleur indice, de l'heureuse influence du sérum. Dès que la diurèse s'établit largement, la réaction se fait : un malade qui, soumis aux injections salées, à dose sufQsante, ne donne pas, au bout de vingt-quatre heures, de trente-six heures au plus, les preuves d'une décharge urinaire abondante, est presque toujours irrémédiablement condamné.

On ne saurait, d'ailleurs, tenir l'eau salée pour une sorte de médicament, d'une activité singulière, qu'on administre une fois, et qui fait son œuvre : ce serait méconnaître totalement l'application rationnelle de la méthode, et s'exposer à n'en retirer que des résultats incomplets. Elle n'est, il faut le dire et le répéter, qu'un adjuvant, dans la lutte de l'organisme vivant contre rinfection : elle doit être combinée à tous les autres moyens utiles, et à cet ensemble de soins, de tous les instants, dont l'importance est capitale. Michaux a parfaitement mis en lumière la nécessité de cette lutte tenace.

Les insuccès, — Enfin nous savons trop qu'il y a, si l'on peut dire, une limite d'infection, au delà de laquelle le salut est impossible. Sur 13 malades soumis aux injections intra- veineuses, Michaux accuse 8 morts; tous ceux qui ont utilisé la méthode l'ont trouvée impuissante, dans certains cas. Il n'y a rien là qui doive étonner : l'eau salée n'est pas un sérum antitoxique idéal, qui triompherait de toutes les toxines, de toutes les virulences, de toutes les infections à toutes leurs périodes.

Ceux dont la conviction est le mieux assise, non point sur quelques essais tentés au hasard, mais sur un ensemble d'observations, sur une application régulière et constante des injections intra- veineuses ou sous-cutanées, ceux-là savent bien que la méthode est souveraine dans quelques cas, qu'elle est toujours un adjuvant utile, qu'elle n'est jamais nocive.

Même dans les conditions les plus désespérées, elle assure une amélioration de durée variable, elle atténue les accidents et les souffrances, elle fait gagner du temps *. Nous ne connaissons pas d'observation où elle ait exercé une influence malheureuse, où elle puisse être accusée d'avoir hâté la fin.

1. Nous conservons toujours le souvenir d'une pauvre femme qui se mourait d'une suppuration pelvienne, ancienne et incurable, et que M. Guillemot, alors notre interne à la Pitié, s'acharna à « prolonger » ; grâce à des injections sous-cutanées abondantes, répétées toutes les deux ou trois heures, jour et nuit, elle résista six jours, et à plusieurs reprises nous fit reprendre quelque espoir. N'y a-t-il pas telles situations, où la prolongation de la vie, ne fût-ce que pour quelques jours, pour quelques heures même, est d'importance capitale?

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Un exemple, que nous empruntons à la thèse de Fourmeaux :

Hystérectomie pour pyosalpinx; le lendemain matin, Topérée parait très aslhénique, le regard est terne, les joues décolorées, la langue est encore humide, la peau sèche. Il n'y a pas d'urine ou très peu (30 grammes). A dix heures, pouls 150, temp. 38% resp., 26. A onze heures, pouls 100, petit, filé, temp. 38'',2. On fait dans l'aisselle gauche une injection de 300 grammes de sérum (elle dure 10 minutes). A 11 h. 30, pouls 140, plus ample, la malade frissonne, temp. 37**. Tout rentre dans Tordre, et la guérison a lieu.

Plusieurs cas de Michaux sont analogues; c'est le lendemain matin, à la suite d'une laparotomie ou d'un hystérectomie grave, que l'état général paraît menaçant : une injection intra-veineuse d'un litre rétablit l'équilibre. MM. Monod, Pozzi, Tuffier *, et bien d'autres ont publié de semblables observations. Plusieurs fois, nous avons été témoin de faits analogues.

Nous rappellerons celui qui nous a le plus frappé :

Jeune femme de vingt et un ans, émaciée, pâle dyspnéique, très cachectique, opérée d'un kyste de l'ovaire de dimensions colossales, six fois ponctionné en province. Le lendemain soir, les mains sont froides, le pouls imperceptible aux radiales, les traits tirés, le nez et les pommettes violacés, la gêne respiratoire intense. Séance tenante, je pratique dans les veines du bras droit une injection de 3 litres et demi de sérum artificiel, qui dure une vingtaine de minutes; à dix heures, seconde injection de 2 litres. — La nuit se passe assez tranquille; le lendemain, la situation s'est transformée, la température est tombée à 37®, le pouls est bon, il n'y a plus de vomissements. Dès lors la guérison se poursuit sans incident. Notre opérée est aujourd'hui florissante *,

Mais la lutte est souvent plus prolongée. Les accidents reparaissent après l'atténuation passagère due à une première injection; il faut recommencer plusieurs fois et plusieurs jours de suite, et l'on pratique alors un véritable lavage, tel, du moins, qu'il y a lieu de le comprendre en thérapeutique humaine. Il faut se guider, en pareil cas, sur la marche des accidents, et ne pas craindre de répéter les injections, et d'en élever la dose. Il est souvent indispensable, dans les infections caractérisées, d'injecter de 2 à 4 litres dans les vingt-quatre heures. Nous rappellerons l'histoire de notre jeune malade, laparotomisé en pleine péritonite généralisée, pour une rupture de l'intestin, et qui reçut, en neuf jours, 26 litres de sérum dans les veines : 4 à 5 litres furent injectés dans les premiers jours, la diurèse s'établit abondante, bientôt accompagnée d'une diarrhée profuse, de sueurs, et ce fut à la suite de ce lavage véritable que les accidents furent définitivement enrayés'.

Ces doses énormes doivent être réservées, en pratique, pour des indications pressantes : 1200 à 1500 grammes par jour suffisent, en général; 2 litres peuvent être considérés comme le maximum' ordinaire ; mais il est indispensable que l'injection ait une abondance suffisante, pour relever vite la tension sanguine, d'abord, et pour créer une sorte de branle-bas dans l'organisme infecté : nous verrons bientôt que les phénomènes cliniques observés, les crises^ bien décrites par B5sc et Vedel *, et qui suivent les injec-

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