‹ Le Lavage du sangChapitre 7 sur 37 · Feichenfeld, Bull. Acad. de médecine de Bruxelles, 1gS · texte numérisé non relu

Feichenfeld, Bull. Acad. de médecine de Bruxelles, 1gS

nne incision, on procède par ponction. Le doigt étant appuyé au-dessus du point choisi sur le cordon veineux et servant à le fixer, l'aiguille Potain est introduite obliquement de bas en haut, jusque dans la veine; on a eu soin préalablement de bien purger l'appareil d'air. Quand l'injection est terminée, l'aiguille est retirée, et la région soumise à une compression modérée.

Le plus souvent les veines sont peu apparentes, et il faut les découvrir au bistouri : une compression circulaire, exercée au-dessus du coude, aide à les retrouver.

C'est la médiane cépbalique que l'on choisit de préférence, mais la médiane basilique est d'ordi-

naire plus grosse, quelquefois seule visible, et il n'y a aucun inconvénient à s'adresser à elle, puisque l'on procède régulièrement a ciel ouvert et non à 1 aveugle comme dans certaines saignées Pour ma part, j'ai découvert plus souvent la médiane basilique que la céphalique

Si la veine est bien appa renie, l'inciaion lui sera pa l'allèle; dan';le cas contraire il est mieux de faire une moi sion verticale a un doigt en dedans ou en dehors du ten don du biceps an trome de la sorte, le segment veineux qu'on eslceriaindedécouvrir.

C'est surtout chez les femmes grasses que ce premier temps offre parfoisquelques difficultés 1 en procédant comme je viens de le dire, on trouvera toujours la veine, mais en la cherchant au contact de l'aponévrose, et non dans la graisse.

Il est inutile, et peut-être nuisible, de découvrir un segment veineux de plus de 1 cent, à i cent. 1/â. On passe sous la veine un fil double, et on lie le bout inférieur : le second fil reste sous le bout supérieur, libre ou retenu par une simple boucle d'attente (voir fig. 6).

Avec la pointe du bistouri ou des ciseaux, on ouvre le vaisseau en long. sur 4 à 6 millimètres, et l'opérateur, tenant avec une pince l'une des lèvres de l'ouverture, introduit la canule (voir fig. 1) '. En général, on n'aura pas besoin de lier la veine sur la canule : si celle-ci est suffisamment enfoncée (de 1 1/2 à 2 centimètres) et si l'incision veineuse est assez petite, elle l'obturera elle-même, et la manœuvre en sera simplifiée.

Quand le liquide passe bien, on le voit descendre dans le récipient, et Ton sent an doigt un petit frémissement de la veine qui ne trompe pas : si rien ne passe tout d'abord, il suffît le plus souvent de retirer un peu la canule, on de l'incliner autrement, et de la diriger dans Taxe du bout supérieur du vaisseau, pour que l'écoulement devienne régulier.

On règle la vitesse de pénétration par la hauteur à laquelle le récipient est tenu : en général, il suffira de l'élever à 75 centimètres ou 1 mètre; si l'on dispose d'un aide intelligent, il peut, en élevant ou en abaissant le

Fig. 6. — Los divers temps de l'injection intra-veincuse.

a. Découverte do la voino. — b. Passage du double fil. — c. Ligature du bout inférieur,

ouverture de la veine. — d. Introduction de la canule.

Fig. 7. — Canule d'Olivier pour les injections intra-veineuses.

flacon, faire varier l'écoulement, suivant les désirs de l'opérateur; autrement, le récipient est posé sur la tablette du lit, sur un meuble, ou pendu au mur. C'est au début surtout que le liquide doit pénétrer lentement ; son irruption produit une sorte de choc dans la circulation, sur le cœur, peut-être sur les centres nerveux, et, même avec une vitesse modérée, les malades, qui ont leur connaissance, témoignent d'un certain malaise, d'une angoisse précordiale, qui se reproduit à la fin de l'injection, si elle a été abondante.

Nous indiquerons plus loin la quantité à employer. L'injection finie, on retire la canule, et on lie le bout supérieur de la veine avec le fil préalablement posé au-dessous d'elle; si l'on y met quelque prestesse, on peut exécuter tout seul ce dernier temps, et ne perdre que quelques grammes de liquide. La petite plaie est ensuite lavée à l'alcool, avec un liquide antiseptique, ou simplement avec l'eau salée; elle est réunie par un ou deux points de suture et recouverte d'une petite lamelle de gaze collodionnée et. de ouate.

Faut-il refaire, au bout de quelques heures, une nouvelle injection : on pourra rouvrir la petite plaie, l'agrandir un peu, et découvrir le segment-

supérieur de la veine, que Ton incise. Il arrive parfois qu'on y trouve un caillot; et, s'il se prolonge loin, c'est toujours de vilain augure : on répétera alors la petite incision notablement plus haut.

En résumé, il n'y a rien là de compliqué. Quant à la pénétration de l'air, elle est aisée à éviter, avec quelques précautions, et, du reste, l'introduction de quelques bulles n'a aucune importance : les physiologistes le savent depuis longtemps *.

Sous le nom de saignée-transfusion, M. Henri Barré ' a décrit la méthode suivante : « Les instruments nécessaires se composent essentiellement de deux tubes de caoutchouc terminés à une de leurs extrémités par une aiguille d'un diamètre un peu supérieur à celui de la seringue de Pravaz. Le plus long de ces tubes (1 m. 50) amène dans une des veines du bras le sérum artificiel d'un vase gradué placé à un niveau plus ou moins élevé, suivant que Ton veut ou non accélérer l'entrée de ce liquide dans le système veineux. L'autre tube (1 mètre), dont l'aiguille est enfermée dans une des veines de l'autre bras, est en communication avec un vase gradué, comme le premier, où le vide a été fait préalablement. C'est celui-ci qui sert à l'extraction du sang.

« On règle l'écoulement en sens inverse des deux liquides, de façon qu'il n'entre pas plus de sérum qu'il ne sort de sang, afin que, le système circulatoire étant toujours également rempli, la pression artérielle ne soit pas diminuée, comme elle l'est à la suite des saignées ordinaires. La quantité de sérum introduit et par conséquent de sang dilué retiré peut varier de 800 grammes à 1 litre (pour un adulte), suivant le degré d'intoxication. »

Ce procédé de désintoxication du sang n'est pas de réalisation pratique très facile; on l'a modifié, en faisant d'abord une saignée, immédiatement suivie d'une injection inlra-veineuse de solution saline; nous verrons cette pratique utilisée dans l'urémie, le tétanos, la pneumonie, etc.

Ce n'est, du reste, qu'une application renouvelée de la vieille méthode de la transfusion après déplétion préalable ^.

Les autres voies d'injection ne reconnaissent que des indications tout exceptionnelles.

Injection intra-artérielle. — Les premières transfusions séreuses ont été pratiquées dans les artères. On choisissait de préférence le bout périphérique de l'artère radiale; mais il fallait une pression souvent considérable pour faire traverser au liquide les réseaux vasculaires de la main :

1. Il n'en est pas de même de la brusque introduction d'une notable quantité d*air. Pendant l'épidémie de choléra de 1884, nous avons été témoin d'un accident de ce genre, des plus frappants : l'injection intra-veineuse était pratiquée, chez un cholérique, avec l'appareil Potain, et quelqu'un était chargé de surveiller le récipient et de prévenir l'opérateur quand le liquide toucherait à sa fin. 11 fut distrait — tout-àcoup un sifflement aigu se fit entendre et, quelque rapidité que l'on mit à retirer l'aiguille et à comprimer la veine, le résultat de l'irruption gazeuse fut foudroyant : le malade ouvrit largement la bouche, fit un grand elTort d'inspiration, et retomba : il était mort.

2. H. Barré, Méthode générale de désinfection du sang dans les maladies infectieuses graves, Revue de thérapeutique médico-chir,, 1896, p. 323.

3. Voy., pour l'historique, JuUien, De la transfusion du sang. Thèse d'agrég., 1875, p. 164, et Oré, Études sur la transfusion du sang, 2** éd., 1876.

•i« LE LAVAGE Dî bANO

h'^'j; t'jrik.-**^ «jLj 4fi/t l>*r>uuj i< defforu illoai^ ^ |»oor iair^ j^énêîre' 4MI» ,»'«<iUiii>*:^ o» li^inj»-: *?♦. ':ij*î2 ufi iiialadt' dt* kOmineli, la pressioi: :* *>,.!• 'ja* A*r: v<ii'M>*^'j* M' a*f';iiu>rr*^iiU el qu'il «ininl une çansrèot- coij-—

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;, ; .' . .■ î.» ';.v"o/.e : >:*y malade i^uérit. Quoi qu'il en soit, les dangers •.' K*' j ^i.*1 'ih'i*: fi<' .s«*nit»lent pas lui assurer un avenir brillanl

'/' i- ■ ;•>• ' >*. ' .jpjijen.-ie .suffaoe d'absorption que représente le péri- .'. '/ h '/ ij .. ' îii«' ^juii.^ï certaines condiiions spéciales : les grands .'. " / < '• '■ '. o'..,4 -i^sé'. apri'S ciM'iaiues laparotomies d'urgence, produisent c . *.:*,' ., ,/. v/ >c- a ijiic ;/faiide injection inlra-veineuse, el reJèvent ;^i «. >♦ V ' //^ liî p«e. .-..on .«-aii^Mjine et le pouls ^ : nous avons maintes fois i,.i, \i .:.', '.. M, ce Jo>*; et c'est là encore une des indications de ces grands ;. .,.>'< / .,:/,',.'.. î,c pe.>,eji.«, que Micjjaux recommandait dans les septicémies

>a/^<<'.0//^k $'k;^X^WA^. — Jiuller', dans un cas fort pressant d'hémor-

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/ ■ . ' ' *' ''' ■ ' -' »-•'. •/«■!*< W procédé de R. Dawbarn, qui injectait la solution *'»*'''' '.«.■,.»'« M t< 'j,<^j;5i«' au-dessous <hi ligament de Poupart, avec . i.« .-^ r « / ' '' i'j- '/ j/'/ ->..j* h- ji'jui'ie liés l<Milenient et n'en transfusait que .>'// v<' •. • . M, I, •< '■« M,. 1 - ..M . j; j > j| i'ii iijjiM'tait un deiiii-lilre sous la peau.

';,. ij4 « ( .*i':* ','fif\',if. iil/tU ft/i .•-rhij-. Aerzte, 1 nov. 4^8y.

/^ Hcifi/'<, C/y/ //.'//. A'/////, /«/ >///v.. ^/z^€, j^VO, L, p. iio. (Note à la suite de l'obs,

.,. Vo>. !<• ^i^^'^Hl iU pj<'n<' l^!b«'( : n<'<her('hes expérimentales sur le lavage du

<> iJ M>f/i< /Ja- <jt*< i' .- i«<j<<h'>n> jnda-pleurales, les expériences de Mageodie, et \i>. Uij<>yOv4'r de i*i//y/4o./< J»^ |>ai' i^-Jainare et Oescuizals, De remploi des solutions f^\\inr *'i* ^nj<'^ U^^iite <nu>piv<'.-, />•/?. «^* ///>/?., it juin 1897.)

7. iJ«iO*:r, 'Tiiinii^ v^A'U\ ihy-niiju in révère liœmorrhage, Brilish med, Jottmalj{S%, li, p. */**/.

r[93j ÉTODE EXPÉRIMENTALE JT

I ragie puerpérale, lit une grande injeclion saline dans le rectum avec [ succès. Mais c'est là, évidemment, la dernière voie à choisir, car pour que le 1 liquide fût retenu et absorbé complètement, il serait le plus souvent néces- I saire de recourir à une véritable entéroclyse et le temps manque.

Pourtant, il sera parfois utile de recourir à toules les voies d'absorption, f et de combiner les métbodes, comme nous le verrons bientôt, dans cette \ lotie souvent acharnée, où le médecin a besoin de toules ses armes.

Elle est fort importante, bien qu'elle n'ait encore donné la raison que

L d'une partie des phénomènes observés en clinique. La question de phyaio-

E togie expérimentale, le lavage du sang chez l'animal sain, est faite el bien

[ faite, depuis les beaux travaux de MM. Daslre el Loye ; il en est autrement

de la question de pathologie expérimentale, et nous aurons à signaler, au

milieu des données acquises, des obscurités encore nombreuses.

Voici ce que nous devons relenir, en résumé, de la longue étude de ; MM. Daslre el Loye'.

Chez le lapin, puis chez le chien, ils ont procédé par injection intraveineuse continue : l'animal étant lixé sur la planchette d'expérience, une canule était iutroduile dans la veine auriculaire, chez le lapin, dans la veine saphène, chez le chien, et reliée par un tube de caoutchouc à un récipient de hauteur variable (on dispositif permettait de maintenir le liquide I à une température à peu près constante) : Vinjeclion se poursuioait de la I sorte pendant plusieurs heures.

En effet, le danger de l'injection inlra-vasculaire d'eau salée ne réside I pas dans sa quantité même, dans la dose, mais surtout dans la vitesse de l'injeclion. Cette vitesse doit être relativement faible pour que Topéralion reste inofîensive; elle variait de 1 ce, 18 à S ce. 08 par minute el par kilome chez le lapin, elle ne dépassait guère 0,87 chez le chien. Ceci [ revient à dire que, chez un chien de 8 kilogrammes, on ne devra laisser ' pénétrer dans la veine que 6 gr. 6 par minute, soit par heure 336 grammes ! d'eau salée, el une transfusion de 2410 grammes se prolongera jusqu'à i sept heures dis (Mém. de 1888, exp. XXVll).

Sous la réserve de celte vitesse tolérable, la quantité totale de liquide

liQJecté peut devenir considérable el atteindre les deux tiers du poids de

f Tanimal. L'explication est aisée : cette masse de liquide ne séjourne pas

■ dans l'organisme: dès qu'elle équivaut à peu près au poids du sang,

l'émonctoire rénal entre en jeu, l'animal commence à uriner, et dès lors il

représente, suivant l'expression de Daslre, un vase percé. Grâce à ce Mécanisme régalatear, Tinjection intra-veineuse peut être poussée jusqu'aux Umites fixées simplement par la résistance générale du sujet : de tout ce liquide, il ne conserve qu'une partie à peu près égale au poids de son sang, et de cet acquêt 25 p. 100 reste dans le sang lui-même, le reste s'épanche temporairement dans les organes d'entrepôt, séreuses, foie, tissus; dès que l'expérience a pris fin, l'élimination du liquide accumulé ne tarde pas. Ainsi l'eau salée ne fait que passer à travers le sang, les tissus et les parenchymes, elle ne laisse rien, elle n'entraîne rien des éléments fixes du sang : c'est un lavage pur et simple; et ce lavage reste inoffensif, sous la double condition que la vitesse de pénétration ne dépasse pas un certain taux, et que les émonctoires (reins, intestins, poumons, glandes salivaires) fonctionnent bien.

Sous ces réserves encore, Tinjection intra-vasculaire n'exerce sur la pression sanguine qu'une action fort minime; Pierre Delbet * a constaté que la pression n'augmente pas, si elle était normale avant l'expérience, et qu'elle revient à son terme physiologique, si elle était abaissée, mais sans le dépasser, môme lorsque la quantité du liquide transfusé est très supérieure à celle du sang préalablement perdu.

Sort-on de ces limites d'innocuité physiologique, l'eau salée s'accumule dans le sang et provoque des accidents mortels : on trouve alors du liquide épanché dans les séreuses, et des suttusions hémorragiques dans les viscères.

Pourtant il existe des différences individuelles très marquées dans la résistance des animaux à ces transfusions meurtrières : Knoll * y a insisté. L'année dernière, MM. Bosc et Vedel ^ ont conclu, de cinq expérieures sur le chien, que les injections intra-veineuses massives de la solution salée à 7 p. 1000 sont dépourvues de toxicité, malgré la quantité et la vitesse de la solution injectée, dans des limites très larges : lo à 87 cent, cubes par minute, 86 à 261 cent, cubes par kilo, alors môme qu'on fait plus que tripler la masse du sang et que l'injection est pratiquée avec une vitesse considérable : un litre en dix minutes.

Ce qui ressort de l'ensemble de ces recherches, c'est la grande tolérance de Vorganisme pour Vinjection de quantités considérables d'eau salée.

Du reste, nous ne réalisons pas, chez nos malades, le lavage du sang, à la façon des expérimentateurs; je ne sache pas qu'on ait jamais injecté, d'une façon continue, une quantité d'eau salée équivalente à la masse sanguine, ni qu'on ait jamais atteint les doses totales utilisées chez les animaux d'expérience, les 2/3 du poids du corps (plus de 42 litres, chez un homme de 68 kilogrammes). — Nous procédons, en clinique, par

1. Pierre Delbet, G. R. Soc. de biologie, 1896, p. 589; et thèse de Mouretle, Essai sur le lavage du sang, Th. doct., 1896, n° 40.

2. Knoll, Bemerkungen zur Infusion blutwarmer physiologischer KochsalzlÔsung in der Gefâssystem, Archiv f, experimenlelles Palh., ùnd Pharm., 1895, Bd XXXVI, p. 293. Dans ses expériences, la dose toxiaue a été parfois extraordinaire, dépassant même le poids du corps : chez un lapin ae 1150 gr., elle fut de 1320 gr., autrement dit de 115.p. 100. (Voy. le tableau, p. 297.)

3. Bosc et Vedel, Recherches expérimentales sur les effets et la valeur physiologique des injections massives de la solution salée simple (NaCl à 5 et 7 p. 1000) et de la solution saline composée (chlorure de sodium et sulfate de soude à 7 p. 1000). Injections isolées et en sénés. C. R. Soc. de biologie, 1896, p. 744.

injections successives, et relativement rapides * : il y a donc une ressemblance prochaine, et non une identité complète, entre le lavage du sang et les injections intra- veineuses pratiquées chez l'homme; les conditions sont plus différentes encore avec les injections sous-cutanées.

Les éludes de thérapeutique expérimentale ont porté : 1^ sur les animaux anémiés; 2° sur les animaux intoxiqués \ S'* sur les animaux infectés.

Animaux anémiés. M. Hayem a montré, il y a déjà longtemps, qu'il faut soustraire d'un coup, chez le chien, une quantité de sang équivalente au 1/19 du poids du corps, pour provoquer une anémie fatalement mortelle; si la saignée ne correspond qu'au vingtième du poids du corps, l'animal survit souvent. — Or, même dans la première éventualité, l'injection intra-veineuse d'eau salée, pratiquée immédiatement, empêche la mort.

Mais quel est le mécanisme de cette mort par hémorragie? Et quelle quantité de liquide faut-il injecter, pour obtenir le résultat salutaire? doitelle reproduire exactement la quantité de sang perdu?

On ne saurait oublier, tout d'abord, qu'il existe d'assez grandes différences individuelles, et dans la masse du sang et dans la dose mortelle de sang perdu*.

De plus, la mort par hémorragie ne répond pas à un mécanisme univoque, comme Schwarz l'a bien établi; on pourrait dire qu'il existe deux façons de mourir en pareil cas : 1° une m9rt fonctionnelle^ par anémie proprement dite, la déperdition globulaire étant si abondante que la proportion conservée d'hématies ne suffît plus à l'entretien du fonctionnement respiratoire; 2° une mort mécanique^ si l'on peut ainsi dire, et c'est de beaucoup la plus fréquente. La spoliation a été moindre, elle a laissé assez d'éléments figurés pour l'entretien de la vie, si la circulation continuait; mais les vaisseaux sont trop vides pour que le cours régulier du sang se poursuive : le cœur se contracte sur un contenu insuffisant, le tonus vasculaire ne trouve plus à s'exercer, et la circulation, qui procède normalement de l'action cardiaque et de la réaction vasculaire, se ralentit et s'arrête. Les expériences de von Goltz, de Jolyel et Laffont, de Kronecker et Zander, de von Ott, etc., ont mis en pleine lumière celte pathogénie.

Que l'on injecte alors de l'eau salée dans les veines, et presque aussitôt, le pouls reparaît, la pression remonte, le fonctionnement combiné du cœur et des vaisseaux se rétablit. Il n'est pas besoin, pour obtenir ce

1. Les effets généraux paraissent, du reste, analogues, quoique atténués et retardés: dans trois expériences de Fourmeaux, sur le lapin, où les injections furent pratiquées pas à-coups, toutes les deux heures, la miction n'eut lieu que deux heures après la première injection, et le maximum d'élimination, de la 4* à la 6" heure (/oc. cit., p. 19).

2. Maydl et Schramm ont fait remarquer que la masse sanguine varie de o,5 à 9,1 p. 100 du poids du corps, et que le taux de l'hémorragie mortelle s'exprime par des chiffres assez éloignés, suivant les expérimentateurs : 3,5 à 4 p. 100 du poids du corps, d'après Conheim; 4,34 d'après Hayem; 5,4 d'après Schramm; 4,3 à 7,3 d'après d'autres évaluations. — Cette dose varie aussi avec l'état de santé antérieur, et ceci est d'importance capitale en clinique; les expériences le montrent tout aussi bien : chez un lapin, il faut enlever 30 grammes de sang pour amener la mort, après trois jours d'inanition, il suffit d'en enlever sept grammes.

cfuanlité ite sang égale à 1/19 du poids *" la saignée de riojfcUon d'une qunn- >- j^ pression remonte, mais

aO LE LAVAGK DU SAXO [96]

résultat, que la guanlilé d'eau salée soil équivalente à celle du sang perdu; ponrlant, quand l'hémorragie a été considérable, la transfusion ne réussit délinitivement que si la dose du liquide transfusé est élevée. Chez l'homme, la contlrmation de cette donnée se présente souvent; Faney l'a établie très nettement par des expériences, dont voici le résumé :

a. On riïlire h un chien, d'un seul coup.

d(! Hon corps — iluse mortelle. — On tail lité de Eéruni arliBciel inrërieum à celle du sang perdu, pour peu de lemps, et la mort n'en survient pas moins.

b. ha saignée mortelle (1/19 du poids) est faite en deux fois, et entre les deux prises, en injeete — sous la peau — une quantité de sérum artificiel un peu supiïrieure k celte de la première prise. L'animal sufrlL

0. Saif^ée niortelle (l/IO) ; injection immédiate d'une quantilii égale de sérum arlilleict ; l'animnl survit.

On voit que ces faits acquis laissent désormais peu de place à la transfusion sanguine, que les solutions salines remplacent avec avantage.

Après ces grandes spoliations sanguines, l'injection intra-vasculaire agit plus vite, et c'est à elle que la plupart des expcrimenlaieurs ont en recours; les expériences de Faney montrent pourtant tout ce qu'on peut attendre de lamétiiode sous-cutanée.

tlutln, on aurait pu craindre qu'en relevant la tension sanguine, la transfusion veineuse ne rappelât l'hémorragie, si l'hémostase est incomplèle. Bien au contraire, des e.'tpériences nombreuses ont démontré l'artiou héèuoxiatiqiie de l'eau salée, en injection intr a-veine use ou -soksvutauie. — M. Hayom avait constaté chez un chien, auquel 1! avait injecté la 24* partie de son poids d'eau salée, que, dans la veine jugulaire préalableninnt liée, la coagulation commençait au bout de 8 minutes et qu'elle s'étendait ii toute la veine, au bout d'un quart d'heure. Tous les expérimenlulQurs ont remarqué celte facile coagulabilité du sang, après la iransfuiion d'onu salée. Faney et Fourmeaux l'ont étudiée à leur tour : Faney secUonno le couturier, chez le lapin, puis il injecte 100 cent, cubes d'eau saléâ; l'hémorragie en nappe cesse vite, et l'autre couturier, que l'oit sectionne alors, reste presque exsangue.

Ainsi l'eau sulèo est hémostatique ' — et surtout elle relève la tension aangiiino : c'est ce qui ressort de cette étude expérimentale- Animaux Intoxiqués. — Ici encore, le lavage du sang parait agir surtout contre Vltyiioteimion to.rique,mais l'hypothëse d'une autre action se présente ; celle d'un véritable lavage éliminateur, par le rein et les autres émoncloires.

(ï'est surtout la strychnine qui a servi aux récentes expériences.

Chnssevant' a conclu, d'une première série de recherches, que chez le lapin, les injections à doses massives de sérum artiliciel semblent empêcher l'intoxication par la strychnine, aous la réserve d'être pratiquées avant l'apimrition dos accidents nerveux.

1, AJoutoriR quo lus expériences de Keider onL montré que la transfusion saline provonuâit <h:a cnntrnctionH du muscle utérin, et. pouvait ainsi jouer un rdle hémostatique diront dans les hémorragies obstétricales. (SeilTer, Hecherohes sur la physiologie de l'uléniR. Thf'se agréi;. Faculté libre de Bruxelles 180H.)

î. Chassovant, Injections de sérum artificiel dans l'empoisonnement strychnique. C. R. Soc. de Mol., 1896, p. 499; et Chassevant et Gol, Injections inlra-ï' salée lisna l'empoisonnement par la strychnine, ibid., p. VST.

f97] ÉTUDE EXPÉRIMENTALE 21

Les expériences de Delbet, sur les chiens, lui ont donné peu de résultats : les accidents strychniques n'ont paru influencés par le lavage — pratiqué, là aussi, immédiatement après l'injection sous-cutanée du poison — que dans un seul cas sur huit *.

Roger* a injecté Teau salée, avant d'injecter la strychnine; dans une première série d'expériences, le poison était inséré sous la peau. Cinq minutes après la fin de l'injection d'eau salée, les animaux recevaient de milligr. 5 à 2 milligrammes de sulfate de strychnine. Les injections d'eau salée, à la dose de 3 à 70 centimètres cubes par kilo, n'ont paru guère modifier la résistance des animaux; mais si Ton en introduit des quantités considérables, de 164 à 228 centimètres cubes par kilo, elles retardent et atténuent les accidents. Ainsi une dose de 1 milligramme tue un lapin neuf au bout de 18-34 minutes; ce n'est qu'au bout d'une heure qu elle le tue, s'il a reçu au préalable 210 centimètres cubes d'eau salée par kilo. Sans doute la réplétion du système circulatoire entrave et retarde l'absorption du poison — injecté sous la peau. — Mais, si la strychnine est injectée dans les veines, « toujours, quelle que soit la quantité d'eau introduite, les animaux hydrémiés succombent avant les témoins ». Il semble, dans cette dernière éventualité, que la transfusion d'eau salée accroisse l'irritabilité des centres nerveux.

On voit que, si ces faits, d'apparence un peu contradictoire, montrent, en somme, que, dans certaines conditions et pour certaines doses, le lavage est susceptible d'atténuer, de retarder, ou môme de neutraliser les effets du poison, ils ne donnent nullement la preuve que la diurèse ainsi provoquée serve réellement à l'élimination du poison, qu'elle soit une diurèse d'élimination.

Ce dernier fait, si important, Roger l'a établi pour certaines substances minérales; il s'est servi du ferrocyanure de potassium, dont la présence dans l'urine est de constatation facile, et du sulfindigotate de soude qui colore en bleu les muqueuses et la peau, et voici le résumé de ces recherches intéressantes :

!• On injecte 4 cent, cubes d'une solution de ferrocyanure à 1 p. 200 dans la veine auriculaire d'un lapin, et l'on cherche au bout de quel temps l'urine donne, avec le perchlorure de fer, la réaction du bleu de Prusse. Chez les lapins normaux, il faut en moyenne treize minutes; chez les animaux lavés, ce temps est plus ou moins raccourci, il tombe, en moyenne, à sept minutes. La durée de l'élimination totale parait aussi réduite chez les animaux lavés, mais dans des proportions restreintes;

2« Si Ton injecte dans les veines 15 à 20 cent, cubes de solution de sulflndigotate de soude à 3 p. 100, les muqueuses et la peau deviennent d'un bleu intense. Chez les animaux lavés, à raison de 130 cent, cubes par kilo, au bout d'une heure et demie, les muqueuses, primitivement bleues, ne sont plus que grisâtres; au bout de deux heures ou deux heures et demie, elles ont repris leur teinte normale; à ce moment, chez les animaux témoins, les mêmes parties sont d'un bleu tirant un peu sur le vert.

1. « Un chien de 4 kil. 300 a reçu, en injection dans le tissu cellulaire sous-cutané, 3 grammes d'une solution de sulfate de strychnine au millième, soit 3 milligrammes de poison. Une canule avait été placée auparavant dans la veine fémorale et le lavage

L'urine a été recueillie pendant une heure trois quarts à partir du début du lavage; la quantité d'urine éliminée a été de 532 grammes, quantité énorme par rapport au faible poids de l'animal. »

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