‹ Le lavis en extrême Orient. Traduction de Charlotte MarchandChapitre 10 sur 27 · MANIERE GRAPHIQUE ET MANIERE PICTURALE · texte numérisé non relu

MANIERE GRAPHIQUE ET MANIERE PICTURALE

considérer un tableau sous ce point de vue qui, pour l'homme d'Extrême Orient, est presque le plus important.

Comme nous l'avons vu, la manière graphique, où domine la ligne, semble avoir été la plus ancienne. En tout cas, la manière picturale, où prédominent les taches de tonalité différente, n'a pris de l'importance que plus tard, bien que ses origines soient peut-être aussi reculées que celles de la manière graphique. Une remarque de Ching-Hao, critique du temps des cinq dynasties, entre l'époque T'ang et l'époque Soung, nous apprend que les deux manières ont été pratiquées en Chine pendant la seconde moitié du premier millénaire: "Les paysages de Wou-tao-tseu sont remarquables par la vigueur de leurs lignes, mais ils sont d'une tonalité médiocre; on peut dire exactement le contraire des paysages de Hsiang-Young; la réunion des deux styles produirait l'art parfait." (S. Taki, Oriental Ink Painting. — Kokka, N° 203, page 646.) A la fin de l'époque Soung le style pictural a déjà atteint son plus haut degré de perfection. Au Japon, la manière graphique a été presque exclusivement cultivée jusque vers la fin du 14'' siècle, ce n'est que sous les chogouns Ashikaga que le style pictural se développa peu à peu pour prédominer complètement à 1 époque Tokougawa. Le fait qu'en Chine comme au Japon la manière picturale ait été postérieure à la manière graphique s'explique aisément; la manière graphique pouvait être pratiquée sans grande difficulté par les dilettantes experts en calligraphie; la manière picturale par contre, avec sa technique plus subtile et plus compliquée, exigeait un talent particulier et des études qui n'étaient pas à portée de tout le monde. Les deux manières ne sont d'ailleurs pas distinctes au point de représenter les styles de deux écoles différentes. Beaucoup de peintres des époques postérieures ont cultivé les deux genres avec la même maîtrise et il existe nombre de lavis qui réalisent l'idéal de Ching-Hao. En se plaçant au point de vue langage artistique la manière graphique semble plus propre à exprimer des idées précises et des traits de caractère déterminés, la manière picturale traduit mieux les impressions, les états d'âme.

Nous avons peu de renseignements sur le procédé employé par les anciens maîtres du lavis. Taki cite comme "traîtant le sujet de la manière la plus systématique" le passage suivant tiré d'une œuvre de Ch'ên Chieh-chou, qui vivait sous la dynastie Ch'ing: "L'encre étalée sans réflexion et d'une manière monotone sur le fond de soie est appelée l'encre morte; celle qui fait nettement apparaître les dégradations convenables est appelée l'encre vivante. La

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