‹ Le lavis en extrême Orient. Traduction de Charlotte MarchandChapitre 12 sur 27 · EDUCATION DES PEINTRES DU LAVIS · texte numérisé non relu

EDUCATION DES PEINTRES DU LAVIS

demande déjà une subtilité et une adresse qui dépassent de beaucoup l'entendement et l'aptitude des calligraphes européens; il ne l'acquiert tout de même qu'en partie seulement, car la peinture exige des mouvements bien différents et un tour de main très particulier. Un talent inné, si grand qu'il soit, ne peut suppléer à tout. Quand on voit avec quels puissants et infaillibles coups de pinceau Liang K'aï a jeté ses figures sur le papier, quand on regarde les courbes délicates et infiniment variées du vêtement de Kwannon dans le tableau de Mou-hsi, on ne peut douter que, pour réaliser de telles œuvres, l'être le plus génialement doué ait besoin lui-même d'études approfondies et d'une pratique incessante. La copie de bons tableaux anciens a été cette école pour les peintres du lavis. On rapporte que presque tous les maîtres se sont appliqués à copier les œuvres de leurs prédécesseurs; on les loue souvent d'avoir égalé le coup de pinceau de leurs modèles. Les copies de ce genre qui nous sont parvenues montrent qu'il ne s'agissait pas pour l'artiste d'imiter servilement chaque trait particulier, mais plutôt de se pénétrer de la facture spéciale du modèle, c'est-à-dire du maniement du pinceau, de la formation des lignes et de la tonalité. Par l'étude et la copie, l'élève faisait d'autre part provision d'un certain nombre de formes qu'il pouvait et devait utiliser plus tard dans ses œuvres personnelles. De même que le calligraphe, dont l'art se rapproche le plus de la peinture à l'encre, commence par apprendre les signes types existants pour pouvoir les varier artistement plus tard, de même le futur peintre du lavis amasse dans ce but quantité de formes toutes faites. Nous avons vu plus haut que même les plus grands peintres n'ont pas puisé directement dans la nature les éléments de leurs compositions, qu'ils les ont empruntés pour la plupart à des œuvres antérieures. Cette pratique s'explique en partie par la conception extrême- orientale que l'essentiel d'une œuvre d'art réside moins dans les détails que dans l'ensemble dont ces détails sont les éléments et les moyens. Une autre raison, au moins aussi importante, tient à la nature même de la peinture à l'encre. 11 serait absolument impossible d'exécuter une composition importante avec la rapidité qu'exige sa technique, si l'artiste n'avait à sa disposition un certain nombre de formes toutes faites, s'il devait lui-même inventer tous les détails.

Page 1