‹ Le lavis en extrême Orient. Traduction de Charlotte MarchandChapitre 13 sur 27 · ETUDES D'APRES NATURE · texte numérisé non relu

ETUDES D'APRES NATURE

t Européen qui regardé peindre un lavis est convaincu que l'artiste a préparé j par des études, des esquisses ou des croquis le tableau qu'il exécute avec une dextérité et une sûreté si admirables. Dans la plupart des cas, c'est en vain qu'on cherchera ces travaux préparatoires; à ma connaissance, pour aucun des lavis anciens on ne trouve trace de croquis, d'esquisse ou d'ébauche. Ce qui certes ne constitue pas une preuve que quelquechose de semblable n'ait pas existé. 11 se peut que les artistes aient détruit leurs essais, une fois l'œuvre achevée, comme avaient l'habitude de le faire les potiers japonais. Les témoignages littéraires relatifs à la méthode de travail des peintres célèbres ne contiennent que de rares allusions à des études ou des esquisses préparatoires; de quelques-uns on rapporte expressément qu'ils n'en avaient nullement besoin. Ainsi Chou Shoun, un des maîtres de l'époque Soung, se serait passé de toute esquisse et aurait même déclaré: "l'écriture et la peinture sont un même art, et qui a jamais vu un maître en calligraphie se servir d'esquisses?" (Giles, Introduction to the History of Chinese Pictorial Art, p. 119.) De Wou Taotseu on rapporte que l'empereur l'ayant envoyé dans le Ssouch'ouan pour y peindre le paysage du fleuve Chia-ling, "Wou revint sans aucun croquis et, comme l'empereur s'en étonnait, il lui répondit: tout est dans mon cœur. Puis il alla dans une des salles du palais et peignit en une journée un paysage d'une étendue de cent milles." (Giles, p. 43.)

En Extrême Orient, seuls probablement les peintres de tendance objective ont fait des études d'après nature en vue d'une composition déterminée. Du moins je ne l'ai jamais constaté pour d'autres. En général, il semble qu'on estimait de telles études inutiles, superflues, sinon pernicieuses, parce qu'on jugeait qu'elles nuisaient à la spiritualisation du sujet. "Mieux vaut étudier l'esprit des choses que les choses elles-mêmes", dit Fan K'ouan, peintre de l'époque Soung. (Giles, p. 86.) De toute façon, l'artiste d'Extrême Orient a été habitué dès ses débuts à étudier la nature avec l'œil plutôt qu'avec le pinceau; et il n'est pas impossible que ce soit une des raisons de la profondeur singulière de ses productions comme d'autre part le fait de dessiner et de peindre toujours d'après nature, ainsi que cela se pratique en Europe, ne semble pas conduire forcément à animer et à spiritualiser la réalisation artistique. Les peintres de l'école subjective, pour qui l'essentiel était d'exprimer les choses de l'esprit, avaient certainement moins

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