EBAUCHES ET CROQUIS
de raisons que tout autre pour faire des études d'après nature. Mais grâce à leur faculté de saisir et de retenir facilement les formes visibles, héritage de leur race, ils sont arrivés très souvent à donner à leurs compositions une étonnante expression de vie. 11 ne faut d'ailleurs pas croire que les anciens peintres du lavis n'aient jamais peint d'après nature. On rapporte, par exemple, d'un artiste chinois du IS'^ siècle que "pendant ses promenades à travers la campagne, il avait l'habitude d'emporter dans ses manches du papier et un pinceau, et que, des endroits ou des choses qui le frappaient particulièrement, il prenait de rapides esquisses (rough sketches) pour les étudier plus tard à loisir." (Giles, p. 142.) Il est vrai qu'il s'agit moins ici d'études véritables que de notes artistiques; les croquis de voyage de la main de Sesshou, qui nous sont parvenus, ne ressemblent que de loin à ce que nous autres Européens appelons des "études d'après nature".
Des ébauches, des essais semblent absolument indispensables pour les lavis faits d'un seul jet. Nous en trouvons en effet le témoignage pour certains artistes comme Wang Mêng, petit -fils de Chao-Mêng-fou, qui "faisait d'abord ses esquisses sur du papier, et réalisait ensuite ses conceptions dans le style de différentes écoles." (Giles, p. 143.). Au Japon on rapporte qu'un peintre avait fait pendant une année entière des croquis de coqs pour exécuter finalement le tableau définitif en quelques minutes, sous les yeux du prince qui le lui avait commandé; histoire sans doute très exagérée, mais qui pour cela même est particulièrement significative. Cependant, à ces témoignages s'en opposent beaucoup d'autres qui parlent formellement de la peinture comme d'une improvisation. En définitive on a l'impression que le travail préparatoire ne consistait généralement pas en croquis ou en ébauches successives, comme en Europe, mais plutôt à observer la nature avec calme et amour et à s'assimiler les impressions reçues, travail tout intérieur qui se fait peut-être en grande partie inconsciemment et involontairement. "Si tu désires peindre un paysage, dit un artiste chinois du 13"^ siècle, tu dois en porter les détails en toi, les travailler dans ton esprit pendant plusieurs jours avant de prendre le pinceau. De même pour la composition: d'abord vient une période de réflexion intense sur le sujet; on se sent lié et troublé jusqu'à ce qu'on l'ait saisi. Mais, quand vient l'inspiration» on rompt les liens, on est libre." (Giles, p. 141.). Fan K'ouan, peintre de l'époque Soung, "se retira dans une belle contrée boisée de la montagne Choung-nan dans le Shensi. Là il observa les formes changeantes des nuages