‹ Le lavis en extrême Orient. Traduction de Charlotte MarchandChapitre 15 sur 27 · INSPIRATION. CONCEPTION ET EXÉCUTION · texte numérisé non relu

INSPIRATION. CONCEPTION ET EXÉCUTION

et du brouillard, les effets difficilement saisissables du vent et de la lune, de la lumière et de l'ombre, jusqu'à ce que son âme fût remplie d'enthousiasme; alors son pinceau produisit mille écueils et d'innombrables précipices. Parfois il restait assis toute la journée sur un rocher, plongé dans la contemplation et dans la jouissance de la beauté du paysage. Il avait même l'habitude de se promener pendant les nuits de neige sans lune, le regard fixe, attendant l'inspiration." (Giles, p. 86, 87.) "Kao K'o-ming était l'ami de l'obscurité et du calme, il aimait errer dans les contrées sauvages et y contempler pendant des jours et des jours la beauté des montagnes et des forêts. A son retour il se retirait dans une chambre tranquille, fermait la porte aux soucis, et laissait son âme s'envoler librement au-delà des limites de ce monde." (Giles, p. 99.). Yaotsou-yan dans son "Art de la Peinture" donne au paysagiste le conseil "de tendre sa soie blanche de préférence dans un endroit clair et tranquille, puis d'attendre que son esprit soit calme et que ses idées aient pris forme. Mais à ce moment il doit commencer l'exécution sans plus tarder." (Giles, p. 147.) D'après la plupart des textes, l'idée définitive d'une œuvre d'art ne semble pas résulter d'un travail de composition qui rassemble laborieusement et essaye méthodiquement (on ne sent jamais autant l'insuffisance de cette expression malheureuse: "composition", qu'en l'employant à propos du lavis d'Extrême Orient), l'idée finale se précipite plutôt instantanément dans l'âme de l'artiste, préparée et fertilisée par l'ambiance et la vision, comme se précipitent les cristaux autour d'un bâtonnet plongé dans une dissolution saturée de sel. On cherche parfois à amener et à faciliter cette réaction par des moyens extérieurs. On raconte que certains artistes auraient conçu et exécuté leurs meilleurs tableaux sous l'influence du vin. "C'est seulement au début de l'ivresse que l'esprit et la main de Ch'ien Hsuan collaboraient en parfaite harmonie", écrit-on d'un peintre du 13'= siècle. De semblables traditions s'attachent à beaucoup d'autres noms, parmi lesquels celui du grand Sesshou. 11 n'est pas question, bien entendu, d'une ivresse réelle; elle nuirait au contraire à l'exécution du lavis, qui exige non seulement une extrême lucidité, mais encore une maîtrise parfaite de la main et du matériel. La technique du lavis ne permet ni hésitation ni retouche. Chaque ligne doit être tracée avec une décision absolue, le tout doit être achevé d'un trait. Beaucoup de tableaux ont certainement été exécutés en quelques minutes, avec une tension d'esprit et de corps si complète qu'elle étonne les peintres plus encore que les amateurs. Les œuvres réalisées ainsi d'un seul jet font apparaître

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